NEGOCIATIONS
— Quelles sont ces conditions, ei (|ui nievenl-il faire épousi^r? se dirait Marillac en sortant. Ce w jient être la veuve de Piiylaurens, aujourd'hui comtesse d'IIarcourl ; madenioiselle (lelirézè, liaiu'ce au duc d'Enghien ; quoique libre encore, madame de Combalet, sa nièce fivorile, est destinée à une couche plus sûni|)(ueuse et plus armoriée que la mienne! Dans loule sa tiipltr race des Dnplcssis, des Pont-Coni'lay et des l'ont-(;ii:'itcau, i|ueile noble demoiselle nie sera dévolue.' — Sansdoule un petit monstre disgracié de la nature; une ;ri]le tille qui monte en graine, on quelque péchere.ise, \i::ne abandonnée, qu'on met en mîtiiige, au liett, de la m Mire en religion ! —En tout cas, lUclielieu me donne la vie er cadiau de noces ; elle m'apporte la fortune en dédommagement de sa faute ; et ce iiit-il le diable, pourvu (|u'il se fasse les grilles, et(iu'on l'adnu'tle en cour, J'épouserai ! Mordieu ! monsieur le caidiiial, vous m'avez fait une belle peur, et bien inutile, je vous le ct-rtilie. Vous aniiezeu mon consentement à moins de Irais! ^
ICn dehors du cliàiea\i île Ruel, il relronva son pauvre page à la même ijlace, a|irès trois morielies heures, couvert de treige et de boue, gelé, engourdi par le froid, et pleurant encore. A la vue de son maître, monsehjncur poussa un cri, secoua sa neige, se précipiia à sa renctilre, et lui baisa les
UNE MAITRESSE DE LOUIS XIII
mains. Marillac le gronda, l'embrassa, et tous deux reprirent la route de Paris.
Que si l'on s'étonne de la (-omédie jouée en celte occasion par le terrible cardinal, on a oublié ([ue c'élail là un des penchans de son esprit, de frapper d'abord d'effroi ceux à qui il réservait une faveur. Peut être croyait-il en mieux rehausser l'importance, ou se plaisait-il à faire mouvoir ainsi, en même temps, sa double puissam-e du bien et du mal. Peut-être étaii-ce une façon d'étudier le caractère des liommes employés par lui, de faire ressortir en eux quelque roté faible, ou d'y découvrir quelque mouvement généreux, dont la connaissance lui devait être utile plus tard.
De même, dans une autre circonstance, il lit venir le comte d'Hareourt, et d'un visage sévère:
— Monsieur, lui dit-il, le roi vous ordonne de sortir de France surle-champ! —El, après s'être fait un jeu de son embarras et avoir admiré sa résignation, il ajouta: — Car, il a daigné vous confier le commandement général de ses (loites dans la Méditerranée.
La position particulière de Marillac, qui le mettait à sa merci, le rendait un homme essentiel à ses vues.
Pour accomplir ses grands desseins, Richelieu ayait réduit son roi à ne jouer que le rôle de simple passager sur le vaisseau de l'Etat. De tous ses pouvoirs héréditaires, il ne lui laissait que celui de guérir les écrouelles. Cependant, quoique plein de bonnes intentions, ce royal passager, d'un caractère faib'e et indécis, sans cesse influencé par son entourage, gênait parfois la manœuvre, et menaçait de renverser le pilote, seul capable peutêire de coi;duire le 1 aliment à bon port.
C'était peu pour le ministre d'avoir pendant quinze ans lutté avec avantage contre le calvinisme, et ce reste d'anarchie féodale dont les secousses énervaient la France, divisaient ses forces et la privaient de son unité; d'avoir abaissé la maison d'Autriche, son éternelle rivale; d'avoir jeté le germe d'une révolution sous chaque trône de l'Europe, pour contraindre leurs possesseurs à ne s'occuper que de leurs affaires; il lui fallait avant tout surveiller son maître, devenu son pupille, et faire descendre sa politique jusqu'aux inlrigailleries decour.
Le petit coucher du roi lui semb'ait plus redoutable mille fois que les armées espagnoles et les parlcmens de France réunis.
Un nouveau favori, une nouvelle maîtresse, un caprice, pouvaient anéantir les projets du cardinal au moment même où il atteignait le but. Aussi les alentours du monarque, son confesseur, sfs valets, ses conlideus, tous lui étaient acquis de gré ou de force. Pour mieux le dominer, il le tenait isolé même de sa famille ; mais Louis, alors, avait besoin de se créer d'autres affections, et c'est contre ces autres affections que le ministre restait sans cesse en éveil !
