CHAPITRE XXXVn
Les esprits étaient surtout révoltés contre le jésuite Le Tellîer. Rien ne nous irrite plus qu'un religieux devenu puissant : son pouvoir nous paraît une violation de ses vœux ; mais s'il abuse de ce pouvoir, il est en horreur. Toutes les prisons étaient pleines depuis longtemps de citoyens accusés de jansénisme. On faisait accroire à Louis XIV, trop ignorant dans ces matières, que c'était le devoir d'un roi très-chrétien, et qu'il ne pouvait expier ses péchés qu'en persécutant les shérétiques. Ce qu'il y a de plus honteux, c'est qu'on portait à ce jésuite Le Telller les copies des interrogatoires faits à c?s infortunés. Jamais on ne trahit plus lAchement la justice; jamais la bassesse ne sacrifia plus indignement au pouvoir. On a retrouvé, en 1768, à la mais'.n professe des jésuites, ces monuments de leur tyrannie, après qu'ils ont porté enfin la peine de leurs excès, et qu'ils ont été chassés par tous les parlements du royaume, par les vœux de la nation, et enfin par un édit de Louis XV. Le Tcllier osa présumer de son crédit jusqu'à proposer de faire déposer le cardinal de Noailles dans un concile national. Ainsi un religieux faisait servir à sa vengeance son roi, son pénitent et sa religion.
Pour préparer ce concile, dans lequel il s'agissait de déposer un homme devenu l'idole de l^aris et de la France par la pureté de ses mœurs, parla douceur de son caractère, et plus encore par la persécution , on détermina Louis XIV à faire enregistrer au parlement une déclaration par laquelle tout évéque qui n'aurait pas reçu la bulle purement et simplement serait tenu d'y souscrire, ou qu'il serait poursuivi suivant la rigueur des canons. Le chancelier Voisin, secrétaire d'État de la guerre, dur et despotique, avait dressé cet édit. Le procureur général d'Agiies8Cûu,plus versé que le chancelier Voisin dans les lois du royaume, et ayant alors ce courage d'esprit que donne la jeunesse, refusa absolument de se charger d'une telle pièce. Le premier président de Mesme en remontra au roi les conséquences. On traîna l'alTaire en longueur. Le roi était mourant. Ces malheureuses disputes troublèrent et avancèrent ses derniers moments. Son impitoyable confesseur fatiguait sa faiblesse par des exhortations continuelles à
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sotisommer on ouvrage qui ne devait pas faire chérir •• mémoire : les domestiques du roi, indignés, lui refusèrent deux fois rentrée de la chambre, et enfin ils le conjurèrent de ne point parler au roi de constitution. Ce prince mourut,
et tout changea.
Le ducdOrlt'ans, régent du royaume, ayant renversé d abord toute la forme du gouvernement de LouisXlV, et ayant substitué des conseils aux bureaux des secrétaires d'État composa un conseil de conscience dont le cardinal de Noailles fut le président. On exila le jésuite Le Tellier, chargé de la haine oublique, et peu aimé de ses confrère».
Les évfiques opposés à la bulle appelèrent à un futur concile dût-il ne se tenir jamais. La Sorbonne, les curé» du diocèse de Paris, des corps entiers de religieux firent le même appel ; et enfin le cardinal de Noailles fil le sien en 17 17 ; mai» il ne voulut pas d'abord le rendre public. On l .mprima, diton, malgré lui. L'Église de France resta divisée en deux factions, les acceptant et les refusants. Les acceptants étaient e» cent évêques qui avaient adhéré sous Louis XIV, avec le» lésuites et les capucin»; les refusants étaient quinze évêque. et toute la nation. Le» acceptants se prévalaient de Rome; le» autres, des universités, des parlements et du peuple. On imprimait volume sur volume, 'ettres sur lettres. On se traitait réciproquement de schismaeique et d'hérélique.
Un archevêque de Reims, du nom de MaiUy, grand et heureux partisan de Rome, avait mis son nom au bas de deux écrits que le parlement fit brûler par le bourreau. L archevêque, l'ayant su, fit chanter un Te Deum, pour remercier Dieu d'avoir été outragé par des schismatiques. Dieu le récompensa : il fut cardinal. Un évêque de Soisson», nommé Languet, ayant essuyé le même traitement du parlement, ot ayant signifié à ce corps que « ce n'était pas a lui à le juger, même pour un crime de lèse-majesté, » il fut condamné i dix mille livres d'amende; mais le régent ne voulut pas qu'il le» payât, de peur dit-il q.;'^' ne devint au»., cm-
dinal.
Rome éclatait en reproches ; on se consumait en négocia tion»; on appelait, on réappelait; et tout cela pour quelques