‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 231 sur 285 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

d'industrie, reçut une nouvelle face de ces multitudes transplantées; elles peuplèrent des villes entières. Les étoffes, les gnlons, les chapeaux, les bas, qu'on achetait auparavant de la France, furent fabriqués par eux : un faubourg entier de Londres fut peuplé d'ouvriers français en soie; d'autres y portèrent l'art de donner la perfection aux cristaux, qui fut alors perdu en France. On trouve encore très-communément dans l'Allemagne l'or que les réfugiés y répandaient. Ainsi la France perdit environ cinq cent mille habitants, une quantité prodigieuse d'espèces, et surtout des arts dont ses ennemis s'enrichirent. La Hollande y gagna d'excellents officiers et des soldats; le prince d'Orange et le duc de Savoie eurent des régiments entiers de réfugiés : ces mêmes souverains de Savoie et de Piémont, qui avaient exercé tant de cruautés contre les réformés de leur pays, soudoyaient ceux de France; et ce n'était pas assurément par zèle de religion que le prince d'Orange les enrôlait. Il y en eut qui s'établirent jusque vers le cap de Bonne-Espérance : le neveu du célèbre Duquéne, lieutenant général de la marine, fonda une petite colonie à cette extrémité de la terre. !:ile n'a pas prospéré; ceux qui t'y embarquèrent périrent pour la plupart; mais enfin il y a encore des restes de cette colonie voisine des Hottentots. Les Français ont été dispersés plus loin que les Juifs.

Ce fut en vain qu'on remplit les prisons et les galères de ceux qu'on arrêta dans leur fuite. Ouft faire de tant de malheureux affermis dans leur croyance par les tourments ? Comipent laisser aux galères des gens de loi, des vieillards infirmes? On en fit embarquer quelques centaines pour l Amérique. Entin le conseil imagina que, quand la sortie du royaume ne serait plus défendue, les esprits n'étant plui animés par le plaisir secret de désobéir, il y aurait mcins de désertions. On se trompa encore; et, après avoir ouvert les passages, on les referma inutilement une seconde fois.

On défendit aux calvinistes, on 1685, de se faire servir par des catholiques, de peur que les maîtres ne pervertissent lei domestiques; et, l'année d'après, un autre édit leur ordonna de se défaire des domestiques huguenots, afin de pouvoir les tnéter comme vagabonds. 11 n'y avait rien de stable dans la

Page 1