L'amour inspiré au roi par mademoiselle de La Porte l'inquiétait. Celte fois, le maitre prenait ses précautions, s'entourait de mystère pour en bien cacher les apparences et en assurer la durée. Il ne voulait plus s'astreinilre à fréquenter les salons de la reine, pour y rencontrer l'objet de son choix. Les filles d'honneur, telles que mesdemoiselles d'Hautefortct de la Fayette, lui avaient causé trop d'embarras. INe lui avaitil pas fallu les aimer publiquement, au su et au vu de toute la cour, lui qu'un rien suffisait pour effaroucher.
Louis XIII chang-ait entièrement aujourd'liui sa méthode en amour. Il allait marier Louise, en imposant au mari, comme dans une occasion semblable avait fait son père, de galante mémoire, des conditions restrictives, lendant à le ré duire au simple rùle de prête-nom. Ce mari aurait un emploi qui le rapprocherait de sa personne royale. Du reste, le cba? le monarque, imbu des préceptes du platonisme, ne songeait d'abord à autre chose qu'à se créer une douce occupation de cœur. Et pourtant la jeunesse de Louise, sa fraîche beauté, l'avaient frappé d'une façon plus vive et plus excitante que toutes ses précédentes passions.
Trouver le mari lui paraissait la chose la p'us difficile ; ce qui peut sembler surprenant , lorsqu'on se rappelle que Louis XIII, porté à la médisance par un pcmhant naturel de
son caractère, connaissait assez bien les histoires scandaleuses de sa cour. Aussi l'entendit-on alors déplorer avec amertume que les héros de ces hictoiras se trouvassent toujours être des hommes mariés. Le jeune marquis de Rieux lui fut cité comme une exce}»!ion à cette règle. Il était joueur, surtout fort endetté, d'une conscience souple, et très peu scrupuleux sur les moyens de fournir à ses dépenses.
Le roi écoutant avec un certain plaisir le mal qu'on lui en disait, les bons amis de cour du marquis ne l'épargnèrent pas. Mais ils restèrent bien surpris de voir le sévère Louis XIII, aussitôt après, accueillir de Rieux d'un air de faveur tout-à-'^ait inaccoutumé.
In tel arrangement ne convenait point au cardinal, nous l'avons vu. La Clienaye fut donc chargé de faire triompher Marillac dans cette lutte, où les concurrens devaient se présenter devant les juges du camp, armés de toutes pièces de leurs mauvaises qualités, Marillac eut le prix, et ne le dut point absolument qu'à la faveur.
Non content d'avoir enlacé lecheva'ier, qu'il tenait secrètement dans sa main, Richelieu vou'ut encore rattacher Louise à ses intérêts, par 'es liens d'une parenté imaginaire.
En rusant chacun dans cette affaire, quand le roi lui nomma celui qu'il désirait charger du commandement de ses chasses, le ministre feignit une grande opposition et jeta feu et flammes contre tous les Marillac.
— On a été sévère envers eux, il faut s'amender, dit le roi.
— Mais celui-ci est un joueur!
— Il se corrigera.
— Un raffiné !
— Nous le prêcherons.
— Un libertin!
— Nous le marierons.
— A la bonne heure!
Ainsi le cardinal sembla n'approuver que par condescendanre pour sou maitre, une résolution que lui-même avait dictée.
Il ne s'agit don»", plus que de disposer Louise à ce mariage. De ce soin se sont chargés le sieur de la Chenaye et la dame d- Saint-Ccrnin, et ils ont commencé leur tâche en flétrissint dans son âme le souvenir du jeune peintre de la Visitation. Cependant, queLesueur se présente, qu'il parle, qu'il essaie de se justifier, et il la persuadera facilement sans doute!
Mais comment le pourrait-il faire? elle marche toujours accompagnée de sa tante, et s'il se rencontre sur leur chemin par une de ces occasions fortuites, qu'avec tant de constance il s'étudie à rendre fréquentes, Louise elle-même feint de le méconnaître et détourne les yeux. Plus de loges au spectacle, où une place lui soit volontairement cédée derrière elle, plus de ers conduites nocturnes jusqu'au logis, à travers les fanges de la ville, et durant lesquelles il lui serait permis d'user de ce charmant privilège qu'ont les amoureux de se comprendre sans se parler, et de se faire absoudre sans justification ; plus enfin de ces bals pompeux et désordonnés, où un instant du moins, à la faveur du masque, au milieu de la foule, il l'enlèverait à tous, pour la posséder à lui seul !
