‹ Le siècleChapitre 206 sur 216 · TT · texte numérisé non relu

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— Non , je la reconnais bien, ainsi que votre beau-fière, le comte (le Maure, qui raciouipagne... Mais le voilà qai se sépaie d'elle... Il lui fait .'-igiio, eomuie e» lui ilisaiu : — Bon couraiîi!!.. E le avance loujours .. Mais. ..je ne l'aperçois plus... Ce maudit basiion ! il me la cache.

El Hlonsph/ncur fiapia du pied avec tolère, et, le poing fermé, scmbia mena er le basiion.

— El e a voulu me voir, et ils l'ont permis! s'écria SlarïHac.

Il crut sentir ses douleurs diminuer soudainement.

Alors la por;e de la cliambre s'ouvrit : Marillac lit ui.» mouvement; mais ce n'était que le gouverneur de 'a liasiille, M. de lîezeHieaux, assisté du chiru-gieo. Celui-ci leva l'appareil, examina, sonda de nouveau la bl?ssure: puis son front se rembrunit : ilj ta sur le gouverneur iiu coup d'œil siguilicatif, et poursuivit sili^ncieusement son office.

Au milieu des crises douloureuses du pansement, Marillac tenait toujours les yeux dirigés vers la porte; puis il se retourna vers le page ;

— Tu t'es trompé, garçon ; ce n'était pas elle !

Quand il eut a-hevé d'entourer l'épaule du prisonnier de ligatures et de bandages, le cbirurgien adressa au blessé ces mots sarramenteiset ttrribles ;

— Je ne vois point encore un danger certain : cependant, si monsieur le comte le désire, on pourra faire appeler l'aumônier de la maison.

— Je comprends, dit Marillac après l'avoir fixement re- 'gardé. — Béni soit Dieu! mi-'ux vaut le prêtre sans le bourreau, que tous deux ensemble, quoique le résultat soit le même. — Puis il reprit d'une voix ferme : — Je suis chrétien et soldat • un pr.Jtre ne saurait m'épouvanter, car s'il annonce la mort, il apporte aussi le pardon, et j'en ai grand besoin I Qu'il vienne!

Après (juelques insignifiantes paroles pour le tranquilliser, le gouverneur et le chirurgien s'éloignèrent.

Un quart d'heure ne s'était pas écoulé, qu'à travers la p«rte qui s'entrouvrait encore, des cris étoufl'és srrivèrent . à l'oreille du prisonnier. La comtesse parut à l'entrée et y resta, s'apfiuyaiit contre le mur, n'osant lever lesytux ni faire un pas vers cet homme dont elle avait causé la perte, qui avait pu se montrer généreux envers elle lorsqu'il y allait de leur hoiinenr à tous deux, mais qui ne lui devait plus aujourd'hui ni merci ni pitié. Telle était sa pensée, et elle croyait déjà sur son front lire le mépris et la colère, entendre s'échapper de sa bouche des paroles haineuses et des reproches amers, quand ces mots, prononcés d'une voix émue, attendrie, frappèrent ses oreilles.

— Venez à moi, madame, car je ne puis aller à vous! Alors, Louise s'avance; mais à peine au milieu de la

chambre, elle se sent défai.lir, et elle serait tombée si le page ne l'avait soutenue entre ses bras. Abaissant toujours son regard devant Marillac et courbant la tête :

— Monsieur le comte, dit-elle enfin, entremêlant ses paroles de soupirs et de larmes, — vous m'avfz sauvé la vie et plus encore ! Dieu me garde de croire que c'est à l'épouse coupable que vous songiez alors! Vous avez vou u garantir votre nom de la honte ; il le sera, monsieur, je le jure ; vos nobles efforts n'auront pas été vains, et un jour peut-être je pourrai ■e faire comprendre de vous.

— Pour retarder ainsi notre explication, dit Marillac avec m douloureux sourire, — ignorez-vous, madame, que la mort n'est pas loin de moi 'I

— Oh! s'écria la jeune comtesse en joignant les mains et sortant de cet état d'abattement et de stupeur, — non, je n'aurai pas votre mort à me reprocher! non, vous ne mourrez pas ! Vous avez des amis puissans qui prendront en main votre cause ! Je les ai vus, ils ont paru touchés de mon désespoir, et ils vous aiment '...

