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CHAPITRE XVI

Ecoiicii.

PnÉHARATIFS.

Depuis trois jours, renTcrmé dans ses appartcmens du Louvre, tandis que la reine tenait enrorc sa cour ù Saint- Germain, Louis XllI s'y nourrissait de son liumeur noire, rudoyant ses gens, cl jus(iu'au cardinal, qui, habile ii proliler des dispositions du roi, lisant Eussi bien que lui-même dans son propre cœur, gnetlait res-instans d"irritalion pour le l'aire consentir à des mesures (énergiques, néecssains à l'exécution de ses projets.

Espérant survivre îi son maître, il lui fit alors approuver et signer l'acte (|ui privait Anne d'Aulriclie de la' régence dans le cas où le roi viendrait à mounr avant h majorité de son fils. Par ce moyen, Richelieu, s'ouvrant une vaste carrière de puissance, entrevoyait le jour où, |)0ssesseur du trône, sans l'occuper cependant, il pourrait march6r .1 son but d'un pas plus libre et plus ferme,' et, débarrassé de son roi, créer enlin pour la Erauce cette forte royauté qui devait échoir à Louis XIV. Mais c'était là un malade qui comptait sur l'héritage d'un autre malade; et, pour l'achèvement de cette grande œuvre, la ruse et l'adresse devaient succéder à la violence et au génie, le cardinal de Î.Iaîarin au cardinal de Richelieu.

Prenant encore son déi)it et sa colère pour un redoublement d'amour, le roi ne songeait plus qu'à la possession de Louise. Non-seulemenl il la voulait sa niaî[resse, mais sa maîtresse en titre, reconnue! Sa haine pour Anne d'Autriche avait fait taire ses scrupules, et il méditait son bonheur comme une vengeance I

Par son ordre, la comtesse a été habiter le château d'Ecouen, ancienne dépendance du domaine confisqué de Montmorency, dont Louis XIH s'était réservé la jouissance viagère; Chantilly et les autres biens du duc ayant été concédés, par grâce royale, ù la f^imille de Condé. C'est là que Louise essaie d'oublier ses peines récentes ; c'est là que le roi projette de la rcvoi;; avant peu et de la faire enfin consentir au sort brillant qu'il lui prépare. La Chenayc ne manque |)as de raisons pour encourager son maître dans ces nouvelles idées, (jui favorisent ses vues ambitieuses; et se déliant «l'un retour de conscience, ou d'une crise maladive qui pourjîit tout remettre en (iuestion,il en h.'ite l'exéculionavec areur etsans relâche.

Celui qui peut-être a le plus vivement ressenti l'affront fait à la comtesse, c'est Warillac ! Lorsqu'il commence à contempler les conséquences de sa faute, il en sent l'énormité.

La voix d'une reine abusée a lancé l'aiialhème sur Louise! Manquera t-il donc de gens à la cour pour le répéter? Bientôt, jus(iue dans les rangs du peuple, des cris de haine s'élèveront contre cette femme, accusée d'avoir détourné, rompu ces liens d'affection (lue le roi dtvail à la mère de son fils! Déclarée parente du cardinal, mamiueront ils de lui imputer une part dans ces mesures terribles que celui-ci inspire ru roi? Quoi ! Louise vivra fiétrie, détesiée, et la faute de celui dont elle porte le nom retombera sanglante sur elle! Cette

idée s'agite avec violence dans son cœur. Elle y fait enfin en trer le remords !

De quel droita-t-ii, lui, homme perdu de vices, disposé de la chaste exislcnt-e de celte jeune fille, pour la jeter à la corruption des cours? Devait-il se faireaiiisi l'agent de sa ruine? l'arracher à un amour vrai qui sans doute eût sufii à son bonheur, et ne la revêtir de son nom que pour la cond.nire à la honte! Maintenant ses torts envers un ami, dent il a si cruellement trompé la confiance, dont il a déchiré le coeur en se jouant, lui apjiaraissent dans toute leur étendue, car lui aussi connaît le supplice d'un amour jaloux et malheureux !