Lesueur se désolait. Il fallut encore Marillac pour lui rendre l'espoir.
Depuis plusieurs jours ils ne s'étaient point vus. Un matin, ils se retrouvent sur le Pont-Neuf, près du cheval de bronze, il cette place même où leur première entrevue avait eu lieu quelques mois auparavant. L'artiste conte à son ami ses nouveaux déplaisirs, ses imposbibililés de se rapprocher de Louise, de s'expliiiuer avtc elle. Marillac l'écoute d'abord avec une grande distraction, tout occupé qu'il est de ses propres affaires, et n'attachant guère que par bienveillance une liaule valeur à toutes ces disgrâces d'amour. Enfin, il comprit ce dont il s'agissait.
— Pauvre écolier, lui dit-il, si tu ne peux la voir, il faut lui écrire.
— Lui écrire ! mais le moyen de faire parvenir cette lettre !
— Be'le difficulté! Mon cher Sudorius, lorsqu'on se mêle d'être amoureux férieusenieni, ce qui est toujours un tort, on doit, avant tout, étudier le traité des ruses, ftirpusc&ct
su
SAINTINË.
embuscades. La guerre des ruelles demande presque autant de soins et d'activité d'esprit que la guerre véritable. Au surplus, j'en ai fait un assez fréquent u?a?e dans mes tendresses courantes ; et si lu veux bien avoir contianee en moi, et me charg.T d'un comn;atid?ment(laiis i'enlrcpiise, je répomls du sucrés ! Prépare ta missive, guette la demoiselle dans les sorli.'s qu'elle fera liors de la place, mets-moi sur sa trac^', et bientôt lu recevras de bonnes nouvel'es, datées du tamp devant la rue du Colombier.
Certes, I,- chevalier n'avait nul soupçon alors du rôle qu'il se préparait ii jouer bénévolement, et de la ressemblance crande existant entre Louise- de La Porte ei la parente du cardinal !
Lts TiiLirnits.
Le lendemain, vers le midi, I.csuenr, lont pali.iianl d'émotion, lalla rejoindre.
— .Mon ami! lui (ria-t-il en entrant prMipiian-.mi'nt dms sa cliam:-rc, avant même de lui laisser le loisir .!e se recon- Kailre, car le chevalier venait a peirie de s'éveiller; —elles sont eu ce moment près de Sainl-Germain-l'Auxcrrois!... Cbezleur marchand d'cioffes ..où sans doute... comme li'ln bitude.. .elles séjourneront que!.|ue temps !
— Qui ? demanda MariUac encore .1 moitié endormi. — El (le qael marchand d'étoiïes me parles lu? Est-ce de mon fournisseur? dis-lui que je le paierai.
— Mais il s'agit de ces dames, de Louise! Il ii'v a pas un insiant à perdre! Venez!
— Mi.lees|.iiigoles!Sudorius,luesdebonneguelle, fibabile à saisir les mouvemens de l'ennemi ! mais lu me laisseras le temps de me vêtir peut-êire. Holà, moiv.chjneur '
Le page et Lesueur l'aidèrent à s'habiller. Ce d-rnier lui remit pendant ce temps sa leilre, bien pliée, et simplement fermée par un ca, het de cire d'Espagne, en disant : - Vous a lez décider de mon sort aujourdluii, Marillac!
— Maure fou! répondit lincrédule cbova'ier, :iihée en amour, ton sort est d'aimer celle-1^, et puis dix autres aprf's! Mais au fait, tu as raii^on, l'avenir n,ut ne pas arriver; le présent seul est la vie! -Et quand' il fut prêt: - Garçon, uil-il a son pa-e, roule les chausses, et mets toutes îcs ficelles dans ta po.-.he. .l'aurai sans douie besoin de ton adresse et de ta dextérité ce matin. Tu viendras avec nous.
Apres avoir traversé le Pont-Neuf, comme ils descenJaient vers feaint-Germain-l'Auxerrois, Lesueur découvrit de loin, sur le quai Bourbon, les deux dames, déj;1 quilles de leur marchand d'eto/r.s, et remonlant le long de la galerie du Louvre. Il les signala à Marillac.
\ive Dieu! maître, lui dit le chevalier, si l'amour est ïveugie, les amoureux ne le sont pas. Ta vue est bonne! Mais ta présence peut nous nuire. Va m'atlendie chez toi. J espère, avant peu, t'y aller rendre compte de laréusiitc.
