‹ Le siècleChapitre 35 sur 70 · SIS · texte numérisé non relu

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habit marron — un petit écrin, dans lequel était renfermée une bague surmontée de pères et d'un diamant beaucoup trop gros pour être fin. — Quelques jours ayant son départ, il pi ii Léon à part, et lui dit : — Mon cher enfant,. je ne sais pas l'i tat de vos affaires, — et je ne vous quitte pas sans inquiétude.

Léon lui affirma qu'il gagnait de l'argent au-delà du nécessaire. La veille de son départ, monsieur Anselme pria Geneviève et I. i p de i ester i v c lui tonte la journée. Le soir, il se lit répéter t >us ses airs favi ris, il lit chanter Geneviève, il examina ses cheveux, sa taille, ses mains; — il lui donna quelques conseils sur sa santé qui, disait-il, lui semblait depuis quelque temps avoir subi un peu d'altération; — puis, a minuit, il se leva, serra la main de Léon, donna à Geneviève un baiser sur le front, — leur répéta trois ou quatre fois qu'il reviendrait bientôt, et les quitta. Le- matin, on entendit une voit me s'arrêb r à la porte, et monsieur Anselme frappa doucement à la porte de Léon. Il lui dit encore adieu et entra dans de G neviève qui dormait profondé-

ment.—:-'on visa . était ralme et rose ; — il la regarda longtemps,puis descendu IV scali r, en disant à Léon:— A bientôt.

\ ce moment, plusieurs des élèves de Léon se mettaient en route pour la campagne, — et Léon n'avait pas avoué la vérité à Anselme, quand il lui avait dit qu'il gagnait plus d'argei t qu'il ne' lui en fallait. — Il commençait, au contraire; à se trouver fort gêné; chaque fois qu'il passait la porte d'un de tremblait toujours qu'un domestique lui dit, froidement ; — Monsii ur e . | arti. Il ne voulait pas surtout que Geneviève sentit la moin lie atteinte de la pauvreté. Ce que disait Anselme n'étail e trop vrai : elle perdait chaque j mr le beau coloris de la ;

Ii y avait deux ans que madame Lauter était morte. Léon et 'Geneviève s'en allèrent à Fontainebleau. — Ils arrivèrent. le premier jour de mai; -c'était le jour où leur mère avait été rnterrée. — Leurs premiers passe dirigèrent vers le cimetière;—il était tout en fleurs; — de beaux rossignols fauves sautillaient dans les chèvrefeuilles; — mais quel fut leur étonnement. quand, à la place de la croix de bois qu'on avait placés sur le cercueil de madame Lauter, ils trouvèrent une grande pierre de marbre noii !— Il y avait sur la pierre le nom alie Lauter, et au-dessons plusieurs dates, dont l'une était celle de sa mort, et une autre celle de sa naissance Quant aux autres, le sens leur en était inconnu. Le tombeau était entouré d'une grille d< fer ; — le frère el la sœur s'agenouillêrenl et baisèrent le marbre qui recouvrait leur mi i . ■.— Les yeux de Geneviève av; ient un éclat inaccoutumé. Elle racontait bas à sa mèn ue personne ne savait, son amour si malheureux et ses angoisses de t ius les jours; elle lui disait : — J'aime Albert ! — F,t elle sentait qûeîqui cissement a ses chagrins en confiant ce secret qui lui brûlait le cœur -.—puis elle se laissa entraîner jt squ'à | arler haut, et il : — 0 ma mère, ma lionne mère I — ton Bis a été respectueux pour tes dernières volontés ; il m'a aimée et protégée, il a travaillé pour moi, il a veillé pour moi, il a accepté ton legs de bonté et de d voti : nt. — 0 ma mère, bénis-le, el prie dans le ciel pour son bo ilièur!— È elle ajouta tout bas :

— Prie h eu d'ajouter à :.i vie toute la part de bonheur a laquelle j'ai dû renoncer; prie Dieu qu'il détourne de lui les tourmens affreux que 1 1 n lure, el qu'il m'appelle bientôt auprès de toi, el qu'il fasse de moi l'ange protecteur de ceux que j'aime sur la terre d'un • tendresse impui santé el inutile.