Mais cet amour vient d'épurer son âme 1 Le danger de l'objet aimé y fait vibrer des cordes jusque-là muettes ! 11 était destiné à assurer la perte de Louise ; c'est là le rôle qu'il avait accepté! Ce rôle, il le rejette avec horreur! Il s'en choi sil up autre, mission noble et sublime, dont il se juge indigne, mais qu'il aicomplira comme expiation ! C'est de la protéger, de la sauver de l'infamie, s'il en est temps encore! Dût-il, dans celte nouvelle route qu'il vient de iracer devant lui, voir ses honneurs, ses litres, sa récente fortun.% tomber l)lus rapidement encore qu'ils ne lui sont venus ! Dùt-il voir, après l'acconiplissenient de sa tâche, se relever pour lui cet échafaud qu(! Richelieu lui tenait en garde !

Hier, le seul but de ses ard.'us désirs, c'était la satisfaction d'une passion violemment sentie! Aujourd'hui ce qu'il ambitionne avant tout c'est l'eslimc de Louise pour lui, c'est l'estime du monde pour elle !

Le àbi cependant se préparait à renJre inutile ce noble dévoùment; et la chute de la comtesse semblait prochaine, inévitable.

Invité par le prince de Condé à l'une de ses chasse.», un soir Louis Xm allait quitter le Louvn- pour Cliaiitilly. La Clienaye étail du voyage, et l'cmpressenient qu'il metiaiiA en ordonner lui même Us apprêts, disait assez que (jueique chose étail sous jeu contre Louise; cjr Ecouen te trouvait à mi-route sur leur passage.

Plus allègre (]ue d'ordinaire, en excellente disposition de santé, le roi venait de demander son carrosse, lorsque, selon l'usage, le cardinal giatkt à sa porte, du pcigue dont il se frisait la moustache, et entra aussitôt.

Louis XIII parut décontenancé en le voyant; mais Richelieu ne s'en aperçut pas, ou feignit de ne s'en peint apercevoir.

Il avait à lui soumettre une loi discutée dans le conseil étroit, et à laquelle il ne manquait p!us i[ue la signature royale.

C'étaH un édit contre l'adultère.

Le cardii.al mil alors sous les yeux de Louis XIII une liasse contenant de longues considéralimis, (|ue celni-ci parcourt, plutôt pour se donner un maintien el cachf r le trouble peint sur sa ligure, que pour en prendre réellement connaissance; car sa position était cruelle : juger de l'adultère, lui qui en méditait un double! •

Lorsqu'i,! arriva à l'application pénale :

— La mort! s'écria-t-il. Monsieur le cardinal, vous êtes bien heureux d'être prêtre; vous pouvez vous montrer impitoyable, vous, car les passions vous sont inconnues.

— Je n'en ai qu'une, sire : celle du bien public el de la gloire du roi.

— Il ne s'agitpoint de ma gloire à celle heure ! Que venez vous me parler de telles affaires? rcpiil Louis XUL en se levant : il s'a;;it de ma chasse. — El il lit appeler de Niert, premier valet de sa garde-robe.

Quand celui-ci fut venu :

— Nierl, lui dit le roi, comme s'il n'eût point été question d'autre chose ave.; le ministre, — lu n'as point oublié de faire parlir avec mes équipages une //«a/c de mes cliiens greffiers; je ne sais peintcbasser sans eux. Tu feras mettre dans le c;irro?se mon arquebuse, l'arquebuse de ma façon : je la veux montrer à monsieur le prince. Fais aussi prép^irer des hamcfons sur-le-champ, car nous courrons sans doute le gibier autour des élangs de Comelles; et si l'on se repose, je me charge d'attraper de ces belles carpes que j'y ai vues. J'en

UNE MAITEŒSSE DE LOUIS XIII

Soi

veux rapporter quelques unes à monsieur le cardinal , qui n'a jamais goûté de ma péclie. ,

Et se retournant vers ce dernier, lorsque de Niert fut parti :

— Je ne signerai point ! lui dit-il. Je \ais me mettre en chasse, et ne dois songer qu'à mon plaisir pour le soin de ma santé. Cela me porterait malheur d'apposer là ma signature. — Puis il ajouta d'un ton plus familier :— Tudieu 1 mon cousin, la chose vaut la pt'ine d'être examinée sérieusement. Voulez-vous donc me faire décimer mon peuple?

