CHAPITRE VI
reine i2o Suède, vint à Paris. On admira en .elle une Jeun« roine qui à vingt-sept ans avait renoncé à la souveraineté dont elle était digne, pour vivre libre et tranquille. Il est honteux aux écrivains protestants d'avoir osé dire, sans la moindre preuve, qu'elle ne quitta sa couronne que parce qu'elle ne pouvait plus la garder : elle avait formé ce dessein dès TAgo de vingt ans, et Tavail laissé mûrir sept années. Cette résolutien, si supérieure aux idées vulgaires, et si longtemps méditée, devait fermer la bouche à ceux qui lui reprochaient de la légèreté et une abdication involontaire : l'un de ce» deux reproches détruisait l'autre; mais il faut toujours que ce qui est grand soit attaqué par les petits esprits.
Pour connaître le génie unique de cette reine, on n'a qu'A lire ses lettres. Klle dit, dans celle qu'elle écrivit à Chanut, autrefois ambassadeur do France auprès d'elle : «J'ai possédé
• sans faste, je quitte avec facilité. Après cela ne craignez pas « pour moi; mon bien n'est pas au pouvoir de la fortune. » KUe écrivit au prince de Condé : « Je me tiens autant honorée « par votre estime que par la couronne que j'ai portée. Si « après l'avoir quittée vous m'en jugez moins digne, j'avouerai « que le repos que j'ai tant souhaité me coûte cher; mais je « ne me repentirai pourtant point de l'avoir acheté au prix « d'une couronne, et je ne noircirai jamais une action qui « m'a semblé belle par un Ifiche repentir; et s'il arrive que « vous condamniez cette action, je vous dirai pour toute « excuse que je n'aurais pas quitté les biens que la fortune « m'a donnés, si je les eusse crus nécessaires à ma félicité,
•« et que j'aurais prétendu à l'empire du monde, si j'eusse
* été aussi assurée d'y réussir ou de mourir que le serait le « grand Condé. »
Telle était l'Sme de cette personne si singulière; tel était son style dans notre lingue, qu'elle avait parlée rarement. Elle savait huit langues; elle avait été disciple et amie de !)escarles, qui mourut à Stockholm dans son palais, après n'avoir pu obtenir une pension en France, où ses ouvrages furent méjne proscrits pour les seules bonnes chose» qui y fussent. Elle avait attiré en Suède tous ceux qui pouvaient l'éclairer : le chagrin de n'en trouver aucun parmi ses sujets
ravon apgomee de régner sur un peuple qu! n'était que soliat : elle crut qu'il valait mieux vivre avec des hommes qui pensent, que de commander à des hommes sans lettres ou jans génie. Elle avait cultivé tous les nris dans un climat où Is étaient alors inconnus. Son dessein était d'aller se retirer lu milieu d'eux en Italie. Elle ne vint en France que pour y passer, parce que ces arts ne commençaient qu'à y naître: jon goût la fixait à Home. Dans celte vue, elle avait quitté la religion luthérienne pour la catholique; indillérente pour' l'une et pour l'autre, elle ne fit poiuf scrupule de se conformer en apparence aux sentiments du peuple cîiez qui elle roulait passer sa vie; Elle avait quitté son royaume en IG i4, et fait publiquement à Inspruck la cérémonie de son abjuralion. Elle plut à la cour de France, quoiqu'il ne se trouvât pas une femme dont le génie pût atteindre au sien. Le roi la vit, et lui rendit de grands honneurs; mais à peine lui parlat-il : élevé dans l'ignorance, le bon sens avec lequel il était oé le rendait timide.
La plupart des femmes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe, sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française et qu'elle dansait mal. Les sages ne condamnèrent dans elle que le meurtre de Monaldeschi, son écuyer, qu'elle fit assassiner à Fontainebleau dans un second voyage. De quelque faute qu'il fût coupable envers elle, ayant renoncé à la royauté, elle devait demander justice et non se la faire. Ce n'était pas une reine qui punissait un sujet, c'était une femme qui terminait une galanterie par un meurtre; c'était un Italien qui en faisait assassiner un autre par l'ordre d'une Suédoise, dans un palais du roi de France. Nul ne doit Être mis à mort que par les lois : Christine, en Suède, n'aurait 5u le droit de faire assassiner personne; et certes ce qui eût 6tô un crin.e à Stockholm n'était pas permis à Fontainebleau. Ceux qui ont justifié cette action méritent de servir de pareil» maîtics. Cette honte et cette cruauté ternirent la philosophie de Christine, qui lui avait fait quitter un trône. Elle eût été punie en Angleterre, et dans tous les pays où les lois régnent; mais la France ferma les yeux à cet attentat contre l'autoril< duroi, contre le droit des nations, et contre rhumanitô,
Il '
Ml
tfe
■^5Pw?n(fi W ,^ •■ (I
•"^"^ÎJ^^Ti^îS
M SIECLE DR LOUIS Xlt.
Après la mort de Cromwcll et la déposition de son fils» fAngleterre resta un an dans la confusion de Tanarchie. Charles-Gustave, à qui la reine Christine avait donné 1« royaume de Suède, se faisait redouter dans le Nord et dam TAllemagne; l'empereur Ferdinand III était mort en 1657; •on fils Léopold, âgé de dix-sept ans, déjà roi de Hongrie et de Bohême, n'avait point été élu roi des Romains du vivanf de son père>Jtfazarin voulut essayer de faire Louis XIV empe* reur : ce dessein était chimérique; il eût fallu ou forcer let électeurs, ou les séduire^La France n'était ni assez forte pour ravir l'empire, ni assez riche pour l'acheter; aussi les premières ouvertures faites à Francfort par le maréchal de Grammont et par Lionne furent-elles ahandonnées aussitôt que jiroposées : Léopold fut élu. Tout ce que put la politique de / Mazarin, ce fut de faire une ligue avec des princes allemands 1 pour rohservation des traités de Munster, et pour donner un l^rein à l'autorité de l'empereur sur l'Empire.
La France, après la bataille des Dune?, était puissante au ; dehors par la gloire de ses armes et par l'état où étaient { réduites les autres nations : mais le dedans souffrait ; il était Vépuisé d'argent ; on avait besoin de la paix.
Les nations, dan» les monarchies chrétiennes, n'ont presque Jamais d'intérêt aux guerres de leurs souverains ; les armées mercenaires, levées par ordre d'un ministre, et conduites par un général qui obéit en aveugle à ce ministre, font plusieurs campagnes ruineuses, sans que les rois au nom desquels elles combattent aient l'espérance ou même le dessein de ravir tout le patrimoine l'un de l'autre : le peuple vainqueur ne profite jamais des dépouilles du vaincu; il paye tout; il souffre dans la prospérité des armes comme dans l'adversité; et la paix lui est presque aussi nécessaire après la nlus grande victoire que quand les ennemis ont pris ses places frontières. Il fallait deux choses ^ cardinal pour consommer heureusement son ministère ; faire la paix et assurer le repos de l'État par le mariage du roi. Les cabales pendant sa maladie lui faisaient sentir combien un héritier du trône était néceslaire à la grandeur du ministre : toutes ces considérations Ui déterminèrent à marier Louis XIY promptcmcnt. Deux partis