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LE BAISER

Le lendemain, en commémoration du jour oir, trois ans auparavant, elle avait été 5 piedj et comme suppliante, demander A fainie Geneviève de TS'anterre rie la rendre mère d'un dauphin, la ruine devait aller remercier cette patronne des l'ari-iens, dont l'heureuse intercession avait fait se réaliser ses désirs les plus ( hers.

Da' s sa chambre de loi'ette, richement tapissée d'une étoffe brochée de soie et d*or, mais doril d<' simples coffres de bois, ciselés assez grossièreniem, lomposaient presque teut l'ameublement ; sous un piiifond soutenu par vingt poutres sailianies, chargées d';!ralysques, Anne d'Auiii'-he, alors seu'ement en fOi-iéié de mesdemoiselles d'Hautefori ri de Sain'-f.oiii-, ses confidentes, se tient, fila mode de son pays, à demi couchée sur il'épais coussiiis de ve'ours. Un

long miroir de Venise, pivotant sur son pied doré, est placé devant elle; ses rideaux de moire, rejelés en draperies sur" leurs patcres, pi-rmeiten: au jour de per- trer chez elle à tra- ' 'is les pettis carreaux plumbés de ^a croisée.

Elle en fit ouvrir un des châssis peur respirer plus libremeull'airdu mdiin qui la pouvait rafraiihir et soulager, et frois^aui entre ses mains une lettie (|u'elle ven^iit de lire, portant tour ù îo'.jr les jeux vers son miroir et sur la forêt de Saint Gerin.àii qui s'o>tVi:;it dcanl elle :

— Elle a donc elc bien mou.lke':! c.nnmença-t-elle par dire.

— Qui, madame? demanda mademoiselle de Saint-Louis.

— Cette feiiimi ! répliqua la leiiie d'un ton de mépris. — Quand sa promenade en lorêt n'auiaitiu que ce seul résullat, c'en est un déjà.

— Vraiment, dit mademoiselle d'Hautefort, elle m'a fait peine hier à la soirée, et Votre Majesté ne s'est guère montrée pitoyable envei's elle.

— Vous prenez mal votre temps pour être bonne, ma mie. Au surplus, Chéinepiult a été charitable en mon lieu, et l'a vitemeiit tirée de sa gêne. — Et chiffonnant avic p us de force la letii'e qu'elle leiiait : — Je crois que Chenierauli l'aime dans le fond de son cœur. Elle a bien pris sa défende hier au retour.

— Qu'importe la nature de celte amitié, dit mademoiselle de Saint-Louis,~ puisque l'effet en est favorable à Votre Majesté? Lui pouvez-vtus re^irocher, niadarae, d'avoir voulu ojférer une rccoi-ciliation entre la comtesse et son mari? si elle n'y a iioinl réussi ...

— La faute en est au ciel! interrompit mademoiselle d'Hautefort en riant.

— Oui, repartit la reine avec un soupir; si ce monsieur de Marillac pouvait détourner In telle /'isUandiyte àeson côté, et que leroi s'en aperçût, nous serioi s sauvés : mais lemari et !a femme se perdi-yient en même temps ; carie roi est d'une nature plus vindiAtive encore qu'amoureuse. C'était folie que de soi gcr à cela. La comtesse a trop d'ambition dans l'ànie pour compromettre ainsi par une sottise tout le frui de ses menées et de ses coquetteries. Il n'y faut plus ptnser.

Puis, penchant sa tête sur sa main, tandis (pie le coussin sur lequel son coude plongeait faisait res.^ortir la blancheur et la beauté parfaite de son bras, donnant à sa ligure ce caractère de douceur qui lui était naturel, et à ses yeux une expression de prière :

— Il n'y a plus que vous, ma mie, qui puissiez nous tirer de là, dit-elle en sï tournant vers mademoiselle d'Hautefori.

— Moi, madame! ai-je donc un si grand pouvoir?

