MUSEE LITTERAIRE
comté (1^ Warwick, le 2."5 avril I50i, tli> John Sliakspeare, népociaKt en laiofS; sa mèr.- était lille iiniqu'' (l"uii gi-niillionime de W*-llingeoie, dai s le mèfHe romté, nommé Arden, et d"une famil'e an'i^'iine et justement Imiiorée.
Il paralirail que le p- re. de Sliaks;-.eare, d'abord dans l'aiftance, éprouva des revers de fortune qui l'(j|)ligèrpnt à résigner ses fonriions de membre du conseil rauniii|)al de sa ville natale. L'éducation de William dut se ressentir de cctle réduclioti inattendue des rissourcés de la famille. Aussi ne litil que des éiude.s Imparf.iiles ; il suivit les cla^ses de l'école communale de Stralfonl. Il y ac luit une dose de latinité sufflsanle pour lire datis l'oriKitial les aiitcurs It s plus faci'es de l'ancienne Rome, mais sans pouss t beauciurp plus loiti son érudition classique. Oti ignore à qml âj,'>' ss études commenièrenl, it quel .Ige il les lerinina. Il est probable qu'il fut obligé il'; les inierroinpre de bonne heure, pour s'ucenper du commerce de son père. l'Iusi» iirs de ses biogr.iphes prétendent qu'il ne larda pas i entrer dans l'étude d'un avoué; et celle opinion est as.sei vraisemblable. Les drames de notre aiilcuf présentent une futile ib' passages qui révèlent daiisi'ccrivain une connai.-saine intime el ap;irûfonJie de la phraséologie lépale.
Quoi qu'il en soit, Shakspeare vcuiil à peine d'aiteindre sa dix-huiliénie année, loisiu'il enira dsns la carrière g' ave, dans la voie é|iiiieuse du mariage. Il éi)Ousa Anne Ilalhaway, fille d'un pro|)riéiaire aisé des environs de Slralford. La piudence et la réilexion ne présidèrent pas ft cette union, (jui, tout porte à le croire, ne lut pas he:ireuse. En ceci, Shakspeare eut le sort de fJante et de Milton. Sa femme avait, diton, huit ans de plus que lui. l'-lle était née en IcoG ; elle ne tarda pas k lui lioiiiier une lille, qui fut nommée Susanne, puis une secon le fille a un lils jumeaux, Judith el Ilamnet, baptisés W-l février l.'iSi.
Peu de temps aptes celle doub'e naissance, Shaksprare «jtiiîla Slratford cl [laitil pour l.oiidns. Les motifs de ce déjart subit, de ce souilain cliiingemetit de r.-sidence, de cette aventureuse api)aiitioii sur un tbé.'ilre nouvc.iu pour lui, ont élé l'objet d'iniiombrabbs cotnincntaires, el n'ont jamr.is été expliqués d'une maiiiè'e saiisfai^ante. In cerf tué lians le parc d'un proiriéiaire Ai voisin:ige, un délit de chasse ou de braconnage, suiw d'un comiuiiiccnient de poursuites judiciaires, obligea, dit-iji, le j'Miiie Sli.ikspeare à chercher un refuge dans la capitule et à s y créi r des moyens d'exisiettee. Nous ne savons ce im'il p'ut y avoir de viai dans ce récit, qui, du reste, n'a rien de trop invraisemblable, cl (jue la plupart des (oinnientateiirs ont adopié. Sh;iks|ieare arriva à Londres en l'iSO; il avait alors vingt deux an-. A (j'ielle occupation se li\ra d'abord lejiune fugitif ? C'est ce qu'il nous serait encore diflicile d'établir avec ceitiliido. Quoi qu'il en soit, il iii^ tarda pas ;> devenir conii'dicn et à entrer dans la troupe de l'un des ihe.'itrcs de Londres les plus en vogue, celui de Biackfriar.--.
Chargé d'ab-ird do rùli'S subalternes, son métite le lit bientôt parvenir à des eni|)lf-'s plus élevés; tout porte même .1 croire iin'il devint un a-teur assez distitigué; mais s'il n'avait que ce litre aux suffrages de la postérité, il y a longlemps que son nom serait lonibé dans l'oubli. Invonlestaîilemetit Shakspeare devait posséder une connaissance approfondie de l'art du (ouiedien. Il suflit, pour s'en convaincri.', de lire les conseils srnsés.ltspréiciili's habiles adressés p;ir llamlet aux adeurs qu'il a chargés de représenter une pièc(t de sa compo.>itio:i devant l'usuipaieur du trùtie de r)aiie;)iark.
Dans ce drame dUainlet, la plus admirable peut-être ries compositions de cet étonnant génie, la Iraditioii rjpporle qu'il jouait le rôle de l'oiubre. On n marquiTa iiije, de tous les rôles des drames de Shakspeare, celui-là est (eiil-étre le plus éloqueminenl ecr'.t, le plus poéliqi)en;en! h, an, et c'est sans doute la raison pour laquelle le poêle r^ffclionnait el voulait t'en charger lui-iKénie.
