‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 252 sur 285 · CHAPITRE XXXVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIll

Tiendrait à la cour, et qu'il y serait consulté; tant l'esprit humain a de peine à se détacher des affaires, quand une foii elles ont servi d'aliment à son inquiétude î Ses désirs cependant étaient modérés comme ses écrits; et même sur la fia de sa vie il méprisa enfin toutes les disputes : semblable en rela seul à l'évr^quo d'Avranches, Huet, l'un des plus savant! hommes de l'Europe, qui, sur la fin de ses jours, reconnut la ranité de la plupart des sciences, et celle de l'esprit humain L'archevêque de Cambrai (qui le croirait l) parodia ainsi ua lir de Lulli :

Jeune, j'étais trop sage, Et voulais trop .«avoir ; Je ne veux en partage

Oue badiuagc ; Et touche au deruier Ag«

Sans rien prévoir.

Il fit ces vers en présence de son neveu le marquis de Fénelon, depuis ambassadeur à la Haye; c'est de lui que je les tiens » : je garantis la certitude de ce fait. Il serait peu important par lui-même, s'il ne prouvait à quel point nous voyons •ouvent avec des regards did'érenis, dans la triste tranquillité

I. Ceu verfi se trouvent dans 1rs poésies de madame Guyon; mai» le neveu de M. l'arche vcque de Cambrai m'ayant assuré plus d'une fois qu'ils étaient de son oncle, et qu'il les lui avait entendu réciter le jour niéine qu'il les avait faits, on « dû restituer ces vers à leur véritable auteur. Us ont été imprimés dans cinquante exemplaires de l'édition du Télnnaque, fait-' par les soins du marquis de Fénelon, en Hollande, et supprimés dans les autres exemplaires.

Je suis obligé de répéter ici que j'ai entre les n ains une lettre de Ramsay, élève 4e Fénelon, dans laquelle il me dit : « S'il était né en Angleterre, il aurait dévef loppé son génie et domié l'essor à ses principes, qu'on n'a jamais bien connus. .

L'autour du Dictionnaire historique, littémire et critique, etc. Avi-non, 1759. lit à l'article FB^ELOR, « qu'il étaH artificieux, souple, flatteur et dissimulé. • Il •e fonde, pour flétrir ainsi sa mémoire, sur un libelle de l'abbé Phelipeaux, ennemi de ce grand homme. Ensuite il assure que l'ai chevAî'Me de Cambrai était un pauvre théologien, parce qu'il li'.Hail pas janséniste. Nous sommes inondés depuis peu de dictionnaires qui sont des libelles diiramafoires. Jamais la httératK.e n'a ét.^ si déshonorée ni la vérité bI attaquée. Le nicme auteur nie que M. Ramsay m'ait écrit la lettre d(»nt je parle, et il le nie :.vec une grossièreté insultante, quoiqu'il ait tiré une grande psrtie de ses articles du Siècle Je Lows XIV. Les plagiaires jansénistes no sont pas polis : moi, qui ne suis ni jnnsi^nist.-, m mMmiste, oi quiétiste, je n'ai autre chose à lui répondre, sinon que j'ai U lettre. Voici les propres paroles : . Were he boru in a free couutry, W >would hâve display'd his , whole genius, and givca a fuU carcer to his own piiuciple» never kno\Mi k (;;,>«• de VùUaife.)

de la vieillesse, ce qui nous a paru si grand et si intéressant dnns rags où l'esprit le plus actif est le jouet de ses désiw cl lie ses illusions.

Ces disputes, longtemps l'objet de l'atlention de la Franco ainsi que beaucoup d'autres nées de l'oisivettS se sont évanouies; on s'étonne aujourd'hui quelles aient produit tant d'animosités. î/esprit philosophique, qui gagne de jour en Jour, semble assurer la tranquillité publique ; et les fanatiques nit^mes, qui s'élèvent contre les philosophes, leur doivent la paix dont ils jouissent, et qu'ils cherchent à perdre.

l/affaire du quiétisme, si malheureusement importante Eous Louis XIV, aujourd'hui si méprisée et si oubliée, perdit alla cour le cardinal de Bouillon. Il était neveu de ce célèbre Turenne à qui le roi avait dû son salut dans la guerre civile, et, depuis, l'agrandissement du royaume.