— Louise! interrompit le comte avec un transport de joie, — vous les avez supplias pour moi? vous! ah! c'est bien! c'est bien! répéta-l-il, car vous vous êtes du moins montrée devant eux lacomtesse de Marillac!

— Le roi ne sera pas insensible, poursuivit la jeune femme ; lecardinal non plus ! Ce matin même, je me suis jetée aux

m fliicuE. — m.

pieds de la duchesse d'Aiguillon, madame de Combalct, s nièce chérie; elle aussi a pris en pitié ma douleur, et m'a promis sa puissante assistance.

— Le roi! le cardinal! murmura sourdement Marillac ; que peuvent-ils? Des prières à eux! et pour moi! c'est au cie qu'il les faut adresser maintenant! car c'est là-haut surtout que mon arrêt est écrit !

Louise n'avait entendu (|u'à moitié ces funestes paroles cependant elle en crut deviner le s^ns en voyant la terne pâleur qui couvrait le visavedu comte.

— Oh ! dit-elle, ne pourrai-jc donc point tenter même de me justifier?

— Une justification ! de vous? dit Marillac. Par ma mère ! nous ne changerons pas ainsi de rôle! Seul j'en ai besoin, Louise; votre faute est mon ouvrage! A moi le remords , à moi le châtiment! Mais il faut que vous sachiez ce que j'ai souffert. . Asseyez-vous, madame, U, près de mon chevet. Je ne veux point mourir sans avoir aussi tenté de me justifier; et, je le sens, le temps presse.

Dans ce moment, un vieillard au front chauve, à la démarcbe grave, vêtu d'une souianelle noire, et portant dévotieusement sous les plis de son léger manteau un vase d'argent soigneusement recouvert, arriva, car il avait été appelé. C'était l'aumônier-conlesseur. Sa présence suffit pour révéler tout-à-fait à la comtesse la triste vérité. Les puissances de la terre qu'elle avait implorées ne pouvaient plus rien en faveur du prisonnier. Poussant un t;émissement, elle tomba sur un siège, près du lit, et se couvrit le visage de ses deux mains. A l'entrée du prêtre, le page avait disparu.

— Calmez-vous, ma fille, dit l'aumônier en tournant les yeux vers Louise : nous ne venons pas toujours précédés d'un mauvais présage. En allégeant la conscience du poids qui l'oppresse, parfois on soulage le corps avec l'âme, car le remords est une souffrance aussi.

Il s'apprêtait à donner quelques consolations au blessé» quand celui ci l'interrompant :

— Soyez le bien-venu, mon père; mais les momens sont précieux, car j'en ai long à vous dire.

Louise fit un mouvement pour s'éloigner; le comte étendit le bras vers elle.

— Restez, madame la comtesse. — Mon père, ce n'est pas à vous seulement que je dois maconfession-, permettez ([u'elle l'entende aussi. Tous les deux vous saurez les secrets de ma vie. Puisse l'un me pardonner, et l'autre m'absoudre!

Le prêtre parut d'abord étonné de cette singulière proposition; mais dans son indulgence il voulut bien la regarder comme une preuve d'humiliié chrétienne; et pour toute réponse il s'assit auprès de son pénitent, après avoir déposé sur un meuble le vase d'argent renfermant le saint-viatique, devant leqael il s'inclina trois fois.

Marillac commença.

Il passa rapidement sur les premières erreurs de sa jeunesse, trop nombreuses, disait il, pour qu'il lui ait été possible d'en tenir un compte exact; il raconta les circonstances fatales qui l'avaient jeté sous la dépendance de Richelieu; puis, n'ayant plus rien à ménager, il dit la part que le cardinal avait eue dans son mariage.

Un geste de Louise trahit l'attention qu'elle prêtait déjà à ce récit.

— J'arrive au jour où s'euvrit pour moi une existence nouvelle, continua-t-il en se retournant vers la comtesse. —Je vous épousai, Louise, vous connaissant à peine; je vous arrachai à une passion vraie, qui eût pu suffire à votre bonheur. Celui auquel je vous ravis ainsi était mon ami ; mais je croyais à des consolations faciles pour lui comme pour vous , car je n'avais point aimé encore! Vous le savez maintenant, madame, la main de fer du cardinal pesait sur ma tête I — Pensez-vous, mon père, que cela suffise à mon excuse devant Dieu?

— La position était périlleuse, dit le confesseur ; chacun ne sort pas triomphant delà lutte.

