CHAPITRE XXXVU
enaemi ^ « le crains, écrivit-il à madame de Maintenon, de «marquer au roi trop de soumission en donnant les pouvoirs « à celui qui les mérite le moins. Je prie Dieu de lui fair<3 « connaître le péril qu'il court en confiant son nme à un « homme de ce caractère *. »
On voit dans plusieurs mémoires que le P. Le Tellier dî^ ju'il fallait qu'il perdît sa place, ou le cardinal la sienne. )Bt très-vraisemblable qu'il le pensa, et peu qu'il l'ait dit.
Quand les esprits sont aigris, les deux partis ne font plm \ue des démarches funestes. Des partisans du P. Le Tellier, ies évêques qui espéraient le chapeau, employèrent l'autorité royale pour enflammer ces étincelles qu'on pouvait éteindre. Au lieu d'imiter Rome, qui avait plusieurs fois Imposé silence aux deux partis; au lieu de réprimer un religieux et de conduire le cardinal; au lieu de défendre ces combats comme les duels, et de réduire tous les prêtres, comme tous les seigneurs, à être utiles sans être dangereux; au lieu d'accabler enfin les deux partis sous le poids de la puissance suprême, soutenue par la raison et par tous les magistrats, Louis XIV crut bien faire de solliciter lui-même à Rome une déclaration de guerre, et de faire venir la fameuse constHutioD Vnigenitus, qui remplit le reste de sa vie d'amertume.
Le jésuite Le Tellier et son parti envoyèrent à Rome cent trois propositions à condamner : le saint office en proscrivit cent et une. La bulle fut donnée au mois de septembre 1713 : elle vint, et souleva contre elle presque toute la France. Le foi l'avait demandée pour prévenir un schisme, et elle fut
I Coniultex les Lettres de manfitM Jt Maintnion. On ^oil ^ue ces lettres étaient connues de l'auteur a^aut qu'on les eût imprimées, et qu'il n'a rien h«-
urdé. (Noté de Voltaire.)
î. Quand on a des lettres aussi authentiques, on peut les citer : ce sont les plus précieux matériaux de l'histc're. Mais quel fond faire sur une lettre qu'on suppose écrite au roi par le cardina. de Noailles : « J'ai travaillé le premier a la
• ruine du clergé pour sauter totre État et pour soutenir votre trône. Il ne tous
• est pas permis de demander compte de ma conduite. »
Est -il Traisemblable qu'un sujet au-isi sage et aussi modéré que le cardinal de noailles ait écrit à son souverain une lettre si irxsolente et si outrée? Ce n'et» «une imputation maladroite j elle se trouve paye 141, tome V, des Mémoiroi éê Matntenon ; et, comme elle n'a ni authenticité ni vraisemblance, on ne doit | ^out«r aucune fo. {NoU de loi(air«.j
SIÈCLE DE LODIS XÎV.
près d'en causer un : la clameur fut générale, parce que, parmi ces cent et une proposition», il y en avait qui paraissaient à tout le monde contenir le sens le plus innocent et la plus pure morale. Une nombreuse assemblée d'évôques fut convoquée à Paris : quarante acceptèrent la bulle pour le bien de la paix; mais ils en donnt'îrent en mOme temps dci explications, pour calmer les scrupules du public. L'acceptation pure et simple fut envoyée au pape, et les modifications furent pour les peuples : ils prétendaient par là satisfaire à la fois le pontife, le roi et la multitude. Mais le cardinal de Noailles, et sept autres évéques de rassemblée qui se joignirent à lui, ne voulurent ni de la bulle ni de ses correctifs : ils écrivirent au pape pour demander ces correctifs mêmes k Sa Sainteté. C'était un atîront qu'ils lui faisaient respectueusement : le roi ne le souffrit pas ; il empocha que la lettre ne parût, renvoya les év»?ques dans leurs diocèses, défendit au cardinal de paraître à la cour. La persécution donna à cet archevêque une nouvelle considération dans le public : sept autres évoques se joignirent encore à lui. C'était une véritable division dans l'épiscopat , dans tout le clergé, dans les ordres religieux. Tout le monde avouait qu'il ne s'agissait pas des points fondamentaux de la religion ; cependant il y avait une guerre civile dans les esprits, comme s'il eût été question du renversement du christianisme, et on fit agir des deux côtés tous les ressorts de la politique, comme dansl'afaire la plus profane.
Ces ressorts furent employés pour faire accepter la constitution par la Sorbonne. La pluralité des sulTrages ne fut pas pour elle; et cependant elle y fut enregistrée. Le ministère avait peine à suffire aux lettres de cachet qui envoyaient en prison ou en exil les opposants.
(1714.) Cette bulle avait été enregistrée au parlement, avee r?.s réserves des droits ordinaires de la couronne, des libertés de l'Église gallicane, du pouvoir et de la juridiction des évéques; mais le cri perçait toujours à travers l'obéissance. Lo cardinal de Bissy, l'un des plus ardents défenseurs de la bulle, avoua dans une de ses lettres qu'elle n'aurait pas 4té reçu« avf ** plus d'indignité à Genève qu'à Paris.