— Oui, ma mie, peut-être.

Mademoiselle d'Hautefort vint aussitôt d'un air leste et joyeux s'agenouiller devai.t la reine, pour se trouver plus à portée de l'entendre; et celle-ci de la main qui lui restait libre, jouant avec la belle chevelure de son amie, lui caressant ses blanches épaules :

— Certes, il n'y a (iliis que vous, reprit-elle en lui souriant. Celte femme, je la ha s, je la redoute; mais vous, ma bonne Marie, je ne vous crains pas. Vous m'aimez plus que jamais vous ne pourrez aimer le roi.

— Oh ! pour cela c'est la vérité, madame. Et mademoiselle d'Hautefort baisa le beau bras qui était si facilement à sa portic.

— Eh bien ! ma mie, il faut que vous veniez à bout de réveiller le penchant qu'il avait pour vous, et dont il semble encore parfois donner des témoignages.

— Toutes hs saintes du paradis me soient en aide I s'écria Mai ie d'Hautefort en se rejetant en arrière, les bras croisés, et s'asseyant sur S(S talons. — Mais madame, on n'hérite point de son successeur ! Un règne est d(>ja ci-oulé depuis le mien ; un autre commence : le moyen de faire lutter un amour mort et en erré coiUre ce jeune amour frais et dispos I Si le roi voire époux pariit encore m'honorer de quehjues attentions, c'est pour mieux cacher son jeu. S'il me chante encore quelques-unes de ses chansons, c'est pour une autre qu'il les

U^E MAITRESSE DE IsOL'IS XllI.

Si'i

'■nmpose. Cioyez-moi, les doiizi" travaux (rHcriiilcirit^iciit lien en comparaison dfl celui qiiovous nie pioposez!

— Vous vous méprenez, Marie Je crois que vous avez loujours été sa seule amour véritable. Il n'a d'abord fait choix de mademoiselle de la Fayetle que par déiiii. Kt, malgré ccllo autre, je crois que vous pouvez eni ore beaucoup, si vous veniez; et... il faut vouloir... je vous en prie.

— Je ferai mou possible, madame, puisque vous l'exigez, dit mademoiselle d'IIaiitefcrl d'un air gaîraent rési(,'iie.Mais, |)0ur Dieu, ma bonne maîtresse, si je n'en viens pas à bout, comme joie crains, ne vous désespérez pas trop ii ce sujet, L<! roi n'a sans doute pour madame dL' iSlarillac que ce t;oût innocent et i)assager (jui l'a tenu pour madenuisellede la Fayette et pour moi.

— Non ! celle-ci peut obtenir plus de pouvoir sur son cœur et même sur ses sens, car il la voit sans cesse, en secret; puis il l'a mariée .. .^u surplus, que m'importe l'innocencp de ses goûts? Ne s'agit-il donc ici pour moi ([ue d'une affaire de vaniié d'épouse? Ne suis-je donc pas reine et mère aussi , et n'ai-;e|)lus rien à redoulerdemes ennemis':? Celle femme leur est acquise, je n'en saurais douter.

— Mademoiselle (!e Cbémerault assure le contraire, répli- (lua mademoiselle de lS lint-Louis ; — la comiesse n'a point une idée poliiique dans latcle. C'est aiiu-i iiu'elle en parle.

— Cliémeraull! Cliémeraull I réiiéta la reine avec une sorte d'aigreur. Cliémerault elle-même peut cire!. .— Elle n'aclieva point sa ptuaso, et reprenant la lettre placée sous un de ses coussins, parut vouloir tout-à-coup charger le sujet de la conversaiion. — Voici un message, dit-elle, écrit en langage maqiiois, qu'on m'a fait oDicieusement passer ce matin, et (|ui a éié trouvé sur l'escalier même du cardinal, à Ruel. i^'éciilure en est déguisée; mais voyez, ma mie, si elle vous est toui-à-fait inconnue: je ne le crois.

