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Dr, sr.s LF.CTians.
Il est bon et utile ù un écrivain de ne pas manquer une occasion de montrer h ses lecteurs du zèle el du dévoOnicHt, et surtout de ne leur pas laisser ignorer Icb droits (lu'il peut avoir, sinon à leur gratitude, au moins !> leur bienveillance; le bénélicc de ceci se retrouve à la lin du livre, si tant est (|ue le livre finisse, au moment où, la toile baissée, le parterre siffle ou applaudit ; car il y a des instans où nous ne comprenons guère que l'on veuille bien passer son temps à écouter nos récits et nos divagations, des momensoù nous nous sentons portés à un culte de vénération l'rofonde pour le public qui lit nos livres, pour nos honorables éditeurs (|ui veulent bien les acheter, et en éehange nous nourrir, nous vêtir, nous loger, nous défrayer de peines et de plaisirs. Celte réflexion, d'habitude, nous rend confus et humbles de donner si peu pour tant de choses; et si le hasard faisait qu'à ce moment l'un de ces hommes se présentât à la porte de notre laboratoire, nous le saluerions d'un Domine, non siim dignus vt intres il) domum uieam ; et nous effeuillerions sous ses pas les roses blanches et les roses pourpres qfli pa-
rent ledit laboratoire, et auxquelles nous tenons singulier:-, ment.
Voici dune en quoi, ce malin, nous pensions avoir mérité quelque bienveillance de la part de nos leeteurs.
Au Mioment où nous nous levons, le sol est ù moitié obscur encore jus ;u'à moiiié de la hauteur des niai.sons; l'air est bleu el transparent au-dessus de la tète; de petits nu3geî blam s sont chassés en légers flocons |)ar le vent d'est , et se colorent en passant de riches teintes jaunes et roses.
Or, pour nous, homme de campagne, de .bois et de prairies, c'est un silr indice de beau temjis pour aujourd'hui.
C'est le premier beau jour de l'année pe;it-êire, sous ce beau ciel de France, connue on dit dans les romances, et qui nous semble à peine méritirr le nom de ciel, tant il est souvent chargé de tristes vapeurs grises »|ui nous condamnent ;'» un horizoii de papier peint.
Aujourd'hui le ciel sera Meu et l'air doux à respirer, et gûiillant la poitrine de jeunesse et de vigueur; le soleil caressera de ses rayons l' s jeunes feuilles des lilas et les fleurs doucement odorantes des pruniers.
Les femmes sortiront fraicl.es el jeunes des fourrures et des vctemens d'hiver, comme des roses (jui rompent leur bouton vert, s'é|)anouissant au soleil, et livrant aux vents leurs parfums.
Noire première pensée a été de nous aller promener, d'aller assister loin de la ville à ce beau réveil de la nat. re.
Et, à cet elfei , nous avons mis nos bottes, notre redingote, et broïsé notre chapeau.
Mais il nous est revenu en l'espiit que nous avions prodigieusenicot de cï.oses à raconter à nos lecteurs, que lor.^ qu il nous arrive d'aller ainsi errer le matin, notre esprit, un montent k'c.ndéparle sublime speciacle de la nature renaissante, s'élève à un ordre d'idées métaphysiques si entrainanles, que nous nous enveloppous de n -s pensées nua- V geuses el li'cii sOilOi s plus de tout le jour. Du haut du ciel cil nous nuus trouvons momentanément juché, la terie nous parait to;il au plus grosse coiuilc une noix, les hommes, comme des grains d'une naiure impalpable, — sans en excepter nos lecteurs. D'après cette échelle, vouj sentez c jmbien petit et iuipcricptible nous semble notre livre, el combien facileme.il nous l'abandoisnons pour nous livrer à de célestes el intraduisibles contenipiaii ns, qui, par nioiuens, nous perm< tient d'enlre^oir la grande figure d-e Dieu li où nous lie vùjonv, d'ûrdinaiie que U ciel et la terre, le so-lcii il les étoiles, l'air el les parfums des Heurs, les chants des oi. seaux, le murmure des feuilles cl le bruissement de l'eau.
Eh bien! en l'honneur de nos lecteurs, nous avons renoncé ù notre promenade, nous avons remis notre robe de chambre et nos pantoufles, nos magniliques pantoufles de velours vert.
Si nous parlons compl.nisammenl de nos pantoufles, ce n'est pas seulement pour apprendre à l'Europe que nous possédons des panioulles de velours vert, quoique celle vanité y soil bien pour quelqNC chose ; c'est, en outre, pour faire comprendie une chose dont nous-uièine ne compi'enons guère la cause. C'est la véhémence du dé ir insolite qui nous saisit toul-à coup de savoir l'heure qu'il était, el qui nous lit uièuie dire un moment : —Nous donncMons vû'outiers nos pantoufles pour savoir l'heure, qu'il tst.
Lu désir, 'm roulant jiar l'esprit, grossit comme une boule de neige, de sorte qu'un caprice devient un besoin : il faut k toute force le saiislaire ou le jeter en dehors. Et comme il ne ncus était pas possible de le satisfaire, attendu que nous ne possédons ni niunlieni pndule, et (jue nos voisins n'étaient pas levés, nous avisâmes que, poumons débarrasser de ce souci, il n'ét;iil rien de mieux que de renouveler, par de nouvelles méditations ad hoc, nos raiso: s de mépris pour l'heure et les horloges.
Ce sont ces nouvelles raisons que nous allons écrire à l'usage de ceux qui n'ont ni montre ni pendule, ce qui peut arriver aux hommes les plus honorables; el nous iniiinlerons la seconde partie de ce chapitre :
UNE HEURE TllOP J AllD.