— Mais je n'ai pas même lutté! s'écria le comte; e'esl par un lâche calcul d'intérêt que j'ai brisé le cœur de mon amit

SAJNTINE.

Alors il raconta les diltails de son mariage, les condilions secrètes imposées par le roi et acceptées par lui.

L'aumônier se signa ù celte révélation sur les tendresses du pieux monarque. Les mains de Louise ne sullisalent plus fOur cacher la rougeur qui s'étendait sur tout son visage.

— Eb l)ien ! dit .Marillac, pourrez-vous m'absoudre, mon père? — l'ourrez-vous me pardonner, Louise?

— Oui, mon fils, répondit le prêtre^ si la voix du repentir s'est fait entendre dans votre cœur.

— La voix qui se lit entendre, répéta Marillac en s'adressant de nouveau à la comtesse, — ce ne fut point d'abord celle du repentir, Louise ; ce fut celle de l'arnour ! de l'amour que je ressentais pour vous, madame!... Vous ouvrez les yeux a ce mol; la surprise vous en prend comme par un coup inattendu. Vous ne le saviez donc pas?... Par les astres! vous n'avez donc pas de vanité de lemnie dans l'âme! Oui, j'en jure par Dieu qui m'entend et devant qui je vais bientôt paraître, jamais passion ne fut plus forte et mieux sentie que celle-là dont mon cœur était plein. Je m'étais joué de l'amour; c"clait à fui ce d'amour que je devais expier mon crime ! Quand votre mépris me repoussuit, quand votre haine m'ordonnait de vous fuir, moi amant, moi mari, perdu dans la foule qui vous entourait et pouvait vous approcher familièrement, je me tenais à distance, épiant un de vos regards, et je me croyais heureux lorsque les sons détournés de votre voix arrivaient jusqu'à mon oreille. Ne vous rappelez-vous donc pas les soins dont je vous entourai dans la cabane du bûcheron durant celte chasse? notre rencontre dans la forêt, que j'avais eu tant de peine à faire naître? Car pour arrêter mes yeux sur les vôtres, pour effleurer votre main de la mienne, il fallait me cacher, oui... me cacher... comme un coupable... comme un homme sans foi (jui cherche à reprendre ce qui n'est plus à lui ! Le droit que je tenais de Dieu, je l'avais vendu !

Le comte suspendit un instant son récit : sa respiration devenait hrus(iue et heurtée , la sueur lui coulait du front. Louise sentait s'imprimer dans son Ame une profonde émotion de pitié, qui se mêlait à la reconnaissance qu'elle devait déjà à cet homme tant méconnu par elle.

De son côté, l'aumùnierne laissait pas de trouver bizarres les formes de celte confession, et, alarmé de (ouïes ces paroles passionnées, il essaya de remettre à un autre moment la suite de l'entretien. Mais comme il se levait :

— PJon, restez, mon père, lui dit le comte; il faut que j'achève tandis que la lièvre me tient encore et donne à mon sang la chaleur qu'il n'aurait pas sans elle. Si l'expression trop vive de mon amour blesse la chasteté de votre esprit , songez qu'elle est ma femme. Dieu, sans doute^^aura des trésors d'indulgence pour moi à cause de ce même amour; car «'est nar lui que je vaux quelque chose.

Le confesseur reprit sa place d'un air de condescendance, et dit :

— Achevez, mon fils.

Marillac passa bientôt à cette phase de sa vie oij le remords s'était éveillé dans son cœur, en voyant la honte méritée par lui seul rejaillir sur la conileiise, et menacer de la «ouvrir aux yeux du monde d'un injuste mépris.

— Alors, poursuivit-il, s'éleva en moi un sentiment semblable k la vertu, peut-être! Il épura mon amour sans l'affaiblir. Réparer mes loris, protéger votre honneur, Louise , TOUS sauver des pièges dont vous viviez environnée, et que moi-même j'avais creusés devant vous, tel fut désormais mon but. El mes efforts n'ont pas toujours été vains. Il vous •ouvient de ce château des nobles Montmorency, de ce palais d'Ëcouen, où le roi de France vous avait marqué un asile?

