‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 238 sur 285 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

nicains refusèrent raccommodement d'Achille Gaillard ; leur célèbre Lemos soutint le concours prévenant, et le complément de la vertu active : les congrégations se multiplièrent sans que personne s'entendît.

Clément VIII mourut avant d'avoir pu réduire les arguments pour et contre à un sens clair. Paul V reprit le procès ; mais, comme lui-même en eut un plus important avec la république de Venise, il fit cesser toutes les congrégations qu'on appela et qu'on appelle encore de auxiliis. On leur donnait ce nom aussi peu clair par lui-mOme que les quettions que l'on agitait, parce que ce mot signifie secours, e1 qu'il s'agissait dans cette disput-e des secours que Dieu donna à 1» ;olonté faible des hommes. Paul V finit par ordonner aux deux partis de vivre en paix.

Pendant que les jésuites établissaient leur science moyenne et leur congruisme, Cornélius Jansénius, évCque d'Ypre», renouvelait quelques idées de Baïus dans un gros livre sur Baint Augustin, qui ne fut imprimé qu'après sa mort; de sorte qu'il devint chef de secte sans jamais s'en douter. Presque personne ne lut ce livre qui a causé tant de troubles; mais du Verger de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, ami de Jansénius, homme aussi ardent qu'écrivain diffus et obscur, Tint à Paris, et persuada de jeunes docteurs et quelques Tieilles femmes. Les jésuites demandèrent à Itomc la condamnation du livre de Jansénius, comme une suite de celle de BaîUB, et l'obtinrent en 1Q41 ; mais à Paris la faculté de théologie, et tout ce qui se mtîlait de raiconner, fut partagé. Il ne parait pas qu'il y ait beaucoup à gagner à penser avec Jansénius que Dieu commande des choses impossibles; cela l'est ni philosophique ni consolant; mais le plaisir secret t*ôtre d'un parti, la haine que s'attiraient les jésuites, l'envie de se distinguer et l'inquiétude d'esprit, formèrent une secte.

La faculté condamna cinq propositions de Jansénius à la pluralité des voix : ces cinq propositions étaient extraites du livre tris-fldèlement, quant au sens, mais non p^s quant aux propres paroles. Soixante docteurô appelèrent au parlement comme d'abus, et la chambre des vacations ordonna que les parties comparaîtraient.

Les parties ne comparurent point; mais d'un côté un docteur, nommé Habert, soulevait les esprits contre Jansénius; de l'autre le fameux Arnauld, disciple de Saint-Cyran, défen» dait le jansénisme avec l'impétuosité de son éloquence. II haïssait les jésuites encore plus qu'il n'aimait la grâce efficace; et il était encore plus haï d'eux, comme né d'un père qui, s'étant donné au barreau, avait violemment plaidé pour l'université contre leur établissement. Ses parents s'étaient acquis beaucoup de considération dans la robe et dans Tépée i son génie et les circonst;mces où il se trouva le déterminèrent à la guerre de plume et à se faire chef de parti, espèce d'ambition devant q;ii toutes les autres disparaissent. Il combattit contre les jésnites et contre les réformés jusqu'à l'Age de quatre-vingts ans; on a de lui cent quatre volumes, dont presque aucun o'est aujourd'hui au rang de ces bons livrais classiques qui iionorent le siècle de Louis XIV, et qui fout la bibliothèque des nations. Tous ces ouvrages eurent une grande vogue dans son temps, et par la réputation de l'auteur, et par 'a chaleur des disputes. Cette chaleur s'est attiédie; les livr js ont été oubliés ; il n'est resté que ce qui appartenait simplement a la raison : sa géométrie, la grammaire raisonnée, la logique, auxquelles il eut beaucoup de part. Personne li était né avec un esprit plus philosophique; mais sa philosophie fut corrompue en lui par la faction qui l'entraîna, et qui plongea soixante ans dans de misérables disputes de l'école et dans les malheurs attachés A l'opinifttretô, un esprit fait pour éclairer les hommes.

L'université étant partagée sur ces cinq fameuses propositions, les évêques le furent aussi : quatre-vingt-huit évéquei le France écrivirent en corps à Innocent X pour le prier de décider, et onze autres écrivirent pour le prier de n'en rien faire. Innocent X jugea; il condamna chacune des cinq propositions à part, mais toujours sans citer les pages dont elles étaient tirées, ni ce qui. iea précédait et ce qui les suivait.

Cette omission, qu'on n'aurait pab Tuite dans une affaire civile au moindre des tribunaux, fut faite et par la Sorbonne, •t par les jansénistes, et par les jésuite'», ^^t par le souverain pontife. Le fond des cin^i^ropositions condamnées est évidem-

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ment dans Jansénius. 11 n*y a qu'à ouvrir le troisième tome, à la page 138, édilion de Paris, 164i, on y lira mot à mot: « Tout cela démontre pleinement et évidemment qu'il n'est <• rien de plus certain et de plus Ibndamcnial dans la doc- « trine de saint Augustin, qu'il y a certains commandements « impossibles, non-seulement aux infidèles, aux aveugles, « aux endurcis, mais aux fidèles et aux justes, malgré leur? • volontés et leurs elîorts, selon les forces qu'ils ont; et que « la grAce qui peut rendre ces commandements possibles « leur manque. »> On peut aussi lire à la page 165, « que « Jésus-Christ n'est pas, selon saint Augustin, mort pour tous « les hommes. »

Le cardinal Mazarin fit recevoir unanimement la bulle du pape par l'assemblée du clergé : il était bien alors avec le pape; il n'aimait pas les jansénistes, et il haïï?ait avec raisoû les factions.

La paix semblait rendue à l'Église de France; mais lea jansénistes écrivirent tant de lettres, on cita tant saint Augustin, on fit agir tant de femmes, qu'après la bulle acceptée il y eut plus de jansénistes que jamais.

Un prêtre de Saint-Sulpice s'avisa de refuser l'absolution à M. de Liancourt, parce qu'on disait qu'il ne croyait pas que les cinq propositions fussent dans Jansénius, et qu'il avait dans sa maison des hérétiques. Ce fut un nouveau scandale, un nouveau sujet d'écrits. Le docteur Arnauld se signala; et, dans une nouvelle lettre à un duc et pair ou réel ou imaginaire, il soutint que les propositions de Jansénius condamnées n'étaient pas dans Jansénius, mais qu'elles se trouvaient dans saint Augustin et dans plusieurs Pères ; il ajouta que : « saint Pierre était un juste à qui la grâce, sans laquelle od « ne peut rien, avait manqué. »

Il est vrai que saint Augustin et saint Chrysostome avaient dit la même chose ; mais les conjonctures, qui changent tout, rendirent Arnauld coupable. On disait qu'il fallait mettre de l'eau dans le vin des saints Pères ; car ce qui est un objet t\ sérieux pour les uns est toujours pour les autres un sujet do plaisanterie. La faculté s'assembla; le chancelier Séguiery vint mOme de la part du roi : Arnauld fut condamné et exclu

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