Lesueur s éloigne, ou feint de s'éloigner, et Marillac, suivi ae monseigneur, double le pas pour se rapprocher des dames, sans pourtant se mettre en évidence.
La baronne et sa niéee n'avaient d'abord scngé qu';i faire ae nouvelles emplettes chez un célèbre parfumeur gantier fort a la mofle, et qui babiiait la rue des Tuileries. La douceur de la température les décida d'entrer dans le jardin pour v faire un tour de promenade. Madame de .Sainl-Cernin y vovait aussi un moyen de luer le temps. Les horloges allaient lentement a son gré ce jour-li ; car vers les trois heures de l'après-midi, elle devait recevoir certaine visite d'une grande et légitime importance.
^ Pour faire passer plus rapidement ces longues crises de l'attente, déjà, dans la matinée, elle s'était confessée, après deux messes entendues, avait rendu quelques visites, s'étai mise à parcourir les boutiques et les magasins, cxaminan
très attentivement les meubles, les bijoux, les voitures, faisant dt'velopper les plus riches étoffes, achetant peu, marchandant beaucoup ; et Louise, fun-ée de l'accympagner partout, aussi bien au couLs^ionnal que chez le parlunienr, n'élaiit pas encore dans le secret, i:e savait comment s'expliquer celte actiAilé inhabiturllc.
Grâce à la sérénité du ciel, les promeneurs se montraient nombreux aux Tuileriss, surtout clans les endroits découverts, qui se reisentaicnt moins que d'autres de l'humidité de la nuit.
là, les bourgeois des alentours, les bas officiers du château, les écoliers, les convaleseens, venaient prendre l'air ou s'ébattre, tandis (|-,;'un peu plus loin le Cour!-'r.-T\eiiie réunissait un biinaiU rassemb.cment de gecs du haut parage dans de riches équipages armoriés.
Toujours rêvant à sa fortune future, la baronne eût bien voulu 50 mêler à tous ces grands seigneurs; mais le moyen d'y paraître à pied ! Aussi, plus que jamais, son carrosse lui revenait en tète; elle le voyait déjà devant ses yeux, doublé de velours rouge, garni dec'ous dorés, recouvert d'une belle housse, ayant ù 'a portière, au lieu d'un rideau de cuir, des glaces à la Bassompiene. — Tout ce'a ne tardera pas ! se di. fait elle. Et jetant à la dérobée un regard sur sa nièce, en la rciroHvant toujours jolie, elle éprouvait uu vif sentiment de plaisir, et presiiue de reconnais'-ance.
Bientôt cependant, se seutant fatiguée, au lieu d'avoir, pour se reposer, les coussins moelleux de sa voilure, elle en fut réd lile à envier une place sur un banc de bois de l'allée pri:.c.ipale, oii le soleil, déjà chaleureux, doiiiiait à pleins rayons.
Mais le banc était occupé; il fallut attendre. Il se dégarnit enfin assez pour que les deux daines pussent s'a- seoir entre une nou'TÎce et uu gros provincial fraicbenu ni débarqué. Sladanie de Saint-Cerdiii gémissait de se trouver en contact avec de telles gens, et déplorait amèrement les inconvéniens de 1.1 promenade à pied. Louise faraissail aussi troublée ([u'c le; mais la cause était loin d'eu être la mêiue.
A travers le massif d'arbres qui leur faisait face, elle venait de voir passer rapidement une ombre, un homme, Lesueur! Kilen'cu dcutail point, et pourlanl 1 artiste, si c'était lui, n'avait fait que glisser dans l'obscurité, el un rayon de ^ soleil les séiiaiait. Des yeux indiilérens l'eufsenl-ils pu reconnaître?
Tandis qu'elle y songeait, en le suivant encore du regard
dans le lointain, son voisinage sur le banc de bois avait
changé. In jeune garçon, d'une figure intéressante et jolie,
' était venu se placer auprès d'elle, sans oser à peine tourner
la tête de son cô!é, tant il paraicsait modeste.
11 s'y tint recueilli, les yeux baissés, comme une jeune fille; et quelques iusians après, soit qu'une idée de bâte lui filt venue, soit que la présence d'un camara le l'eût excite, il se leva, et se U'it à coiirir de toutes ses forces, en zigzague aux travers les arbres placés derrière le banc occuiié par les deux dames.