A ce souvenir, la comtesse tressaillit :

— Quoi ! dit-elle, dans celle nuit horrible?..,

— Tétais là, madame, entre le roi et son complice ! J'avais pénétré leurs desseins, et, sentinelle active, je veillais sur votre dei-^cure comme une mère sur le berceau de son entant. Roulé dans mon manteau, étendu au pied d'un arbre, malgré les heures de la nuit qui passaient, je défendais à mes yeux de se fermer. Deux cavaliers arrivèrent, je les reconnus, et .(Asdis qu'ils s'introduisaient par l'entrée secrète, nei j'esca-

ladais la muraille, résolu de briser les portes s'il le fallait pour vous arracher des bras du roi.

L'aumônier se signa de nouveau.

— Mais l'huis du couloir, resté entr'ouvert, tandis que l'infâme La Chenaye rôdait autour du château, m'eut bientôt mis sur la pistede sou mailre. Une cloison seulement me séparait de vous, Louise. Oh ! quel ne fut pas mon supplice en entendant vos prières méprisées! Darts des transports de rage, de délire, j'allai jusqu'à porter la main sur la garde de de mon épée !

— Quoi! s'écria le prêtre épouvanté, était-ce donc pour en frapper le roi ? vous ! un gentilhomme !

^ — Je l'eusse fait, peut-être, Louise, répondit Marillac en s'adressant à la comtesse : oui, je l'eusse osé! Avais-je donc ma raison, alors? Convulsif, haletant, un cri furieux s'échappa de ma poitrine. A ce cri, La Chenaye accourut, et, dans l'obscurité, ce fut sur lui que se déchargea macolèrel — Mon père, n'ai-je pas assez souffert dans ce moment pour expier bien des erreurs? — Louise, croyez-vous que je vous aimais?

La comtesse était tombée à genoux devant le prisonnier; elle avait saisi la main qu'il lui tendait et la baignait de ses larmes.

La voix de Marillac s'affaiblissait, un frisson glîcial courait sur ses membres. Celte fois, ce lui au prêtre qu'il s'adressa.

— Il me reste maintenant, mon père, à m'accusor du meurtre qui m'a conduit ici. J'ai tué un homme, mais d'après la loi sacrée de l'honneur ; et cet homm • est mort vengé, car le vainqueur n'aura pas tardé à suivre le vaincu. Je l'ai tué parce qu'il avait calomnié celle que Dieu lui-mcme m'a chargé de protéger ! Je l'ai tué pour que pas i:ne femme n'eût le droit de détourner déJaigneusement la lête en passant auprès de la comtesse de Marillac I pour que pas un homme n'etit le droit de sourire avec ironie en la regardant! car elle est digne de l'eslime de tous, mon père! Vous direz après moi • que son époux mourant l'a déclaré .. Pensez-vous que Dieu me fasse grâce? — Louise, vous m'avez pardonné, n'est-ce pas?

— Vos fautes sont grandes, mon fils ; mais la miséricorde diviue est plus grande encore, dit l'aumùnier.

Marillac, avec effort, souleva Louise toujours à genoux; puis il l'attira vers lui, comme s'il avait un dernier secret ) lui confier. ,

La jeune femme se soutenant à peine, affaiblie, désolée, se pencha sur le lit de douleurs.

— Écoutez-moi bien, Louise de la Pori«, lui dit-il à voix basse. —Mes torts ont été graves envers lui. De ce côté, j'ai à réparer aussi ! Pour assurer votre bonheur à tous deux, je ne puis plus... que mourir! vous serez libres bientôt.^ et...

Mais Louise ne le laissa pas achever.

— Je le jure par le Sauveur 1 s'éeria-l-elle avec véhémence, en étendant sa main vers le saint-viatique , la comtesse de Marillac respectera et gardera le nom que vous lui avet donné!

— Allons ! dit Marillar, le boidieur pour moi ne sera pas de longue durée; mais il est venu, du moins 1 — Et un sourire de joie conlra-ta ses lèvres pâles et brilla un instant dans ses yeux presque éteints, car la lièvre l'abandonnait. — Bénissez-moi, mon père, ajouta-t-il, et vienne la mort sans trop tarder, lar je regretterais la vie !...

Le prêtre étendait ses mains sur la tête du blessé, et prononçait lus paroles de l'absolution ; Louise, courbée sous celte main qui bénissait, semblait vouloir participer au pardon qui allait descendre du ciel, quand le gouvi'rneur entra de nouveau dans la chambre, suivi d'un homme de haute stature, cuirassé, botté, éperonné. C'était la Iloudinière, le capitaine de la garde du cardinal. Le jeune page les accomp» gnait.

