‹ Le siècle de Louis XIV [microform]Chapitre 98 sur 285 · CHAPITRE IVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE IVII

ton de Bragance. 11 était membre du conseil, il oaa en parler] il fut disgracié et renvoyé.

Louis XiV ne pouvait souffrir qu'un fils de l'empereur recueillît la succession, et il ne pouvait la demander. On ne sait pas positivement quel homme imagina le premier de faire un partage prématuré et inouï de la monarchie espagnole pendant la vie de Charles II. Il est très-vraisemblable que C9 fut le ministre Torci; car ce fut lui qui en fit l'ouverture au comte de PortIand-Benting , ambassadeur de Guillaume III auprès de Louis XIY ^

(Octobre i698.) Le roi Guillaume entra vivement dans ce projet nouveau : il disposa dans la Haye, avec le comte de Tallard, de la succession d'Espagne. On donnait au jeune prince de Bavière l'Espagne et les Indes occidentales, sans savoir que Charles II lui avait déjà légué auparavant tous ses États. Le dauphin, fils de Louis XIV, devait posséder Naples, la Sicile, et la province de Guipuscoa, avec quelques villes. On ne laissait à l'archiduc Charles, second fils de l'empereur Léopold, que le Milanais ; et rien à l'archiduc Joseph, fils aîné deJLéopold, héritier de l'Empire.

y^Le sort d'une partie de l'Europe et de la moitié de l'Amérique ainsi réglé, Louis promit par ce traité de partage de renoncer à la succession entière de l'Espagne : le dauphin promit et signa la même chose. La France croyait gagner des États ; l'Angleterre et la Hollande croyaient affermir le repos d'une partie de l'Europe : toute cette politique fut vaine. Le roi moribond, apprenant qu'on déchirait sa monarchie de son vivant, fut indigné. On s'attendait qu'à cette nouvelle il déclarerait pour son successeur, ou l'empereur Léopold, ou un fils de cet empereur; qu'il lui donnerait cette récompense de n'avoir point trempé dans ce partage ; que la grandeur et l'intérêt ^^e la maison d'Autriche lui dicteraient un testament. 11 en fit Tin en eflet; mais il déclara pour la seconde fois ce même prince de Bavière unique héritier de tous ses Étati

1. L'aateur da St'^cle de Louis X/K avait écrit la plupart rt« ces particularité», aatsi uPUTci qu'iutéressaotes, Ic/ngtcrnpi a»aut que le» Mémoires du nniqui» <!« Torci païussent; et ces Mémoires ont eofiii continué tous les faits rappu;tÉidaM «ettc histoire. (Noie de Voltaire. )

(novembre i 698). La nation espagnole, qui ne craignait rien tant que le démembrement de sa monarchie, applaudissait à cette disposition ; la paix semblait devoir en être le fruit* Cette espérance lut encore aussi vaine que le traité de partage : le prince de Bavière*, désigné roi, mourut à Bruxellet («février 1699).

On accusa injustement de cette mort précipitée la maison d'Autriche, sur cette seule vraisemblance que ceux-là commettent le crime à qui le crime est utile. Alors recommencèrent les intrigues à la cour de Madrid, à Vienne, à Versailles, à Londres, à la Haye et à Hoi7<^.

Louis XIV, le roi Guillaume et les États-Généraux disposèrent encore une fois en idée de la monarchie espagnole (mars 1700). Ils assignaient à l'archiduc Charles, fils puîné de l'empereur, la part qu'ils avaient auparavant donnée à l'enfant qui venait de mourir. Le fils de Louis XIV devait posséder Naples et la Sicile, et tout ce qu'on lui avait

/assigné par la première convention.

/ On donnait Milan au duc de Lorraine; et la Lorraine, si souvent envahie et si souvent rendue par la France, devait y être annexée pour jamais. Ce traité, qui mit en mouvement la politique de tous les princes pour le traverser ou pour le soutenir, fut tout aussi inutile que le premier. L'Europe fut encore trompée dans son attente, comme il arrive presque toujours.

L'empereur, à qui on proposait ce traité de partage A signer, n'en voulut point, parce qu'il espérait avoir toute la succession. Le roi de France, qui en avait pressé la signature, attendait les événements avec incertitude. Quand ce nouvel

1. Joseph-FerdiDand Léopold, né le 17 octobre 169S. — Les bruits odieiu répandus sur la mort du prince électoral de Bavière ne M>nt plus répétés aujourd'hui que par de ^ils écrivains sans aveu, sans pudeur, et sans connaissance d« SQonde, qui travaillent pour des libraires, et qui se donnent pour des politiquet. On trouve dausies prétendus Mémoires de madame de MainlenoUy t. V, page 6, ces paroles : « La cour de Vienne, de tout temps infectée des maximes de Machiavel, est soupçonnée de réparer par ses empoisoniieurs les fautes de ses ministres.» Il semble par cette phrase que la cour de Vienne eât de tout temps des empoisontieurs en titre d'office, comme on a des huissiers et des drabans. C'est un devoir ée relever des expressions si indécent&« et de combattre des idées si calomnieutec {NoU de Voltaiu.)

SIÈCLS OB tOïïlS XIV.

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