‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 230 sur 285 · CHAPITRE mVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE mVI

éditB et malgré les gardes, échapperait par la fuile à une Tiolence regardée comme une horrible persécution? Pourquoi enfla vouloir faire haïr à plu» d'un million d'hommes un nom cher et précieux, auquel, et protestants et catholiques, et Françaia et étrangers, avaient alors joint celui de Grand? La politique môme semblait pouvoir engager à conserver lei calvinistes pour les opposer aux préfenliong continuelles de la cour de Rome. C'était en ce temps-là même que le roi avait ouvertement rompu avec Innocent XI, ennemi de la France; mais Louis XIV, conciliant les intérêts de sa religion st ceux de sa grandeur, voulut à la fois humilier le pape l'une main, et écraser lo calvinisme de l'autre.

Il envisageait dans ces deux entreprises cet éclat de gloire 4ont il était idol.ltre en toute» choses. Les évoques, plusieurs intendants, tout le conseil, lui persuadèrent que les soldats, en se montrant seulement, achèveraient ce que aes bienfaits et les missions avaient commencé. Il crnt n'tiser que d'autorité; mais ceux à qui cette autorité fut commise usèrent d'une extrême rigueur.

Ver» la fin de 1684, et au commencement de 1685, tandis que Louis XIV, toujours puissamment armé, ne craignait aucun de ses voisins, les troupes furent envoyées dans toute» les villes et dans tous les châteaux où il y avait le plus de protestants; et comme les dragons, assez mal disciplinés dvHns ce temps-là, furent ceux qui commirent le plus d'excôi, oa appela cette exécution la dragoujiadeK

Les frontières étaient aussi soigneusement gardées qu'on lo pouvait, pour prévenir la fuite de ceux qu'on vo ilait réunii à l'Église. C'était uua espèce de chasse qu'on faisait dans une grande enceinte.

Un évoque, un intendant, un «ubdélégué, ou un curé, ou quelqu'un d'autorisé, marchait à la tête des soldats. On assemblait les principales familles calvinistes, surtout celle» qu'on croyait les plus faciles; elles renonçaient à leur reli*

t. «On passa «es ordres (Louii XIV), dit madsme de Cayiut, on fit k «on diet cniantt^s qu'il aurait punie*, si elles étaient venufls i ta coiiua'sian^e ; eu H. de LouYois se contentait de lui dire chaque jour ; tTant de gens »e sont co» • Tertis, comme je l'avais dit à Votre Majesté, à la seule vue d«i troupes •

«don .u nom de. autres, et les obstinée, étaient livrée, aux soldat., qui eurent toute licence, excepté celle de tuer; U ï eut pourtant plu.ieuw personnes si cruellement maltraitées au'elles en moururent. Les enfants des réfugié, dan. le. paj. étranger, jettent encore des cris sur cette persécution de leurs pères ; ils la comparent aux plu. violente, que .ouffrit rÉelise dan» le. premiers temps.

C'iHait un étrange contraste, que, du sein d'une cour Toluptueuse où régnait la douceur des mœurs, les grâce», les charme» de la société, il partit de» ordre» si durs et si impitovables. Le marquis de Louvois porta dans cette affaire linflexibilité de son caractère; on y reconnut le même génie oui avait voulu ensevelir la Hollande sous les eaux, et qui depuis mit le Palatinat en cendres. Il y a encore des lettre, de sa main, de cetie année 1685, conçue, en ces termes : . Sa a Majesté vaut qu'on fasse éprouver les dernières ngueur. à . ceux qui ne voudront pas se faire de sa religion; et ceux • qui auront la sotie gloire de vouloir demeurer les dernier. I doivent être poussés jusqu'à la dernière extrémité. »

Pari» ne fut point exposé à ce. vexations ; le» cris se servent fait entendre au trône de trop prè. : on veut bien faire de. malheureux, mal» on souffre d'entendre leur, clameur..

(1685 ) Tandis qu'on fai.ait ainsi tomber partout les temple^ et qu'on demandait dans les provinces de. abjurations à main armée, l'édit de Nantes fut enfin cassé, «».'"<»:"»«'• tobre 1685; et on acheva de ruiner l'édiflco qui était déjà

miné de toutes parts.

La chambre de l'édit avait déjà été .upprimée. Il fut ordonné aux conseillers calvini.tcs du parlement de «> défaire de leur, charges. Une foule d'arrêt, du conseil parut coup sur coup pour extirper le. restes de la religion prosente : celui qui paraissait le plu. fatal fut l'ordre d arracher lei enfant, aux prétendu, réformés, pour les remettre entre le. mains des plus proches parenU catholique, (janvier 16S8); ordre contre lequel la nature réclamait à .i haute voix qu U

ne fut pas exécuté. , . , „ . <•

Mais, dans ce célèi)ro édit qui révoqua celui de Nantes, U

oaralt qu'on prépara un événement tout contraire au but

SIËCLE DB LOUIS XTV.

qu'on «*étoîl proposai On voulait la réunion des calvinistes â l'Église dans le royaume : Gourville, homme trf^s-judicieux, consulté par Louvois, lui avait proposé, comme on sait, de faire enfermer tous les ministres, et de ne relAcher que ceux qui, gagnés par des pensions secrètes, abjureraient en public, et serviraient à la réunion plus que des missionnaires et des soldats. Au lieu de suivre cet avis politique, il fut ordonné par l'édit \\ tous les ministres qui ne voulaient pas se convertir de sortir du royaume dans quinze jours : c'était s'aveugler que de penser qu'en chassant les pasteurs, une grande partie du troupeau ne suivrait pas; c'était bien présumer de sa puissance, et mal connaître les hommes, de croire que tant de cœurs ulcérés, et tant d'imaginations échauffées par l'idée du martyre, surtout dans les pays méridionaux de la France, ne s'exposeraient pas à tout pour aller chez les étrangers publier leur constance et la gloire de leur exil, parmi tant de nations envieuses de Louis XIV, qui tendaient les bras à ces troupes fugitives.

Le vieux chancelier Le Tellier, en signant l'édit, s'écria plein de joie : Nunc dîmittis servum funm. Domine, qvia videnmt ocuH met salutare tunm. Il ne savait pas qu'il signait un des grands malheurs de la France*.

Louvois, son fils, se trompait encore en croyant qu'il suffirait d'un ordre de sa main pour garder toutes les frontières et toutes les côtes contre ceux qui se faisaient un devoir de hi fuite. L'industrie occupée k tromper la loi est toujours plus forte que Tautorité : il suffisait de quelques gardes gagnés pour favoriser la foule des réfugiés. Près de cinquante mille familles, en trois ans de temps, sortirent du royaume, et furent après suivies par d'autres; elles allèrent porter ches les étrangers les arts, les manufactures, la richesse. Presque tout le nord de l'Allemagne, pays encore agreste et dénué

I. SI TOUS llseï l'orâison funèbre de L« Telrier, par Bossuet, ce chancelier es «n just<^ et un grand homme. Si vous liseï les Annale» de l'abbé de Saint Pierre, c'est un lâche et dangereux courtisan, un calomniateur adroit, dont le comte d« Gramroont disait, en le voyant sorMr d'un entretien particulier avec le roi : • J « crois voir une fouine qui nient d'égorger des poulets, en se léchant le muse»» • pleia le leur san«. • {Note '** ^oltairt^^.

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