Uni par l'amitié avec l'archevêque de Cambrai, et chargé des ordres du roi contre lui, il chercha à concilier ces deux devoirs. 11 est constant par ses lettres qu'il ne trahit jamais son ministère en étant fidèle à son ami. 11 pressait le jugement du pape, selon les ordres de la cour ; mais en même temps il tachait d'amener les deux partis à une conciliation.

Un prôtre italien nommé Giori, qui était auprès de lui l'espion de la faction contraire, s'introduisit dans sa confiance, et le calomnia dans ses lettres; et poussant la pcrOdie jusqu'au bout, il eut la bassesse de lui demander un secours de mille écus,et après l'avoir obtenu il ne le revit jamais.

Ce furent les lettres de ce misérable qui perdirent le cardinal de Bouillon à la cour. Le roi l'accabla de reproches comme s'il avait trahi l'État. Il paraît pourlant par toutes ses dépt^ches qu'il s'était conduit avec autant de sagesse que de

dignité.

Il obéissait aux ordres du roi en demandant la condamnation de quelques maximes pieusement ridicules des mystiques, qui sont les alchimistes de la religion ; mais il était fidèle à l'amitié en éludant les coups que l'on voulait porter à la personne de Fénelon. Supposé qu'il importât ;\ l'Église qu'on o'aimrit las Dieu pour lui-même, il n'importait pas que l'archevêque de Cambrai fût flétri : mais le roi malheureusemeot

OHAPITRE XXXVIII.

foulut que Fénelon fût condamné, soit aigreur contre fui, ce qui semblait au-dessous d'un grand roi, soit asservissement au parti contraire, ce qui semble encore plus au-dessous de la dignité du trône. Quoi qu'il en soit, il écrivit au cardinaî de Bouillon, le 10 mars 16îM), une lettre de reproches trèsmortifiante : il déclare dans cette lettre qu'il veut la condamnation de l'archevêque de Cambrai; elle est d'un homme pi« que. Le Télémaque faisait alors un grand bruit dans toula l'Europe; et les Maximes des saiiits, que le roi n'avait point lues, étaient punies des maximes répandues dans le Télémaquej qu'il avait lu.

On rappela aussitôt le cardinal de Bouillon : il partit; mai», ayant appris à quelques milles de Rome que le cardinal doyen était mort, il fut obligé de revenir sur ses pas pour prendre poss( ssion de celte dignité qui lui appartenait de droit, étant, quoique jeune encore, le plus ancien des cardinaux.

La place de doyen du sacré collège donne à Rome de trèsgrandes prérogatives ; et, selon la manière de penser de ce temps-là, c'était une chose agréable pour la France qu'elle fût occupée par un Fran(;ais.

Ce n'était point d'ailleurs manquer au roi que de se mettre en possession de son bien, et de partir ensuite ; cependant cette démarche aigrit le roi sans retour : le cardinal en ar rivant en France fut exilé, et cet exil dura dix années eotières.

Enfin, lassé d'une si longue disgrâce, il prit le parti de sortir de France pour jamais, en 1710, dans le temps que Louis XIV semblait accablé par les alliés, et que le royaume était menacé de tous côtés.

Le prince Eugène et le prince d'Auvergne, ses patents, 1« reçurent sur les frontières de Flandre, où ils étaient victorieux. Il envoya au roi la croix de l'ordre du Saint-Esprit, et la démission de s( charge de grand aumônier de France, eu lui écrivant cespï jpres paroles : « Je reprends la liberté que « me donnaient ma naisnance de prince étranger, fils d'un • souverain, ne dépendant que de Dieu, et ma dignité de « cardinal de la sainte Église romaine et de doyen du sacré

SIÈCLE DE tiOUIS XIY.

Page 1