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CHAPITRE XXÏ.VIII. l

L'éweaue de Meaux, avec Vagrément du roi, ••a.socia pou» .eî .ren Vév^que'de ChAlons. qui f-t/tP"-» '^ ^e ^ ie Noaille» et l'abbé Tronson, .upéneur de Samt-Sulpice. m Îasseilèrent secrètement au village d'..si, prè. de Pam^ LSvïque de Paris, Chanva.on, j^oux que da^res Jlui M portassent pour juges dans son diocèse, fit »ffi*er une centre publique des livres qu'on examinait. Madame GuTOft Treara^dans'la ville de Meaux même ; elle -"-""^J J°" Te que l'iWêque Bossuet voulut, et promit de ne plus dog

""Spendant Fénelon fut élevé à l'archevêché de O^mbrai^ en 1695, et sacré par Vévêque de Meaux. H semblait qu une !ff« r, âssouDip dan» laquelle il n'y avait eu jusque-là que Scr:n':detaitiam\isser.veiUer.Maisrnadam^^^^^^^^^^ accusée de dogmatiser toujours, après avoir promis le s Jence îu enlevée, par ordre du roi. dans 1- '^, "»^« ^"^ ^^^^^^^^^ mise en prison à Vincennes, comme si elle eu éîé/"»* P^ ^nne danaereuse pour l'État. Elle ne pouvait léfre, et ses Sels éveries ne'méritaient pas l'attention du «,uveram. EUe c~ à Vincennes un gros volume de vers mystiques^ pfusmS encore que «i prose, elle parodiait les vers de. opéras. Elle chantait souvent :

L'amour pur et parfait ^a plu» loin qu'on ne pcn*e :

On ne sait pas, lorsqu'il commence.

Tout ce qu'il doit coûter un jour.

Mon cœur n'aurait connu Vincennes ni souffrance,

S'il n'eût connu le pur amour.

Les opinions des hommes dépendent des temps, de. lieui ,t1ês drconstances. Tandis qu'on tenait en pnson madame r ,nn oTavaU épousé Jésus-Christ dans une de ses extases, ïr„i depu'ce temP-1- ne priait plus les saints, disant que U maltrelTde la maison ne devait pas s'adresser aux dômes- ÏZ d ns ce temps-là, dis-je, on sollicitait à Rome la cano. Son de MaHe d'Agreda, qui avait eu plus de -s.on. et de Suons que tous les mystiques ensemble; et, pour mettre teclmble aux contradiction, dont ce monde est plein, on oouSit en Sorbonne cette même d'Agreda, qu on voulut ^M en Espagne. ;.'naive«ité d. Salamanque condam-

' '"•;f^iH*'^

nait la Sorbonne, et en était condamnée. U était difficile dfi dire de quel côté il y avait le plus d'absurdité et de folie; ntais c'en est sans doute une très-grande d'avoir donné à toutes les extravagances de cette espèce le poids qu'elles ont encore quelquefois*.

BosBuet, qui s'était longtemps regardé comme le père et le maître de Fénelon, devenu jaloux de la réputation et du crédit de son disciple, et voulant toujours conserver cet ascendant qu'il avait pris sur tous ses confrères, exigea que le nouvel arcbevéque de Cambrai condamnât madame Guyon avec lui, et souscrivît à ses instructions pastorales. Fénelon ne voulut lui sacrifier ni ses sentiments, ni son amie. On proposa des tempéraments; on donna des promesses : on se plaignit de part et d'autre qu'on avait manqué de parole. L'archevêque de Cambrai, en partant pour son diocèse, fit imprimer à Paris son livre des Maximes des saints, ouvrage dans lequel il crut rectifier tout ce qu'on reprochait à son amie, et développer les idées orthodoxes des pieux contemplatifs qui s'élèvent au-dessus des sens, et qui tendent \ un état de perfection où les ftmes ordinaires n'aspirent guère. L'évéque de Meaux et ses amis se soulevèrent contre le livre; on le dénonça au roi, comme s'il eût été aussi dangereux qu'il était peu intelligible. Le roi en parla î\ Bossuet, dont il respectait la réputation et les lumières. Celui-ci, se jetant aux genoux de son prince, lui demanda pardon de ne l'avoir pas averti plus t(M de la fatale hérésie de M. de Cambrai.

Cet enthousiasme ne parut pas sincère aux nombreux amis de Fénelon; les courtisans pensèrent que c'était un tour de courtisan. U était bien difficile qu'au fond un homme comme Bossuet regardât comme une hérésie fatale la chimère pieuse d'aimer Dieu pour lui-même : il se peut qu'il fût de bonne fo5 dans sa haine pour cette dévotion mystique, et encore plus dans sa haine secrète pour Fénelon; et que, confondant

{ Ce qu'on aurait du remarqurr, c'f.t cju»: le nuié«i?nie est dan» Don Q^U-

Ctotti O: chevalier erraut .!it qu'on doit servir DiUcinee, saiw -.utre ii^cuii.jw.nM

axe d'être son chevalier. Saiicbo lui répond ; « Con esta manera de aoior he oido

. YO predicar que m ha dit aiuar d ouestio Soiior por si solo, siuque nos inueTS

*«»peran»a de gloria, 6 temor de pena; auuque 70 le querri* »iiAr y fxrnr r»

« 1p que pudiese. • {Sote de Vollair».)

