‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 209 sur 285 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

modèle ni imitateurs. Si le système qu'il adopte pour conci» lier la chronologie des Juifs avec celle des autres nations a trouvé des contradicteurs chez les savants, son style n'a trouvé que des admirateurs. On fut étonné de cette force majestueuse dont il décrit les mœurs, le gouvernement, Taccroissement et la chute des grands empires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique dont il peint et dont il Juge les nations.

Presque tous les ouvrages qui honorèrent ce siècle étaient dans un genre inconnu à l'antiquité; le Tèlémaque est de ce nombre. Fénelon, le disciple, l'ami de Bossuel, et depuis devenu malgré lui son rival et son ennemi, composa ce livre singulier, qui tient à la fois du roman et du poème, et qui substitue une prose cadencée à la versification. Il semble qu'il ait voulu traiter le roman comme M. de Meaux avait traité l'histoire, en lui donnant une dignité et des charmes inconnus, et surtout en tirant de ces fictions une morale utile au genre humain; morale entièrement négligée dans presque toutes les inventions fabuleuses. On a cru qu'il avait composé ce livre pour servir de thèmes et d'instruction au duc de Bourgogne et aux autres enfants de France, dont il fut précepteur, ainsi que Bossuet avait fait son Histoire universelle pour l'éducation de Monseigneur ; mais son neveu, le marquis de Fénelon, héritier de la vertu de cet homme célèbre, et qui a été tué à la bataille de Rocoux, m'a assuré le contraire. En effet, il n'eût pas été convenable que les amours de Calypso et d'Ëucharis eussent été les premières kçons qu'un prêtre eût données aux enfants de France.

Il ne fit cet ouvrage que lorsqu'il fut relégué dans son archevêché de Cambrai. Plein de la lecture des anciens, et né avec une imagination vive et tendre, il s'était fait un style qui n'était qu'à lui, et qui coulait de source avec abondance, l'ai vu son manuscrit original; il n'y a pas dix ratures : il le composa en trois mois, au milieu de ses malheureuses disputes sur le quiétisme, ne se doutant pas combien ce délassement était suporieur à ces occupations. On prétend qu'un domestique lui en déroba une copie qu'il fit imprimer : si eelâ esi| l'archevôque de Cambrai dut à cette infidélité toute

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i^lÊCLE DB LOUIS XIV.

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