CHAPITRE V
jours le fils du duc d'Elbeuf à la Bastille, et il n'en fut pluf
parlé.
La querelle du duc de Beaufort et du duc de Nemours, •on beau-frère, fut sérieuse. Ils s'appelèrent en duel, ayant chacun quatre seconds. Le duc de Nemours fut tué par le due de Beaufort, et le marquis de Villars, surnommé Orondate, qui secondait Nemours, tua son adversaire Héricourt, qu'il n'avait jamais vu auparavant. De justice, il n'y en avait pas l'ombre. Les duels étaient fréquents, les déprédations continuelles, les débauches poussées jusqu'à l'impudence publique ; mais au milieu de ces désordres il régna toujours une gaieté qui les rendit moins funestes.
Après le sanglant et inutile combat de Saint-Antoine, le roi ne put rentrer dans Paris, et le prince n'y put demeurer longtemps. Une émotion populaire, et le meurtre de plusieurs citoyens dont on le crut l'auteur, le rendirent odieux au peuple. Cependant il avait encore sa brigue au parlement. (30 juillet 1652.) Ce corps, intimidé alors par une cour errante et chassée en quelque façon de la capitale, pressé par les cabales du duc d'Orléans et du prince, déclara par un arrêt le duc d'Orléans lieutenant général du royaume, quoique le roi fût majeur : c'était le môme titre qu'on avait donné au duc de Mayenne du temps de la Ligue. Le prince de Condé fut nommé généralissime des armées. Les deux parlements de Paris et de Pontoise, se contestant l'un à l'autre leur autorité, donnant des arrêts contraires, et qui par là se seraient rendus le mépris du peuple, s'accordaient à demander l'expulsion de Mazarin ; tant la haine contre ce ministre semblait alors la devoir essentiel d'un Français I
Il ne se trouva dans ce temps aucun parti qui ne fût faible ; celui de la cour l'était autant que les autres : l'argent et les forces manquaient à tous; les factions se multipliaient; les combats n'avaient produit de chaque côté que des pertes et des regrets. La cour se vit obligée de sacrifier encore Mazarin, que tout le monde appelait la cause des troubles, et qui n'en était que le prétexte. Il sortit une seconde fois du royaume : pour surcroît de honte, il fallut que le roi donnât une déclaratir.^n publique, par laquelle il renvoyait son mi«
nistre en vantant ses services et en se plaignant de son exil.
Charles I*»", roi d'Angleterre, venait de perdre la tête sur un échafaud, pour avoir, dans le commencement des troubles, abandonné le sang de StralTord, son ami, à son parlement; Louis XIV, au contraire, devint le maître paisible de soo royaume en souffrant l'exil de Maf.arin. Ainsi les mômes iaiblesses eurent des succès bien différents. Le roi d*Angleterr(\ m abandonnant son favori, enbardit un peuple qui respirai la guerre, et qui haïssait les rois ; et Louis XIV, ou plutôt U reine mère , en renvoyant le cardinal , ôta tout prétexte d6 révolte à un peuple las de la guerre, et qui aimait la royautés
(20 octobre 1652.) Le cardinal à peine parti pour aller à Bouillon, lieu de sa nouvelle retraite, les citoyens de Paria, de leur seul mouvement, députèrent au roi pour le supplier de revenir dans sa capitale. 11 y rentra, et tout y fut si paisible qu'il eût été difficile d'imaginer que quelques jour» auparavant tout avait été dans la confusion. Gaston d'Orléans, malheureux dans ses entreprises qu'il ne sut jamais soutenir, fut relégué à Blois, où il passa le reste de sa vie dans le repentir; et il fut le deuxième fils de Henri le Grand qui mourut sans beaucoup de gloire. Le cardinal de Retz, aussi imprudent qu'audacieux, fut arrêté dans le Louvre; et, après avoir été conduit de prison en prison , il mena longtemps une vie errante, qu'il fiait enfin dans la retraite, où il acquit des vertus que son grand courage n'avait pu counaltre dans les agitations de sa fortune.
Quelques conseillers, qui avaient le plus abusé de leur ministère, payèrent leurs démarches par l'exil; les autres se renfermèrent dans les bornes de la magistrature, et quelquesuns s'attachèrent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq cents écus, que Fouquet, procureur général et turiotendant des finances, leur fit donner sous main.
Le prince de Coudé cependant, abandonné en France de presque tous ses partisans, et mal secouru des Espagnol», continuait sur les frontières de la Champagne une guerre malheureuse. Il restait encore des factions dans Bordeaux, mais elles furent bientôt apaisées. Le calme du royaume était l'effet du bannissement du cê^