IUCUE ET PAT VUE
rite caressante et mignonne, quelque chose qui parlait si vi vemcnt des premières joies de la possession et de l'enivrement d'une existes . qu'Antoine en fui blessé comme
d'un trait. I n fré uissement jaloux lui donna froid dans les i h vi a\; il lui sembla voir, dans je tableau qu'il avait sous les ; eux, une insul!
de contraste moqueur et cruel établi par le hasard entre la félii iti d'un autre el sou propre mal!
11 pensa que jamais i' ne pourrail i, pres-
sant sur sa poitrine une femme à demi pànii sous m rc gard, il causant avec elle tout bas à la clarté du soleil couchant. Alors le plus amer désespoir qu'il eût jamais éprouve lui tomba dans l'âme. Celui qu'il venai de Ir passer avec culte femme penebée sur son épaule, il le connaissait ; c'était un de ces jeunes gens vulgaires, même dans leurs vices, qui, après avoir goûté à toutes les voluptés faog u es, rentrent par lassitude dans le calme d'une vieréguli< re, et se marient pour monter une maison : el celait là celui à qui tout souriait, l'homme que le sort avait fait heureux, dans sou corps et dans ce qu'il avait d'âme; tandis que lui qui s' pur, lui qui avait placé si haut la vertu et l'amour, il Liai: condamné à vivre seul et inconnu ! Qu'était-ce donc alors que le bien et le mal? Ce monde n'était-il pas une atrocaplaisanterie de Dieu, et les vertueux des sots qui prenaient Va mystiticalion au sérieux?
Dne fois engagé dansées doutes ironiques, Antoine sentit toutes ses croyances s'ébranler. Il commença à croire que le premier levoir sur la terre était de s'y faire un nid
commode. 11 regarda plus hardiment en lui-même, et il lui sembla que ses répugnances à suivre la voie ordinaire n'étaient peut-être, après tout, que delà paresse ou de l'orgueil -, et, appuyant ses sophismes de cette juste observation, il en conclut qu'il y avait profit et sagesse à abandonner la règle du devoir.
Heureusement l'habitude, cette sauvegarde de toutes les vertus, le défendit, maigre lui, contre ses propres conclusions. H pouvait bien, grâce au raisonnement, faire adopter de dangereuses folies â son esprit, mais non de nouveaux penchans à son cœur. U quitta le ïhabor en convenant avec lui-même que la bassesse était le chemin le plus sûr pour parvenir, el que la vertu n'était qu'un mot, mais nullement décidé à conformer sa conduite à cette doctrine.
Cependant la nuit était venue. Antoine, averti par la cloche du concierge, allait déliasser la grille de la promenade, lorsqu'il heurta un jeune homme qui sortait également; tous deux levèrent la tète en même temps et se reconnurent.
— Randel!
— Antoine Larry '.
— 11 y a au moins un an que je ne t'ai vu.
— Et moi un :
Georges Randel prit le bras de Larry. et ils se dirigèrent ensemble vers la ville en causant.
Ce Georges avait fait ses études avec Antoine : il était fils
d'un horloger qui jouissait de quelque aisance. Après avoir
suivi ses premiers cours de médecine à Rennes, il était allé à
Paris pour se faire recevoii . depuis son retour,
Antoine l'avait rarement re [ail pourtant le
seul jeune homme vers lequel il sentit quelque entraînement.
Dne ressemblance de position les avait rapprochés au collège;
c'était le seul de ses camarades pi ! arry ne fût ni
brusque ni gêné, parce que c'était le seul avec lequel il ne se
crût pas obligé de pro la supériorité de naissance
par une dure fierté. Georges n'avai rapport
de nature avec Antoine. C'était un caractère subtil et liant,
, qu'il >ignait à tout pour y
atteindre. Doué de cette f r ;te en cédant,
comme les sacs de t"rre aux boulets, il possédait assez de phi-
ir ne prendre d'i : qu'il en pouvait por-
:t point nial-
i au mond i, et dont le peuple dit dans son lai gage ex-
. Cependant ceux qui con-
ous a lie na-
. germe defon i et de
poui
Lô SIÈCLE. — !.
qu'il j a' ii 'ans cet esprll plus de sérieux que les apparenc. s n'en annonç Au toi ne et Randel eurent à se revoir le plaisir qu'éprouvent condisi iples en se n trouvant après une tirent part réciproquement de leur p ril à Larry qu'il avait déjà réussi à se el que tout lui promettait un avenir bri lan lui cacha pas qu'il avait été moins heu-
reux. Il lui raconta ses mécomptes et ses déseiichantemens. Georges l'éeouta attentivement. Il avait déjà assez d'expérience de la vie pour comprendre la situation du jeune avocat.
