CHAPITRE XXIX
saîrement un très-grand dans les mœurs. L'esprit de faction, de fureur et de rébellion, qui possédait les citoyens depuis le temps de François II, devint une émulation de servir le prince. Les seigneurs des grandes terres n'étant plus cantonnés chei eux, les gouverneurs des provinces n'ayant plus de postes importants à donner, chacun songea à ne mériter de grâces que celles du souverain; et l'État devint un tout régulier dont chaque ligne aboutit au centre.
C'est là ce qui délivra la cour des factions et des conspirations qui avaient troublé l'État pendant tant d'années. Il n'y eut sous l'administration de louis XIV qu'une seule conspiration, en 1674, imaginée par La Truaumont, gentilhomme normand, perdu de débauches et de dettes, et embrassée par un homme de la maison de Uohan, grand veneur de France, ^ui avait beaucoup de courage et peu de prudence. La hauteur et la dureté du marquis de Louvois l'avaient irrité au point qu'en sortant de son audience il entra tout ému et hors de lui-même chez M. de Caumartiu , et, se jetant sur un lit de repos : «Il faudra, dit-il, que ce... Louvois meure ou moi.» Caumartin ne prit cet emportement que pour une colère passagère; mais le lendemain, ce même jeune homme lui ayant demandé s'il croyait les peuples de Normandie affectionnés au gouvernement, il entrevit des desseins dangereux. « Les « temps de la fronde sont pass» s, lui dit-il; croyez-moi, vous « vous perdiez, et vous ne serez regretté de personne. » Le chevalier ne le crut pas, il se jeta à corps perdu dans la conspiration de La Truaumont. Il n'entra dans ce complot qu'un chevalier de Préaux, neveu de La Truaumont, qui, séduit par son oncle, séduisit sa maîtresse, la marquise de VilUers. Leur but et leur espérance n'étaient pas et ne pouvaient être de se faire un parti dans le royaume : ils prétendaient seulement vendre et livrer Quillebœuf aux Hollandais, et introduire les ennemis en Normandie. Ce fut plutôt une Uche trahison mal ourdie qu'une conspiration. Le supplice de tous les coupables fût Je seul événement que produisit ce crime insensé et inutile, dont à peine on se souvient aujourd'hui.
S'il y eut quelques séditions dans les provinces, ce ne furent que de faibles émeutes populaires, aisément réprimées ;
!,ÏÏ-n^r'"*,îff°"' ^"'*°"°"j°"'*'™"<imnes jusqu'au temn ou 1 on démol. leurs temple». Enfin le roi parvint ;i faire d W
eereux qu aux ennemis, «près l'avoir é(é à lui-mOn.e pendant
Le, maison» que le» seigneurs bâtirent ou achelùrent dan. Pans, et leurs femmes, qui vécurent avec digr^tf lo!^ér^" des Ocole, de politesse qui retirèrent peu à peulesTe„^os gen, de cette vie de cabaret, qui fut encore fong e2. à a mode, et qui n'inspirait qu'une débauche hardie Le» mœu» tiennentà ,i peu de chose, que la coutume d'ailer àS
dansParuentretenaitunedispositionauxquerello îéquent s qu. cessèrent quand cet usage fut aboli. La décence don, nn ut redevable principnlement aux femme» qu ra e^rU? «.«K:,eté chez elles, rendit les e.prits plu, agréa ,!r et Ï lecture les rendit à la longue plu» »olidcs. Les-^rah oô^ Tll^ grands cnmes, qui ne déshonorent point les hommes dan L temps de faction et de trouble, ne furent presquT^ircol nus Les horreurs des BrinvilUers et des Voisin ne furéutZ de» orages passager. «,u.un ciel d'ailleurs serein ; etTl .eîa^î au.., d ra.,oanable de condamner une nation su e, crTme éclatant» de quelques parUculiers, que de la canon Jer Z la réforme do la Trappe. '""iser pour
Tous les différent, états de la vie étaient auparavant reconnaissables par des défauts qui les caractérisaient Les u,nT ta.res. et le. jeunesgen» qui se destinaient à la ^.^fes L di* armes avaient une vivacité emportée ; les gen» de jusUce u,« gravité rebutante, à quoi ne contribuait pas peu l'uC d'aZ toujours en robe, même à la cour. 11 en élait de même ï. umversaés et des médecins. Les marchands portaiem encore de petites robes lorsqu'ils s'assemblaient It qu'iîs aS chez le, mmisires; et les plus grands commerçan . éS alor, de. homme» grossier.. Mai. les maisons, le» spêctS
rix érZrl T "■' ^'"^ """•="' '«•"^''«"' Pe" à peu K»» «ujourd hu, ju«,ue dan» le lond d'une boutique que U
CHAPITHK ÎIIX. ~^
poWleBse a gagné toutes les conditions. Les provinces se sont ressenties avec le temps de tous ces changements.