CHAPITRR XXXVÎIU

l'ane avec l'autre, il portât de bonne foi cette accusation contre son confrère et son ancien ami, se figurant peut-être que des délations qui déshonoreraient un homme de guerre honorent un ecclésiastique, et que le zèle de la religion lanctifie les procédés lâches.

Le roi et madame de Maintenon consultent aussitôt le Père de La Chaise : le confesseur répond que le livre de l'archevêque est fort bon, que tous les jésuites en sont édifiés, el qu'il n'y a que les jansénistes qui le désapprouvent. L'évoque de Meaux n'était pas janséniste, mais il s'était nourri de leur» bons écrit». Les jc^suites ne l'aimaient pas, et n'en étaient

pas aimés. ,. . ^. *

La cour et la ville furent divisées, et toute 1 attention tournée de ce côté înissa respirer les jansénistes. Bossuet écrivit contre Fénelon. Tous deux envoyèrent leurs ouvrages au pape Innocent Xll, et s'en remirent à sa décision. Les circonstance» ne paraissaient i>a8 faAorablos à Fénelon; on avait depuis peu condamné violemment à Rome, dans la personne de l'Espagnol Molinos, le quiétisme dont on accusait l'archevêque de Cambrai : c'était le cardinal dEstrées, ambassadeur de France à Rome, qui avait poursuivi Molinos. Ce cardinal d'Estrée», que nous avons vu dans sa vieillesse plus occupé des agréments de la société que de théologie, avait persécuté Molmo» pour plaire aux ennemis de ce malheureux prêtre; il avait même engagé le roi à solliciter à Rome la condamnation, qu'il obtint aisément : de sorte que Louis XIV se trouvait sans le savoir l'ennemi le plus redoutable de l'amour pur dcj

mystiques. " ,

Rien n'est plus aisé dans ces matières délicates, que de trouver, dans un livre qu'on juge, des passages ressemblant à ceux d'un livre déjà proscrit. L'archevêque de Cambrai avait pour lui les jésuites, le duc de Beauvilliers, le duc de Chevreuse, et le cardinal de Bouillon, depuis peu ambassadeur de France à Rome; M. de Meaux avait son grand nom et l'adhésion des principaux prélats d<î France. Il porta au roi les signatures de plusieurs évêques et d'un grand nombre de docteurs, qui tous s'élevaient contre le livre de» Miixima de» saints»

cbapithe xxxviii.

Telle était l'autorité de Bossuet, que le P. de La Chaise Dosa soutenir l'archevêque de Cambrai auprès du roi son pénitent, et que madame de Mainlenon abandonna absolument son ami. Le roi écrivit au pape Innocent XII qu'on lui avait déféré le livre de l'archevêque de Cambrai comme un ouvrage pernicieux, qu'il l'avait fait remettre aux mains du nonce, et qu'il pressait Sa Sainteté de juger.

On prétendait, on disait m^^me publiquement à Rome, 0^ c'est un bruit qui a encore des partisans, que l'archevêque de Cambrai n'était ainsi persécuté que parce qu'il s'était opposé à la déclaration du mariage secret du roi et de madame de Maintenon : les inventeurs d'anecdotes prétendaient que cette dame avait engagé le P. de La Chaise à presser le roi de la reconnaître pour reine ; que le jésuite avait adroitement remis cette commission bas irdeuse à l'abbé de Fénelon, et que ce précepteur des enfants de France avait préféré l'honneur de la France et de ses disciples à sa fortune, qu'il s'était jeté aux pieds de Louis XIV pour prévenir un éclat dont la bizarrerie lui ferait plus de tort dans la postérité qu'il n'en recueillerait de douceurs pendant sa vie*.

11 est très-vrai que Fénelon ayant continué l'éducation du duc de Bourgogne depuis sa nomination à l'archevêché de Cambrai, le roi dans cet intervalle, avait entendu parler confusément de ses liaisons avec madame Guyon et avec madame de la MaisoQ-Fort. 11 crut d'ailleurs qu'il inspirait an duc de Bourgogne des maximes un peu austères, et des principes de gouvernement et de morale qui pouvaient peut-être devenir un jour une censure indirecte de cet air de grandeur, ëe cette avidité de gloire, de ces guerres légèrement entreprises, de ce goût pour les fêtes et pour les plaisirs, qui avaient caractérisé son règne.

