‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 56 sur 285 · CHAPITRE Z · texte numérisé non relu

CHAPITRE Z

Tolsins, tantôt en recevait de la France contre la repu» bUque.

La Suède n'attaqua pas les Provinces - Unies , mais elle les abandonna dès qu'elle les vit menacées, et rentra dans ses anciennes liaisons avec la France, moyennant quelques 8ub« •ides. Tout conspirait à la destruction de la Hollande.

11 est singulier et digne de remarque que, de tous les ennemis qui allaient fondre sur ce petit État, il n'y en eût pas un qui pût aUéguer un prétexte de guerre. Celait une entreprise à peu près semblable à cette ligue de Louis XII, de l'empereur Maximilien et du roi d'Espagne, qui avaient autrefois conjuré la perte de la république de Venise, parce qu'elle était riche et fière.

Les États-Généraux consternés écrivent au roi, lui demandent humblement si les grands préparatifs qu'il faisait étaient en effet destinés contre eux, ses anciens et fidèles alliés; en quoi ils l'avaient offensé; quelle réparation il exigeait H répondit « qu'il ferait de ses troupes l'usage que demanderait « sa dignité, dont il ne devait compte à personne, » Ses ministres alléguaient pour toute raison que le gazetier de Hollande avait été trop insolent, et qu'on disait que Van-Beuning avait fait frapper une médaille injurieuse à Louis XIV. Le goût des devises régnait alors en France : on avait donné à Louis XIV la devise du soleil, avec cette légende, IScc pluribus impar. On prétendait que Van-Beuning s'était fait représenter avec un soleil et ces mots pour âme : In conspectu meo stetit sol: /« A mon aspect le soleil s'est arrêté. » Celte médaille n'exista Mamais. 11 est vrai que les États avaient fait frapper une méliaille dans laquelle ils avaient exprimé tout ce que la république avait de glorieux : Assertis legibus, emcndatis sacris^ adjutiSj defensiSy conciîiatis regibns, vindicata marium Ubertaiêr ttabilita orbis Europœ quiète: « Les lois affermies, la religion • épurée, les rois secourus, défendus et réunis, la liberté dei « mers vengée, l'Europe pacifiée. »

Us ne se vantaient en effet de rien qu'ils n'eussent fait : cependant ils firent briser le coin de cette médaille poui apaiser Louis XIV.

*^ roi d'Angleterre, de son côté, leur reprochait que lam

STèCLE DR LOUIS XIV.

flotte n'araît pas baissé son pavillon devant un bateau anglaii, et alléguait encore un certain tableau, où Corneille de Witl, frère du pensionnaire, était peint avec le» attributs d'un vainqueur. On voyait des vaisseaux pris et brûlés dans le fond du tableau. Ce Corneille de Witt, qui eu eiïet avait eu beaucoup de part aux exploits maritimes contre l'Angleterre, avait souf- . Terl ce faible monument de sa gloire ; mais ce tableau, presque ignoré, était dans une cbambreoùl'on n'entrait presque jamais. Les ministres anglais, qui mirent par écrit les griefs de leur roi contre la Hollande, y spécifièrent des tableaux injurieux, abusive pictures. Les Étals, qui traduisaient toujours les mémoires des ministres en français, ayant traduit abusive par le mot fautifs, trompeurs, répondirent qu'ils ne savaient ce que c'était que ces tableaux trompeurs. En effet ils ne devinèrent jamais qu'il était question de ce portrait d'un de leurs concitoyens, et ils ne purent imaginer ce prétexte de la guerre, y-^ Tout ce que les efTorts de l'ambition et de la prudence humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV l'avait fait. Il n'y a pas chez les hommes d'exemple d'une petite entreprise formée avec des préparatifs plus formidables. De tous les conquérants qui ont envahi une partie du monde, / il n'y en a pas un qui ait commencé ses conquêtes avec autant 1 de troupes réglées et autant d'argent que Louis en employa \ pour subjuguer le petit État des Provinces-Unies. Cinquante \ millions, qui en feraient aujourd'hui quatre-vingt-sept, furent ^eensommés à cet apparciUrrente vaisseaux de cinquante piècei de canon joignirent la Hotte anglaise, forte de cent voiles. Le poi, avec son frère, alla sur les frontières de la Flandre espagnole et de la Hollande, vers Maastricht et Charleroi, avec plus de cent douze mille hommes. L'évèque de Munster e* l'électeur de Cologne en avaient environ vingt mille. Les guné» raux de l'armée du roi étaient Condé etTurenne ; Luxembourg tommandait sous eux ; Vauban devait conduire les siégea : Louvois était partout avec sa vigilance ordinaire. Jamais on n'a vu une armée si magnifique, ni en môme temps mieux dibliplinée. C'était surtout un spectacle imposant que la maison au roi, nouvellement réformée : on y voyait quatre compafnies des gardes du corps, chacune composée de trois centi

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