POLB TOUTE UNE ÉTERNITÉ
Des pâles de poisson bien supérieurs à ceux de la Poissonnerie ang'aise-,
Des symphonies plus belles, s'il est possible, que celles de Beethoven ;
Des cravates mieux faites el mieux empesées que celles de AA alker ;
Un nouveau sens qui ouvrit à l'inlelligence et à la pensée un nouveau monde el un ordre de choses inconnu;
Cil vin de Champagne qui ne grisût pas;
Des huîtres fraîches au mois d'août;
Les riantes el nobles sensation^ du premier amour toujours renouvelées et toujours les mêmes ;
Des dentelles plus belles que les dentelles de Maliucs ;
Un pied aussi petit ([ue celui de madame Pauline Psll.... ;
Des combais, du sang, des victoires et des couronnes ;
De hautes moiitigncs, où l'air pur inspire de nobles pensées, où l'esprit se dégage du 'corps comme d'un poids incommode,.et prend son essor vers le ciel;
t!n billard plus élasti(|iie ([u'aucun billard connu, avec un l)l«u divin, qui ferait faire de magnifiques effets d« queue;
UNE HEURE TROP TARD
Des infortunes à soulager, uh concert de bénédictions des pauvres ;
Une rivière avec une eau admirable à regarder couler;
Je laisse ici des lignes que chacun remplira selon son goût pour ne pas commettre de passe-droit.
Pour ce (|ui est de Venfer,
]| faudrait y mettre la même variété.
Ce qui est le paradis des uns serait l'enfer des autres.
Les choses les plus insipides peuvent cire du goiit d* quelques-uns : on a vu des gens se plaire à voir huiler le drame par monsieur Frédérik Lemaitre; aussi laisserons-nous chacun se faire un enfer à sa guise.
l'Oin TOI;TE UXE ÉTtlLMTÊ:
Comme Maurice en était là de ses idées vagabondes auxquelles on nous accusera peut-être d"avoir mêlé quelques-unes des nôtres,
L'horloge sonna; il compta les coups avec anxiété. Il avait encore une demi-heure.
— Je suis si bien couché, se dit-il ; il est bien ennuyeux de me lever; de mettre une cravate, et d'aller dans la rue.
S'il ne fallait pas me déranger pour appeler, j'enverrais dir^ à Hélène que je ne la verrai que ce soir. On frappa à la porie.
— Entrez! dit Maurice.
Un homme entra (jui portait une lellre d'Hélène, et qui par;it après l'avoir remise.
Ne viens pas diner aujourd'hui. Je suis un. peu souCfraule ; je ne te verrai que demain.
" Je t'aime,
> Hklèxe. "
Maurice d'un seul bond se lev?.
— Qu'est-ce? se dit-il ; ! ourquoi ne veut-elle pasmevoiraujourd'hui ? H y a là quelque chose de mystérieux et d'ieintelliglble.
Hélène me tromperait-elle?
Ah: dit-il après un moment de silence, la pudeur d'une femme est comme la ne'ge, il faut bien peu de chose pour altérer sa blancheur, et elle ne la recouvre jamais.
Malgré moi, malgré les preuves de l'amour d'Hélène, je serai toujours jaloux, jaloux du passé, jaloux de l'avenir. Hélène a été prostituée; le parfum ne revient pas aux roses flétries.
Et Maurice qui. quelques minutes auparavant, ne désirait rien tant que de ne pas aller diner chez Hélène, pour se livrer à la paresse, « la plus voluptueuse des passions,» s'habilla et sortit pour aller errer au hasard, étrangement agité et perplexe de l'accomplissement de son désir.