‹ Le siècleChapitre 72 sur 216 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Un appariemcnt dans la maison de.Polonius.

Enlrenl POLONIUS et RIXALDO.

POLOMI.».

Donne-lui cet argent et resbillc's, Rinaldo.

IlIXVtDO.

Oui, monseigneur.

por.OMi-s.

Avant de l'aller voir, mon clier Rinalào, tu feras très sagement de prendre des rçnseigneraens sur son compte.

niNAi.no.

, C'était mon intention, monseigneur.

poLoSirs.

Bien dit , 1res bien dit. Yoistu, informe-toi d'aboi'J des Danois qui sont à Paris ; où, avec qui, et sur quel pied ils ■vivent; quelle e^t leur société, leur dépense; après t'ède assuré, par toutes ces quéstiarTs, qu'ils connaissent mon fils, tîclie de recueillir î>. son égard des iiiformations plus précises que tes questions n'auront l'air d'en demani!er : fais cûnirac si lu ne le connaissais qu'imparfaitement : dis, pnr exemple: — « Je connais son père et sa famille ; et lui-même il ne m'est pas enlifremcnt inconnu.» Entends-tu bien ceci, Rinaldo?

nixAi.uo.

Fon i)!Li! iii .iiscigncar.

POLOXIIS.

« 11 ne m'est pas entièrement inconnu; »— "mais, pourras-tu ajouter, je le connais 'peu; cependant, si c'est relui dont je parle, c'est un jeune Iiomine fort dissipt^, adonné à tels ou tels dérèg'emcns ; » — ci alors, impute-lui tous les vices qu'il te plaira, aucun cependant qui puisse le déshonorer, gardet'(n l)itn, mais tous les écarts, toutes les folifs de la jtunesse qui a ses cîudées franches.

Bn.VLDO.

Par exemple, le jeu, monseigneur.

POLOMUS.

Oui, ou le vin, l'escrime, l'habitude de jurer, l'humeur querelleuse, la fréquentation des mauvais lieux : — tu peux aller jusque-là.

niXAlDO.

Monseigneur, il y aurait lu de quoi le déshonorer.

POLO.MIS

Pcfint du tout, si, pour faire cette imputation, tu sais t'y prendre convenablement. Ne va pas aggraver la chose en l'accusant dedébauche habituelle; ce n'est pas là ce que je veux dire: mets dans tes reproches un tact habile; fiiis eu sorte qu'on ne puisse attribuer ecs loris qu'aux défauts qui accompagnent ordinairement le jeune âge, l'abus de la liberté, l'entraînement d'un esprit fougueux, l'effervescence d'un sang bouillant,

RUALDO.

Mais, monseigneur... —

POLOXIIS.

Pourquoi est-il à propos ([ue tu agisses de celte manière ?

niwLno.

\o\\h justement, monseigneur, ce que je voudrais savoir.

POIOMUS.

C'est précisément où je voulais en venir; et c'est un coup de maître, à mon avis. Après que lu auras imputé à mon fils ces légers défauts, qu'on peut au plus regarder comme des taches dans un bel ouvrage; pour peu que ton interlocuteur, celui que tu veux sonder, ait remarqué dans le jeune homme dont tu parles quelques-uns des vices que nous venons d'énumérer, tu peux compter (|u"il répondra sur le-ehamp : " Mon cbermonsieur, » ou « mon ami, » ou " mon gentilhomme, n suivant lato, niuielubituere à l'individu, ou usitée dans le pays. ni.xAiDOr

Fort bien, monseigneur.

1'OLOMl.S.

Eh bien ! donc, alors, — où en él*ais-je?Parla sainte messe, je voulais dire quelque chose; — où en suis je testé?

RDiALDO.

Vous en étiez à la réponse qu'on me fera.

POLOMUS.

A la réponse qu'on te fera: — c'est cela; il ne manquera pas de te répondre: — " .le connais ce jeun-? homme; je l'ai vu hier ou l'autre jour, à telle époque, avec tels et tels; là, comme vous dites, je l'ai surpris au jeu ou dans une orgie, ou se prenant de querelle dans une partie de paume ; « ou bien : " Je l'ai vu entrer dans une maison suspecte, » ou autres choses semblables; mainicnant, tu vois; c'est ainsi qu'avec l'amorce d'un mensonge on pr.nd la vérité à l'hameçnn. C'est ainsi que nous autres g<ms entendus, à fo.ree de circuits et de détours, en piaulant It; faux, nous découvrons le vrai E t voilà comme, en suivant la marche qii« je viens de t'indiquer, tu te mettras au courant de la conduite de 'mon fil«. Tu me comprends, n'est-ce jias?

RIXALDO.

Oui, monseigneur.

POr.OMLS.

Que Dieu soit avec toi! bon voyage.

niNALDO.

Monseigneur,..—

POLO.MIS

Observe par toi-même ses penchans.

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