CHAPITRE XXXVII
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Hollande et d'An^'lelerre; ils avaient des intelligences dam Coûtes les villes de la province.
On peut mettre au rang des plus grandes conspiration^ celle qu'ils formèrent de baisir dans Nîmes le duc de Berwici et l'intendant Bâville, de faire révolter le Languedoc et \i l)auphin6, et d'y introduire les ennemis. Le secret fut gard< par plus de mille conjurés; l'indiscrétion d'un seul fit lou dc^couvrir : plus de deux cents personnes périrent dans le» supplices. Le maréchal de Berwick lit exterminer par le fei Cl par le feu tout ce qu'on rencontra de ces malheureux : l» uns moururent les armes à la main, les autres sur les roue ou dans les flammes ; quelques-uns, plus adonm^s à la pro phiHie qu'aux armes, trouvèrent moyen d'aller en Hollande Les réfugiés français les y reçurent comme des envoyé célestes; ils marchèrent au-devant d'eux, chantant de psaumes, et jonchant leur chemin de branches d'arbres. Plu sieurs de ces prophètes allèrent en Angleterre ; mais, trou vant que l'Église épiscopale tenait trop de l'Église romaine ils voulurent faire dominer la leur. Leur persuasion était u pleine que, ne doutant pas qu'avec beaucoup de foi on ne fît beaucoup de miracles, ils ofl'rirent de ressusciter un mort, et même tel mort que l'on voudrait choisir. Partout le peuple est peuple , et les presbytériens pouvaient se joindre à ces • fanatiques contre le clergé anglican. Qui croirait qu'un des plus grands géomètres de l'Europe, Fatio Duillier, et un' homme de lettres fort savant, nomm^^ Daudé, fubsent à la tête de ces énergumènes? Le fanatisme rend la science môme sa complice, et étouffe la raison.
Le ministère anglais prit le parti qu'on aurait dO toujour* prendre avec les hommes à miracles : on leur permit de déterrer un mort dans le cimetière de l'église cathédrale. La place fut entourée de gardes; tout se passa juridiqueuient : la scèns finit par mettre au pilori les prophètes.
Ces excèif du fanatisme ne pouvaient guère réuesir C9 Angleterre, où la philosophie commençait à dominer; ils nd troublaient plus rAllemagne depuis que les trois religions, 1a catholique, l'évangéliste et la réformée, y étaient également protégées par ici traites de Weslphalit^ ; Us Prûviactts-UaitA
admettaietit dans leur sein toutes les religion», par une tolérance politique. Enfin il n'y eut sur la fin de ce siècle que la France qui essuya de grandes querelles ecclésiastiques, malgré les progrès de la raison. Cette raison, si lente à s'introduire chez les doctes, pouvait à peine encore percer chezlei docteurs, encore moins dans le commun des citoyens. 11 faut d'abord qu'elle soit établie dans les principales têtes; elle descend aux autres de proche en proche, et gouverne enfin le peuple même qui ne la connaît pas, mais qui, voyant que ses supérieurs sont modérés, apprend aussi à l'être. C'est un des grands ouvrages du temps, et ce temps n'était pas ennore venu,
CUAPiïUE XXXVil
Du jâiucuiftuie.
Le calvinisme devait nécessairement enfanter des guerre civiles, et ébranler les fondements des États. Le Jansénisme ne pouvait exciter que des querelles théologiques et des guerres de plume; car les réformateurs du seizième siècle ayant déchiré tous les liens par qui l'Église romaine tenait les hommes, ayant traité d'idolAtrie ce qu'elle avait de plui sacré, ayant ouvert les portes de ses cloîtres, et remis ses trésors dans les mains des séculiers, il fallait qu'un des deux partis pérît par l'autre. Il n'y a point de pays en effet où la religion de Calvin et de Luther ait paru sans exciter des persécutions et des guerres.
Mais les jansénistes n'attaquant point l'Église, n'en voulanv ni aux dogmes for-damentaux, ni aux biens, et écrivant sur des questions abstraites, tantôt contre les réformés, tantôt contre les institutions des papes, n'eurent enfin de crédit nulle part; et ils ont fini par voir leur secte méprisée dan? presque toute l'Europe, quoiqu'elle ait eu plusieurs partisans très-respectables par leurs talents et par leurs mœurs.
Dans le temps même où les huguenots attiraient une atteajon sérieuse, le jansénisme inquiéta la France pius qu'il ne la troubla; ce» disputes étaiecl veuues d'ailleurs comme bien