E COMTE LEYEN A HÉLÈNE
Wjus n'avez pas répondu ù ma lettre, mademoiselle, c'est %Hi vous ne m'avez pas compris; vous avez confondu mou hommage avec des hommages vulgaires souvent oflVnsans pour la femme qui en est l'objet. Vous n'avez pas compris (|ue vous aviez lait naître en moi une noble pensée; que j'ai voulu, non acheter ni payer votre amour, que les trésors de la terre ne pourraient payer, raai.s avec mon amour vous offrir
UNE HEURE TROP TARD
tout ce que le sort m'a donnr, et qui devrait vous appartenir; rar ceiix-l:\ doivent être rois et maîtres de la terre et de ses trésors (|ui ressenil)lent le plus h Dieu, qui a tout l'ait; et jamais les extases de mon imagination ne m'ont t'ait aussi bien (oniprendre qu'il est des êtres au-dessus de riiomuie, ministres de bonté, chargés de distribuer à eliaqne homme sa part des libéralités de Dieu, sa pari de félicité dans cette vie, que votre courte apparition.
Je vous aime, mademoiselle.
Je n'ai point l'insolence de vous offrir de l'argent pour votre amour, je vous offre mon amour en échange du vôtre. 'J.a richesse que je dois au hasard de doit pas plus être un vice ù vos )%ux que votre pauvreté n'en est un aux miens -Je ne prétends en tirer aucun avantage ;jlne serait pas jusje que ce fût pour^moi ûne cause d^exclusiôn. Si vous n'aimez personne, vous^aimerez ; pourquoi ne serait-ce pas moi? A coup sûr te ne sera jamais un homme plus passionné. Aimezmoi, non parce que je suis riche. Si vous étiez riche et moi pauvre, je vous aimerais de même, et je n'hésiterais pas à vous l'avouer. Si la fortune ne donne ni vertus ni élévation d'âme, elle no les oie pas néanmoins. Je vous aimerais de même, fussiez-vous plus riche que la reine de Sab.T, et je ne rougirais pas de vos dons. En amour, celui-là est le bienfaiteur, qui veut bien recevoir de l'autre. ■'.,.'
Répondez-moi un seul mot, dites-moi au moins que mon amour ne vous offense pas, et que vous n'avez pour moi ni haine ni mépris. En ne me répondant pas, jeune, fraîche et naïve comm.e je vous crois être, vous agissez exactement comme Arait une adroite coquette qui ne voudrait ni faire naître ni faiie mourir l'espoir.