‹ Le siècleChapitre 180 sur 216 · CONFLANS · texte numérisé non relu

CONFLANS

Lesueur, sans nouvelles deLouise, la croyait déjà reléguée dans le fond d'uue province. Un autre louimcni se ioii^nait à celui-là. Le deftil < taildaiis .«.a ma son. .>^a nourrice, Madeleine Curmier, veuaii de perdre son lils unique, son soutien, le maiire tailleur d'habits, et n'emendani que pleurs et ^Omis- 6<mens autour de lui, il y mêlait les siens naturi llement, sans pouvoir à peine se rendre compte s'il souffrait de la douleur de ses amis, ou de la sienne propre.

Ne croyant pas aux longues élégies amoureuses, Marillac le raillait parfois assez vivement à ce sujet. Cependant il avait ë'aborJ, sans se rebuter, mis tous ses soins à le distraire et à le consoler, montrant par lu que dans celte ime, où le plai sir, et le vi e même, tenaient si granile place, il existait encore de purs et d'honorables seiilimcns.

Lnedisiractiùn plus puissante fut donnée à l'artiste. Le président Le Jay axait admir^à la chapelle de Sie-Marie son tableau de l'A-'^sûmptiftii II le chargea de décorer un pavillon de cet tebelle maison de Condans, qui, après lui, aiipar tint aux arch'Véques de Paris.

Le pavill n, dunii architecture élégante, était construit au milieu d'une grotte, sur les bords de la riv,ère de Seine. Lesueur y peignit une Junon.des tritons, des daujihins; et cet ouvrage, quoique entrepris avec un découragement profond, lui lU le plus grand honneur à la ville, oii dès-lors l'ouvrage lui manqua moins que leloivir et la force de travailler.

D.:ux mois durant, il demeura là, a CnnUans, vivant dans une solitude complète, solitude qui ne lut troublée d'abord que par les visites de sa mère Coi inier. Elle allait quitter Paris pour retourner dans son village de Kanterie, et trouvait de la douceur à venir pleurer près de so\'Jieti.

Marillac, lancé dans le tourbillon desijouissances forcenées, s'en détournait parfois, mais rarement, pour venirégayer son ami du récit de se» folies.

Un soir, il arriva tott essoullé fi Conllans, et du plr.s loin qu'il ajteii. ut l'artiste, agitaut son mouchoir en signe de joie «l de Iriuniphe:

— Sudorius ! Sudoriuî! lui cria t il, victoire! J'ai découvert la planète invisible où s'est léfugiie ta belle, et <leniain, si tu le Veux, tu ne seras ni dans ses bias, ni à ses pieds, mais tu peux être devant son lo^is.

Lesueur, hors de lui, le pressa de s'expliquer.

— Le ciel te lient comittiMl.: mi's vertus, dit le chevalier. Je vais le donner la preuve de c; que j'avance ; mais pour Oieu ! laisse-moi respirer. Tu as l'air de vouloir rae dévorer des yeux!

En effet, Lesueur avait peine à contenir son impatience, craignant d'être dupe d'une méprise ou d'une raillerie de Marillac.

Celui- 'i se jeta sur un siège, s'essuya le front, passa j"! plusieurs reprises la main dans sabrune chevelure, et pienant une prestance de narrateur :

— Il e\i>teuiie niai.iere d'honiniebnurgennnè, dit- il, four reur de son èl.it, syndic de sa nolile compa^i.ie,el qui, par le* ordonnâmes royales ilcCli^rles I\, d/ Henri III, de lleii- H IV, jouissait, hier encore, de l'iieiireiix privilège de pouvoir exercer auprès de moi en q\iarnédec éancier.

— Qu'importe et homme ? dit Lesueur.

— ^'en parle pas en mal, rè|)li(iua le dievalier, il peut devenir ton oncle I

— Mon oncle !

Marillac poursuivit :

— Ce malin, j'ai joué, j'ai gagné ; j'étais en argent, et ne savais que faire de mon temps....

