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CHAPITRE XIV

Ii« Eisari <1« la ftiTog'ite.

LES TENT.VTIMiS.

Le printemps était revenu; et toute la cour, transportée à Saint-Germain, s'y oi'cupait déjà de têtes, de plaisiis et d'intrigues. Tandis que dans les d'ux châteaux de csttn résidence royale chacun ne songeait qu'à se faire convier par le roi pour sa chasse procîiaine, et se préparait à flgurer dignement à la gninde assemblée qui devait avoir lieu, le soir même, chez la reine, un homme fuyant le b'uii, retiré, solitaire, dans une des parties les plus sombres de la furet, y paraissait livré à une agitation profonde. Tour-à-tour les regards atla- .chés sur deux routes opposées, l'altitude pensive, se trappant lefroiii delà mai II, marchant, se démenant, n'usant s'éloigner, ne pouvant rester en place, se parlant à lui-même, apostrophant les arbres , on d'il dit qu'une àme en peine animait et lourraentail le corps de ce malheureux, forcé d'expier quelque grand crime. Cet homme, c'est le coniie de Warillaic !

Estce,donc le remords de ce qu'il a fait qui le tourmente ainsi? Non. A défaut du remords, c'est l'amour qui le lient. L'amour! à lui qui n'y croyait pas; oui, l'amour! Marillae est amoureux, et de qui? De sa femme!

Comme tant de riches dépossédés, la perte de son trésor lui en a seule révélé la valeur.

Son amour date du jour même de son mariage. Ses visites fréquentes ctitzla baronne l'avaienl forcé de reconnaître ce que d'abord i! avait nié : la beauté de Louise, ei le charme altach' à sa personne.

Lorsque au pie 1 des autels, la jeune fille crut s'être enchaînée à lui pour la vie, excitée par le sentiment du devoir, elle s'tffoiça de U ver avec moins ne crainte ses yeux vers cet époux que, dans son ignorance, elle jugeait digne de plus d'affection qu'elle ne pouvait lui en donner. Louise a ors se montra dans sa candide simplicité, et sa simplicité c'était sa séduction.

Mai iilac a vu l'expression revenir sur ce joli visage et l'animer, toutes les nuances d'une sensibilité vraie et d'une coquetterie naïve s'y refléter tour-à-tour; enlin, il a compris la passion de Lesueur et celle même du roi.

La Chenaye, d'après la convention laite, devait lui envoyer un ordre pressé, daté du Louvre, pour donner au marié un prétexte de déserter brusquement le toit conjugal. Mais l'ordre se fit attendre.

Louise, coi!;me toute nouvelle mariée dans un moment semblable, se troublait, rougissait en le reg^irdant, et semblait attendre de lui .quelques paroles de douceur et même de tendresse.

L'ordre n'arrivait pas.

La position n'était plus tenable pour le chevalier. Il ne se sei-lait pas homme à rester ainsi longtemps, immobile, la bouche muette, les bras croisés, devant une jeune fille de dix-huit ans, jolie, charmante, et qui se croyait sa femme.

L'espoir marche à la suite du désir : la pensée lui vint qu'un remorcfc de conscience avait subitement pris au roi

SA.INTINE.

très-chrétien, et que, sans retirer ses bfenfails, il annulerait la clause secrf-te du contrat.

Il contempla Louise avec plus de ravissement encore.

— Lesueur et le roi sont connaisseurs, se. dit il ; mais l'un a quitii' la pyrlic; et si l'autri» y veut bien renoncer, par ma mère! je tiens l'enjeu et je le garde !

Alors, excité par un sourire, échauffé par le vin de la noce, il en oublia en partie ses engagemens, et, malgré la présence de la baronne, rapprochant son sié^ie de celui de Louise, il vint familièrement s'élab ir devant elle, en l'appelant /«-'f/fmoise'le ma femme, et lui donnant, parmi tous les surnoms qu'il avait en léte, les plus doux qu'il put trouver.

La baronne, en alarmes devant ces privautés, contraires aux inslruclions qu'elle avait reçues, irritée du retard de la Cbenaye, essayait par tous les moyens par ses signes, par ses regards, de rappeier Marill;ic à son devoir, ù ses promesses; mais il n'en tenait conipie, et, prés de Louise, sa parole devenait plus tendre, son geste plus, expressif. Enfin la haronne éclata, et le mot de déloyauté s'échappa de sa bouche !