Mademoiselle d'Hautefort prit le papier et le lui. C'était une personne affidée de la reine qui y rendait comité au cardinal, dans ce langage de convenlion que parlaient Sirois et la Clicnaye, de ce qui se passait cliez Sa Majesté. La liseuse liésiiait à nommer la personne .'i qui l'écriture semblait appartenir, lorsque mademoiselle de Cliémerault entra vivement, aniioui^aiitlc roi, dont la visite, à celte heure, ne laissa pas qucd'élonner.

Mademoiselle d'ilauteforl, qui tenait encoie la lettre, jeta un regard singu it-r sur mademoiselle de Chémeranlt et s'ahsliiil de prononcer le nom de (elle (ju'clle voulait désigmer cOHinic auteur de cette correspondance.

Mais la reine devina son silence, et apostrophant la nouvelle arrivée :

— On m'a affirmé, Cliémerault, que vous étiez au cardinal, dit-elle. Je n'en veux rien croire; néaniiioins, rappelez vous que si la preuve m'en arrivait, malgré toute sa puissance sur la volonté de son maître, il ne vous sauverait pas de ma sévérité! •

Repoussant avec force une telle inculpation, mademoiselle

*.... V Aurore a obligé Cépfta- Madame de llautrforl a obligé /« h commander à Piufon de ne le Roi à commander à la Obèse mêler plus de ses affaiies avec naye de ne se mêler plus de ses l'ilurore.L'^Mrore croit être rui- affaires avec elle. Ma lamedeHaunêe dans l'esprii de Câphale par tefort croit élre ruinée d-^ns l'esles mauvais ofllces que VOracle prit du Roi par les mauvais oflui a liiils. Procris y pi end pari, lices que vous lui aviz faits. La et estsi raalsalisfaitede l'Orac e, Reine y prend part, et est si mal qu'il ne ;(•■ peut davantage, itc. satislailede vous qu'ihie se peut

davjnlage, etc.

Prccrit s dit An Bon- Ange: La Reine m'a dit, etc. .le sçai bien que vous êies l'cspion de VOracle; mais soyez assurée quesi je le di^couvr^jsmais rien ne fut siuialtraité que vous le serez.

{Lettres de madcmaUclla de Cliémerault , ticivées diin$ la cassette de Monsieur le cardinal, après sa mort.)

(Rccusil dis pièces hiit. et curieuses, I. ,',, i?;; la Y'e ducardinalde Iliche'im, par Lcclerc.) L! SlÉCLi:. — II!.

de Chénieiault rappela à la reine avec qur^lle ai'deur elle l'avai servie encoie dernièrement, et mit eu avant toutes les bonnes raisons qu'elle jinl trouver comme preuve de son dévoùment. Anne d'Aulrii lie .se laissa persuader cl lui donna sa main à baiser, en signe de réparation.

11 n'en était pas moins vrai qu'auprès d'elle, comme la Clieuaye auprès du roi,, mademoiselle de t;iiémerault, jeune, belle, gracieuse, spiriiuelle, jouait ce double rôle infâme que lui imposait le cardinal, ctmme prix de son établissement futur; et pauvr.) et sans patrimoine, elle avait consenti par amour pour C'i'ip Mars, qu'elle croyaitdéjà voir son époux.

Lors(|ue le roi arriva, mademoiselle d'Hautefort cacha avec NÎvacité la letire dans la poche de sa rohe, et se leva pour saluer Sa Majesté.

Louis Xlll iiaraissait d'ab' i d d'humeur assez grave et mélancolique. Après avoir parlé de la dévote promenade à Nanlerre,il demanda ii la reine quelles dames devaient l'accompasner , et dès qu'il en eut vu la liste :

— Mais il en est que vous oubliez, ce me semble, dit-îL Et il nomma madame de Cuéniénée, madame de Montbazon.