Uichelieu ne répondit rien, et ne mit point en jeu cette volonté puissante à laquelle son maiire ne savait pas résister. 11 n'avait voulu ('ue lire dans la i)ensée du roi, et il v avait lu.

— Au revoir, mon cousin, dit Louis XIII en prenant congé de lui.

— Je souhaite à Votre Majesté un bon voyage et une bonne diassc.

Le roi le regarda, corarue s'il eût entrevu un sens ironique à cette dernière phrase. Mais la figure impassible du ministre, la grave réveience qu'il en reçut, le rassurèrent, et il monta aussitôt eu voiture, suivi d'une faible escorte de mousquetaiies, commandés par Tréville.

11 avait indiqué Chantilly comme le but de sa course; mais il tenait ù peine la route depuis deux heures, qu'aux approches de Sarcelles il se plaignit d'une violente douleur au côté, et ne pouvant plus supporter la voilure, il fut forcé de s'arrêter dans ce dernier village pour y passer la nuit. Un richs bourgeois, qui avait là sa maison, la lui céda pour ce temps, et s'alla loger ailleurs.

Quand le roi fut couché, et que tout paraissait tranquille autour de lui, un grand mousquetaire, qui faisait sentinelle le .ong du mur de l'habitation, crut distinguer dans l'ombre deux hommes qui, par une petite porte de derrière, semblaient vouloir s'introduire dans l'enclos du bourgeois. 11 courut à eux le pistolet au poing.

— Qui va là?

— Que vous importe ? répondit l'un d'eux d'une voix brusque.

— Pourquoi voulez-vous entrer dans cet enclos?

— Bien loin d'y vouloir entrer, nous en voulons sortir, dit l'autre.

— Bast! reprit la sentinelle, sommes-nous ici pour nous faire des contes?

— Faites venir votre capitaine, dit le premier.

— Vraiment! vous vous donnerez bien la peine d'aller audevant de lui, messeigneurs. Allons, ho' passez à l'inspection ; marchez en avant ! et vertuJieu! si l'un de vous tourne la téie, songez que je lui signe de mon pistolet un passeport pour l'autre monde.

— Nommons nous, articula d'une voix b.issc et ([uclquc peu émue le second, à qui il tardait de voir se terminer cette conversation dans laquelle un pistolet p.ouvait jouer le rôle d'interlocuteur.

— Allons, marchons^ faquins!

— Insolent! dit l'homme à la voix brusque en portant la main à son épée.

— Des armes ! s'écria le mousquetaire.

Fort heureusement Tréville accourut alors au bruit.

— Gomment! c'esi vous, monsieur! dit-il en reconnaissant, grâce à un rayon de la lune, le moins brave des deux champions. Le roi est malade, et vous ne restez point auprès de lui?

— C'est par l'ordre même de Sa Majesté que f ai quitté sa chambre.

— Et quel est votre compagnon qui prend si bien soin de cacher sa figure sous sou niauteaM ?

L'interlocuteur se pencha à l'oreille du capitaine. — Un agent secrtt du cardinal-duc, dit-il.

— Passez, messieurs.

Les deux inconnus vont alors détacher des chevaux qui, préparés pour eux, les attendent à quelques pas de là, sous un petit massif d'arbres; puis ils reprennent aussitôt la rande route, eu se dirigeaalvers Écouen au galop.

gll.

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