‹ Le siècleChapitre 188 sur 216 · III · texte numérisé non relu

III

LA Rt'!: DU COLO.IîniEIi.

— Qui nie procure l'iionnecr que je reçois par votre présence? dit à la ChenayeMariilac, étonné d'une visite dont rien ne lui faisait deviner !e motif.

— Kous sommes trop pressés pour prendre le lois')- de nous expliquer céans, monsieur le chevalier. Montons d'abord en voiture; là, je me ferai comprendre à vous.

Un carrosse, sans dorure et sans armoiries, les attendait à la porte : ils y prirent place, et les chevaux partirent, sans que le chevalier sût encore vers quel but ils se dirigeaient.

— Le temps est précieux', je'serai bref! lui dit aussitôt le digne courtisan en lui appuyant familièrement sa main sur le genou. — Le roi vous veut du bien, monsi( ur,

— .A-llonsl pensa Marillac, je suis décidément dans une veine de prospérité.

— Il désire vous nnrierde sa main, monsieur.

— Ln instant! s'écria le clevaher; faites airêier la voiture. Je suis retenu, eng'gé d'honneur !

— Nous savons... r<îplii|ua, avec un sourire, le mystérieux personnage ; mais rassurez-vous, c'e.st toujours le même projet dont vous a parié Sou Emincme.

Marillae fit un mouvement ;' l'homme du roi poursuivit :

— .le SUIS chargé auprès de vous d'une doub'e mission, monsieur : la première cl la plus essentielle, c'est de vous faire roiinaiire les conditions secrètes du manage que vous devez contracter, et de régler les rapports qui doiver.t exister entre vous et voire future épouse.

— J'entends ■ c'est le chapitre des devoirs du mari envers sa femme.

— Au contraire, monsieur. ' • Ici le chevalier ouvrit des yeux étonnés, et prèia la plus

grande attention.

—Vous connaissez sans doute l'histoire du règne -«récédiut, rei)ril laChenaye; vous savez à quelles conditions M. la (lue de Liancourt épousa la belle Gabrielle d'Evtrces, et le niarijuis de Tardes la non moins belle Jacqueline de Bcuil?

— Parfaitement, dit Marillac. Ils tirent comme nos amiraux qui n'ont jamais vu la mer, ou nos abbés qu'on dispensé du bréviaire; maris in parlibtis, ils eurent le titre, et le roi I!enri-!e-Grând les charges du métier.

— C'est cela, monsieur; sauf que Sa Slajesté Louis XIII a la conscience trop pure et trop timorée...

— Yive.-Diea ! que veut il donc faire de ma femnre alors?

— Il ne nous est pas permis de préjuger de ses intentions' dit la Chenaye d'un ton de réserve respectueuse.

— A. la bonne heure! Et voilà ce (lu'on exige de moi! répliqua rdarillac, comme arrêté par quelque léger scru- |iule. Mais j'ai reçu des promesses !

— Elles sont déjà réalisées en partie pour vous, — lui répondit la Chenaye, en lui montrant un parchemin revêtu, delà signature du r-ji et portint le sceau de cire jaune, à double queue ; — vous êtes nommé commandant de la vénerie de Sa Majesté, pour le lièvre et pour le cerf, au tir et aucomrCj, avec les appointemcns de huit niilic livres, et votre logis dans les maisons royales.

— J'entends bien, dit llarillac.

— Le banquier Jacomény viendra vous demander rét;U de vos dettes et vous en apportera les ((uittances.

— Très bien!

— La dot de votre femme est de cent mille livres, dont la moitié formera sjn douaire. A t-on bien répondu aux promesses qu'on vous avait faites, monsieur, et vos csjiérances allaient-elles au-delà?

— Non, mordfeu ! se dit Marillac en lui-même ; ce que je redoutais le pl«sdans mon mariage, c'était la femme, et de ce côté me voilà dispensé de toute crainte.

Et il resta quelque temps à réfléchir.

— Hésiteriez-vous'? lui dit la Chenaye déjà alarmé. Marillac releva la tête, et d'un ton digne : — J'avais tout

accepté d'avance, monsieur.

— 11 suffit; il ne me reste plus qu'à remplir ma seconde mission, chevalier. A l'instant même, je vais avoir l'honneur de vous présenter en personne à votre future épouse. Nous voici bientôt devaiit sa demeitre.

El lavoituie tournait la rv.e du Colombier. La nuit tombait; néanmoins Marillac reconnut les lieux. Un vague soupçon s'éleva dans son esprit, et lorsqu'ils furent descendus devant la maison, anêlant la Chenaye par le bras, au moment où il se disposait à soulever le marteau de la porte :

— Nous avons oublié le principal, lui dit-il; le nom da ma fiancée'?..

— Oh! dit laChenaye avec un sourire d'intelligence, ce n'est là pour vous qu'une affaire de curiosité.

SAINTINE

— Son nom ! vous dis-je.

— Elle se nomme demoiselle Louise de La Porte,

— Louise de La Porte! s'écria le chevalier avec la stupéfaction sur le visaç:c. Mais on m'avait parlé d'une parente du cardinal !

— >'e vous alarmez pas si vile : la demoiselle est de bonne famille, et la mère de Son Eminenee était une dcLa Porte.

Ici, le bon ange de Marillae, du moins celui (|ui inspire les bonnes pensées, le fit recu'er d'un jias. Il liésila, ne voulant point aller plus avant. Trahir un ami, dont lui-même avait servi les amours, lui semblait chose odieuse. Mais la Chenaye représentait là le mauvais génie; il le rappela sur-le-champ au siniimenl de sa dépendance.

— Songe?, monsieur, que vous avez le secret du roi, et que le carditial-duc a reçu votre parole.

Cette fois, Màrillac cul dû fuir peut-cire. Mais un rang à la cour, fie l'or ù dépenser, l'éclat des plaisirs qui se montrait à lui dans l'avenir, le bruit des fêles qui bourdonnait d'avance à ses oreillesl... Puis, enlin, élail-il temps encore de se dédire? Le marteau avait relenli ; la porle allait s'ouvrir; elle s'ouvrait I... Ils cnirérent.

Page 1