‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 41 sur 285 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

se présentaient, la fille du roi d'Espagne et la princesse de Savoie. Le cœur du roi avait pris un autre engagement ; il aimait éperdument mademoiselle Maricini, l'une des nièces du cardi- / nal : né avec un cœur tendre et de la fermeté dans ses volon- I tés, plein de passion et sans expérience, il aurait pu se résoudre à épouser sa maîtresse.

Madame de Molteville, favorite de la reine mère, dont les Mémoires ont un grand air de vérité, prétend que Mazarin fu* tenté de laisser agir l'amour du roi et de mettre sa nièce sur le trône. Il avait déjà marié une autre nièce au prince de Conli, une au duc de Mercœur; celle que Louis XIV aimait avait été demandée en mariage par le roi d'Angleterre : c'étaient autant de titres qui pouvaient justifier son ambition. Il pressentit adroitement la reine mère : « Je crains bien, lui « dit-il, que le roi ne veuille trop fortement épouser ma « nièce. » La reine, qui connaissait le ministre, comprit qu'il souhaitait ce qu'il feignait de craindre : elle lui répondit avec la hauteur d'une princesse du sang d'Autriche, fille, femme et mère de rois, et avec l'aigreur que lui inspirait depuis quelque temps un ministre qui affectait de ne plus dépendre d'elle. Elle lui dit ; - Si le roi était capable de cette indignité, « je me mettrais avec mon second fils à la tête de toute la na- « tion contre le roi et contre vous. »

Mazarin ne pardonna jamais , dit-on , cette réponse à la reine; mais il prit le parti sage de penser comme elle; il se fit un honneur et un mérite de s'opposer k la passion de Louis XIV. Son pouvoir n'avait pas besoin d'une reine de son gang pour appui : il craignait même le caractère de sa nièce, et il crut afl'ermir encore la puissance de son ministère en fuyant la gloire dangereuse d'élever trop sa maison. ^ Dès l'année 1650, il avait envoyé Lionne en Espagne solliciter la paix et demander l'infante ; mais don Louis de Haro, persuadé que, quelque faible que fût l'Espagne, la France ne Tétait pas moins, avait rejeté les offres du cardinal. L'infante, fille du premier lit, était destinée au jeune Léopold. Le roi d'Espagne, Philippe IV, n'avait alors de son second mariage qu'un fils dont l'enfance malsaine faisait craindre pour sa vie. Oa voulait que l'infante, qui pouvait être héritière de tant

d'États, portât ses droits dans la maison d'Autriche, et non dans une maison ennemie; mais enfin Philippe IV ayant eu un autre fils, don Philippe-Prosper, et sa femme étant encore enceinte, le danger de donner l'infante au roi de France lui parut moins grand, et la bataille des Dunes lui rendit la paîi nécessaire.

Les Espagnols promirent l'infante et demandèrent une suspension d'armes. Mazarin et don Louis se rendirent sur le» Irontières d'Espagne et de France, dans l'Ile des Faisans (1659). Quoique le mariage d'un roi de France et la paix générale fussent l'objet de leurs conférences, cependant plus d'un mois le passa à arranger les difficultés sur la préséance et à régler des cérémonies. Les cardinaux se disaient égaux aux rois et supt^rieur» aux autres souverains; la France prétendait avec plus de justice la prééminence sur les autres puissances : cependant don Louis de Haro mil une égalité parfaite entre Mazarin et lui, entre la France et l'Espagne.

Les conférences durèrent quatre mois. Mazarin etdonLouîî y déployèrent toute leur politique : celle du cardinal était la finesse; celle de don Louis, la lenteur. Celui-ci ne donnait jamais de paroles, et celui-là en donnait toujours d'équivoques. Le génie du ministre italien était de vouloir surprendre; celui de l'espagnol était de s'empêcher d'Ctre surpris. On prétend qu'il disait du cardinal : « Il a un grand défaut eu poli- « tique, c'est qu'il veut toujours tromper. »

Telle est la vicissitude des choses humaines, que de ce fameux traité des Pvréiiées il n'y a pas deux articles qui subsistent aujourd'hui. Le roi de France garda le Roussillon, qu'il aurait toujours conservé sans cette paix; mais à l'égard delà Handre, la monarchie espagnole n'y a plus rien. La France était alors l'amie nécessaire du Portugal; elle ne l'est plus : tout est changé. Mais si don Louis de lîaro avait dit que le cardinal Mazarin savait tromper, on a dit depuis qu'il savtiit prévoir. Il méditait dès longtemps l'alliance des maisons de France et d'Espagne ; on cite cette fameuse lettre de lui, écrite pendant les négociations de Munster : a Si le roi Très- « Chrétien pouvait avoir les Pays-Bas et la Franche-Comté en « dut, en épousant l'infante, Rlors nous pouriions aspirer à U

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t fluccession d'Espagne, quelque renonciation qu'on fît faire c à l'infante; et ce ne serait pas une attente fort éloignée, « puisqu'il n'y a q».»o la vu» du prince son frère qui l'en pût « exclure. » Ce prince était alors Fialthasar, qui mourut en iCiO.