— Avez-vous oubié^nre, rtjirit la reine, que l'une esta Paris, malade, et l'autre dans ses dnmaires et Bourgogne?

— Et madane de MarJlae iliti-,! roi?en paraissant n'attacher qu'un faible iniérêt à sa iiiiestion.

La reine rougit, et se redressant avec fierté :

— Qui donc m'obligerait à l'admettre sans cesse auprès de ma personne?

— Qui, raailanie? Certes, ce n'est pas moi : ce serait, je crois, une faible recommandation pour elle que la mienne. Mais vous avez été dure liier à son égard, m'a-t-on dit; vous l'avez laissée, quoique souffranle, seule debout, tandis qu'auloiw de vous '.ouies les dames étab nt assises. Est-ce donc parce que l.i comtesse e.'t la femme d'un de mes bons serviteurs, que vous en agissez ainsi avec elle?

— Non, sire, ce n'est point parce qu'elle est la femme de monsieui' de Marillac :ce n'en peut êlre la raison! dit ironiquen.cnt Anne d'Aulriclr-'.

— .Te pense, répliqua le roi, qu'eu dédommagement, vous lui pourriez, dans ce jour de dévotion pour vous faire un bon accueil; cela se doit."

— Puisque vous rordoniuz, reprit la fille altière de Phiiipite II, cela sera, sire. Pour vous complaire et vous prouver mon obiissance, je consens même à l'embrasser devant toute ma cour! Qu'exigez-vous encore?

•-Î- Je n'exige rien, madju.e, dit le roi. Que m'iniiiorie à moi! mais ne puis-je vous donner un avis que je ci ois juste, lorsijue moi même, tons les jours, je consens à en recevoir d'hommes nés mes sujets.

Alin qu'on ne pût cro're qu'il était venu seulement dans celle inleniion de demander une réparalion pour la comtesse, Louis XIII alla s'asseoir près de la belle d'ilauteforl, après avoir engagé la reine à commencer sa toilette devant lui, ce qu'il permcltail ; et tandis que mademoiselle Filandre, la première tiUe de chambre de Sa Majesté, la coiffait, il affecta des cmpressemens auprès de son ancienne favorite.

Marie d'Hautefort, à qui l'on venait de faire sa leçon, ne repoussa pas celte fois, par des railleiies, celui qu'elle voulait s'efforcer de ramener à ses pieds. Elle se montra gaie, d'iiumeur facile, et plutôt exciiée qu'intimidée par la présence de l'épouse, traita le r(si avec celte légère privauté qu'il souffrait autrefois, le coniraignantj par ses propos et se.s avasces à s'occuper d'elle.

Le roi lui demanda alors, aTcc curiosité et à voix basse, ce que contenait ce billet quelle avait tant pris de soin de cacher lors de son arrivée.

Sur ce point, n'osant le sitisl'aire sans autorisation, elle s'en défendit en riant, déclarant ne plus s'en souvenir et ne point savoir ce qu'il était deveiai.

Louis'XIII, lui indiquant la pothe de sa rcibe :

— Il est là, dit-il.

Et comme elle refusait encore de le lui montrer, poussé par la curiosité, il lit un mouvement pour y porter la u ain. Mais elle se leva a'ubsilùl, prit ellc-racu;c la leilre,et l'agitant en

Ai

SAJNTlNE.

l'air, s'enfuit dans une galerie coniiguë à la diambre de la reine.

Le roi l'y poursuivil.

— Esi-elle du maniuis de Gèvres? lui crii l il.

— Elil f|ui pense aujourd'hui au marquis de Gêvrcs!

— Montrez-la moi donc, je la veux voir, je le veux !

— Ncnni ; vous sav» z, sire,— répondit madenioisel'e d'IIautefort avec une révénnceet en lui disimiant toujours la lettre qu'il s'elTûnait de saisir, — qu'il a éti^, une fois pour toutes, convenu enire nous que votre volonté et autorité royales ne viendraient jamais se mêler à nos débats.