On est parvenu enfin à ne plus mettre le luxe que dans le goût et dans la commodité. La foule de pages et de domestiques de livrée a disparu, pour mettre plus d'aisance dan? l'intérieur des maisons. On a laissé la vaine pompe et le faste e.xlérieur aux nations chez lesquelles on ne sait encore que la montrer en public, et où l'on ignore l'art de vivre.
L'extrême facilité introduite dans le commerce du monde, raffabilité, la simplicité, la culture de l'esprit, ont fait de Paris une ville qui, pour la douceur de la vie, l'emporte probablement de beaucoup sur Rome et sur Athènes dans le temps
de leur splendeur.
Cette foule de secours toujours prompts, toujours ouverts pour toutes les sciences, pour tous les arts, les goûts et les besoins; tant d'utilités solides réunies avec tant de choses agréables jointes à cette franchise particulière aux Parisiens; tout cela engage un grand nombre d'étrangers à voyager ou à faire leur séjour dans cette patrie de la société. Si quelques natifs en sortent, ce sont ceux qui, appelés ailleurs par leurs talents, sont un témoignage honorable à leur pays; ou c est le rebut de la nation qui essaye de profiter de la considération qu'elle inspire; ou bien ce sont des émigrants qui préfèrent encore leur religion à leur patrie, et qui vont ail.eurs • chercher la misère ou la fortune, à l'exemple de leurs pères chassés de France par la fatale injure faite aux cendres du erand Henri IV, lorsqu'on anéantit sa loi perpétuelle appelée Véditde Nantes ; ou enfin ce sont des officiers mécontents du ministère, des accusés qui ont échappé aux formes rigoureuses d'une justice quelquefois mal admmistrée : et c est ce oui arrive dans tous les pays de la terre.
On t'est plaint Je ne plus Voira la cour autant de hauteuv dans le. esprits qu'autrefois. 11 n'y a plus en «^^{/^^ P^^^^^^^ tyrans comme du temps delà Fronde, sous Louis XIH, et dans tes siècles précédents : mais la véritable grandeur s est retrouvée dans cette foule de noblesse si longtemps avilie à ser- Z auparavant des sujets trop puissants. On voit des gentihH hommes, des citoyens qui se seraient crus honorés autrefou
d'être domestiques de ces seigneurs deveoui leurs égaui, et très-souvent leurs supérieurs dans le service militaire ; et plui le service en tout genre prévaut sur les titres, plus un État est florissant.
On a comparé le siècle de Louis XIV à celui d'Auguste. Ce n'est pas que la puissance et les <5vénements personnels soient comparables; Rome et Auguste étaient dix fois plus considérables dans le monde que Louis XIV et Paris : mais il faut se souvenir qu'Athènes a été égale à l'empire romain dans toutes les choses qui De tirent pas leur prix de la force et de la puissance ; il faut encore songer que , s'il n'y a rien aujourd'hui dans le monde tel que l'ancienne Rome et qu'Auguste, cependant toute l'Europe ensemble est très-supérieure à tout l'empire romain. Il n'y avait du temps d'Auguste qu'une seule nation, et il y en a aujourd'hui plusieurs, policées, guerrières, éclairées, qui possèdent des arts que les Grecs et les Romains Ignorèrent; et de ces nations il n'y en a aucune qui ait eu •jlus d'éclat en tout genre, depuis environ un siècle, que la nation formée en quelque sorte par Louis XIV.