Le cardinal se trompait évidemment en pensant qu'on pourrait donner les Pays-Bas et la Franche-Comté en mariage i l'infante. On ne slipula pas une seule ville pour sa dot; au contraire, on rendit à la monarchie espagnole des villes considérables qu'on avait conquises, comme Saint-Omer, Ypres, Menin, Oudenarde et d'autres places : on en garda quelquesunes. Le cardinal ne se trompa point en croyant que la renonciation serait un jour inutile; mais ceu*qui lui font l'honneur de cette prédiction lui font donc prévoir que le prince don Balthasar mourrait en 1649; qu'ensuite les trois enfanti du second mariage seraient enlevés au berceau ; que Charles, le cinquième de tous ces enfants mâles, mourrait sans postérité; et que ce roi autrichien ferait un jour son testament en faveur d'un petit-fils de Louis XIY. Mais enfin le cardinal Ma- Tiarin prévît ce que vaudraient des renonciations, en cas que la postérité mâle de Philippe IV s'éteignit; et des événements lëtranges l'ont justifié après plus de cinquante années*.

Marie-Thérèse , pouvant avoir pour dot les villes que U France rendait, n'apporta, par son contrat de mariage, que cinq cent mille écus d'or au soleil; il en coûta davantage au roi pour l'aller recevoir sur la frontière. Ces cinq cent mille écus, valant alors deux millions cinq cent mille livres, furent pourtant le sujet de beaucoup de contestations entre les deux ministres. Enfin la France n'en reçut jamais que cent mille francs.

Loin que ce mariage apportât aucun autre avantage présent et réel que celui de la paix, l'infante renonça à tous les droits qu'elle pourrait jamais avoir sur aucune terre de son

I . La renonciation d'Anne d'Autriche avait été présentée aui états de Castiiit

et d'Aragon, et acceptée par eux ; celle de Marie-Thérèse ne leur fut pas préseï^*

t(l«, et c'est une des principales raisons sur lesquelles les casuistes et le8Jurisco»>

•ulte; auiquels Charles U s'adressa se fondèreut pour décider que les descendant

de Uarie Thérèse étalent les héritiers légitimes de la couronne d'Espagae. (Bdit U Kebl.) —»--•— V .

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pAre; et Louis XIV ratifia cette renonciation de la manière la plus solennelle, et la fit ensuite enregistrer au parlement, j

Ces renonciations et ces cinq cent mille écus de dot sem* blaient être les clauses ordinaires des mariages des infanteg d'Espagne avec les rois de France. La reine Anne d'Autriche, fille de Philippe III, avait été mariée à Louis XIII A ces mômea conditions; et quand on avait donné Isabelle, fille de Henri le Grand, à Philippe IV, rui d'Kspagne, on n'avait pas stipulé plus de cinq cent mille écus d'or pour sa dot, dont même on ne lui paya jamais rien; de sorte qu'il ne paraissait pas qu'il y eût alors aucun avantage dans ces grands mariages : on n*y Toyait que des filles de rois mariées à des rois, ayant à peine un présent de noces.

Le duc de Lorraine Charles IV, de qui la France et VFapagne avaient beaucoup à se plaindre, ou plutôt qui avait beaucoup à se plaindre d'elles, fut compris dans le traité, mais en prince malheureux qu'on punissait parce qu'il ne pouvait se faire craindre. La France lui rendit ses États, en démolissant Nancy et en lui défendant d'avoir des troupes. Don Louis de Haro obligea le cardinal Mazarin à faire recevoir en grftce le prince de Condé, en menaçant de lui laisser en souveraineté Rocroi, le Catelet, et d'autres places dont il était en possession. Ainsi la France gagna à la fois ces villes et le grand Condé. Il perdit sa charge de grand maître de la maison du roi, qu'on donna ensuite à son fils, et ne revint presque qu'avec sa gloire.

Charles II, roi titulaire d'Angleterre, plus malheureux alors que le duc de Lorraine, vint près des Pyrénées, où l'on traitait cette paix. H implora le secours de don Louis et de Mazarin. Il se flattait que leurs rois, ses cousins germains, réunis, oseraient enfin venger une cause commune à tous les souve- Aiins, puisqu'enfin Cromwel n'était plus; il ne put seulement obtenir une entrevue ni avec Mazarin ni avec don Louis. Lockhart, cet ambassadeur de la république d'Angleterre, était à Saint-Jean-de-Luz; il se faisait respecter encore, même après la mort du protecteur ; et les deux ministres, dans la crainte de choquer cet Anglais, refusèrent de voir Charles H. Ils pensaient que son rétablissement était impossible ; et

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