‹ Le siècleChapitre 70 sur 216 · I SCÈNE IV · texte numérisé non relu

I SCÈNE IV

I H.\MLET, HOR.\TIO el MARCELl.LS, rênlrant.

nORATiO, appelant.

Seigneur!

MXUCELLIS.

Seigneur Hamlel !

IIAMLET.

El je me souviendrai!

HORATIO

Ptiisje approcher, seigneur?

HVJILET.

Oui, viens. Viens donc, le dis je! [Horalio et Marcellus s'approchent.)

^ MAHCELLUS.

Eh bien?

HORATIO

Qu'arrive t-il, monseigneur?

IIAMLET.

Un prodige !

Mais, sans plus de détails, il serait à propos De nous serrer la main et d'aller en repos

aiais de quelque manière que tu poursuives cette vengeance, conserve toi moral et pur, el n'entreprends ritn contre ta mère. Abandonne son tliûlimenl au ciel el aux aigtiilions qu'elle porte dans son cœur, ei qui la transpercent. Adieu; il faut que je te (iiiilte; le ver luisant, dont le feu sans chaleur commence 't pSIir, annonce l'approche du matin. Adieu, adieu, adieu ; souviens-toi de moi.

;L'Ombre s'éloigne.) nAMLET.

O saintes légions du ciel ! ô terre! quoi encore ? Y joindraij€ l'enfer?— 0 opprobre !— Contiens-toi, contiens-toi, ù mon cœtir! et vous mes muscles, ne vieillissez pas en un in^tan', mais redoublez d'tnersie pour me soutenir. — Me souvenir de loi ! Oui, ombre malheurev'Se, tant que la mémoire aura un siège dans ce cervean en désordre.— Me souvenir de toi ? oui, je veux du registre de ma méisoire effacer tous les souvenirs frivo'es, toutes les maximes puisées dans les livres, tous les vestiges, toutes les impn s-ions du passé, tout ce que la jeunesse et l'observation y ont déposé; et à leur place, sur les lablelles de mon ce: veau, ton (Ommandemenl figurera seul et dégagé de tout alliage impur; oui, j'en jure parle ciel. O fenime perverse! o scélérat, scélérat! caressant el damné scélérat! Mes tablettes; — notons-y qu'un homme peut sourire, sourire et n'être qu'un scélérat ; du moins, je suis sûr qu'il en peui tire ainsi en Danemark, li écrit suv se- tablette?.) Ainsi, nKui oncle, vous êtes là. Venons maintenant à mon mut d'ordre; c'est : Adieu, adieu ! souriens-toi demoi. Je l'ai juré.

IIORATIO, de loin.

>lonseigneur, monseigneur. —

MARCEILIS, de loin.

Seigneur Hamlel; —

nouvTio, de loin.

Que le ciel le protège !

HAMLET

Ainsi soit-il.

M\RCr.LLiS, de loin.

Holà, holà ! monseigneur.

HAMLET

Arrive, mon bel oiseau, arrive *.

Arrivent H0R.\T4O et M.\RCELLUS.

JI.ARCELLUS.

Que s'est-il passé, monseigneur?

HORATIO

Quelles nouvelles, monseigneur?

HAMLET

Oh 1 des plus étranges.

HORATIO

Monseigneur, dites-nous-les !

n VMLET.

?s'on, vous les rediriez.

HORATIO

Pas moi, monseigneur, j'en jure par le ciel. ^

MARCELLtS.

Ni moi, monseigneur.

H. VMLET.

Qti'en dites-vous donc? Quel cœur d'homme l'aurait pensé... ? mais vous me promettez le secret?

HORATIO et MARCELLIS.

Oui, par le ciel, monseigneur.

HAMLET

Il n'y a pas dans tout le Danemark un scélérat qui ne soit un coquin fieffé.

HORATIO

Il n'était pas nécessaire qu'un spectre sortît du tombeau pour nous apprendre cela.

HAMLET

C'est juste -, oui, vous avez raison : sut quoi, sans entrer dans plus de détails, je trouve à propos que nous nous don-

* Il imite le cri du chasseur rappelant son faucon. Ici et dans le reste de cette scène se maDifesle un commencement de perturbalion cérébrale qui n'e>t point l'aUénaiion menta'e caractérisée, mais qui, du moins, sert à expliquer les paroles bouffonnes ou Ineolièrentes qui, à dater de ce moment, échappent parfois à Hamle<.

SHaKSPEARE

Chacun à notre gré; — vous, soit à votre affaire,

Soit à voire penchant : — r ha(iue liomme a, dans sa sphère,

Une affaire à finir, un penchant à choyer.

Je n'ai ni l'un ni l'autre; aussi, vais-je prier!

IIORATIO.

Comme votre langage est étrange, équivoque !

IIAMLCT.

Hélas ! je suis fâché, bien fâché qu'il vous choque.

HORATIO

Oh ! je ne vois pas là d'offi nse, monseigneur.

HVMLET.

SI fait! par saint Patrick! j'offense votre honneur En gardant mon secret. Mais ma voie est étroite, Ne m'en veuillez donc point. Si ce i|ue ma main droite, Vient de résoudre était connu de l'autre main. Oui, je la trancherais moi-même avant demain ! Maintenant, chers amis, bons compagnons déclasse, De guerre et de plaisirs, je requiers une grâce.

noR.\'no.

Ordonnez, monseigneur.

Page 1