CHAPITRE XXX
larin Jusqu'à la guerre de 4689; et môme, dans cette guerre, le corps de l'Etat, commençant à être malade, se soutint par la vigueur que Colbert avait répandue dans tousses membres. L'auteur du Détail prétendit que, depuis i660, les biens-fonds i\i royaume avaient diminué de quinze cents millions. Rien n'était ni plus faux ni moins vraisemblable ; cependant ses arguments captieux persuadèrent ce paradoxe ridicule à ceux qui voulurent Ctre persuadés. C'est ainsi qu'en Angleterre, dans les temps les plus florissants , on voit cent papier» publics qui démontrent que l'état est ruiné.
n était plus aisé en France qu'ailleurs de décrier le ministère des finances dans l'esprit des peuples. Ce ministère est le plus odieux, parce que les impôts le sont toujours : il régnait d'ailleurs en général dans la finance autant de préjugea et d'ignorance que dans la philosophie.
On s'est instruit si tard, que de nos jours même on a entendu, en 171. S, le parlement en corps dire au duc d'Orléans « que la valeur intrinsèque du marc d'argent est de vingt- « cinq livres; » comme s'il y avait une autre valeur réelle Intrinsèque que celle du poids et du titre ; et le duc d'Orléans, tout éclairé qu'il était, ne le fut pas assez pour relever cette méprise du parlement.
Colbert arriva au maniement des finances avec de la science et du génie. 11 commença, comme le duc de Sulli,par arrêter les abus et les pillages , qui étaient énormes. La recette fut simplifiée autant qu'il était possible; et, par une économie qui tient du prodige, il augmenta le trésor du roi en diminuant les tailles. On voit, par l'édit mémorable de 1664, qu'il y avait tous les ans un million de ce temps-là destiné à l'encouragement des manufactures et du commerce maritime. 0 négligea si peu les campagnes, abandonnées jusqu'à lui à la rapacité des traitants, que des négociants anglais s'étant adressés à M. Colbert de Croissi, son frère, ambasssadeur è Londres, pour fournir en France des bestiaux d'Irlande, el des salaisons pour les colonies, en 1667, le contrôleur général répondit que o depuis quatre ans, on en avait à revendre c aux étrangers. »
Pour parvenir à cette heureuse administration, il avait
fallu une cbambro de justice et de grandes réformes. Il fts obligé de retrancher huit millions et plus de rentes sur la ville, acquises à viJ prix, que l'on remboursa sur le pied de Tachât. Ces divers chaDgoments exigèrent des l'dits. Le parlement était en possession de les vérifier depuis François !•'. Il fut proposé de les enregistrer seulement à la chambre de» comptes; mais l'usage ancien prévalut. Le roi alla lui-mcm« tu parlement faire vérifier ses édita, en iCSi,
Il se souvenait toujours de la Fronde, de l'arrêt de proscription contre un cardinal, son premier ministre, des autrei arrêts par lesquels on avait saisi les deniers royaux, pillé los meubles et l'argent des citoyens attachés à la couronne : toui ces excès ayant commencé par des remontrances sur des édiu concernant les revenus de l'État, il ordonna, en ir»n7,que m parlement ne fit jamais de représentation que dang la huiteine après avoir enregistré avec obéissance. Cet édit fui encore renouvelé en t673. Aussi, dans tout le cours de son administration, il n'essuya aucune remontrance d'aucune cour de judicalure, excepté dans la fatale année de 1709, où 10 parlement de Paris représenta inutilement le tort que le ministre des finances faisait à l'État par la variation du prix de Tor et de l'argent.
Presque tous les ciloyt;ns ont été persuadés que, si le parlement s'était toujours borné à faire sentir au souverain en connaissance de cause les malheurs et les besoins du peuple, les dangers des impôts, les périls encore plus grands de la vente de ces impôts à des traitants qui trompaient le roi et opprimaient le peuple, cet usage des remontrances aurait été une ressource sacrée de l'État, un frein A l'avidité des financiers, et une leçon continuelle aux minisl/'3s; mais lea étranges abus d'un remède si salutaire avaieiit tellement irrité Louis XIV, qu'il ne vil que les abus et proscrivit lo remède. L'indignation qu'il conserva toujours dans son cœur fut portée si loin, qu'en iCCî) il alla eiicore lui-même au parlement pour y révoquer les privilèges de noblesse qu'il avait accordés dans sa minorité, en i644, à toutes les cours supérieures.
Mais, maigre cet édit, enregistré en présence du roi, 1 usage