II.VUI.ET
Et mon cher, être honnête aujourd'hui, C'est bien être trié sur dix mille.
POLOMIS. '
Hélas I oui, La chose est trop réelle I
HAMLET
Avez-vous une fille?
POLOMIS, à paît
li V tient !
(Haut)
Oui, seigneur. ,
.A. pâTt.)
Pauvre esprit qui vacille!
Me croire, ah! c'est fcrt drôle! un marchand de poisson. Le mal est sérieux. Pas l'ombre de raison ! Au f4it,jem'en souviens dans mes jeunes années. L'amour m'a fait passer de cruelles journées. Et mes maux quelquefois approchaient de ses maux.
(Haut) - Que l.ziez- vous, seigneur?
IIVMLET.
Des mots, des mot?, des mots!
POLOMIS.
Mais le sujet du livre?
. IIIMLET.
Oh! pure calomnie!
^ La satirique assure, en sa pauvre ironie, (^>ue les vieux sont ridés, que leurs cheveux sont gris. Que l'ambre coule à flot de leurs yeux appauvris. Que leur esprit est fa'ble et leur jarret débile, — Nérités dontje jure aussi, sans être habile, Mais iiu'il est malséant d'éciiie, selon moi ; Car, enfin, vous auriez mon âge, que je croi, Si vous pouviez, du t«mps fuyant les malélices, Marcher à reculoi.s, — comme les écrevisses.
♦ POLOMIS, à part.
C'est fou ! mais sa folie a du bon sens par lambeau.
(.Haut.) Venez donc changer d'air.
UVMl.ET.
OU donc? dans mon t«mbeau?
POLOMIS. à part.
C'est un moyen, au fait ! la réponse est sentie! Les fous trouvent parfois ceriaine répartie Que l'esprit le plus sain n'inventa pas toujours. Quittons-le. Mais il faut, certes, qu'un de ces jours, Par quelque circonstance habilement prévue, Entre ma fille et lui j'amène une entrevue. (Haut.) ! Je prends très humblement congé de vous, seigneur.
IIAULET.
Prenez, monsieur, prenez! je ne puis, en honneur! Vous abandonner rien d'une âme plus ravie.
POLOMIS.
Vous vous trompez, monseigneur.
IIAIILET.
En ce cas , je voudrais vous voir aussi honnête homme qu'un de ces geiis-l).
POLOMIS.
Honnête homme, monseigneur?
HAMLET
Oui, seigneur; au train dont va le monde, c'est à peine si l'on trouve un honnête homme sur dix mille.
POLOMIS.
C'est très vrai , monseigneur. >
HAMLET
En effet, si le soleil engendre des vers dans un chien mort, et, tout dieu qu'il est caresse use charogne... — Avez-vous uneSlle?
rOLOML'9.
Oui, monseigneur.
1IA5JLET.
Ne la laissez pas se promener au soleil : la conception est un bienfait du ciel; mais, comme votre fille peut concevoir, — mon cher, prenez-y garde.
POLOMIS
Que voulez-vous dire par là? — (a part.) C'est toujours ma fille qui l'occupe; cepei dant il ne m'a pas reconnu au premier abord ; il m'a pris pour un marchaiid d'' poisson. Son cprveau est gravement aîieiiit ; et de fait, dans ma jeunesse, l'amour m'a quelquefois réduit à un état déplorable, approchant declui ci. Parlons-lui encore. — Que lisez-vous la monseigneur?
HAMLET
Des mots, des mots, dt-s mots !
POLOMIS.
De quoi est-il question, monseigneur?
HAMLET
Entre qui?
POIOMIS.
Je vous demande ce que contient le livre que vous lisez, monseigneur.
HAMLET
Des calomnies, seigneur. Le satirique auteur a l'impudence de dire que les vieillaris ont la barbe grise -, que leur visage est ridé, que leurs yeux distillent ù foison l'ambre et la gomme de prunier; qu'ils ont une abondante disette d'espiit, et les jarrets extrêmement débiles; toutes choses, seigneur, que je crois fermciiiei.t et en conscience, mais qu'on ne doit pas se permettre décrire; quant à vous, seigneur, vous seriez aussi âgé que moi, si, comme l'écrevisse, vous pouviez aller à reculons.
rOLOMLS, à part.
* Quoique ce soit là de la folie, cependant, c'est une folie qui ne manque pas d'une ceriaine metliode *. — (Haut.) Voulez-vous venir prendre l'air, monseigneur?
Quel air? i;e';ui delà tombe ?
POLOMIS, à part.
Quelle justesse il y a parfois dans ses répliques ! Les reparties des insensés ont souvent un bonheur d'à propos que la raison la plus saine ne >auraii îiiteindre. Jefais le quitter et combiner les moyens d'amener une entrevue entre lui et ma fille. —Monseigneur, j? vais humbkmtut prendre congé de vous.
HVMLET.
Vous ne sauriez me lien preiidre-dont je fasse plus volon- ' Intanire parei artâ ralione mudoque.
(KORACK.)
SOi
SHAkSPEARE.
A part ma vie '. f) jiart ma vie! à pari ma vie!
l'ULOMLS.
AJiru donc, n;on5(io'niur.
lIAMtET,!) (ûrt, hau3<^aiit les ép»ul-s.
Le vieux fou ! (|uoi ennui !
FOLCr\ii;s, roiiionlrJDt à h porlc Koiencraiiîz l'I Gu lil-niteni. SïDs doute vùui chenlifz le seifc'neui Ilam'ct ?
Le voici.
iiosi;\cii\M/..
l'OI-OMlS.
(;lilde>ster\.
Lieu vous iîardc !
Oui.