CHAPITRE XXXVl
manière de les persécuter, que le dessein de les opprimar pour les convertir.
Tous les temples dtUruits, tous les ministres bannis, il s'agissait de retenir dans la communion romaine tousceui qui avaient changé par persuasion ou par crainte. Il en restait plus de quatre cent mille' dans le royaume; ils étaient obligés d'aller à la messe et de communier; quelques-uns, qui rejetèrent l'hostie après l'avoir reçue, furent condamnés à être brûlés vifs. Les corps de ceux qui ne voulaient pas recevoii les sacrements à la mort étaient traînés sur la claie, et Jetéi à la voirie.
Toute persécution fait des prosélytes quand elle frappa pendant la chaleur de l'enthousiasme. Les calvinistes s'assemblèrent partout pour chanter leurs psaumes, malgré la peine de mort décernée contre ceux qui tiendraient des assemblées. Il y avait aussi peine de mort contre les ministres qui rentreraient dans le royaume, et cinq mille cinq cents livres de récompense pour qui les dénoncerait. Il en revint plusieurs, qu'on fît périr par la corde ou par la roue.
La secte subsista en paraissant écrasée : elle espéra en vain, dans la guerre de 1680, que le roi Guillaume, ayant détrôné son beau-père catholique, soutiendrait en France le calvinisme; mais dans la guerre de 1701 la rébellion et le fanatisme éclatèrent en Languedoc et dans les contrées voisines.
Cette rébellion fut excitée par des prophéties. Les prédictions ont été de tout temps un moyen dont on s'est servi pour séduire les simples, et pour enflammer les fanatiques. De cent événements que la fourberie ose prt'dire, si la fortune en amène un seul, les autres sont oubliés, et celui-là reste comme un gage de la faveur de Dieu, et comme la preuve d'un prodige : si aucune prédiction ue s'accomplit, on les explique, on leur donne un nouveau sens; les enlhousiaslei l'adoptent, et les imbéciles le croient,
I. Oa • imprimé pluiiean foii qu'il y a encore en France troii milliiin» de riforaét. Celte exagération e«t intolérable. M. de Bârille n'en comptait pas etai jBïlîe en Languedoc, et il était eiact. Il n'y en a p«« quinte tniile dans Paria» Mauc«up de "iilta et des prutinra» «nUtr«a a'as omk oâa. LNoie de Voltairt.)
Le ministre iurieu fut un des plus ardents prophètes. Il <ommenga par se mettre au-dessus d'un Cotterus, de je ne sais quelle Christine», d'un Jusius Velsius, d'un Drabitius, qu'il regarde comme gens inspirés de Dieu ; ensuite il se mit presque à côté de l'auteur de l'Apocalypse et de saint Paul. Ses partisans, ou plutôt ses ennemis, firent frapper une médaille en Hollande a\ec cet exergue : lurius propheta. Il promit la délivrance du peuple de Dieu pendant huit années. - Son école de prophétie s'était établie dans les montagnes du f Dauphiné, du Vivarais et des Cévennes, pays tout propre aux i prédictions, peuplé d'ignorants et de cervelles chaudes, 1 échauffés par la chaleur du climat, et plus encore par leurs Iprédicants.
; La première école de prophétie fut établie dans une verrerie, sur une montagne du Dauphiné, appelée Peira : un vieil huguenot, nommé de Serre, y annonça la ruine de Babylone et le rétablissement de Jérusalem ; il montrait aux enfants les paroles de l'Écriture qui disent : « Quand trois ou « quatre sont assemblés en mon nom, mon esprit est parmi « eux ; et avec un grain de foi on transportera des mon- • tagnes. » Ensuite il recevait l'esprit: on le lui conférait en lui soufflant dans la bouche, parce qu'il est dit dans saint Matthieu que Jésus souffla sur ses disciples avant sa mort. 11 était hors de lui-m/?mo; il avait des convulsions; il changeait de voix; il restait immobile, égaré, les cheveux hérissés, selon l'ancien usage de toutes les nations, et selon ces règles de démen-ce transmises de siècle en siècle. Les enfants rece- Yaient ainsi le don de prophétie, et s'ils ne transportaient pas des montagnes, c'est qu'ils avaient assez de foi pour recevoir l'esprit, et pas assez pour faire des miracles ; ainsi ils redou jblaient de ferveur pour obtenir ce dernier don. I Tandis que les Cévennes étaient ainsi l'école de l'enthousiasme, des ministres, qu'on appelait apôtres, revenaient ea / «ecret prêcher les peuples.
f Claude Brousson, d'une famille considérée à Nîmes, homm^ ' éloquent et plein de zèle, très-estimé chez les étrangers,
^ i^ C^l'ifiiiac Pouiatowice, fille d'ao moin*; polonais apo»tat, morte en 1S44.