‹ Le siècleChapitre 112 sur 216 · I.A nELNE · texte numérisé non relu

I.A nELNE

Hé)ss!

HVMLET, soulevant h tapisserie.

Po!onius ! ah ! je suis bien maudit ! CeMe<|ui portera le poids de ma folie Sera donc toi toujours, OpluMle! Ophcllel— Pardonnez-moi ce meurtre, o Seigneur, ô mon Dieu ! Et toi, pauvre indiscret, fou tcmi'rairf, alieu ! Je l'ai pris pour p'us grand que toi. Subis la peine. De l'affaire d'aulrui puurcjuoi lis-tu la tienne?

( Il lai&c rolombrr la lapisscrie, remet son épée an fourreau ot revient p'ès dî sa mère. )

Asseyez-vous, madame.

( La rdnc se lord les mains de désespoir.) A moi seul la ripueur!

Ne tordez pas vos mains, j' vous tordrai le cœurl S'il y reste, du moins, nucKiue fibre senr-ible. Si, tout bn nzé qu'il suit, il est encore possible P'y (aire pénétrer quelque bon sentiment.

LA IlEI\n.

Pour que ta voix me parle, Ilaralet, si rudement, Qu'ai-je donc fait? voyons!

UA.MLET.

■\'ous rignorèz, madame?

Ah ! vous avez commis une action infâme!

Une hiche action ([ui change avec noirceur

Les vœux du mariage en sermens de joueur !

Qui détache du front de tout amour sincère

Sa couronne de fleurs, pour y me tre un ulcère !

L'ne action qui fait le monde plein d'horreur!

Aussi, voyez, le ciel s'enflamme de fureur^

Et l'air, tout sttristé d'une adion si sombre,

Est, eimme au dernier jour, chargé de brume tt d'ombre!

LA REINr..

O malheur! quels sont donc ces crimes, répondez, Que vous voulez punir?

liAMLtr, se levant.

Ah ! v^us le demandez!

( Lui nionlranl deux portrait*. ) Voyez ces deux tableaux,— les porirails de deux frères. Voyez ce beau visage où tous les dons contraires Pour un type idéal sont mêlés par les dieux ! Apollon a prêté ses longs cheveux soyeux, Jupiter son beau front, Mars son œil qui menace; Dans ce noble maintien Mercure a mis sa grâce. Quand aux cimes des monts glisse sont vol si douxt Or, cet homme parfait, il était voire époux !

( Montrant le second portrait. ) Cet autre est votre époux ! C'est l'épi, dans la gerbe, Par la nielle gâté, gjiant l'épi superbe. Vous n'avii ?. doiK' pas d'ye'.ix, (pie vous avez quitté Pour le fangeux marais le sommet enchanté? Ah I vous n'aviez pas d'yeux ! et votre aveugle rage IN'était pas de l'amour ; car enfin, à voire .'rge, L'ardeur du sang se calme et cède à la raison ! Mais la raison peut-elle, en aucune façon, Conseiller de tomber de cet homme à cet autre? Vous vivez ! votre pouls bat ainsi que le nôtre!

LA REWE.

Oh ! quel acte furieux et 6anglant !

IIVMLET.

Un acte sanglant ;— presque aussi répréhensible, ma mère, que de tuer un roi et d'épouser son frère.

Tuer un roi ?

LA REINE

nVMLET.

Oui, madame ; c'est bien la ce que j'ai dit. — (A Poloniu';.) Quant a loi, pauvre .sire, fou léniiTaire cl indiscret, adieu ! je l'ai pris pour nn personnage plus jmjiorlaiit ; subi.s If^n sort ; lu as appris a tes dépens (ju'il peut y avoir du danger h se mêler des alTairrs d'auinii. — \ In reine.} Cessez de vsus tordre les mains I Silence! ass'yez-\oiis, et laissez-moi vous tordre li: cirnr ; c'est ce que je vais faire, si toutefois il lui reste encore (|uclque sensiliiliié, si l'iiabilide du crime ne l'a pas bronzé au point de le rendre insansiblc à tonte émotion.

Lv nr.ixr.

Qu'ai-je fait pour que tu oses ni^ parler sur ce Wn menaçant ?

IIA.MLKT.

Une action qui flétrit la gri^-e el l'inarnat de la pudeur-, qui transfurme la venu en hypociisie ; <|ui arrache du fiunt d'un amour innocent s.i couronne de lO es, et la remplace par une plaie hideuse ; qui rend les sermens de l'hymen aussi mensongers que ceux des joueurs ! o!i I nno action qui enlève

au corps des contrats la sainteté qui en est l'âme, et fait de la religion une rapsodie de mots. Le ciel s'en indigne, ce globe coinpacle et solide est attristé, et la consternaiion est peinte sur sa face, comme si le dernier jour du monde était venu.

LA RE1\E

Hélas! (|uelle est donc l'action que dénoncent cet effrayant prélude, cette voix foudroyante?

U.VMLKT, h,i montrant deux portraits ru pied qui décorent l'apparteracn'.