— Au l'ait, chevalier, dit son auditeur d'une voix suppliante.

— En nie promenant le long des fossés jaunes, près la porte Saint-Denis, l'idée me vint d'al er p.iycr ii cet homme quelques (Cus dont je lui étais redevable. Je n'aime pas les petiies dettes ! Cela ne fait pas nombre et ne prolitepas. Il s'agissait d'une fourniture de petit gris et de deux peaux d'ours.

— IJe grâce! ... reprit Lesueur.

— ISous y voilà IJe ne trouve chez lui que sa servante, grosse lillc assez fraiihe, qui, s'autorisant de petites privautés dont j'iisai autrefois envers elle, se mit en devoir de me conter ses alfaires.

— Lst-ceque vous allez me les cinter aussi ? interrompit l'artiste ne pouvant plus tenir en place.

— Oui, mon anii ; mai.> en abrège. La grosse fille était bien aise dem'appren ire que son patron, maitre Fianvois LeMoulier, avait daigné jeter les yeux sur elle pour en faire sa chaste et légiiime épouse. Tout tendait à la conclusion du mariage....—Paiièn-e donc, monsieur; l'affaire vous regarde plus que nioil — Bref, me dit elle, .le brave fourreur n'en était plus empêché qui par des scrupules que lui prenaient, en consiiiéralion d'une petite provinciale, sa nièce, nouvellement sortie du couvent. — .Ah! tu ouvres les yeux, Sudorius; tu m'écoutes maintenant !... Oui, sa niè.e,la deniuise.le Louise de La Porte.

— Louise! s'iirii Lesueur, vous avez bien entendu ce nom?

— Couimeje viens de l'entemlre en l'articulant moi-même. De plus, j'ai pris soin de m'en faire esquisser le portrait, (|ue tu n'auais pas tiouvè flallè, je te jiic. .Muis j'ai rapproché ces exHgèralions d'envieuse de tes exagérations d'amoureux, elquoi.iuesles peintures soient bien did'èrenies, j'aûirmeque le modèle est le même. Plus dé doute! c'est elle!

— Et elle est à Paris '? dema;ida Lesueur tout a^^ité.

— Elle a d'abord logé chez le fourreur, répoiMit Marillac; présentement, contiiiua-t-il avec emphase, les yeux de ta divinité resplendissCiit comme deux soleils, devers les limites Occidentales de la grande ville, entre la porte de Bussy et le Pié aox Clercs, rue du Colombier enlin, où elle demeure avec une de ses tantes, sans doute la femme ou la sœur de mon honnête pelletier !

Ce même soir, L- sueur était à Paris, rôdant seul le long de la me du Colombier, où il passa, jusque bien avant dans la nuit, des heures délicieuses. — L'espoir ne m'est pas interdit inaintenanl, se disait-il; Louise n'appartient qu'à la bourgeoisie marchande !

Et il examinait les maisons, les unes après les autres, s'ar- 1 étant plus voluniiers devant celles d'une simple apparence, car son es|iOir grandissait en raison de la iindiocrité de la demeuie. Il ne se ri tira qu'après avoir vu s'étti.dre, une à uiu>, toutes les lumières de la rue, et avoir curieusement et vainemeni. interrogé de l'œil toutes les formes humaines qui glissaient prèj de lui dans l'obscurité.

SPECT.\CI.E VU PVI.AIS-CARDIWl.

Le lendemain, Lrsueur se rendit chez Marillac dfts la froide matinée. On èiait au mois de décembre.

Toi. s deux allèrent d. j uner, et l'artisle répla; car, dans la nuit qui venai! de s'écouler, une- rafle niaiidiie avait déjà ab.ittu la lOrlnne l'u chevalier. De là, ils s';icheniiiièrent pour inspecter la rue du Colombier. Car Marillac n'ayant point un écn dans la i oche, par conséquent libre de son temps, avait déilaréà son ami le vouloir accompagner et l'aider même dans ses découvertes. Lui-même dirigea les recherches, dis-

SA.INTINE.

Page 1