Dès qu'il fut parii. madamedeSaintCernin, quoique l'ayant à peine entrevu, fit l'i'loge du teint et des chevei.x du bel . dolescent ; el se retournant pour le mieux observer dans sa fui te, elleapiilau;lit à la légèreté et à la grâce de ses mouvements. Mais aussitù*. Louise s'aperçut que son sac placé près d'elle avait disparu, ce qui la contraria vivement, et lui attira une réprimande assez sévère de la part de sa tante.
— Vous n''en faites point d'autre, mademoiselle, lui dit celie-ci : au ballet du roi, vous avez perdu votre masque ; aujourd'hui c'est voire sac. Vous l'aurez laissé tomber en chemin, bien ceriainement; il est impossible que ce jeune homme, qui a la peau blanche et rosée comme une fille, et une tournure charmante, soit un coupe bourse. Vous l'avez oublié chez le parfumeur; oui, c'est cela.
Et toutes deux se levèrent pour regagner la boutique du marchand.
Au Kiènie instant, elles virent le bel adolescent, courant toujours, arrêté soudain dans sa fuite par un homme de bonne mine, qui, le saisissant par la manche, après l'avoir
UiNE MAITRESSE DE LOUIS Xllf.
vivement fustigé à coups de lioussine, lui arracha le sac q l'il tenait eaché.
La lame ei, la nièce reslaieiU saisies dé surprise. L'inroiHui arcourul nu devant d'elle, cl faisant parade de manières éiéganies et distinsruces, les saluant à plusieurs reprises avec courtoisie :
— Ce joli petit meuble n'est il point votre propriéttS madame? dit il en s'aciressaiit a la baronne.
— Il est ù niadenioisel'e ma nièce, nio:;sicur.
— Un petit vag.ibond, «u écolier qui prend ses vacances avant terme, sans doute^ vous l'a soulevé; mais de loin je guettais sa manœuvre, et, l'arrêtant au passage, je l'ai cliàtié d'impûrtaueCjCt ii/ieux que n'aurait fait son régent, je vous assuie.
— Ah! piïiiiijuoi l'avoir frappé, ce pauvre garçon! s'écria la baronne d'un tir piteux.
Marillac, car celait lui, rendit le sac ;\ Louise, et en reçut en retour une giaeieuse révérence. Jl la vit de près alors, et par manque de symialliie, ou peut-être les récits enthousiastes de l.esucur l'ayant r.-ndu trop exigeant, il la trouva passablement jolie, mais peu de son goût.
— Mais voyez donc, Louise, si ce jeune homme r.e vous a rien détourné, dit la tant".
— iNon, non, madame, interrompit vivement Jlarillac; c'est ic.ipossilile, je ne l'ai point un instant perdu de vue.
En effet, rien n'y manquait; au centraire, il y avait en plus dans le sîc de Louise la missive amoureuse ii« Lesueur, que l'honnête larron, monseigneur, y avait glissée entre un joli mouehûir à broderies, u!ie paire de gants d'Espagiie, un flacon d'éii.'ail et une pomme de senteur.
Les horloges de la ville sonnaient deux heures. Li baronne, en réitérant ses rt met ci mens à Marillac, s'empressa de s'éloignir pour regagner son logis, où cette visite si impatiemment ailendae ne pouvait tarder à venir.
Le chevalier escorte galaniment ces dames jusqu'à la sortie du Jaidin, ei, lriom|)'eant, se dispose ensuite à gagner la rue de la Harpe pour porter celte boniie nouvelle ù Lesucur, quand celui-ci, accompagné de n.onseignetii; se montre toutà-coup à sa vue.
fJâlgré l'invitation do son ami, l'artiste n'avait pu s'écarter des lieux du combat; il avait observé la position des deux partis, vu l'attaque, et, témoin de la victoire, ne tarissait pas en éloges sur celle savante manoeuvre du chev.iiier. Dans l'élan de sa joie, renaissant bien vite à l'espoir, il se croyait déjà en correspondance réglée avec Louise.
Les deux amis dînèrent ei:semble, et pendant le repas, Lesucur n'entretint son csnfident que de la jeune fille, de sa beauté, de ses grâces, des souvenirs du couvent, de ses projets de bonheur I lien parla tînt qu'il put mangera peine. Marillsc le crut fou.
Eiitiii, assourdi de sentiment, livré à ses propres réflexions, songeant au cardinal, ù la terre promise que celui ci lui avait fait entrevoir, à son opuleme a venir, à son mariage futur, fatigué du retard, et las de l'amour des autres, le chevalier rentra ihez lui, où, depuis une heure, l'attendait avec une vive impatience le premier valet de chambre de Fa "aiesté, le sieur de laChenave.