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CHAPITRE XXVI

Mais madame de Montespan n'avait besoin d'emprunter I eaprit âe personne ; elle fut longtemps favorite avant que madame do Uaintenon lui fût présentée.

Le triomphe de madame de Montespan éclaia au voy -ge que le roi fit en Flandre, en i(i70. l^a ruine des Hollandiis 'ut préparée dans ce voyage, au milieu des plaisirs : ce i'ut une fôte continuelle dans l'appareil le plus pompeux.

Le roi, qui fil tous ses voyages de guerre à cheval, fit celui-^i, pour la première fois, dans un carrosse à glaces: lei chaises de poste n'étaient point encore inventées. La reine, Madame, sa bclle>sœur, la marquise de Montespan, étaient dans cet équipage superbe suivi de beaucoup d'autres ; et quand madame de Montespan allait seule, elle avait quatre gardes du corps aux portières de son carrosse. Le dauphin arriva ensuite avec sa cour, Mademoiselle avec la sienne; c'était avant la fatale aventure de son mariage : elle partageait enpaix tous ces triomphes, et voyait avec complaisance son amuni, favori du roi, à ^a tétc de m compagnie des gardes On faisait porter dans les villes où l'on couchait les plus beaux ineubles de la couronne : on trouvait dans chaque ville un bal masqué ou paré, ou des feux d'artifice. Toute la maison de guerre accompagnait le roi, et toute la maison de service précédait ou suivait ; les tables étaient tenues comme ùl Saint-Germain. La cour visita dans cette pompe toutes les villes conquises. Les principales dames de Bruxelles, de Gand, venaient voir cette magnificence; le roi les invitait à sa table; il leur faisait des présents pleins de galanterie. Tous les officiers des troupes en garnison Vecevai»'nt des gratifications : il en coûta plusieurs fois quinze cCâi^i louis d'or par ]our eu libéralités.

Tous les honneurs, tous les hommages,étaient pour madame de Montespan, excepté ce que le devoir donnait â la reine : cependant cette dame n'était pas du secret ; le roi savait distinguer les affaires d'État des plaisirs.

Madame, chargée seule de l'union des deux rois et de la

destruction de la Hollande, s'embarqua à Dunkerque sur b

ûolte du roi d'Angleterre, Charles II, son frère, avec une partie

là cour de France : elle menait avec elle mademoiselle de

Kéroual, depuis duchesse de Portsmouth, dont la beauté égalait celle de madame de Montespan. Elle fut depuis en Angleterre ce que madame de Montespan était en France, mais avec plus de crédit. Le roi Charles fut gouverné par elle jusqu'au dernier moment de sa vie; et, quoique souvent infidèle, il fut toujours maîtrisé. Jamais femme n'a conservé plus longtemps sa beauté; nous lui avons vu, à l'Age de près de soixante et dix ans, une figure encore noble et agréable, que les années n'avaient point flétrie.

Madame alla voir son frère à Cantorbéry, et revint avec la gloire du succès : elle en jouissait lorsqu'une mort subite et douloureuse l'enleva à l'âge de vingt-six ans, le 30 juin 1670. La cour fut dans une douleur et dans une consternation que le genre de mort augmentait. Cette princesse s'était crue empoisonnée ; l'ambassadeur d'Angleterre , Montaigu , en était persuadé ; la cour n'en doutait pas, et toute l'Europe le disait. Un des ancie-ns domestiques de la maison de son mari m'a nommé celui qui ( selon lui ) donna le poison. « ('et « homme, me disait-il, qui n'était pas riche, se retira imméë diatement après en Normandie, où il acheta une terre dans •t laquelle il vécut longtemps avec opulence. Ce poison, ajou- V tait-il, était de la poudre de diamant mise au lieu du sucre « dans des fraises.» La cour et la ville pensèrent que Madame avait été empoisonnée dans un verre d'eau de chicorée \ après lequel elle éprouva d'horribles douleurs, et bientôt les convulsions de la mort : mais la malignité humaine et l'amour de l'extraordinaire furent les seules raisons de cette persuasion générale. Le verre d'eau ne pouvait être empoisonné, puisque madame de La Fayette et une autre personne burent le reste sans ressentir la plus légère incommodité. La poudre de diamant n'est pas plus un venin qne la poudre de corail*

I . Toyez V Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, par madame la e«iD- (CMe de La Fayette, p. 171, édit. de 174i. \^Note de Voltaire.)

s. Des fra^nieats de diamaut et de verre pourraient, par leurs pointes, percer uu( tunique des entrailles, et la déchirer ; mais aussi on ne saurait les avaler, et oa serait averti tout à coup du dauger par l'excoriation du palais et du gosier. La poudre impalpable ne peut nuire. Les médecins qui ont rangé le diamant au nombre des puisons auraient dû distinguer le diamant réduit en pcidre impalpable 4a liaKaat grossièrement pilé. {JSote de Voltaire,)

n 7 avait longtemps que Madame était malade d'un abcès qut se formait dans le foie ; elle était très-malsaine, et même avait accouché d'un enfant absolument pourri. Son mari, trop soupçonné dan» l'Europe, ne fut , m avant ni après cet événement, accusé d'aucune action qui eût de la noirceur; ei on trouve rarement des criminels qui n'aient fait qu'un grand crime. Le genre humain serait trop malheureux, s'il était aussi commun de comme! tro des choses atroces que dl le» croire.

On prétendit que le chevalier de Lorraine, favori de Mon- »ieur, pour se venger d'un exil et d'une prison que sa conduite coupable auprès de Madame lui avait attirés, s' tétait porté à cette horrible vengeance. On ne fait pas attention que le chevalier de Lorraine était alors à Rome, et qu'il e»t bien difficile à un chevalier de Malte de vingt ans, qui est à Rome, d'acheter à Paris la mort d'une grande princesse.

Il n'est que trop vrai qu'une faiblesse et une indiscrétion du vicomte de Turenne avaient éi^ la première cause de toutes ces rumeurs odieuses qu'on se plaît encore à réveiller. Il était, à soixante ans, l'amant de madame de Coatquen, et sa dupe, comme il l'avait été de madame de Longueville; il révéla à cette dame le secret de l'État qu'on cachait au frère du roi. Madame de Coatquen, qui aimait le chevalier de Lorraine, le ditù son amant; celui-ci en avertit Monsieur. L'intérieur de la maison de ce prince fut en proie à tout ce qu'ont de plus amer les reproches et les jalousies : ces trouble» éclatèrent avant le voyage de Madame ; l'amertume redoubla à son retour. Les emportements de Monsieur, les querelles de ses favoris avec les amis de Madame, remplirent sa maiion de confusion et de douleur. Madame, quelque temps ivant sa mort, reprochait, avec des plaintes douces et attendrissantes, à la marquise de Coatquen, les malheurs dont elle était cause ; cette dame, à genoux auprès de son lit, et arrosant ses mains de larmes, ne lui répondit que par ces ver^ de Venceslas :

J'allai»... j'étais... l'amour a sur moi tant d'emptM.*. Je n'égare, nradame, et ne puis que tous dire...

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