À la vue de l'aumônier remplissant ses saintes fonctions, le page, le capitaine et le gouverneur se mirent à genoux, déposant devant eux sur le carreau, l'un sa toque, l'autre sos

UNE MAITRESSE DE LOUIS Xin.

easque, le dernier son feiiire à plumes. Tous trois alors croisèrent les mains et se tinrent recueillis.

Quand les dernic^res paroles du prêtre furent prononcées, la HcudiiiiiMt', se relevant, alladroità Marillac, el d'une contenaiii'e un peu embariassce, il lui remit une dépêche de la part du cardinal-duc.

Richelieu faisait au comte grâce de la peine de mort, par lui encourue d'après l'édit contre les duels, et le condamnait seulement ù qu>'l(|ues années d'empribonnement.

A l'audition de ce message, Marillac se redresse à moitié, et apostrophant la Hondinicre d'ur.e voix défaillante, mais oli perçait encore un ion de sarcasme et de gaîté:

— Capiianip, lui dit-il, présentez mes complimens à Son Eminence; mais, vive Dieu ! il faut avouer que je joue de malheur lorsqu'il s'agit d'obéir aux volontés du cardinal! Il veut que je reste à la Bastille, et j'en vais sortir.... bientôt!... il m'avait ordonné de mourir devant Corbie, le satisfaire m'a été impossible; aujourd'hui, il m'ordonne de viwe... et... je meurs !...

Marillac était retOG;bé sur son lit. Ses^regards se tournérent aliemativement vers Monseigneur et vers Louise; il articula encore -quelques paroles, en tenant sa main';;appuyée sur la tète du page qui fondait en larmes ; il le recommanda aux bons soins de sa femme et du comte de Maure; puis ses yeMx se fermèrent. Une heure après, son cœur avait cessé de battre.

'^Le lendemain, Louis xni et Richelieu partirent pourjrejoindre la Meilleraie sous les murs d'Hesdin. Cinq-Mars était du vo^fage. De cettej'ampagne, glorieuse dans sesjé- sultats,h Meillei-aiê~re\iiû maréchal dëFrânceTCinq-Mars, favori du fci ; Richelieu phispùissant que jamais!

Conelusiou.

Quatre sns après, toute la population parisienne affluait vers le village de Saint-Denis, dont les rues étaient tendues de draps noirs, sur lesquels ressortait seulement, de distance en distanr e, une torche de cire blanche. L'église, en deuil aussi, et décorée de sombres écussons, s'élevait comme un immense catafalque couvrant un autre catafahine. Et au milieu des rumeurs de la nuilliiude, des dernières vibrations de l'orgue, des prièr-es dcs as>islans, on entendit du fund du sanctuaire s'élever la voix d'un héraut d'armes qui criait :— Monsieur le grand chambellan, apportez la bannière de France ! — Monsieur le duc de Luyi.es, apportez la main de justice ! — Monsieur le duc de Vcntadcur, apport " le sceptre royal ! — Monsieur le duc d'Uzez, apportez la couronne royale !

El lorsqu'ils les eurent apportés, on les descendit, ii l'exception de la bannière, dans le caveau funèbre, et les seize niaîlris-ij'hôtel du roi y jetèrent leurs bâtons, couverts de erêiKS, et le duc delaTrémouilley mil l'extrémité du sien, «M-r ba la lète, el murmura à voix basse ces paroles :

— Le KOI EST mort!

Alors le chef des hérauts d'armes, se lournant vers le peuple, lé^éta trois fois : — Le Roi est mort! le Roi est mort! le Roi est mort! Puis la bannière de France, restée inclinée, tout-à-coup se releva flottante, et la Trémouille, la tête liante, dit :

— Vive le roi Louis Xl\, loi de Franceet de ?îavarre ! Et le cri de : Vive le roi ! pousse par les gi-ands et par le

peuple, par la foule qui encombrait les rues et les chemins, fit retentir les voijtes de l'église, descendit jusque sous le caveau fuiiclire, en remonta, rejeté par l'écho^ et se prolongeant sur la route, comme une Iraîuée de poudre, éclata dans

les carrefours de la grande ville, où il devint pour les Parisiens un nouveau signal de fêtes et de plaisirs.

Le cardinal avait précédé son maître au tombeau.