La jeune femme qui, sans comprendre bien le reproche, en prenait la moitié pour elle, se leva, et marchant vers mafame de Saini-Cernin, d'un air humble etcaressa:it :

— N'est il point mon mari ? dit-elle, et tandis qu'elle était là comme suppliante, le /ronl courbé, attendant son pardon, elle se souvint que la ^énédiciion de sa tante n'avait point, comme il est d'usage, -sanclitié son hymen. S'agenouillant lout-à-lait : —Madame et chère tanle, n'ayez point aujourd'hui de mécontentement contre votre nièce, et bénissez la pour qu'elle soit heureuse.

— Cela est-il convenable dans ce moment? dit la baronne embarrassée. Sommes-nous seuls?

— IS'esl-il point mon mari? répéta Louise. Si désormais tout nous doit être commun , eh bien ! Il en prendra sa jiart.

Et de la main elle fit signe à Marillacde venir s'agenouilfCr auprès d'elU.

Celui ci eut d'abord graud'peine h retenir une envie de rire qui lui prit, mais aussitôt, louché de la confiance ingénue de Louise, charmé, séduit, remué jus^iue dans le fond de son cœur par les grâces naturelles et naïves qui éclataient en elle à ce moment, c'est à ses genoux qu'il allait tomber peutêtre, quand deux coups vigoureusement frappés à la porte du dehors ébranlent toute la maison et renver.sent les espérances du mari.

C'était l'ordre venu du Louvre.

Il lui fallut partir, partir en emportant ^ans sa soli^ml^e garv m ce désir de possession dont il venait d'être" alsàj Mi, et qui devaii encore s'accroître par la pensée et' les obsracles.

Être amoureux de sa femme, il y avait là pour Marillac plus qu'un grand déplaisir : il y avait danger aiissi.

11 essaya donc d'abord de se distraire par un redoublement de vie folle et dissipée ; il joua, mais il gagna : le gain s'acharna après lui, ce (|ui ne lui convenait en rien, car l'avarice n'était pas assez dans sa nature pour lui pouvoir occuper l'âme.

Maudissant le sort, il n'avise plus qu'un moyen de se délivrer de son amour : c'est d'en éprouver un autre.

Mais il lui faut un amour malheureux! Il avait inutilement courtisé autrefois une certaine marquise de Honneval, la seule desei passions qu'il ail jamais été chercher dans le nobiliaire de France. Elle demeurait à Senlis. C'était la route d'Attichy : il avait un prétexte pour aller la voir, il y alla. La djmc. avait un peu vieilli ; mais il ne d-^vail pas y regarder de si près, car c'était bien là cette femme (|u'il voulait aimer, une de ces vertus capables de le désespérer à tout jamais, s'il était assez heureux pour la désirer aussi peu que ce lïlt.

Il se présenta donc résolument, comme si deux années d'absence n'avaient pu suflire pour éteindre son ancienne passion.

Il en revint à parler des jours d'autrefois, des ennuis de l'absence, des charmes du retour, de la ténacité d'un amour

véritable : il s'anima, il s'échauffa. Mais quels ne furent pas son étonnement et sa stupeur lors lue, à sa première déclaration franchement formulée, la fausse prude, que l'âge sans doute avait éclairée sur le prix des iiistans, lui jptant de l'reil un doux reproche, sourit en lui disant, comme la princesse Elisenne au grand Amidis des Gaules : — Ab! vous y voilà donc arrivé enfin !

Marillac sortit de chez elle toutà-fait découragé.

Jl se tourna alo's vers d'autres idées de distraction, idées plus nobles, plus généreuses, puisées cette fois dans le^ hautes régions de son caractère, et non dans sa partie terrestre et vicieuse. Il songea à se rouvrir la carrière des armes. — Si la faveur du roi peut me valoir un commandement, se dit-il, peut-être au milieu de mes ai ciens compagnons de guerre, retrouverai-je ce calme que je cherche; et puis on ne viendra pas sans cesse me parler de ma femme dans les camps.

Une espérance bien douce lui rendit plus désirable encore la réalisation de ce nouveau projet. Il rêva la gloire ; il la vit rejaillir sur Louise, et pensa qu'elle ne pourrait mépriser entièrement celui qui aurait su illustrer le nom porté par elle.

On se battait alors en Italie, et même en France, où quelques places de la frontière picarde étaient entre les mains desFspagnols.il fit sa demande.

Mais la présence du mari ù la cour seule y autorisait celle de la femme. Le roi lui refusa l'emploi qu'il ambitionnait, et crut l'en dédommager assez amplement en Itti annonçant que dès ce jour il était au nombre de ses (|uatre premiers gentilshommes, par quartier.

