‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 210 sur 285 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

U réputation quMl eut en Europe ; mais il lui dut aussi d ôtra perdu pour jamais à la cour. On crut voir dans THémaqué une critique indirecte du gouvernement de Louis XIV. S630S. tri«; qui triomphait avec trop de faste; Idomt^née, qui étabUsUit le luxe dans Salente, et qui oubliait le nécessaire, parurent des portraits du roi ; quoiqu'après tout il soit impo.. rible d'avoir chez soi le superHu que par la surabondance dei arts de la première nécessité. Le marquis de Louvois scmblait, aux yeux des mécontents, représenté sous le nom de Protésilas, vain, dur, hautain, ennemi des grands capitaine, ifui servaient l'État et non le ministre. , . , ,

Les alliés qui, dans la guerre de 1088, s unirent contre Louis XIV, qui depuis ébranlèrent son trône dans la guerre de 1701, se firent une joie de le reconnaître dans ce mt^me Idoménée, dont la hauteur révolte tous ses voisins Ces a lugions firent des impressions profondes, à la faveur de ce style îiarmonieux qui insinue d'une manière si tendre la modéra- Uon et la concorde. Les étrangers et les Français mêmes las- «es de tant de guerres, virent avec une consolation maligne une satire dans un livre fait pour enseigner la vertu. Les éditions en furent innombrables : j'en ai vu quatorze en langue anglaise. Il est vrai qu'après la mort de ce monarque si craint, si envié, si respecté de tous, et si haï de quelques-uns, quand la malignité humaine a cessé de s'assouvir oes allusions prétendues qui censuraient sa conduite, les juges d un goût sévère ont traité le Télémaque avec quelque rigueur . ils ont bWmé les longueurs, les détails, les aventures trop peu Uées, les descriptions trop répétées et ««^^P/^^^^^/^^^i; j* vie champêtre; mais ce livre a toujours été regardé comme un des beaux monuments d'un siècle florissant.

On peut compter parmi les productions d'un genre unique les Caractéies de La Bruyère : il n'y avait pas, chez les ancicns, plus d'exemples d'un tel ouvrage que du Tèlemaqm Un style rapide, concis, nerveux, des expressions pittoresques, un usage tout nouveau de la langue, mais qui n en blesse pas les règles, frappèrent le public ; et les allusious qu on y trouvait en foule achevèrent le succès. Quand La Bruyère montra son ouvrage manuscrit à M. de Malesieux, celui-ci lai au :

ri Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup « d'ennemis. » Ce livre baissa dans l'esprit des hommes, quand une génération entière, attaquée dans l'ouvrage, fut passée ; cependant, comme il y a des choses de tous les temps et de tous les lieux, il est à croire qu'il ne sera jamais oublié. U Tdémaque a fait quelques imitateurs; les Caractères de La Bruyère en ont produit davantage. Il est plus aisé de faire le courtes peintures des choses qui nous frappent, que d'écrire un long ouvrage d'imagination, qui plaise et qui instruise *

la foi^. , , .,

L'art délicat de répandre des grâces jusque sur la philosophie fut encore une chose nouvelle dont le livre des Mondeê fut le premier exemple ; mais exemple dangereux, parce que la véritable parure de la philosophie est l'ordre, la clarté, et surtout la vérité. Ce qui pourrait empêcher cet ouvrage ingénieux d'être mis par la postérité au rang de nos livres classiques, c'est qu'il est fondé en partie sur la chimère des toui^

billons de Descartes. ^ . .. « ,

Il faut ajouter à ces nouveautés celles que produisit Bayle en donnant un Lidionnaire de raùonnemeiit : c'est le premier ouvrage de ce genre où l'on puisse apprendre à penser. " n faut abandonner à la destinée des livres ordinaires let articles de ce recueil qui ne contiennent que de petits faiU indignes à la fois de Bayle, d'un lecteur grave et de la postérité Au reste, en plaçant ici Bayle parmi les auteurs qui ont honoré le siècle de Louis XIV, quoiquil fût réfugié en Hollande, je ne fais que me conformer à l'arrêt du parlement de Toulouse, qui, en déclarant son testament valide en France, malgré la rigueur des lois, dit expressément « qu'un tel « homme ne peut être regardé comme un étranger. »

On ne s'appesantira point ici sur la foule des bons livre» que ce siècle a fait naître ; on ne s'arrête qu'aux productions de génie singulières ou neuves qui le caractérisent et qui la distinguent des autres siècles. L'éloquence de Bossuet et de Bourdaloue, par exemple, n'était et ne pouvait être celle de Cicéron; c'était un genre et un mérite tout nouveau. Si quelque chose approche de l'orateur romain, ce sont les trois mémoires ^ue Pélissou composa pour Fouquet : ils sont dana

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