—Tu ne réussii i&jain issi lu ne changes d'habitude, lui dit-il; tu as pris le monde à rebours. Si j'avais agi comme toi, je n'aurais pas ùcux mala les aujourd'hui : ce n'est pas ainsi que j'ai fail mon chemin.
— Comment donc t'y esta pris?
' — D'une manière fort simple : j'ai rentré nus coudes pour ne heurter personne, et je me suis ouaté de velours afin qu'on ne me sentit pas faire ma trouée dans la foule. J'ai eu soin de -donner à mon caractère autant d'angles rentrans qu'il y avait d'angles aigus aux caractères des autres, de manière à ce que toutes les natures pussent s'accoutumera la mienne. Au.'si m'a-t-on bientôt cité pour l'homme le plus sociable de la terre. En même temps, j'^i fréquenté le monde el je me. suis montré partout où il y avait foule; i! faut habituer le public à votre figure.
— Mais des cliens, qui t'en a procuré?
— Moi-même ;-je me suis proposé, j'ai sollicité, je me suis insinué dans les familles en guérissant les engelures des demoiselles, el donnant des consultations gratuites aux servantes ; j'ai prôné certains hommes infiuens pour m'en faire des preneurs ; j'ai intéressé leur amour-propre à ma réussite en me posant leur protégé. Puis, j'ai fait la connaissance de jeunes gens de famille au manège, et les jeunes gens bien nés ont toujours quelques petits conseils à nous demander: je suis le médecin de leurs maîtresses en attendant que je sois celui de leurs femmes. En un mot, j'ai réussi à me faire bien venir de tous, el j'ai la réputation acquise de bon enfant en attendant celle d'un bon médecin.
— Lors même qu'une pareille manière d'agir n'aurait point répugné a mon caractère, il m'eût été impossible d'y avoir recours, car je ne connais personne qui eût pu m'être utile.
— Il fallait te remuer pour en connaître. D'ailleurs, n'avais-tu pas tes anciens condisciples? Je ne vois pas trop à quoi serviraient les collèges, s'ils ne préparaient des relations précieuses pour l'avenir; c'est là leur bon coté. La réussite.d'un homme de génie fait la fortune de tous les sots qui ont été dans la même classe que lui. Le titre de condisciple est une espèce de parenté consacrée par l'usage qui obligea la protection.
— Et quel est l'homme de génie qui a fait des thèmes avec nous? demanda Antoine en souriant.
— Aucun, que je sache, mais nous avions pour camarades de classe, des hommes qui sont maintenant riches et infiuens; que ne t'es-tu recommande à eux7 Arthur Boissard, par exemple! pourquoi as-tu cessé de le voir? car tu n'y vas plus, je le sais ; celle famille aurait pu l'aider, pourtant; elle fa déjà fait du bien.
— Trop de bien, dit Antoine d'un air sombre ; celte protection orgueilleuse des riches fait mal-, je n'aime pas les services que l'i n me rei d par pitié; pour qu'un bienfait ne pèse pas, il faut qu'il vienne d'un égal ou d'un ami.
— Csst-à-dire que tu as de la fierté. C'esl le plus dangereux des vice ■ pour le pauvre, car c'esl le seul qui l'arrête infailliblen - premiers pas. Au lieu d'adopter Arthur connue un i te mel tre ; a suite, tu n'as voulu
lui qu'un rival; tu aurais pu obtenir une place der-
D carrosse, cl tu as mieux aime lui disputer celle du
dedans, i ! rlhur est arrivé- au but, tout seul,
el toi, tu es resté en route, perdu dans les ornières. Ce n'est
it. Le monde a ses principes, ses pré«
dont ii faul éviter l'action, si n i :s ne voulons pas
'r. quand on est inconnu, jeune
SOCTESTRE-
ri pauvre à les attaquer de front, c'esl renouveler la lutte fameuse qu'Esope a racontée, en jouant le rôle de la cruche. La Eoriété est trop compacte pour que l'on songe à y pénétrer par violence, il faut chercher ses fentes ej. s'y introduire don. cernent, comme le coin du bûcheron dans l'arbre. Crois-moi, si tu veux faire ta trouée, mets-toi à la suite de quelqu'un qui a déjà sa place faite; reste coinm-; le chien de la maison autour de sa table pour ramasser lis miettes du festin. C'est ainsi, e! seulement ainsi, que de pauvri s diables comme nous arrivent à se faire une position.
