CHAPITRE XXXVI
retourna dans ia patrie en lfi9«, y fut convaincu non-feulement d'avoir rempli son ministère malgré les édils, mail d'avoir eu dix ans auparavant des correspondances avec lei ennemis de l'État : en effet, il avait formé le projet d'introduire des troupes anglaises et savoyardes dans le Languedoc. Ce projet, écrit de sa main et adressé au duc de Schomberg, avait élé intercepté depuis longtemps, et était entre les mains de l'intendant de la province. Brousson , errant de ville en Fille, fut saisi h Oléron et transféré à la citadelle de Montpellier. L'intendant et ses juges l'interrogèrent : il répondit qu'il était l'apùtre de Jésus-Christ, qu'il avait reçu le Saint- Esprit, qu'il ne devait pas trahir le dépôt de la foi, que son devoir était de diftribuer le pain de la parole A ses frères. On lui demanda si les apAtrcs avaient écrit des projets pour faire révolter des provinces ; on lui montra son fatal écrit, et les juges le condamnèrent tout d'une voix ;\ être roué vif. Il mourut comme mouraient les premiers martyrs. Toute la secte, loin de le regarder comme un criminel d'État, ne vit en lui qu'un saint qui avait scellé sa foi de son sang ; et on imprima le martyre de M. de Brousson.
Alors les prophètes se mulliplicnl, et l'esprit de fureur redouble. Il arrive malheureusement qu'en 1703, un abbé de la maison du Cliaila, inspecteur des missions, obtient un ordre de la cour de faire enfermer dans un couvent deux filles d'un gentilhomme nouveau converti. Au lieu de les conduire au couvent, il les mène d'abord dans son chAtcau. Les talvinistes s'attroupent : ou enfonce les portes ; on délivre les deux filles et quelques autres prisonniers. Les séditieux saisissent l'abbé du Chaila; il lui offrent la vie s'il veut être de leur religion ; il la refuse. Un prophète lui crie : «Meurs donc; « l'esprit te condamne, ton péché est contre toi; » et il est tué à coups de fusil. Aussitôt après il» saisissent les receveurs de la décapitation, et les pendent avwî leurs rôles au cou ; de là ils se jettent sur les prêtres qu'ils rencontrent, et les massacrent. On les poursuit; ils se retirent au milieu des bois eî des rochers. Leur nombre s'accroît : leurs prophètes et leurs prophélesses leur annoncent de la part de Dieu le rétabli»ement de Jérusalem et la chute de Babylone. Un abbé de U
Bourlie parait tout à coup au milieu d'eux dans leurs retraites eauvages, et leur apporte de l'argent et des armes.
C'était le fils du marquis de Guiscard, sous-gouverneur du roi, l'un des plus sages hommes du royaume. Le fils était bien indigne d'un tel père. Réfugié en Hollande pour un crime, il va exciter les Cévennes à la révolte : on le vit quelque temps après passer à Londres, où il fut arrêté, en 17H, pour avoir trahi le ministère anglais, après avoir trahi son pays. Amené devant le conseil, il prit sur la table un de ces longs canifs avec lesquels on peut commettre un meurtre; il en frappa le chancelier Harlai , depuis comte d'Oxford , et on le conduisit en prison chargé de fers : il prévint son supplice en se donnant la mort lui-même. Ce fut donc cet homme» qui* au nom des Anglais, des Hollandais et du duc de Savoie, vint encourager les fanatiques, et leur promit de puissants
secours.
(1703.) Une grande partie du pays les favorisait secrètement. Leur cri de guerre était : « Point d'impôts, et liberté de conscience. » Ce cri séduit partout la populace. Ces fureurs justifiaient aux yeux du peuple le dessein qu'avait eu Louis XIV d'extirper le calvînisme ; mais sans la révocation de l'édit de Nantes on n'aurait pas eu à combatlre ces fureurs.
Le roi envoie d'abord le maréchal de Montrevel avec quelques troupes. 11 fait la guerre à ces misérables avec une barbarie qui surpasse la leur : on roue, on brûle les prisonniers; mais aussi les soldats qui tombent entre les mains des révoltés périssent par des morts cruelles. Le roi, obligé de soutenir la guerre partout, ne pouvait envoyer contre eux que peu de troupes : il était difficile de les surprendre dans des rochers presque inaccessibles alors, dans des cavernes, dans des bois, où ils se rendaient par des chemins non frayas, et dont ils descendaient tout à coup comme des bétes féroces; ^s défirent mCnie dans un combat réglé des troupes de la marine. Ou employa contre eux successivement trois maiéchaux de France.
Au maréchal de Montrevel succéda, en 1704, le maréchal Ile Vilîars. Ct^mme il lui était plus dilticiîe encore de les trouver que do les battre, le maréchal de Villars, après s'être fait
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craindre, leur fit proposer une amnistie. Quelques-unsd'entra eux y consentirent, dtHrompés des promesses d'Ôtre secourus par le duc de Savoie, qui, à l'exemple de tant de souverains, les persécutait chez lui, et avait voulu les proléger che? ««
ennemis.
Le plus accrédité de leurs chefs, et le seul qui mérite d'être nommé, était Cavalier. Je l'ai vu depuis en .Hollande et en Angleterre : c'était un petit homme blond, d'une physionomie douce et agréable : on l'appolait David dans son parti. De garçon boulanger il était devenu chef d'une asseï grande multitude, à l'âge de vingt-trois ans, par son courage, et à l'aide d'une prophétesse qui le fit reconnaître sur uu ordre exprès du Saint-Esprit. On le trouva à la tête de huit cents hommes qu'il enrégimentait quand on lui proposa l'amnistie. Il demanda des otages, on lui en donr/a : il vint, suivi d'un des chefs, à Nîmes, où il traita avec le maréchal de Villars. (1704.) Il promit de former quatre régiments de révoltés qui serviraient le roi sous quatre colonels, dont il serait le premier, et dont il nomma les trois autres : ces régiments devaient avoir l'exercice libre de leur religion, comme le« troupes étrangères à la solde de France ; raa's cet exercice ne devait point être permis ailleurs.
On acceptait ces conditions, quand des émissaires de Hollande vinrent en empêcher l'effet avec de l'argent et des promesses. Ih détachèrent de Cavalier les principaux fanatiques: mais ayant donné sa parole au maréchal de Villars, il la voulut tenir. Il accepta le brevet de colonel, et commença à former •on régiment avec cent trente hommes qui lui étaient affectionnés.
J'ai entendu souvent de la bouche du maréchal de Villars qu'il avait demandé à ce jeune homme comment il pouvait à son âge avoir eu tant d'autorité sur des hommes si féroces et A indisciplinables. Il répondit que quand on lui désobéissait, Ba prophétesse, qu'on appelait la grande Marie, était sur-le* champ inspirée, et condamnait à ^ort les réfractaires qu'on tuait sans raisonner ^. Ayant fait depuis la même question à Cavalier, j'en eus la même réponse.
t. Gt U-AÏt duit M trouver data iea vérilaU<;« Mimoireê du maréchal di VU'