‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 211 sur 285 · I-IJ^ ' ■, I · texte numérisé non relu

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SIÊCLB DK LOUIS XIV.

le même genre que plusieurs oraisons de ClcéroD, un mélange d'affaires judiciaires et d'affaires d'État, traité solidement avec un art qui parait peu, et orné d'une éloquence touchante.

Nous avons eu des historiens, mais point de Tite-Live. Le •tyle de la Conspiration de Venise est comparable à celui d<ï Salluste. On loit que l'abbé de Saint-Réal l'avait pris pour modèle, et peut-être l'a-t-il surpassé. Tous les autres écrits dont on vient de parler semblent être d'une création nouvelle : c'est là surtout ce qui distingue cet Age illustre ; car, pour des savants et des commentateurs, le seizième et le dix« leptième siècle en avaient beaucoup produit; mais le vni génie en aucun genre n'était encore développé.

Qui croirait que tous ces bons ouvrages en prose n'auraient probablement jamais existé, s'ils n'avaient été précédés par la poésie? C'est pourtant la destinée de l'esprit humain dans toutes les nations; les vers furent partout les premiers enfants du génie, et les premiers maîtres d'éloquence.

Les peuples sont ce qu'est chaque homme en particulier, Platon et Cicéron commencèrent par faire des vers. On ne pouvait encore citer un passage noble et sublime de prose française, quand on savait par cœur le peu de belles stances que laissa Malherbe; et il y a grande apparence que sans Pierre Corneille le génie des prosateurs ne se serait pas développé.

Cet homme est d'autant plus admirable qu'il n'était environné que de très-mauvais modèles quand il commença à donner des tragédies. Ce qui devait encore lui fermer le bon chemin, c'est que ces mauvais modèles étaient estimés ; et, pour comble de découragement, ils étaient favorisés par le cardinal de Richelieu, le protecteur des gens de lettres, et non pas du goût. Il récompensait de méprisables écrivain», qui d'ordinaire sont rampants; et, par une hauteur d'espri' li bien placée ailleurs, il voulait abaisser ceux en qui il sen tait avec quelque dépit un vrai génie, qui rarement se plie ' U dépendance. 11 est bien rare qu'un homme puissant, quand ) est lui-même artiste, protège sincèrement les bons ertistei.

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