Le génie de S 'akspeare ne tarda pas à s'iiUuiner au lonlaet du théâtre. Dans la profession de c iiiiédien, i! ii'avai! d'abord cherché qu'une ressource, que des moyens d'exisicuc- ; mais ces moyens une fois assurés, rineerliliide sur son sort, l'inquiétude sur l'avenir, ayant fait place à la séo'.nié et il l'ai-
sance, son génie se tourna de lui-même vers la pratique du grand art q e son adolescence avait rêvé, vers la poésie. Le poème ravissant de f'ér.ns et .-Idonis fut, dit-on, son premier essai ; il porte en effet le cai het d'une àme jeune, d'une imagination adolescente. Lui même il l'appelle : The fini heir of his invention: le premier enfant de son Imagination. Bien que ce poème de Shakspeare n'ait été publié qu'en 1593, on s'accorde à assigner à sa composition l'intervalle écoulé de ISS", époque de son ariivée à Londres, à 1590, époque de ses premiers débuts dans la carrière dramalbiue.
Slinkspeaie trouva le théâtre de son pays dans le même élat à peu près où était notre théûtre national a'ors que notre grand Corni-ille vint le lirer de la barbarie.
En Aiigleterre comme m France, comme dans tout le resle de la chrétienté, les Afystéres, les Moralilrs, occupèrent exclusivement la scène jusque vers le milieu du seizième siècle. Li repré?enlalion de la première tragédie régulière eut lieu en L">r)-2, <leiix ans avant la naissance de notre auteur. En l.ïGG fui jouée la première comédie à laquelle il soit possible de donner ce nom. ("est aussi à cette époque que diiil élre p acét; l'apparition du premier drame historique, germe encore informe et abrupte que devait féconder plus tard le génie d'un grand homme.
De l.'iOO à t59(-), le progrès fut réel sans doute, mais lent; et si çà et là apparaissent quelques talens rares et énergiques, le reste ne pré: ente guère ((u'une longue série d'œuvres fastidieuses et ani|ioulées. Il n'est guère possible de citer, au milieu de loules ces tentatives impuissantes et avortées, que la tragédie de Corboduc, de '1 honias Sackville, lord Ruckhurst, représentée à Whiteball devant la reine Elisabeth et toute sa cour, le 18 janvier i:C2; \'i:douard II et le Faitsliis de Marlnwe, écrivain vigoureux et d'un incontestable mérite, doit le génie inculte et sauvage dépassait presque toujours le but, et dont les efforts exagérés, en cherchant le tragique, n'atiOPtissaient qu',1 l'horrible.
Shakspeare, dès ses premiers pas dans !a carrière, laissa bien loin derrière lui la foule de ses prédécesseurs. Ici, une question imporlante se présente au biographe : ((uelle est la pièce qui marqua le début de Shakspeare? L'obscurité qui règne s i.r toute l'oxisleuce individuelle et littéraire du barde de Slralford s'étend sur cet épisode de sa vie comme sur tout le resle. Les commentateurs ont cherché à suppléer aux faits par les conieclures. Les uns veulent (|ue la première pièce deSli:ik.s|ipareaitélé/Vr/c/r.v ; d'autres désignent la deuxième partie de f/eini f'I. Quaid à la première, on s'accorde généralement ù penser qu'elle n'est pas de lui. En l'absence d'infoiinatiôns précises , il est diflicile de prononcer sur une question de celle gravité. Notre opinion, à nous, c'est que le plus ou moins de perfeclion de ces drames n'est point un crilérion si^r pour leur assigner une date, soit lixe, soit relative. Les génies comme celui de Shakspeare n'onl pour ainsi dire point d'enfance : selon l'expression de Corneille, qui luimême est un extnijjle frappant de cet éclatant privilège du génie.
Leurs pareil.; h doux fois ne se font pas connaître,
Kl pour II urs coups d'c,is;ii veulent des coiii-s de maître.
L'un des premiers débuts de Corneille c.a fnl le Cid ; ce premier chef-d'oiivie, d'autres produilioi)s<lu nn^me auleu" l'ont parfois égalt', jamais surpassé. Pourquoi n'en serait-il pas de même de Shakspeare ? La (lassilication chronologique des fables de la Fontaine est connue; faites un choix si vous pouvez enire lous ces chefs d'neuvre ; les premiers en date sontils infi rieurs aux derniers'? Racine a-t-il jamais fait mieux qn'./iidromaqiie? On répoii I en citant Alc.randre et les Frères ennemis. Ces di ux drames ne sonl point des œuvres spfuilanées do génie de Ra( ine ; ce sont des étud s sur Corneille. /Indronuiqne est la première tilledesa prnsre individuelle clii;time,le iiremier enfant de son génie; et voilà pour- (juoi elle est emp-reinie d'un cachet de perb'ction (\nv lirilannicus H /'Aér/re elle-iiiême n'ont point sur|iassé.
Shakspeare fut le créaeiir de son art ; il dui d'avance en asseoir les bases, en arrêter les proporllous, eu dessiner les contours ; cela fait, il se mit à l'o'uvre avec une imaginatiOB