‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 78 sur 285 · CHAPITRE XT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XT

amw, haï Ae» sujets mêmes qui étaient encore dans son parti M désespéra de sa fortune : la fuite, dernière ressource d'u» pnnce vaincu, fut le parti qu'il prit sans combattre. Enfin, après avoir été arrêté dans sa fuite par la populace, maltraité par elle, reconduit à Londres; après avoir reçu paisiblement les ordres du prince d'Orange dans son propre palais; après avoir vu sa garde relevée sans coup férir par celle du prince, chassé de sa maison, prisonnier à Rochester, il profita de It liberté qu'on lui donnait d'abandonner son royaume : il alla chercher un asile en France.

Ce fut là l'époque de la vraie liberté de l'Angleterre. La nation, représentée par son parieracnt, fixa les bornes si longtemps contestées des droits du roi et de ceux du peuple ; et, ayant prescrit au prince d'Orange les conditions auxquelles il devait régner, elle le choisit pour son roi, conjointement avec sa femme Marie, fille du roi Jacques. Dès lors ce prince ne fut plus connu dans la plus grande pariie de l'Europe que sous le nom de Guillaume III, roi légitime d'Angleterre, et Lbérateur de la nation ; mais en France il ne fut regardé que comme le prince d'Orange, usurpateur des Étals de son beaupère.

(Janvier 1689.) Le roi fugitif vint avec sa femme, fille d'un duc de Modène, et le prince de Galles, encore enfant, implorer la protection de Louis XIV. La reine d'Angleterre, arrivée avant son mari, fut étonnée de la splendeur qui environnait le roi de France, de cette profusion de magnificence qu'on ▼oyait à Versailles et surtout de la manière dont elle fut reçue. Le roi alla au-devant d'elle jusqu'à Chatou : a Je vous rends] « madame, lui dit-il, un triste service; mais j'espère vous en « rendre bientôt de plus grands et de plus heureux. » Ce fcirent ses propres paroles. Il la conduisit au château de Saint- Germain, où elle trouva le môme service qu'aurait eu la reine de France : tout ce qui sert à la commodité et au luxe, des présents de toute espèce, en argent, en or, en vaisselle, on bijoux, en étoffes.

II y avait parmi tous ces présents une bourse de dix mille louis d'or sur sa toilette. Les mêmes attentions furent obserf éas pour son mari* «ui arriva un jour après elle. On lui régla

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ûx cent mille francs pour l'entretien de sa maison, outre lei présents sans nombre qu'on lui fit : il eut les officiers du roi et ses gardes. Toute cette réception était bien peu de chose auprès des préparatifs qu'on faisait pour le rétablir sur son trône. Jamais le roi ne parut si grand; mais Jacques parut peut. Ceux qui, à la cour et à la ville, décident de la réputation des hommes, conçurent pour lui peu d'estime. Il ne foyait guère que des jésuites : il alla descendre chez eux à Paris, dans la rue Saint-Antoine; il leur dit qu'il était jésuite lui-même ; et, ce qui est de plus singulier, c'est que la chose était vraie. Il s'était fait associer à cet ordre avec de certaines cérémonies par quatre jésuites anglais, étant encore duc d'Yorck. Cette pusillanimité dans un prince, jointe à la manière dont il avait perdu sa couronne, l'avilit au point que les courtisans s'égayaient tous les jours à faire des chansons sur lui. Chassé d'Angleterre, on s'en moquait en France. Ou ne lui savait nul gré d'être catholique : l'archevêque de Reims, frère de Louvois, dit tout haut à Saint-Germain, dans son antichambre : « Voilà un bonhomme qui a quitté trois « royaumes pour une messe. » Il ne recevait de Rome que des indulgences et des pasquinades. Enfin, dans toute cette révolution, sa religion lui rendit si peu de services que, lorsque le prince d'Orange, le chef du calvinisme, avait mis à la voile pour détrôner le roi son beau-père, le ministre du roi catholique à la Haye avait feit dire des messes pour l'heureux succès de ce voyage.

Au milieu des humiliations de ce roi fugitif, et des libéralités de Louis XIV envers lui, c'était un spectacle digne de quelque attenUon, de voir Jacques toucher les écrouelles au petit couvent des Anglaises; soit que les rois anglais se soient attribué ce singulier privilège, comme prétendants à la coutonne de France, soit que cette cérémonie soit établie chei eux depuis le temps du premier Edouard.

Le roi le fit bientôt conduire en Irlande, où les catholiques formaient encore un parti qui paraissait considérable. Une escadre de treize vaisseaux du premier rang était à la rade de Brest pour le transport ; tous les officiers, les courtisans, les prêtres même, qui étaient venus trouver Jacques à Saint-

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Germain, furent défrayés jusqu'à^ Brest aux dépeni du roi de France. Le jésuite Innés, recteur du collège des Écossais à Paris, était son secrétaire d'État; un ambassadeur (c'était M. d'Avaux) était nommé auprès du roi détrôné, et le suivit ivec pompe : des armes, des munitions de toute espèce furent embarquées sur la flotte, on y porta Jusqu'aux meubles les i^lus vils et jusqu'aux plus rc^herchés. Le roi lui alla dire tdieu à Saint-Germain ; là, pour dernier préseni, il lui donna M cuirasse, et lui dit en l'embrassant : « Tout ce que je peux « vous souhaiter de mieux est de ne nous jamais revoir. » (12 mai 1689.) A peine le roi Jacques était-il bébarqué en Irlande avec cet appareil, que vingt-trois autres grands vaisseaux de guerre sous les ordres de Château-Renaud, et une infinité de navires de transport, le suivirent. Cette flotte, ayant mis en fuite et dispersé la flotte anglaise qui s'opposait à son passage, débarqua heureusement: et, ayant pris dans son retour sept vaisseaux marchand? hollandai», revint à Brest, victorieuse de l'Angleterre, et chargée des dépouilles de la Hollande.

(Mars 1690.) Bientôt après, un troisième secours partît encore de Brest, de Toulon, de Rochefort Les ports d'Irlande et la mer de la Manche étaient couverts de vaisseaux français.

Enfin Tourville, vice-amiral de France, avec soixante et douze grands vaiss^ux, rencontra une flotte anglaise et hollandaise d'environ soixante voiles. On se batUt pendant dix heures (juillet 1690) : Tourville, ChAteau-Renaud, d'Estrée», Nemond, signalèrent leur courage et une habileté qui donnèrent à la France un honneur auquel elle n'était pas accoutumée. Les Anglais et les Hollandais, jusqu'alors maîtres de rOcéan, et de qui les Français avaient appris depuis si peu de temps adonner des batailles rangées, furent entièrement vaincus. Dix-sept de leurs vaisseaux, brisés et démâtés, allèrent échouer et se brûler sur leurs côtes ; le reste alla se cacher yen la Tamise, ou entre les bancs de la Hollande, il n'en coûta pas une seule chaloupe aux Français. Alors, ce, que Louis XIV souhaitait depuis vingt années, et ce qui avait paru •i peu vraisemblable, arriva; il eut l'empire de la mer, empire qui fut à la vérité de peu de durée. Lei vaisseaux de

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