— Léon la regarda avec tendresse el dit : — via nu tesenfans. Genevièveesl mon appui el ma consolation ; prie Di- u qu'il seconde mes efforts el qu'il me fa se réussir a l'entourer dé tout es qui fait le bonheur des autres femmes. — (> ma mère, ma bonne mère, Rose nous abandonne ;— nous

dans la famille, et des étrangers nous ont remplacés. Ton frère et feose onl oublié ce que tu leur avais demande en mourant. — Ma mère, tu nous as laissi s suils !

Ils restèrent encore/quelque temps agenouillés;— puis ils se levèrent, — regardèrent la tombe comme s'ils eussent voulu, de leurs regards, percer la terre et revoir les traits adorés de la morte.— Enfin, ils quittèrent le cimetière et allèrent

chercher chez monsieur Semler les clefs de la maison. A leurs questions sur le tombeau de marbre noir, il répondit qu'on ivoyé de Paris, par des hommes qui avaient fait tous les travaux et s'étaient dits envoyés el payés par la famille de la défunte.

Ils se dirigèrent vers la maison cil s'étaient écoules les jours de leur heureuse enfance. Il leur sembla qu'ils é aient reportés a celle époque de leur vie; rien n'était changé; — l'herbe encnliait toujours les pavés de la cour, — les sorbiers du jardin étaient en fleurs, — l'herbe avail envahi leurs plantations,—les volubilis s'étaient semés d'eux-mêmes et corn* mençaienl à sortir de terre. — On n'avait rien déplacé dans les chambres. — Ils retrouvèrent les mêmes gravures sur les murailles; — dans la chambre de Rose et de Geneviève, étaient encore des jouets de leur enfance, —les raquettes et les volans.

Le salon où L'on se rassemblait avait encore les fauteuils dérangés donl le nombre leur rappelait combien ils étaient alors. Celui de madame Lauter était auprès de la fenêtre, — coin de la cheminée, on retrouvait le grand fauteuil en tapisserie d ns lequel Rose, toute petit»1, s'enfonçait et s'endormait le soir.— La pendule, qui n'avait jamais été remontée depuis, s'étaient arrêtée à l'heure où la famille avait quitté Fontainebleau. — Le piano était ouvert,— el Geneviève retrouva dessus tous les airs qu'elle chantait alors avec Rose.—Elle posa les mains sur le clavier, et tous les deux reconnurent la voix du piano, et cette voix leur a'ia au cœur.

Elle chanta, < i chanta cet air que sa mère l'avait un jour obligée de chanter : Bonheur de se revoir.

Et le frère et la sœur se 'mirent é. fondre en larmes ; — car ils ne revoyaient persi une.

Léon dit a Geneviève : —Tiens, Geneviève, le jour que l'on a enterré maman, tu étais assise la, — et Rose était près de toi. — Te souviens-tu comme elle me promettait de m'ai mer?El Geneviève refoulait dans son cœur tous les souvenirs d'Albert qui venaienll'assaillir. Ces émotions l'rbp fortes l'avaient accablée; elle se coucha. — Léon vint s'asseoir à son lit; — tous deux parlèrent du passe jusque très avant dans la nuit ;-- puis Geneviève céda au sommeil, et • un fauteuil, la t.'te appuyée sur le Lord du lit de sa sœur.

! e lendemain au malin, Geni viève prit dans le jardin les grains de volubilis qui commençaient à germer, et les alla planti r autour de la tombe de Rosalie.

De retour à Paris, ils trouvèrent une lettre d'un de écoliers de Léon, qui l'avertissait qu'il suspendait momentanément ses leçons, et qu'il lui écrirait pour lui désigner le jour où il pourrait revenir.

Une autre lettre invitait Léon .à nue parti.' de plaisir avec plusieurs de ses amis musii iens et peintres.— Une troisième le lit frémir; elle commençait ainsi :

n Monsieur,

n \ oici l'époque où j'ai l'habitude de quitter Paris... »

Mais, à la lin, on le priai! de vouloir bien continuer ses leçonsà \nii!ii!,— et ( = 11 ajoutait au prix «le la leçon le prix d'une voiture pour aller ( t pour revenir.

