I.E ROI
Eli bien ! lu le seras !
— Laerle.'on vous vaiilail pendant votre voyage, En préseuccd'ilam'el, d'un talent de votre âge Où l'on vous disait mailre, et ce mince agrément A rendu plus jaloux le prince, assurément, Que tous vos autres dons,— tant la jeunesse est folle!
"*■ LAEUTE.
Ce talent, quel est-il?
Rien qu'un ruban frivole Au chapeau d'un jeune homme, et qui lui sied pourtant!
Que notre habit soit sombre et le vôtre éclatant ! Nous portons le ciliée, et vous port< z la soie, \ous, l'espérance, elnous le deuil de noire jciitî. — Nous avions un seig'.:eur norniaiid, le dernier mois; Comment le nommail-oii déj:V? Lamond, je crois. Sa mémoire de vous était tout occupée, Mais, surlout, il vantait votre adresse à l'épéc. Vdus feriez un assaut inerveillciix entre touj, S'il s'ollrait un rival un peu digne vous, Assurait-il. Mais bah ! hs esirimeuis de rrance, Devant vous sur-le-champ perdant toute assurance, N'avaient plus ni sang-froiJ, ni ruse, ni coup-d'œil ! Et, lîi dessus, Hamlet, dans son jaloi.x orguei', N'eut pi us, de ce moment, de souhaiis cl d'alarmes Q)ue sur voire retour, pour faire un assaut d'armes! — Eh bien! Laérte?...
LAlllTE.
Eh bien?
LE ROI , biiisquemenl ai.rès une paiiào.
Aimiezvous tendrement Votre père, voyons! ou votre accabiement Est-il joué?
LAERTE
Joué ! vous raillez, je l'espère !
LE ROI
Que feriez-vous donc bien pour venger votre père?
LE ROI
C'est ta paix avec loi-mème que je veux que lu fasses. S'il e^t vrai qu'il soit de retour, — ce qui indiquerait qu'il recule devant ce voyage, et ne veut plus l'entreprendre,— je lui suggérerai l'idée de tenter une aventure, dont le proje'. est milr dans ma tête, et où il ne peut manquer de succomber, sans que sa mort puisse attirer le blâme sur personne, si bien que sa mère elle-même absoudra révénement, et n'y verra qu'un accident.
LAERTE
Sire, je suivrai vos conseils, mais plus volontiers encore si vous pouvez combiner votre plan de manière à te que j'en sois l'agent principal.
LE ROI
Cela se rencontre on ne peut plus à propos. Depuis tes fi équens voyages, on l'a beaucoup vanté, et cela en présence de Hamlel,pourun talent dans lequel, dit-on, lu excelles. Toutes tes qualités réunies ont excité chez lui moins de jalousie que celle-là seule, qui, à mon avis, est l'une des moins importantes.
LAERTE
Quelle est cette qualité, sire ?
LE ROI
Co n'est qu'un ruban au chapeau de la jeunesse, mais un ruban nécessaire ; car une parure nu peu légère et frivole ne sied pas moins à la jeunesse, qu'à l'âge mùr les vêtemens plus chauds et plus amples dont sa santé et sa gravité lui font un devoir.— 11 y a deux mois, se trouvait ici un gentilhomme de Normandie. — J'ai vu It s Français, j'ai conrballu contre eux, et je les connais nourd habiles cavaliers; mais l'habileté de cet homme tenait de la magie, il semblait avoir pris racine sur sa selle, cl il faisnit exécuter à son cheval de si merveilleuses prouesses, qu'oii i ùt dit qu'ils étaient incori;olés, clque l'intelligent animal et lui ne faisaient qu'un ; il surpassa tellement mon altenle, que tout ce que je pouvais imagiiK-r de tours d'adresse et de voltige élait encore fortaudessçus de ce qu'il exécutait.
LAERTE
Un Normand, dites vous ?