Comniandant de vénerie, comte, premier gentilhommel n'en était-ce point assez i)Our ^atisfaire le plus ambitieux! mais Marillac commence à s'épouvanter de la rapidité de son ascension : elie attire sur lui les regards de l'envie, toujours clairvoyante, et il en vient à taxer le roi de maladresse et de manqvede savoir-faire.

D'un autre côté, n'a t il pas à craindre d'y voir un indice de la soumission de Louise aux teiulres volontés de son rival ? Peut-être, par ces nombreuses faveurs, celui-ci s'acquitle-t-il seulement des fav-nirs plus douées (|u'il reçoit ?

Et pourtant Louise était si pure, le roi si timide et si peu exigeant! lui qui laissa toujours ses maîtresses les plus honnêtes filles delà cour! N'imporCe, depuis la naissance du dauphin, e'est un homme sur lequel on ne peut plus compter, se dit Marillac; si jamais je suis fait due, je suis perdu 1

— Mais, se disait encore le malheureux époux, si elle est favorite et non maîtresse, elle peut de sou plein gré me revenir un jour, car, celle-là, il n'osera pas la faire religieuse, peut-être! Un pardon que je demand.^rai à genoux, et le passé sera effacé. Elle ne pense plus ù Lesueur, si jamais elle y a pensé; e le ne peut aimer le roi : — elle m'aimera !

Dès lors il cesse de luHer contre le penchant qui l'entraîne vers Louise. Qu'y pourrail-il? Sa frénésie du jeu, son bon vouloir d'aimer ailieurs, ses tentatives de gloire, tout a été vain. 11 s'abandonne à cet amour, le premier, le seul qu'il ait jamais ressenii, le laissant grandir et se développer dans son âme, et l'y tenant en réserve comme l'espérance d'un avenir de bonheur!

On eût dit vraiment qu'à celte époque de l'année, à l'approche du mois de mai, une fiévreuse épidémie d'amour s'était jetée dans cette paitie du château oi;cupée par les petits apparteniens du roi et par ceux du comte et de la comtesse de Marilac.

Solitaire, consumée de regrets, Louise passait les jours renfermée dans cette unique pensée donnée à Lesueur. Louis XIII et Marillac, tous deux, avec un redoublement de passion, ne s'occupaient (jue de Louise. L'un, à peine remis de l'agitation qu'il avHil éprouvée dans sa scène avec elle, médil.ail d'en venir à ses tins, sans toutefois compromettre sa .sanlépar des émotions trop vives; l'aulre venait de s'imposer une double lâche qu'il se promettait de poursuivre avec constance et résignation.

C'était d'abord de se justifier auprès de sa femme, autant qti'il lui serait possible de le faire, de tous les torts qu'elle

UNE MAITRESSE DE LOUIS XIII

lui imputait, comptant pour cela beaucoup plus sur les marques de son repentir que sur les preuves de son innocence. 11 voulait ensuite pénétrer dans le mystère des amours du roi pour éclaircir entin le doute qui l'obsédait.

Il n'avait point de conlident, il n en voulait point avoir, et, pour le succès, ne devait compter que sur lui-même.

Il en vient à songer aux alentours de la comtesse. Mais laChenaye et la baronne, par leur position même, devaient être incorruptibles; la vieille demoiselle de compagnie ne quittait point sa niailresse. Nul moyen donc de tenter une séduction de ce coté : restait lo père Pradines!

Ne sortant point de chez la comtesse, à qui l'on ne connaissait nul autre lonl'esseur, Pradines devait savoir le fond de sa pensée; c'était l'homme ([u'ii lallait à Alarillac.

Il le guetta, le rencontra, le salua chaque fois le plus révérencieusement du monde, sans néanmoins lui adresser encore la parole. Le cordelier se trouva d'abord llatié de ces marques de déférence, et prit du comte une idée moins défavorable.

Enlin, un jour, Marillac, le croisant seul dans les escaliers même du Louvre, s'approche de lui les yeux baissés, le chapeau à la main, et modérant sa voix : — Mon père, lui dit-il, ne pourrais-je pas vous vo r ailleurs?

Le père, tout enorgueilli de compter un pénitent de plus, et un pénitent de marque, qui devait avoir à dire, se rriulit secrètement un beau soir chez le comte; mais l'époux n'avait nulle envie de faire sa confession, mais bien de recevoir cehe du bonhomme.