— J'aime mieux mon arrière-boutique, dit Antoine en secouant la tête; les hypocrites déguisemens me répugnent, et je ne saurais point porter ainsi le costume de laquais.
— Mon cher ami, c'est comme si tu refusais de prendre pendant vingt-quatre heures un habit d'argousin pour te sauver du bagne.
— Mais la vie ainsi comprise n'est qu'une ignoble farce I
— Et tu aimerais mieux en faire un poème épique, n'est-ce pas? Mais on joue pour son publie, et le siècle est pour la parade. Tu n'as pas à choisir. Moi aussi, j'aimerais mieux aller vent arrière au port que de louvoyer entre les récifs, mais" il vaut encore mieux louvoyer que périr, l'arec que je prends le monde tel qu'il est, parce que je m'y présente frisé, en escarpins et le sourire sur les lèvres, penses-tu que rien ne m'y blesse? Mon claque de soie cache aussi sa couronne d'épines, mais je le garde sous le bras pour ne pas la sentir. Ah! quelle que soit la route que prend le pauvre, elle est dure et difficile ; seulement sa souffrance est en raison de l'importance qu'il y met. Trop faible pour lutter contre la société, j'ai cédé avant, sachant bien qu'en tout cas il me faudrait céder après, je me suis ainsi épargné la langue du combat. Ne crois pas cependant que la gaîté de mon visage me vienne d'une âme contente de sa servilité. Non, non; moi aussi, j'ai nies heures d'indignation, mais je les cache, parce que l'indignation impuissante est toujours ridicule. Ne pouvant être fier, je me suis fait humble, a!-in de. n'avoir pas du moins la boute d'être abaissé. Oh ! je sais qu'il y aurait une plus belle mission à remplir dans la vie; quelquefois je rougis de mon égoïsme, j'ai dans le cœur une plaie qui se rouvre à certaines époques et qui saigne douloureusement!....
Ils s'arrêta un instant et baissa la tête, mais secouant presque aussitôt ce nuage de tristesse :
— Allons, voilà encore des folies-, lu me rends sérieux malgré moi, Antoine; au diable tout cela I Vivons joyeusement et comme des gens d'esprit. En définitive, qu'y c-t-il de si répugnant dans notre rôled(Uaquais, comme tu rappelles? "Ne vaut-il pas mieux être un valet comme Figaro, qu'un comte. comme Almaviva? Pardieu! soyons de vrais valets, et mettons nos maîtres dans le sac de Scapin pour les bâtonner. Qu'est-ce après tout que des scrupules, sinon des timidités à se rendre heureux. La conscience, dans noire siècle, ne doit être qu'un trébuche! à peser l'or.
— Je commence à le comprendre, dit Antoine amèrement.
— Qui t'arrête alors? Crois-moi, ami, dewerss le sigisbé de. quelque honnête avoué, habile à élever les procès, de quelque vieil avocat, trop malade de la poitrine pour plaider, cl attache-toi à leur sort, fais-toi leur bravo; calomnie pour leur compte; tue sur leur geste, et le monde t'estimera; l'on répétera partout que tu es un jeune homme de grande espérance, et tu deviendras père de famille, électeur, et membre du conseil général.
— Oh! je le voudrais, ne fût-ce que par vengeance! dit Antoine pensif.
Les deux jeunes gens causèrent encore quelque temps, puis se séparèrent.
t.; s conseils de Georges avaienl fait d'autan) plus d'impression sur Antoine, qu'ils l'avai sut trouvé dans an . d'imitation et de mépris qui le disposait mrtrvellleusemeiit a »'■< recevoir. Il était arrivé à une de ces crises de lassitude pauhtni lesquelles les vertus les plu su >mb
où les hommes les plus fermes démentent les habitudes de toute en \i , par dégoût, par doute ou par indifférence. Après av< ir passé unenuit entière, incertain et ballotté entre vingt ms contraires, il se décida enfin à essayer quelquesuns des moyens qui lui avaient été indiqués par Georges. Parmi toutes les personnes qu'il connaissait, une
lui être immédiatènn c'était ce vieil avocat,
qui lui avait parié a]>rès sa plaidoirie en cour d'assises, ri dont nous avons rapporté l'entretien.
