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CHAPITRE XIV

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Il était procureur général du parlement, et cette charge lui donnait le privilège d'être Jugé par les chambres assemblées;; mais, après que tant de princes, de maréchaux et de duct avaient été Jugés par des commissaires, on eût pu traiter comme eux un magistrat, puisqu'on voulait se servir de cet voies extraordinaires qui, sans être injustes, laissent toujouri on soupçon d'injustice.

Colbert l'engagea par un artifice peu honorable à vendre la charge : on lui en offrit jusqu'à dix-huit cent mille livres, qui vaudraient trois millions et demi de nos jours; et, par un maleatendu, il ne la vci:\dit que quatorze cent mille livret. Le prix excessif des places au parlement, si diminué depuis, prouve quel reste de considération ce corps avait conservé dans son abaissement môme. Le duc de Guise, grand chambellan du roi, n'avait vendu cette charge de la couronne au duc de Bouillon que huit cent mille livres.

C'était la Fronde, c'était la guerre de Paris, qui avait mît ce prix aux charges de judicature. Si c'était un des grands défauts et un des grands malheurs d'un gouvernement longtemps obéré , que la France fût l'unique pays de la terre où les places de juges fussent vénales, c'était une suite du levain de la sédilion, et c'était une espèce d'insulte faite au trône, qu'une place de procureur du roi coûtit plus que les premières dignités de la couronne.

Fouquet, pour avoir dissipé les finances de l'État, et pour en avoir usé ainsi que des siennes propres, n'en avait pas moins de grandeur dans l'âme; ses déprédations n'avaient été que des licences et des libéralités. 11 fit porter à l'épargne le prix de sa charge, et cette belle action ne le sauva pas (t66i). On attira avec adresse à Nantes un homme qu'un exempt et deux gardes pouvaient arrêter à Paris; le roi lui fit des caresses avant sa disgrâce. Je ne sais pourquoi la plupart des princes afi'ectent d'ordinaire de tromper par de fausses bonléa eeux de leurs sujets qu'ils veulent perdre : la dissimulation alors est l'opposé de la grandeur; elle n'est jamais une vertu, et ne peut devenir un talent estimable que quand elle est absolument nécessaire.. Louis XIV parut sortir de son caractère ; mais on lui avait fait entendre que Fouquet faisait de

grandoi fortifications à Belle-Ile, et qu*il pouvait avoir trop de liaisons au dehors et au dedans du royaume. Il parut bien, quand il fut arrêté et conduit à la Bastille et à Vincennes, que ton parti n'était autre chose que l'avidité de quelques courtisans et de quelques femmes, qui recevaient de lui des pensions, et qui l'oublièrent dès qu'il ne fut plus en état d'en donner. Il lui resta d'autres amis, et cela prouve qu'il en méritait. L'illustre madame de Sévigné, Pélisson, Gourville mademoiselle Scudéri, plusieurs gens de lettres, se déclarèrent hautement pour lui, et le servirent avec tant de chaleur qu'ils lui sauvèrent la vie.

On connaît ces vers de Hénault, le traducteur de Lucrèce, contre Colbert, le persécuteur de Fouquet :

Minittre avare et lâche, esclave malheureux, Qui gémis sous le poids des affaires publiques; Victime dévouée aui chagrins politiques, Fantôme révéré sous ua titre ouéreui :

Vois combien des grandeurs le comble est dangerea } Contemple de Fouquet les funestes reliques ; Et, tandis qu'à sa perte en secret tu t'appliques, Crains qu'on ne te prépare un destin plus affreux.

Sa chute quelque jour te peut être commune. Crains ton poste, ton rang, la cour et la forttmc ; Nul ne tombe innocent d'où l'on te voit monté.

Cesse donc d'animer ton prince à son i upplice ; Et, près d'avoir besoin de toute ea bonté. Ne le fais pas user de toute sa justice.

M. Colbert, à qui l'on parla de ce sonnet injurieux, demanda si le roi y était offensé. On lui dit que non : « Je ne 1 le suis donc pas> » répondit le ministre.

Il ne faut jamais être la dupe de ces réponses méditées, dé ees discours publics, que le cœur désavoue. Colbert paraissait modéré, mais il poursuivait la mort de Fouquet avec acharnement. On peut être bon ministre et vindicatif : il est triste qu'il n'ait pas tu êt/e aussi généreux que vigilant.

Un des plus implacables de ses persécuteurs était Michel Le Tellier, alors secrétaire d'État, et son rival en crédit : c'ett

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celui-là môme qui fut depuis chancelier. Quand on lit ion oraison funèbre , et qu'on la compare avec sa conduite, que peut-on penser, sinon qu'une oraison funèbre n'est qu'une déclamation? Mais le chancelier Séguier, président de la commission^ fut celui des juges de Fouquet qui poursuivit sa mort avec le plus d'acharnement, et qui le traita avec le plus de dureté.

11 est vrai que, faire le procès du surintendant, c'cUait accuser la mémoire du cardinal Mazarin. Les plus grandes déprédations dans les finances étaient son ouvrage : il s'était approprié en souverain plusieurs branches des revenus de l'État; il avait traité en son nom, et à son profit, des munitions des armées. « Il imposait (dit Fouquet dans ses défenses) « par lettres de cachet des sommes extraordinaires sur les fl généralités: ce qui ne s'était jamais fait que par lui et pour « lui, et ce qui est punissable de mort par les ordonnances. » C'est ainsi que le cardinal avait amassé des biens immenses, que lui-même ne connaissait plus.

J'ai entendu conter à feu M. de Caumartin, intendant dos finances, que, dans sa jeunesse, quelques années après la mort du cardinal, il avait été au palais Mazarin, où logeait le duc son héritier, et la duchesse Hortense ; qu'il y vit une grande armoire de marqueterie, fort profonde, qui tenait du haut jusqu'en bas tout le fond d'un cabinet. Les clefs en avaient été perdues depuis longtemps, et l'on avait négligé d'ouvrir les tiroirs. M. de Caumartin, étonné de cette négligence, dit à la duchesse de Mazarin qu'on trouverait peutêtre des curiositi's dans cette armoire. On l'ouvrit : elle était toute remplie de quadruples, de jetons et de médailles d'or. Madame de Mazarin en jeta au peuple des poignées par les fenêtres pendant plus de huit jours >.

L'abus que le Cardinal Mazarin avait fait de sa puissance despotique ne justifiait pas le surintendant; mais l'irrégularité des procédures faites contre lui, la longueur de son procès, l'acharnement odieux du chancelier Séguier contre lui,

1. l'ai retrcii'Té depui» c«tte même particularité dajM 8nijit4vrcB<iid. (Noie de foUairt.) ^

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