Une petite collation avait été préparée. Le cordelier ne se fit point longtemps prier pour en prendre sa part : il mangea de bon appétit, et but même au-delà des espérances de Marillac. Quand celui-ci, qui lui versait coup sur coup et lui tenait tête magistralement, le vit'un peu échauffé par le vin et les liqueurs fines des îles, il tenta de mettre le chapitre de la conversation sur Louis XIII.

— C'est un grand roi ! dit le père Pradines.

Marillac lui remplit de nouveau son verre, et, voyant l'bonnète cordelier s'animer de i)lus en plus par de fréquentes libations, il essaya de l'exciter aux confidences ; ce fut en vain ; il n'en put tirer autre chose, sinon son même refrain sur Louis Xlll : — C'est un grand roi ! C'est le plus grand roi du monde!

Marillac le donna à tous les diables ; mais il espéra bientôt s'expliquer à ce sujet avec Louise elle-même, et tout décider d'un seul coup.

Lié d'amitié avec Cinq-M'ars, le comte était facilement devenu le confident de ses amours avec mademoiselle de Chémerault.

— Vous devriez, lui dit un jour Cinq-Mars, me procurer l'occasion qui me manque d'un lête-i tête avec ma princesse. Elle est l'amie de madame de Marilhic; accompagnez-los une fois toutes deux ; votre présence m'a-ùtori.>era à vous rejoin- Are, comme par rencontre, et je me charge du reste.

— Tout cela n'est encore facile qu'en projet, mon maître, lui dit le comte un peu embarrassé. Mais attendez quelques jours. J'ai une idée en tête! Je puis voir votre divinité, et peut-être arrangerai-je l'affaire mieux que vous ne pensez, pour vous et pour moi.

C'est en conséquence de cet arrangement fait avec mademoiselle de Chémerault, qu'aujourd'hui Marillac, tour h tour agité de crainte et d'espoir, l'œil aux aguets, l'oreille aux écoutes, se trouve cans cette partie retirée de la forêt de Saint-Germain, où Cinq-Mars ne doit pas larder ù le rejoindre.

l'orage.

Dans ce même moment, mademoiselle de Chémerault et madame de Marillac, suivies seulement de la vieille demoiseilede compagnie de la comtesse, se promenaient le long de cette magnilique terrasse, bâtie par Henri IV, et d'où la vue se perd dans les campagnes environnantes et sur les mille détours de la Seine. Elles côtoyaient ainsi la forêt, se rendant, seulement dans un but de distraction, au jardia du Val, situé à l'extrémité de la terrasse.

Louise retrouvait sa sérénité en causant avec son amie, dont les propos légers et frivoles la distrayaient et ramenaient forcément le sourire sur ses lèvres, quand ceile-cinà peine à mi route, s'arrête, et se retournant vers la fieille fille qui les suivait :

— J'ai ûubli^ mon mouchoir et ma bourse, lui dit-elle; oiiligcz-nioi d'aller à mon logis et de les demander à ma chauibrière. Nous vous attendrou-; ici en nous rf^oant,

La demoiselle de compagnie s'inclina, regarda sa maitresse, mais, ne recevant point de contre ordre, elle partit Elles étaient là depuis quelques instans, toutes deux assises sur un banc, jouissant du grand air et de la solitude, causant des visites d'installation qui devaient avoir lieu le soir chez la reine, et du pèlerinage à la chapelle de Sainte- Geneviève, annoncé pour le lendemain, quand mademoiselle deChém?rault se plaignit soudain de l'éclat du soleil qui lui fatiguait la vue, et proposa de se réfugier à l'ombre, sous les arbres de la forêt. La comtesse lui fit observer que des nuages arrivaient de tous côtés, et ne larderaient pas à modérer ce vif éclat de lumière qui l'importunait; que même, dans la crainte d'une de ces averses subites, communes au printemps, peut-être serait-il prudent de regagner le château. Sa compagne rit beaucoup de celte crainte, et en fit des moqueries.

Cependant les nuDges a'iaient toujours s'amoncelant. Madame de Marillac ne disait plus mot, attendant presque avec résignation la pluie qui devait jusUfier ses prévisions. Bientôt mademoiselle de Chémerault futentièrement de son avis, et prétendit même avoir déjà reçuPpielques gouttes sur la ligure. Ou n'avait plus le temps de retourner sur ses pas. Eiie ouvrit l'avis de se diriger sur-le-;hamp vers la maison du garde, située non loin de là, et d'y chercher un abri. Lf uise s'épo'.ivania d'abord de se risquer ainsi, deux femmes, dans la foiêl ; mais scn amie, moitié la rassurant, moitié l'enlrainant, y ^nira avec elle, se chargeant de la conduire.