Léon, qui.gagnail passablement d'argent, n'en dépensait guère pour s'amuser. Son plaisir le plus vif était de faire en sorte que Geneviève ne manquât de rien ; — au lieu d'aller au théâtre ou dans toute autre réunien dite amusante, il rapportait a Geneviève un ruban ou un bouquet. — S'il voyait dans la rue. a une femme, un objet de toilette qui lui allât bien, il n'avait pas de repos qu'il n'en pùi porté un semblable à sa sœur.— Quand ils étaient imites ensemble dans quelque maison, il songeait Imil jours d'avance à la toilette de Geneviève, ei L'accablait de questions : — « As-lu tout ce qu'il te faut? — Tes souliers de satin sont-ils assez frais? — Aurastu ta belle robe?»

Jamais, quelque serein que pût être le temps, il ne la ramenait a pied d'une soirée ou d'un bal. — Il fallait, au bal, qu'elle eût le pius beau bouquet et les rubans les plus nouveaux.

Pour lui, quoiqu'il aimât naturellement la parure, qu'il fût

ALPHONSE KARR

jeune et beau, cl désireux d'attirer les regards des femmes, il se contentait d'être mis décemment, c'est-à-dire du costume le plus simple. —Il avait des liabils qu'on aurait pu citer comme des

exemples de loin;: -

— à l'époque de l'année où les journaux, qui ne savent que dire, entre deux sessions des chambres, inventent to matins, pour remplir leurs colonnes, — des centenaires, des pluies de crapauds, des veaux à deux têtes et des betteraves monstrui

Il faisait une notable économie sur les gants, qu'il portait invariablement noirs. A la ville,' il avait des bulles remontées; quelquefois même, un œil un peu exercé découvrait, sur le côté d'une boue, une petite pièce que le savelier du coin avait de son mieux cherché a dissimuler! Jamais il ne prenait une voiture, à quelque distance 'que ses leçons se trouvassent les unes des autres. —Jamais il n'entrait dans un café. —Aussi, quand son voisin le peintre vint le trouver pour avoir sa réponse, lui dit-il : — Je n'irai pas.

— Il est donc décidé que tu ne seras jamais d'aucune partie?

— J'ai des occupations qui me privent de celle-ci.

— Comme des autres. Tu as tort, ce sera charmant!

— Je n'en doute pas, mais je ne puis en être.

Et le soir, au souper, comme la conversation tombait sur Léon, on dit : —C'est singulier comme il est changé! — Lui, qui autrefois était toujours notre chef de troupe : — lui, dont la gaîté nous mettait tous en train ;— lui, qui s'habillait avec tant d'élégance.

— Comme il est change !

— A-t-il fait quelque grande perte? Est-il en proie à un vio lent chagrin?

—Nullement, je l'ai rencontré il y a quelques jours, il était aussi gai que je l'aie jamais vil. — Mais ce qu'il évite surtout maintenant, c'est de dépenser de l'argent.

— C'est étonnant. Mais il doit en gagner?

— Il eu gagne beaucoup.

— Qu'en fait-il, alors?

— Je crois qu'il l'enfouit.

— Il est donc avare?

— Il faut qu'il le soit devenu.

— C'est dommage.

— Oui, c'était un excellent garçon.

— Il faut le corriger.

— Oui, il faut lui faire honte de son avarice.

^ En effet, ,à quelques jours de là, comme Léon arrivait dans l'atelier du peintre, il les trouva réunis quatre ou cinq.

l'atelier.

Les dictionnaires prétendent qu'un atelit r est :

« Un lieu où plusieurs ouvriers se réunissent pour travaille) ensemble. »

L'atelier d'Antoine Huguet n'était pas tout à -fait cela.— Ils étaient lu quatre gaillards, qui, chagrinés de ne pouvoir perdre que chacun vingt-quatre heures par jour, s'étaient réunis et associés, pour avoir, par ce moyen, quatre-vingt-seiaœ heu res à leur ijis.BOsitipn.