Monsieur Pillet était voisin de la mèrcLarry, et il lui était arrivé quelquefois, en venant à fa boutique de la veuve, de s'y arrêter pour -causer avec Antoine. 11 l'avait même engagea le venir voir, mais sans que le jeune homme eût jamais profité de cette invitation. Du reste- monsieur Pillet était un homme d'une réputation un peu équivoque. Etabli depuis plus de vingt ans à Hennés, il n'y avait jamais plaidé sans que l'on en connût au juste la rajson. Antoine l'avait souvent demandée, et on lui avait tantôt parlé d'une inaptitude pour la plaidoirie, rendue plus invincible par un bégaiement naturel, tantôt d'une interdiction autrefois encourue par le vieil avocat.
i," i qu'il en lût, monsieur Pille! avait une clientèle fort étendue. Son habileté le faisait principalement rechercher par les plaideurs de pu fession, et son seul nom inspirait une terreur respectueu eaux < lercs d'avoués. Il n*i tail point, en effet, de cause si désespérée, point d'affaire si éteinte, qu'il ne put en ranimer les étincelles, et y trouver la matière d'un impérissable pi'un':;. Nul i:c connaissait comme lui les chemins couverts d'une procédure, les feintes et les contremarches de la chicane. Il laissait habituellement aller une affaire jusqu'à la veille de son dënoûment, puis, quand on se croyait au but, il élevait doucement un incident qui mettait la procédure entière.! néant et forçait à recommencer sur nouveaux frais. A la vérité, c'était un de ces hommes peu considérés, dont personne ne se dit l'ami, et qu'on affecte de ne point voir dans h rue pour n'être point obligé de les - dans les mo-
mens difficiles, les gens les plus rigides venaient demander ses conseils, et s'il n'avait pour cliens avoués que les plaideurs décriés, il avait accidentellement tous ceux qui se trouvaient dans quelques grands embarras.
Comme nous l'avons dit, Antoine ne connaissait monsieur Pillet que fort imparfaitement, et ne savait point au juste la cause de l'isolement dans lequel il vivait. S'il avait hésité jusqu'alors à l'aller voir, ce n'était donc point par scrupule de délicatesse, mais uniquement par suite de celte timidité fière qui l'avai* empêché de faire aucune démarche utile.
Cepen lant, le lendemain de sa conversation avec Randel, i! se leva, résolu à tenter au moins un essai, et à se rendre, dans la matinée, chez le vieil avocat; mais la matinée s'écoula sans qu'il sortit.
Une fois rengagement pris avec lui-même de faire celte demarche, il avait tâché de ne plus s'en occuper jusqu'au mor.-;ent de l'accomplir. Cha-jue fois que le souvenir de sa i\ solution lui revenait, il le repoussait avec humeur, comme quelqu'un qui lui eût rappelé une promesse désagréable, remettant au dernier moment pour l'exécuter. La journée s'acheva ainsi, sans qu'Antoine fit sa visite, dépendant, quand le soir vint, il s'inquiéta d'avoir laissé passer tout le jour, cl. s'exeitanl au courage, il se déclara à lui-même qu'il fallait en finir. 11 s'habilla donc avec un certain trouble et sans trop se hâter.
L'éducation peu élégante d'Antoine, jointe à sa susceptibilité i à la conscience de sa gaucherie, lui avait
toujours rendu les visiles odieuses; et c'était à ci s dispositions de caractère, bien plus qu'à des principes arrêtés, qu'il fallait attribuer Péloignement du monde dans lequel il s'était is tenu. On ne s'étonnera donc pas du puéril malaise qu'il éprouva lorsqu'il se trouva complètement babillé, et qu'il pensa que le moment étail enfin venu de se présenter chez monsieur Pillet. Il sortit pourtant, évitant de traverser la per aux questions de sa mère Mais comme il passait devant la porlfi d' i. entendit la mercière dire :
— seigneur Dieu! i oir monsieur Antoine
mis comme un pi i:
RICHE ET PAUY.RE