Elles n'avaient pas fait deux cents pas, que tout-à-coup, au détour d'une allée, un homme se présente. C'est Marillac I Il prend Louise par la ir;ain, bénissant tuut haut l'heureux hasard, et tout bas mademoiselle de Chémerault. Celle-ci, feignant un grand effroi à sa vue, se sauve, les laissant seuls, et, grâce à sa fuite habile, ne tarde [as de faire elle-mémif rencontre du jeune Cinq-Mars.

Louise, interdite, émue, abandonnait sa main à Marillac, n'osant témoigner de son mépris en présence de mademoiselle de Chémerault. Mais elle se retourne et ne la voit plus. Elle veut retirer sa main, il la retient, aussi ému, aussi troublé qu'elle.

La cmitesse promena sur lui un regard effaré et s'effraya encore plus en voyant l'expression de sa figure, ne sa^'hant comment interpréter cette graiide émotion dont il paraissait agité. Elle teete de nouveau de se dégager, et cette fois elle y parvient.

Déjà Louise s'éloigne, lorsque, précédé d'un éclair éblouissant, un premier coup de tonnerre retentit. Elle s'arrête, car le bruit de la foudre est pour elle une cMse de terreur invincible. Par un mouvement machinal, elle s'est même rapprochée de son mari, ([ui, recouvrant quelque espoir, reprend ses esprits, ei camraence enfin sa justification.

SADS'TINE.

Mais Louise haletante, un pied sur la route, les yenx fixés à tPiTP, a follé ses deux mains à ses oreilles. El rommenl les parolis de M^rilla' lui arriveraieni-tlles ati milieu de ces ni'lle éihos de U luiéi qui réf cieiil Icn bruiis du ciel ? Chaque fois (]u"il lenie de pai-ier, elle re." •■ • ' hMyie fuis un Ciinp de ii.nierie la lui renvnje plus i tremblante,

E.'.e semble n'avoir <t'i.me qu'e'pf'nr.c'ii ■ .. .- la peur. Ma- ■. rillac, anlani par liiiéque par cTbw.t, essaie de !a sai.sir enlre ses br-is, plutôt pour l'y ahritrT que pour Vy presser. Louise lève l.>s veux ; l.i terrible révélatiin du i oi lui revient dafls la pensée; son «versicii pour l'Iiomme qvii i'a Vendue triomphe de sa terreur. Elle le repousse, et, malgré une pluie glaciale, mêlée ce grêle, el'e part, elle fuit seule et le front à peine abrité.

Lrie rumeur de chevaux s'était fait entendre. Quelques officiers des (basses du roi traversaient le chemin ûii se tenait Marillan : il n'osa faire un pas, confondu, anéanti, en voyant l'effroi qu'il inspirait.

Sans chercher ui;e route, sans la voir, Louise marche au hasard, droit devant elle, suivant, sans hésiter, la chaussée rocailleuse -qui déchire sa légère chaussure, ou l'étroit sentier coupé de longs jets de ronces; c.le poursuit sa course, malgré les terrains fangeux, malgré la pluie qui reiionb:e et tombe comme en plaine à tiavers ces feuilles tendres et légères du printemps, malgré le tonnerre qui gronde de nouveau. Elle marche sans terreur au milieu de tous ces bruits qui tout à l'heure la glaçaient d'épouvante, sans fatigue sur cette route qui semble se prolonger sans fin. Puis tnlin elle se trouve devant le château, la tète brûlante et les membres agités par le frisson : elle a la lièvre

Le soir cependant, en dépit de ses pieds endoloris, faible, courbature?, i! lui fallut se l'endre au cercle de la reine.

Anne d'Autriebs n'accueillit sa révérence ([ue d'un regard froid et hautain, et ne l'autorisa morne point par un geste à s'asstoir en sa présence, ainsi qu'elle avait faic pour les autres dames. La comtesse de Marillac dut ainsi rester debout, le front baissé, rouge de lièvre et de honte. Madcmoiselic de Chémerault, qui avait passé le temps de l'orage dans la maison du garde, en meilleure disposition ([u'^lle, vint à son secours, l'cnlraim dans une pièce voi-^ine où elle la lit se reposer, et parvint faqjlemeni à se justifier à ses ycox.

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