On se lève le malin, ou à peu près. — On n'est qu'à demi réveillé : il n'y a pa travailler si on ne boit une

lum. Allons il n'y a plus de rhum. — Rapin! où Où es-tu? On voit alors se lever, d'un coin où il dormait, un gamin de qualorze.ans, — avec de i jus cheveux et un , la tête; il a

une bloi arce que

les tacli : . , ible nom

de son : Rapin, va i lierclier du rhum.—

Le rapio de la monnçùe. A peine est-il dans

qu'i nie rappelle. — A propos, je n'ai plus de tabac. Le rapin revient au bout d'iu,e heure et demie ; — pli l'ac-

cable de reproches. — Tu nous fais perdre notre temps. — Le rapin, qui n'est pas dupe du chagrin de ces messieurs, ne li pas. On lui prédit qu'il mourra sur réchafaud.— Le rapin arrange les palettes.— Le rhum est bu. —Travaillons, dit Antoine. — Ah ! si nous fumions une pipe?

— Oui, cela excite le cerveau !

Quand la pipe est famée :

— Ah I maintenant, à l'ouvrage.

— Quelle heure est-il?

—Neuf heures.

— Diable! dans une demi-heure, il faudra déjeuner, nous déranger, quand nous commencerons à nous mettre en train;j'ai horreur du travail interrompu.

— Je crois que nous ferons mieux de ne nous mettre à l'ouvrage qu'après déjeuner.

— Voilà une matinée de u

— C'est la faute de cet odieux Gargantua.

— Infâme Gargantua !

— Gargantua est notre ruine.

— Je propose de brûler Gargantua.

— De le crucifier.

— De le disséquer.

— De l'empailler.

Gargantua ne s'émeut nullement ; ou lui commande d'aller chercher, le déjeuner.

— Qu'allons-nous manger ?

— Je ne sais pas.

— Ni moi.

— Ni moi.

— Ni moi.

Gargantua va se rasseoir dans son coin. Après une longue discussion, on établit que l'on est à la fin du mois, que la caisse est presque vide. — On mangera à déjeuner du pain à discrétion, et du fromage d'Italie ; on fera un dîner sérieux, un diner raisonné. L'un recommande à Gargantua que le fromage soit gras, un autre exige qu'il soii maigre ; tous deux jurent de l'assommer s'il n'obéit pas; Gargantua ne fait pas la moindre attention à ce qu'on lui dit. 11 rapporte le fromage d'Italie au bout d'une petite heure. On déjeune, on fume encore une pipe. — Allons, à l'ouvrage. — Les quatre amis restent interdits. Est-ce qu'il ne se présentera pas un prétexte pour ne pas travailler? En voici un qui a froid. — Et en effet, l'atelier est grand ; il a encore gelé blanc cette nuit. Un pou de feu égaie l'esprit.

— Il faut faire du feu.

— Avec quoi allons-nous faire du feu ?

— Ah ! oui, avec quoi?

— Il y a sur le carré une vieille malle

— A qui est-elle?

— Je n'en sais rien.

— Ni moi.

— C'est une malle abandonnée.

— Une malle *iui nous gène beaucoup.

On allume le feu, ou s'assied autour du feu et on fume une nouvelle pipe, on cause, on chante.

— Allons, maintenant travaillons.

— Quelle heure est-il?

— L'horloge est arrêtée.

— 11 faut la remonter.

— Gargantua, va demander l'heure.

Cette fois, il n stc dehors cinq grands quarts d'heure,

— niable ! midi et demi ; le modèle que nous attendons à une heure.

— Ce n'esl pas la peine de commencer avant le modèle.

— Moi,je"vais nie raser. Je n'aurai plus a in'occuper de rien jusqu'au dîner, et je travaillerai sans distractions,

Le modèle ne vient qu'à deux heures ; on le p

— Poui vi; qu'il ne nous arrive pas un importun, un flâneur:

— Je déteste les Dan

— C'est la peste des atelii

Eicba rvu qu'il ne vienne pas des flâneurs!

rers t] rte, et il n'est pas malaisé devoir que l'arrivée d'un flâneur comblerait tous leurs vaux.

GENEVIEVE

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