El comme il insistait de plus eu jjIus, finissant même par prendre un ton de fâcherie ei de vivacité :

— Vous la voulez voir, dit-elle en la cachant aussitôt dans le milieu de son corset; — eh bien ! prenez-la dcnc vousmême I

Et elle s'avança bravement vi is le roi.

Mais il ne fut pas assez osé ou assez désireux pour l'aller ch6|icher là. Il rtsla interdit, et cessa d'insister. :■-•:-—•■

V — Oh! le beau roi! le bel an.oureux I s'écria mademoiselle d'Hautefoit^ en reprenant toulà-coup son caractère de moquerie.—Voire, sire; on vous soupçonneà tort de biLU des choses dont je vous crois vraimeiit incapable!

Lors(|u'ils revinrent auprès de la reine, on venait de lui apporter le dauphin; elle le présenta au roi, qui le baisa et partit.

Di's qu'il fut dehors:- Eh bien! ma mie? demanda Anne d'Autriche.

— .N'en ctaisje pas sûre, il n'a plus rien pour moi ! J'ai élé aussi loin qu'une honnête lilie puisse aller; mais, malgré tous mes beaux seniblans de line coquette, il n'a point eu souci de mes bravades !

— C'est cela, dit l'épou-'c rn laissant paraître sur ses »r.iils co.itraclés rrxjdession d'un amer dépit; — il n'a plus en tèie que cette femme que je déteste ! IN'esl-ellG pas parente du cardinal?

— On le dit, mndame.

— 11 ne lui man(|iiait que ectle parente! — Oh ! je me vengerai ! — Et, apriis avoir respir,- d'une petite llole de mm- /fco pour se reniellre :— mademoiselle Filaintre, ajout>a la reine en "s'adressant ft sa fille de chambre qui rentrait pour lui ajuster ses peudans d'oreilles, — transportez-vous chez madame de Jlarillac, et ^in^itez, au nom du roi et au mien, de se trouver aujourd'hui à la chapelle de Sainte Geneviève de Nanterre.

Deux heures après, la grande voiture d'ap|)arat partait du château vieux de Saint-Germain. Louis .XllI et Aine d'Au- Iridies'y montraient l'un près de l'autre, ainsi (jue le jeune dauphin enIre les bras de sa nourrice, la dame Amelin,et accompagné de sa-gouvernanle, madame de Lansae. Deux compagnies de cardes et de mousquetaires, commandés par l'réville et par (iuitaul, escortaient la voiture.

La petiiff église de N.interre, consacrée a sainle Geneviève, etconsiruile, dit la tradition, à la place même où se trouvait la^maison de Sévère el de Géronce, parens de la sainle tille, était ce jour-là décorée avec recherche, et surornée incore par les riches parures, des dames qui garnissaient le chœur de la chapelle. Les présens de la reine, consislanten linge, dentflles et argenterie, avaient été placés devant l'aulel, sur une ri( he estrade recouverte d'étoffes magniliques, données quatorze ans auparavant par Henriette Marie de France, reine d'Angleterre et sirur de Louis Xlll. Les violons du roi, les musiciens des paroisses de Paris, qu'on distinguait à leurs collets de maroquin, étaient déjà sur leurs échafaudages, imMs à saluer l'enlrée d(^ Leurs Majestés.

Elles arrivèrent enfin avec le lérémonial ordinaire, et le prieur des génovél'ains alla les installer sous le dais qui leur avait éti; préparé. , ,

Dès qu'Anne d'Autriche a fait quelque? pas dans l'église, elle aperçoit madame de Marillac phtrée non loin du" siège (pii lui est réservé, fir tel malaise la saisit, que le comle de Charost, alors près d'elle, s'inquiète si clic ne se sent pas mal.

