I.K COVITE LKYKN A ULLE.VE
J'cspè'e, ma clitVe Héline, (|ue tu recevras av.'c plaisir des nouvelles d'un ancien ami, (pii, malgré l'alandon un peu préci|iité dans lequel tu l'as laissé, n'a conservé contre toi aucun resseniiiTient, et pense bien souvent à toi et aux courts instans de bonheur iiu'il le doit.
Je pense que maintenant lu es réveillée de tes riantes illusions, |.auvre eiifdiit ! et si je crois les inform-jtions que j'ai l'ail prcndic, il e^t temps qu'une main amie le vienne lircrdu naulraire.
Je l'aime toujours, Hélène, maisd'u- amour vrai et solide ; reviens à moi, lu retrouveras encore cetie vie brillanie dont le* folles amours l'ont fait tomber; j'ai compté sur le n t ur de l'enrant prodigue; rien n'a éié changé dans la maison : tes c.hivaux sont dans tes écuries; les domesiiiiues n'ont servi personne dopu s Ion dé, an ; personne ne s'est permis n'entrer duiis la chambre; j'ai voulj:i ([u'on la rospeciàt coiii- Die un sanctuaire où j'ai goûté un bonheur (lui empêche de croire que Dieu puisse rien promettre de plus à ses élus.
XXVHI.
oc l'0.\ l'ROrOSE yiELQLES WOUlFIC.\riO.NS ALX JOIKS DES ÉLl S.
Hélène montra cette lettre à Maurice; Maurice la lui, et un sombre nuage passa sur son visage; il la rendit à Hélène, qui la déchira ; Maurice lui baisa presque Iroidemenl la mairi, et soriii.
Hélène avait cru ne pas devoir faire à Maurice un mystère de rien qui put lui arriver, cl, par un innocei.t orgueil, elle s'était laissé aller au plaisir de lui montrer ce qu'elle était heureuse de lui sacrifier; elle était si tière de l'amour de son amai:t, qu'elle saisissait avec empressement l'occasion de iui montrer des scntimensqui pouvaient le juslilier.
Mais ce que Maurice avait vu dans la lettre, ce n'était pas le désintéressement d'Hélène, qui, sans hésiter, rejetait les Offres brillantes <le Leyen pour uiu; vie pauvre et incorlainr avec lui ; ce n'était pas celle noble humilité qui ne croyait pas encore avoir assez fait pour se rendre digne de son apiour, et s'c(b>ri;ait de le mériter.
Il n'avait vu là (jue le tutoiement familier deLcycn, et encore les souvenirs qu'il rappelait de celle chambre où Hélène avait doiinéet revu dts caresses à un autre et d'un autre que lui. Celle pensée lui inspirait des mouvemt'ns de rage et de désetpoir; il passa le reste du jour seul, îl'abord livré à des « doutes et à des irrésolutions fatigantes, couché sur un canapé, et remplissant sa chambre de la fumée du tabac.
Mais peu à peu il s'accoutuma ù cet étal d'inertie et d'assoupisseineutqui fait voltiger autour de la tête des pensées légères, bizarres, que le moindre souffle chasse ou métamorphose comme les nu-'es de fumée, » l h'uhc la bride à l'i-
magiiiationjjui, vagabonde, laisse là le corps engourdi, sans force pour la suivre ni la retenir, lel que l'oiseau qui, ec'jappé de la cage, voltige à l'eulour, et semble narguer l'oiseleur, siupéfait de sa fuite.
Etat délicieux, où le moi disparait, où l'on assiste à sa propre vie, à ses sensations, à ses joies, à ses douleurs, comme a un spectacle, avec celle douce paresse d'un spectateur bien assis.
Où l'on ne peut creuser une pensée trisie, sans (|ue, malgré vos efforts pour la retenir, elle vous échappe comme l'eau entre les doigts, et se change en une ligure bouffonne, (jui, dans'>nt dans la fuméedu tabac, vous rit au nez, el vous force à rire.
Plusieurs heures s'écoulèrent rapidement, el Maurice commença à s'inquiéter en songeant que l'heure allait bientôt sonner où il devait aller dîner chez Hélène, où il lui faillirait rompre en se levant le charme extatique auquel il était livré.
— Ce serait volontiers, se dit il, que je passerais ainsi ma \ie, non-seulement celle-ci, mais l.i vi^- luiure.
Car voiii ce qu'rii nous ^■ronu,t pour it tte vie future, ce qu'on promet du moins aux élus, à ceux qui ont renoncé à ces quelques joies qui biillcnl dans celte vie, pour se rendre dignes des joies iiiell'ablcs de l'autre:
Voir Dieu face à face pendant une éternité, cl entendre les concerts
Des anges,
Des archanges,
Des chénibiiis,
Des irônes.
Des puissances.
Des dominations.
Qui soiiiienl de la trompette.
Ne peut-il pas se faire que quelqu'un se trouve qui n'aime pas la trompette'/
Ou qui même, tolérant volontiers le sou de la trompette , ne Suit pas d'avis d'en jouir pondant toute une éternité'/ Sans révoquer en doute le talent des troues et des dominations.
Car ce serait peut être là le plus horrible supplice d'un enfer bien organisé de faire jouir toujours les damnés du même |ilai;-.ir, (jnelque vif qu'il fût.
Tandis que celui que je goûte en ce moment prend toutes les formes, et n'en garde aucune assez longtemps pour qu'on puisse craindre de la revoir.
On a eu tort de faire un paradis absolu.
11 fallait faire un paradis relatif, où chacun eût l'espoir de trouver des délices conveuables à sa nature, à son organisation, à ses goùls.
Aux nus, il faut l'espoir des bourgs de Mahomet,
Aux autres, la cerlitude de contempler des variétés de tulipes inconnues sur la terre.
Selon les gens, il faudrait promettre :