CHAPITRE XVI
ban, Nice, réputée imprenable, Veillane, Carmagnole, et revient enfin à Montmélian, dont il se rend maître par nn siège opiniâtre
Après tant de succè», le ministère diminua l'armée qu'il commandait, et le duc de Savoie augmenta la sienne. Catinat, moins fort que l'ennemi vaincu, iat longtemps sur la défensive; mais enfin, ayant reçu des renforts, il descendit dei Alpes vers la Marsaille, et là il gagna une seconde bataille rangée (4 octobre 1693), d'autant plus glorieuse que le prince Eugène de Savoie était un des généraux ennemis.
A l'autre bout de la France, vers les Pays-Bas, le maréchal de Luxembourg gagnait la bataille de Fleurus (30 juin 1690); et, de l'aveu de tous les officiers, cette victoire était due à U supériorité de génie que le général français avait sur le prince de Valdeck, alors général de l'armée des alliés. Huit mille prisonniers, six mille morts, deux cents drapeaux oa étendards, le canon, les bagages, la fuite des ennemis, furent les marques de la victoire.
Le roi Guillaume, victorieux de son beau-père, venait de repasser la mer. Ce génie fécond en ressources tirait plui d'avantage d'une défaite de son parti que souvent les Français n'en tiraient de leurs victoires. 11 lui fallait employer lee intrigues, les négociations, pour avoir des troupes et de l'argent contre un roi qui n'avait qu'à dire : Je veux. Cependant, après la défaite de Fleurus, il vint opposer au maréchal de Luxembourg une armé^ aussi forte que la française.
(Avril 1691.) Elles étaient composées chacune d'environ quatre-vingt mille hommes; mais Mons était déjà investi par le maréchal de Luxembourg, et le roi Guillaume ne croyait pas les troupes françaises sorties de leurs quartiers. Louis XIV vint au siège : il entra dans la ville au bout de neuf jours de tranchée ouverte, en présence de l'armée ennemie. Aussitôt il reprit le chemin de Versailles, et il laisu Luxembourg disputer le terrain pendant toute la campagne, qui ânit par le combat de Leuse {l!i septembre 1691), action très-singulière, où vingt-huit escadrons de la maison du rd et de la gendarmerie défirent soixante-quinze escadrons de l'armée ennemie.
Le roi reparut encore au siège de Namur, la plus forte place des Paya-Bas, par sa situation au confluent de la Sambro et de la Meuse, et par une citadelle bâtie sur des rochers. Il prit la ville en huit jours (juin i692) et les châteaux en vingts ieux, pendant que le duc de Luxembourg empêchait le roi Guillaume de passer la Méhaigne à la tôte de quatre-vingt mille hommes, et de venir faire lever le siège. Louis retourna encore à Versailles après cette conquête, et Luxembourg iiiA e.'icore tète à toutes les forces des ennemis. Ce fut alors que se donna la bataille de Steinkerque, célèbre par l'artifice et par la valeur. Un espion que le général français avait auprès du roi Guillaume est découvert : on le force, avant de le faire mourir, d'écrire un faux avis au maréchal de Luxembourg. Sur ce faux avis, Luxembourg prend avec raison des mesures qui le devaient faire battre. Son armée endormie est attaquée à la pointe du jour; une brigade est déjà mise en fuite« et le général le sait à peine : sans un excès de diligence et de bravoure tout était perdu.
Ce n'était pas assez d'être grand général, pour n'être pas mis en déroute ; il fallait avoir des troupes aguerries, capa« blés de se rallier, des officiers généraux assez habiles pour rétablir le désordre, et qui eussent la bonne volonté de le faire : car un seul officier supérieur, qui eût voulu profiter delà confusion pour faire battre son général^ le pouvait aisé» ment sans se commettre.
(3 août 1692.) Luxembourg était malade : circonstance funeste dans un moment qui demande une activité nouvelle t le danger lui rendit ses forces ; il fallait des prodiges ponf n'être pas vaincu, et il en fit. Changer de terrain, donner un champ de bataille à son armée qui n'en avait point, rétablir la droite toute en désordre, rallier trois fois ses troupes, charger trois fois à la tête de la maison du roi, fut l'ouvrage de moins de deux heures. Il avait dans son armée Philippe, duc d'Orléans, . alors duc de Chartres, depuis régent du royaume, petit-fils de France, qui n'avait pas encore quinze ans*. Il ne pouvait être utile pour un coup décisif; mais c'était beaucoup pour
1. u avait dù>buit ans r^volug, étant né le S aoât 1474. 6Ck. L.)
SIÈCLE DE LOCIB XIT
Eflimer les soldats, qu'un petil-fîls de France encore enfant^ chargeant avec la maison du roi» blessé dans le combat, et revenant encore à la charge malgré sa blessure.
Un petit-fils et un petit-neveu du grand Condé servaient tous deux de lieutenants généraux : l'un était Louis de Bourbon, nommé M. le Duc; l'autre, François-Louis, prince de Conti, rivaux de courage, d'esprit, d'ambition, de réputation; M. le Duc, d'un naturel plus austtire, ayant peut-être des qualités plus solides, et le prince de Conti de plus brillantes. Appelés tous deux par la voix publique au commandement des armées, ils désiraient passionnément cette gloire; mais ils n'y parvinrent jamais, parce que Louis, qui connaissait leur ambition comme leur mérite, se souvenait toujours que le prince de Condé lui avait fait la guerre.
Le prince de Conti fut le premier qui rétablit le désordre, ralliant des brigades, en faisant avancer d'autres; M. le Doc faisant la môme manœuvre, sans avoir besoin d'émulation. Le duc de Vendôme, petit-fils de Henri IV, était aussi lieutenant général dans cette armée : il servait depuis l'âge de douze ans, et, quoiqu'il en eût alors quarante, il n'avait pas encore commandé en chef. Son frère, le grand prieur, était auprès de lui.
11 fallut que tous ces princes se missent à la tôte de la mai- 8on du roi, avec le duc de Choiseul, pour chasser un corps d'Anglais qui gardait un poste avantageux, dont le succès de la bataille dépendait. La maison du roi et les Anglais étaient les meilleures troupes qui fussent dans le monde : le carnage fut grand. Les Français, encouragés par cette foule de prince* et de jeunes seieneurs qui combattaient autour du général, remportèrent enfin : le régiment de Champagne défit les gardes anglaises du roi Guillaume ; et quand les Anglais furent vaincus, il fallut que le reste cédât.
Boufflers, depuis maréchal de France, accourait dans cê moment mCme de quelques lieues du champ de bataille avec des dragons, et acheva la victoire. Le roi Guillaume, ayant perdu environ sept mille hommes, se retira avec autant d'ordre qu'il avait attaqué ; et toujours vaincu, mais toujours à craindra, il tint encore la campagne. La victoire, due à la
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