— Ce n'est rien, lui répond la reine. En roule, j'ai eu

ridée d'une odeur de rose, el vous savez que je ne la puis souffrir. En elfei. les émanations de celte Heur lui étaient insupportables.

— Mais, madame, lui dit Charost, on a pris soin cependant de faire détruire jusqu'aux boutons des rosi«rs qui se tioiivaient sur votre passage.

— Il suflit; je suis mieux.

Elle entre alors dans le chœur, et s'assied auprès du roi. La messe dite, on présenta le dauphin à la bénédiclioK, mais sans le faire encenser, car pour les personnes royales on avait renoncé à cet ufage, depuis qu'une funeste expéiieiue avait appris (|ue des poisons subtils et mortels pouvaient se mêler au milieu des parfums de l'eniensoir.

Anne d'Autriche alors se leva, et la tête haute, relevant encore par son air de dignité naturelle la richesse do son costume, elle s'avança seule, d'un pas ferme, jusqu'au pied del'auiel.

Vêtue à l'espagnole plus qu'à la française, et telle à peu près que lorsque, pour la première fois, elle avait été présentée à son jeune époux, elle avait une robe de salin brodéed'or et d'argent; ses manches pendantesddoubléesdemarirese renouaient sur ses bras par de gros diamans. Une traisç fermée encadrait sa ligure, el faisait ressortir avec plus de vivacité la lieriede son regarJ, ttuipérée par la duueeur de son sourire, comme la plume noire de héron, qui, retenue dans une agrafe de pierreries, lui ombrageait la tête, opposait hahilement son contraste au fond condré de ses cheveux.

Qui l'tût éiudiée alors dans son sourire et dans sa démarche, eût reconnu certain air de triomphe vaniteux et de résolution hanlaine peu d'accord avec l'acte religieux ([u'elle allait acconiplii'.

Debout, ettournéevers lathîsse de la bergère deNanterre, elle éleva ses maintes jointes, et d'une voix ferme, qui trahissait cependant une émotion secivle :

— Ici, moi, Anne d'AiUrichc, infante d'Espagne et reine de France, je rtmercie, dil-el'e, Diui d'abord, et ensuite ma sainte protectrice, Gt ncvièvg, la bienheureuse cl la bien honorée, de la faveur grande qu'ils m'ont faite en permettant que je devinsse mère d'un lils, mon orgueil, l'espoir et la consolation de la France, mon pays adoplif ! Eu reconnaissance de ce bienfait que je leur doi^, el pour leur témoigner en chrétienne ma vive ;,rali!ude, je pardonne de bouclie et de cœur à mes plus cruels ennemis, à ceux-là iiiè.iie qui m'ont le plus vivement blessée dans mes affeciions. Pour preuve de ma sincérité, — ajouta l elle en se tournant vers Louise, et la désignant du doigt, — approchez-vous, madame de Marillac, et recevez de mui publiquement ici ce baiser de paix et de pardon !

Unniurnuired'élonncmentcirculadans l'assemblée. Loui.se, ébahie, frappée de stupeur, n'attachant encore qu'un sens douteux à cette terrible invitation, s'était approchée. Mais dès qu'elle eut reçu ce cruel baiser, el ipie la pensée lui revint, elle regagna, en chancelant, son siège, se couvrit les yeux de ses deux mains, el resta immobile el glacée.

Anne d'Autriche avait déjà franchi la porte de l'église ; chacun s'empressait à sa suite, en remarquant les regards décolère que Louis-XUljelait autour de lui.

Mesdemoiselles d'ilaulefort et de Chémerault, restées en dernier près de la (omtesse, lui prodiguèrent leurs soins ; mais forcées de rejoindre le cortège, elb'S s'éloignèrent à leur tdur, et bimiùt Louise se trouva seule, seule à cette même place où tout à rh(;urc le bai.îer de la reine de France venait de s'imprimer sur son front comme un stigmate de honte I

t'NEjM^VITRESSE DE LOUIS Xlft

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