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CHAPITRE XII

de Turenne fut heureuse , et celle du prince de Condé sanglante. Les pelils combats de Seintzheim et de Turckheim furent décisifs : la grande et célèbre bataille de Senef ne fut qu'un carnage. Le grand Condé, qui la donna pendant lei marches sourdes de Turenne en Alsace, n'en tira aucun succè», «oit que les circonstances des lieux lui fussent moins favorables, soit qu'il eût pris des mesures moins justes, soit plutôt qu'il eût des généraux plus habiles et de meilleures troupes à combattre. Le marquis de Feuquières veut qu'on ne donne à la bataille de Senef que le nom de combat, parce que l'action ne se passa pas entre deux armées rangées, et que tous les corps n'agirent point; mais il paraît qu'on s'accorde à nommer bataille cette journée si vive et si meurtrière. Le choc de trois mille hommes rangés, dont tous les petits corps agiraient, ne serait qu'un combat. C'est toujours l'importance qui décide du nom.

Le prince de Condé avait à tenir la campagne, avec environ quarante-cinq mille hommes, contre le prince d'Orange, qui en avait, dit-on, soi.xante mille. 11 attendit que l'armée ennemie passât un déûlé à Senef, près de Mons. Il attaqua uire partie de l'arrière-garde, composée d'Espagnols, et y eut un grand avantage. On blâma le prince d'Orange de n'avoir pas pris assez de précautions dans le passage du défilé ; mais on admira la manière dont il rétablit le désordre, et on n'approuva pas que Condé voulût ensuite recommencer le combat contre des ennemis trop bien retranchés. On se battit à trois reprises. Les deux généraux, dans ce mélange de fautes et de grandes actions, signalèrent également leur présence d'esprit et leur courage. De tous les combats que donna le grand Condé, 09 fut celui où il prodigua le plus sa vie et celle de ses soldats. {1 eut trois chevaux tués sous lui. 11 voulait, après trois attaques meurtrières, en hasarder encore une quatrième. Il parut, dit un officier qui y était, « qu'il n'y avait plus que le prince « de Condé qui eût envie de se battre. » Ce que cette actioc eut de plus singulier, c'est que les troupes de part et d'autre, après les mOlées les plus sanglantes et les plus acharnées, prirent la fuite , le soir, par une terreur panique. Le lendemain, les deux armées se retirèrent chacune le son côté, ao^

cuno n'ajanl ni le champ de bataille, ni la victoire, toufee deux plutôt également afTaiblies et vaincues. D y eut près d« •ept mille morts et cinq mille prisonniers du côté des Français; les ennemis firent une perte égale. Tant de sang inutilement répandu empocha l'une et l'autre armée de rien entrepreudre de considérable. Il importe tant de donner de U réputation à ses armes, que le prince d'Orange, pour faire croire qu'il avait eu la victoire, assiégea Oudenarde ; mais le prince de Condé prouva qu'il n'avait pas perdu la bataille, en faisant aussitôt lever le siège , et en poursuivant le prince d'Orange.

On observa également en France et chez les alliés la vaine cérémonie de rendre grâce à Dieu d'une victoire qu'on n'avait point remportée : usage établi pour encourager les peuples, qu'il faut toujours tromper.

Turenne, en Allemagne, avec une petite armée, continue des progrès qui étaient le fruit de son génie. Le conseil de

Vienne, n'osantplusconfierla fortune de l'Iimpireà desprinces qui l'avaient mal défendu, remit à la tète de ses armées le général Monlecuculli , celui qui avait vaincu les Turcs à la journée de Saint-Gothard, et qui, malgré Turenne et Condé avait joint le prince d'Orange et avait arrêté la fortune dé Louis XIV, après la conquête de trois provinces de Hollande. On a remarqué que les plus grands généraux de l'Empire ont souvent été tirés d'Italie. Ce pays, dans sa décadence et dans son esclavage , porte encore des hommes qui font souvenir de ce qu'il était autrefois. Montecuculli était seul digne d'être opposé à Turenne : tous deux avaient réduit la guerre en art. Ils passèrent quatre mois à se suivre, à s'observer dans des marches et dans des campements plus estimés que des victoires par les officiers allemands et français. L'un et l'autre jugeait de ce que son adversaire allait tenter, par les démarches que lui-même eût voulu faire à sa place; et ils no se trompèrent jamais. Ils opposaient l'un et l'autre la'patiencc la ruse et l'activité ; enfin ilsétaient près d'en venir aux mains* et de commettre leur réputation au sort d'une bataille, auprès du village de Saltzbach, lorsque Turenne, en allant choisir une place pour dresser une batterie, fut tué d'un coup da

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