Dans la foule qui demeurait là, attentive et curieuse, à Saint-Denis, pour voir défiler les troupes et le haut clergé, tout brillant d'écarlale et d'or, et le parlement, avec ses fourrures, et les capucins, avec leuf lourde croix de bois, couronnée d'épines; et les cinq cents pauvres, tous vêius de noir, portanLun cierge, et précédés de leur bailli, se trouvait un bel adolescent, sergent aux gardes, à l'élégante prestance, à la ligure douce et enjouée.

Une main dans l'ouverture de son justaucorps galonné, de l'autre épointant sa naissante moustache blonde, il promenait ses yeux sur la double ligne du peuple^ pour y découvrir des visages de jolies tilles, lorsque sa vue s'arrêta avec intérêt sur une femme, jeune en'îore, mais dont les traits souffi'ans et abattus décelaient Ij présence de longs chagrins, autant que celle de la maladie.

L'homme sur le bras duquel elle s'appuyait péniblement paraissait comme elle dévoré d'ennuis secrets, et le débraillé de son coslume, ses cheveux en désordre, l'enseniMe nii;ligé de sa pei'sonne, forcèrent le sergent aux gardes à l'exanline^ ù plusieurs fois, avant de reconnaître en lui ce jeune peintre qu'il avait vu naguère paré de tous les dons de nature, le front radieux, les yeux brillans, et si soigneux dans ses vêtemens simples et de bon goût.

Sa p^résence réveilla dans l'âme du jeune soldat des souvenirs pénibles, mais non sans douceur. Il traversa la foule rejoignit l'artiste, et lui frappant familièrement sur lépaule :

— Maître Lesueur ne reconnaît-il pas un ancien serviteur du comte de Marillac? lui dit il.

A ce dernier nom prononcé, Lesueur manifesta une violente émotion ; sa figure s'empourpra. La malade toujours appuyée sur son bras, mais alors placée sur un plan en arrière de lui, releva vivement la tête, porta un doigi à sa bouche, et le sergent aux gardes comprit aussitôt le signe qu'elle lui adressait.

— Oui, j'ai gardé mémoire devons, répondit Lesueur ; on vous appelait Monseigneur : je ne vous ai connu que sousc« nom.

— Antoine de Pesmes, dit le jeune homme; de présent sergent aux gardes !

Et levant la main vers son chapeau, il se l'enfonça sur la têteavec un air de fierté. Mais la supplication muette qu'on lui avait faite de ne plus prononcer le nom de Marillac le laissait tout en désarroi ; car il ne s'était rapproché de Lesueur que pour goûter le plaisir de parler encore de sou ancien maître

Après quelques propos sans suite, ne sachant plus comment alimenter l'entretien, et par manière de lieu commun :

. — Êtes vous" marié? demanda-t-îl à Lesueur.

— Non, répondit l'artiste avec une sorte d'aigreur

comme si cette question lui eût paru offensante ; puis, jeiant un coup d'oeil sur sa compagne qui se tenait le front baissé, dans un redoublement de souffrau. c ; eut-être : —Pas encore, ajouta-t-il.

Et ce mot ranima la malade.

Bientôt Antoine d-; Pesmes, le sergent aux gardes, serra la main du peintre, et s'éloigna. Lesueur, souiei.ant toujours sa compagne, regagna sa nouvelle demeure, située tout auprès de Saint-Denis.

Qui était cette femme, dont la destinée semblait désormais fixée à la sienne? C'était celle-là qui avait tout quitté pour venir lui prodiguer ses soins et ses secours dans ses afflictions de l'âme et du corps ; celle-là, qui l'avaii. dabord aimé par reconnaissance ; qui, durant son voyage dans le Dauphiné. avait racheté S':s tableaux, surveillé son atelier, entretenu le poii de ses armures, pour lui réserver la surprise du retour ! Et elle avait gardé le silence !... Bien plus, modèle d'u« dévûilment presque au-dessus de l'humanité, elle était devenue sa confidente et l'avait servi dans ses amours, lorsqu'cile-même nourrissait pour lui une passion incurable ! Et, après son dernier désastre, elle était revenue à lui pour Te soigner, pour le plaindre, pour le consoler. Pendant quatre

SÀINTINE.

ans e le avait été sa servante, sa sœur, son amie! Aujourd'hui, Jeanne osait aspirer à ua liire plus haut ; mais Jeanne était mourante d'un mai bérédiiaire de poitrine, dont sa mère élait morte jeune aussi. 11 n"y avait dans son désir 'pie l'ambition d'une épi taphe avec ces mois : — Épolse d'Elstacue

I^SUEIR.

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