Regardez ces deux porirails, qui vous offrent l'image des deux frères. Voyez (|nelle giâce éiail emprcinle sur ce visage; la chevelure bouc'ée d'IIypérion, le front de Jupiter luimême, l'œil de Mais, oi'i venait se peindre le commandement ou" la menace; lu port de Mercure, le messager céleste, alors qu'il vient de poser le pied sur une cime qui touche les nuages ; un heureux assembla^'e de formes si |)arfaites, que chacun des dieux semblait y aviir imprimé son sceau, comme pour montrer au nioiule le modèle d'un homme véritable: c'était \!i votre époux. Tournez mainlcnant les yeux de c« coté. Voilà votre mari aciuel,(|ni, pareil à l'épi que la niella a gUté, a, par sou conlact homicide, fait périr son frère. Avez-vons des yeux? Avez-vons bien pu quitter ce riant et fertile plateau pour venir vous engraisser dans ce marécage? Oh! avezvous des yeux? Vous ne pouvez imputer votre conduite ;1 l'am'inr; car. à voire ài;e, l'eiïervescenee du sang est calmée, et la passion refroidie se soumet à la raison. Et quelle est la créature raiionnelle qui aérait pu se résoudre à échanger votre premier époux contre celui ci? Vous êies douée de sentiment sans nul dou'e ; autrement vous ne série

HAMLET

Donc, vous (levez sontir! mais votre senlinient

Eiait paralysé, madame, assurémeiil!

Est-il tr,insport si sourd, si stupide ineonstance,

Que IIP frappe d'alwrd une telle disiaiice?

Quel démon vous trompait et vous radiait les diux?

Les yeux sans le toucher, le toucher sans les yeux,

L'oreille sans les raains, l'odorat sans l'ouïe,

Tout sens , mt^me alioré , de l'errour inouïe

Averti sui-le-rhamp, ne s'y fat pas mépris.

Honte! ne sais-tu plus rougir sous le mépris!

O bûchers de l'enfer! si vos feux éphémères

Montent brûler ainsi les veines de nos mères,

Aux cœurs de leurs enfans la vertu par lambeau

Se fondra, cire ardente, à son propre flambeau:

Li jeune passion ne sera plus honteuse,

La raison aux désirs sert bien d'entremetteuse!

LA REIXE.

Hamlet, tais- toi ! lu (As que mon regard profond Se tou;ng ver» mon àme, et que j'y vois au fond Des taches de péché noires et gangrenées Que n'effacor.iient pas des cenlaiHes d'années !

HAMLET

Et le tout pour chercher des plaisirs monstrueux Dans l'impure sueur d'un lifincestueHXl— Qu'est-ce que votre époux? un valet misérable, L'exécrable Caïn d'un Abel adorable !

Tn roi de carnaval! qui liiouta la loi Et le pouvoir ! Un jour, la couronne de roi Se trouve sous sa main, leiraiire la décroche El, larron sans pudeur, la fourre dans sa poche!

Assez ! assez I

L\ RïI\E.

IIAULET.

Un roi de pièces. et haillons!

(L'ombre apparaît visible pour Hamlel seul.) .

Sauvez-moi! cacbez-iooij célestes légions! C'est lui!

LV REIXL.

Qui'? lui!

HAULET, au spectre.

Voyons! quj vuulez-vous, d;ère Ombre?

LA RF.I\r..

Mon tils est fou! malheur!

IIVMLET.

Oui, mes lenteurs sans nombre Vous irritent, le temps passe, l'émotion S'éteint ! je remets trop la sinistre action Que vous m'avez prescrite ; est-ce cela, mon père?

l'ombre.

Oui. Souvi.'DS-toi. Tu vas te souvenir, j'espère 1 Je viens pour réveiller ta volonté qui dort. Mais vois ta aère, Hamlel, tremblante de remord. Oh! mets toi donc entre elle et sa terreur de femme! Car l'amour de ma vie anime encor mon âme. Parle-lui, cher Hamlet.

HAULET àlareiu'.

Madame! qu'avez-vous?

LA REINE

Oh ! je vous le demande ù vous-même, à genoux. D'un avide regard pourquoi sonder Te-ipace? Pourquoi parler, rt-pondre à la brise qui passe? Ton âme par tes yeux hagards semble jaillir. Et, soldats endormis qu'un cri fait tressaillir.

pas un être animé : mais, assurément, il fdUt que chez vous le sentiment soit paralysé : car il n'est pas de démen e qui ne laisse à ct-lui qui lui est asservi une portion de discernement suflisante pour choisir entrt; des objets si dissemblables. Quel démon vous a donc égarée, en vous mettant un bandeau sur les yeux? La vue sans l'aide du toucher, le toucher sans le secours de la vue, l'ouïe sans l'usage des mains ou des yeux, l'odorat à lui s:-ul, ui:e poriion même aliérée d'un sens véritalde, n'aurait pu tomber dans une méprise aussi stui,.ide. Chôme! où est ta rougeur? Enfer rebelle, si tu peux allun;cr ainsi la lévalte dans les sens d'une femme depuis longtemps épouse et mère, que pour l'ardenle jeunesse la vertu soit comme la cire : qu'elle se fonde à sa propre flamme : qu'il n'y ait point de honte à céder quand la passion parle, puisque la glace elle mêine brùlo avec une telle activité, et que lu raison prostitue aux désirs ses honteux services-!

LA RErVE.

0 Ham'et! n'en dis pas davantage : tu obligs mes yeux à se louruersur mon ime; et j'y découvre des lâches si noires et si fortement empreintes que lien ne peut les effacer.

nAjîLET.

Vivre dans la sueur impure d'une coucle fétide, sur un fumier de corruption; se vautrer dans la fange d'un sale amour ! —

LA REIXE.

Oh ! ne me parle plus : ces paroles me pénètrent comme autant de poignards; assez, cher Hamlet.

HAMLET

Un assassin, un scé!ér.H: un misérable qui ne vaut pas ia «sniièrae partie de votre prej.î^T époux ; — un roi pour

rire, un coupeur de bourse, qui a tilouté le pouvoir; fjui irouvant ia couronne sous sa main, l'a volée et mise dans sa poche !

LA REI\£

Assez !

HAMLET

Un royal arlequin ! ~

Entre L'OilBRE. '

HAMLET, coniiuuaut.

Protégez-moi, et abritez-moi sous vos ailes, milice céleste! — Que me veux tu, ombre chérie?

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