CHAPITRE XVII
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■Jffront fut coimii à la cour de Madrid, le roi fut sur le poian de Buccomber à sa douleur; et la reine sa femme fut transi portée d'une si vive colère, qu'elle brisa les meubles de tor appartement, et surtout les glaces et les autres ornements qi4 venaient de France : tant les passions sont les mômes dam tous les rangs I Ces partages imaginaires, oes intrigues, ces querelles, tout cela n'était qu'un intérêt personnel : la natioo espagnole était comptée pour rien; on ne la consultait pas; on ne lui demandait pas quel roi elle voulait. On proposa d'assembler las cartes, les états généraux ; mais Charles fré» missait à ce seul nom.
Alors ce malheureux prince, qui se voyait mourir à la fleur de son âge, voulut donner tous ses États à l'archiduc Charles, neveu de sa femme, second fils de l'empereur léopold. li n'osait les laisser au fils aîné, tant le système de l'équilibre prévalait dans les esprits, et tant il était sûr que la crainte de voir l'Espagne, le Mexique, le Pérou, de grands étabUssemenU dans l'Inde, l'Empire, la Hongrie, la Lombardie, dans les mêmes mains, armerait le reste de l'Europe ! Il demandait que l'empereur Léopold envoyât son second fils Charles à Madrid, à la tête de dix mille hommes; mais ni la France ni l'Angleterre, ni la Hollande, ni l'Italie, ne l'auraient alors souffert : toutes voulaient le partage. L'empereur ne voulait point envoyer son fih seul à la merci du conseil d'Espagne et ne pouvait y faire passer dix miUe hommes : il voulait •eulement faire marcher des troupes en Italie, pour s'assurer cette partie des États de la monarchie espagnole. II arriva pour le plus important intérêt entre deux grands rois, ce qui arrive tous les jours entre des particuliers pour des affaires légères : on disputa, on s'aigrit; la fierté allemande révoltait la hauteur castillane. La comtesse de Perlipz, qui gouvernait la femme du roi mourant, aliénait les esprits qu'elle sût dû gagner à Madrid, et le conseil de Vienne les éloignait encow davantage par ses hauteurs.
Le jeune archiduc, qui fut depuis l'empereur Charles VI, appelait toujours les Espagnols d'un nom injurieux : il apprit alors combien les princes doivent peser ^urs paroles. Un évéque de Lérida, ambassadeur de Madrid à Vienne, mécon-
tent des Allemands, releva ces discours, les envenima dans ses dépêches, et écrivit lui-même des choses plus injurieuse» pour le conseil d'Autriche que l'archiduC n'en avait prononcé contre les Espagnols. « Lçs ministres de Léopold, écrivait-il, « ont l'esprit fait comme les cornes de chèvres de mon pays, « petit, dur et tortu. » Cette lettre devint publique. L'évêque ie Lérida fut rappelé ; et, à son retour à Madrid, il ne fit qu'accroître l'aversion des Espagnols contre les Allemand».
Autant le parti autrichien révoltait la cour de Madrid, autant le marquis depuis duc d'Harcourt, ambassadeur de France, »e conciliait tous les cœurs par la profusion de sa magnificence, par sa dextérité , et par le grand art de plaire. Reçu d'abord fort mal à la cour de Madrid, il souffrit tous le» dégoûts sans se plaindre : trois mois entiers s'écoulèrent sans qu'il pût avoir audience du roi > ; il employa ce temps à gagner les esprits. Ce fut lui qui le premier fit changer en bienveillance cette antipathie que la nation espagnole nourrissait contre la française depuis Ferdinand le Catholique ; et sa prudence prépara les temps où la France et l'Espagne ont renoué les anciens nœuds qui les avaient unies avant ce Ferdinand, « de couronne à couronne, de peuple à peuple, et « d'homme à homme, n II accoutuma la cour espagnole à aimer la maison de France , ses ministres à ne plus s'effrayer des renonciations de Marie-Thérèse et d'Anne d'Autriche, et Charles II lui-même à balancer entre sa propre maison et celle de Bourbon. Il fut ainsi le premier mobile de la plu» grande révolution dans le gouvernement et dans les esprits: cependant ce changemeui était encore éloigné.
L'empereur priait, menaçait : le roi de France représentait ses droits, mais sans oser jamais demander pour un de ses petits-fils la succession entière ^ il ne s'occupait qu'à flatter le
r. Reboulet suppose que cet ambassadeur fut reçu d'abord magnifiquement. A fait na (traud éloge de sa liTrée^ de son beau carrosse doré, et de l'accueil tool à fait gracieux de Sa lUIajesté. Mais le marquis, dans ««es dépêches, a^oue qu'on us lui Gt n»*'le civilité, et qu'il ne vit le roi qu'uu moment dans une chambre très- •onbre, éclairée de deui bougies, de peur qu'il ne s'aperçût que ce prince étail moribond. Enfin, les Mémoire» de Torei démontrent qn'il n'y a pas un mot de Trai dans tout ce que Ret>oulet, Limiers et les autres hiitorîens ont dit de cette grande •ffairc. (A'o<« (U KoJtotrt.)
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