Il voulut avoir une conversation avec le nouvel archevêque sur ces principes de politique. Fénelon, plein de ses idées, laissa entrevoir au roi une partie des maximes qu'il dévebppa ensuite d^ns les endroits du Télémaque où il traite du

I. Le conte le retrouve dans V Histoire dé J/>uis XIV , imprimée à ÂTignoa. Cmx Hui ont a^tprocbé de ce muoarqae et de madame de Maintenon t^avent s «(lUl poinl Utat cela est Soigné de U vérité. {Not.' de Voli9<r9.\

gouvernement : maximes plus approchantes delà république de Platon que de la manière dont il faut gouverner les hommes. Le roi, après la conversation, dit qu'il avait entretenu le plus bel .^sprit et le plus chimérique de son royaume.

Le duc de Bourgogne fut instruit de ces paroles du roi; if les redit quelque Icmps après à M. de Malezieux, qui lui ensoignait la géométrie. t:'est ce que je tiens de M. de Malezieux, et ce que le cardinal de Fleuri m'a confirmé.

Depuis cette convei-sation le roi crut aisément que Fénelon était aussi romanesque en fait de religion qu'en fait rt-

politique.

Il est très-certain que le roi était personnellement piquô contre l'archevêque de Cambrai. Godet-Desmarels, évCque de Chartres, qui gouvernait madame de Maintenon et Saint-Cyr avec le despotisme d'un directeur, envenima le cœur du roi : ce monarque fit son aiVaire principale de toute cette dispute ridicule dans laquelle il n'entendait rien. U était sans doute très-aisé de la laisser tomber d'elle-même; mais elle faisait tant de bruit à la cour, qu'il craignit une cabale encore plut qu'une hérésie. Voilà la véritable origine de la persécution

excitée contre Fénelon.

Le roi ordonna au cardinal de Bouillon, alors son ambassadour à Rome, par ses lettres du mois d'auguste (que nous nommons si mal à propos août) 1697, de poursuivre la condamnation d'un homme qu'on voulait absolument faire passer pour un hérétique : il écrivit de sa propre main au pape Innocent XII pour le presser de décider.

La congrégation du saint-office nomma pour instruire le procès un dominicain, un jésuite, un bénédictin, deux cordcliers, un feuillant et un augustin. C'est ce qu'on appelle à Home les consulteurs. Les cardinaux et les prélats laissent d'ordinaire à ces moines l'étude de la théologie, pour se livrer à la politique,à l'intrigue, ou aux douceurs de l'oisivelé. Les consulteurs examinèrent pendant trente-sept conférences trente-sept propositions, lesjugèrent erronéesà la pluralité des voix; et le pape, à la tête d'une congrégation de cardinaux, les condamna par un bref qui fut publié et affiché ians Borne le 13 mars 1699.

L'évt^que de Mcaux triompha; mais l'archevôque de Cam* brai lira un plus beau triomphe de sa défaite. Il se soumit «ans restriction et sans réserve ; il monta lui-même en chaire à Cambrai pour condamner son propre livre ; il empocha ses omis de le défendre. Cet exemple unique de la docilité d'un Bavant qui pouvait se faire un grand parti par la persécution même, cette candeur ou ce grand art lui gagnèrent tous les cœurs, et firent presque haïr celui qui avait remporté la victoire. Fénelon vécut toujours depuis dans son diocèse ea digne archevêque, en homme de lettres : la douceur de se? mœurs, répandue dans sa conversation comme dans ses écrits, lui firent des amis tendres de tous ceux qui le virent; îa persécution et son Télémaque lui attireront la vénération de l'Europe. Les Anglais surtout, qui firent la guerre dans son diocèse, s'empressèrent à lui témoigner leur respect; le duc de Marlborough , prenait soin qu'on épargnât ses terres. Il fut toujours cher au duc de Bourgogne qu'il avait élevé, et il aurait eu part au gouvernement si ce prince eût vécu.

Dans sa retraite philosophique et honorable, on voyait combien il était difficile de se détacher d'une cour telle que celle de Louis XIV; car il y en a d'autres que plusieurs hommes célèbres ont quittées sans les regretter. Il en parlait toujours avec un goût et un intérêt qui perçaient au travers de sa résignation. Plusieurs écrits de philosophie, de th 'ologie, de belles-lettres, furent le fruit de cette retraite. Le duc d'Orléans, depuis régent du royaume, le consulta sur des points épineux qui intéressent tous les hommes, et auxquels peu d'hommes pensent : il demandait si l'on pouvait démontrer l'existence d'un Dieu, si ce Dieu veut un culte, quel est lo culte qu'il approuve, si l'on peut l'oflenser en choisissant mal? Il faisait beaucoup de questions de cette nature, en philosophe qui cherchait à s'instruire; et l'archevêque répondait en philosophe et en théologien.

Après avoir été vaincu s'^r les disputes de l'école, il eût éii peut-être plus convenable qu'il ne se m -lût point des querelles du jansénisme; cependant il y entra. Le cardinal de Noailles avait pris contre lui autrefois le parti du plus fort; l'archevêque de Cambrai en usa de même : il espéra qu'il re-

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