‹ Le siècleChapitre 48 sur 70 · SKI · texte numérisé non relu

SKI

Antoine devint rouge jusqu'aux oreilles et bâta le pas.

— Je no veux pas qu'ils me voient entrer chez mo Pillct, se dit- il a lui-même; ce serait pour eux matière à conjectures peadant huit jours; je ne sais ; - in Piment ce monsieur me recevra, et, si ma visite n'a point rit suite favorable, j'aime autant que personne n'en soil instruit.

En parlant ainsi, il continuait son chemin , : la porte du vieil avocat, suis entrer; mais, au boul bourg, il se retourna, et, comme la nuit ■ venir,

il s'enhardit, à la pensée qu'il ne serait point vu. Il revint donc sur ses pas, longeanl de très près les maisons, arriva au seuil de monsieur Pillet et entra brusquement.

C'était au second étage que demeurai! l'avocat : ii y monta lentement et le cœur palpitant. Arrivé à la porte, il avança la main pour saisir le cordon de la sonnette; mais là le cœur lui failit. Qu'allaitril dire en entrant? Comment expliqueraitil à monsieur Pillct la visite tardive qu'il lui faisait? 11 avait bien songé à prétexter quelques doutes sur une question de droit; mais ce moyen lui semblait gauche et difficile à employer. Oh! si monsieur Pillet pouvait ne pas être chez lui, Comme il serait léger en descendant <<'. escalier qu'il avait mente si difficilement! comme il se sentirait heureux et soulagé!

fendant qu'il flottait dans celte incertitude, un bruit de voix se lit entendre au dedans, et plusieurs personnes s'approchèrent de la porte. Antoine se retourna vivement pour redescendre-, mais, avant qu'il eu! mis le pied sur la première marche, la porte s'ouvrit, et monsieur Pillet parut reconduisant deux daims. Le jeune avocat, surpris ainsi, ne put s'empécber de s'arrêter et de saluer.

— Eh quoi! c'est vous, maître Larry! s'écria le vieil avocat. A quel heureux hasard dois-je donc l'honneur de voire visite? Entrez, je vous en prie.

Et, avant qu'Antoine eût pu se reconnaître, il se retourna vers ses clientes, les accompagna jusqu'à l'escalier, puis lit i Larry d'entrer, referma la porte et le conduisit à travers un long corridor obscur, dans une chambre à coucher où brillait un feu réjouissant.

Le vie! avocat poussa une chaise à son jeune confrère, s'assit vis-à-vis de lui, et s'emparant des pincettes pour relever quclqi

— Par Dieu ! dit il, maître Larry, vous arrivez on ne peut mieux; vous allez me donner votre avis sur deux difficultés de droit que ces dames m'ont soumises tout à l'heure.

— J'ai peu d'expérience, monsieur, et ce qui est une diffii ulté pour vous doit être pour moi une énigme indéchiffrable.

— Fi donc ! ne di.es point de ces choses, maître Larry ; la modestie est dangereuse dans notre état. Les sots vous croient plus ignorans que vous ne le dites, et les confrères vous prennent au mot. Je sais que vous êtes instruit ; écoutezmoi :

Voici ce dont il s'agit :

Les intérêts moratoires, c'est-ùrdire • ant des

capitaux adjugés pur condamnation judiciaire, 'sont-ils soumis a la prescription éU cinq ans établie par l'article 2277 du C<i(h civil ?

Antoine réfléchit un instant.

— Je ne le crois pas, dit-il; j'ai agité quelquefois cette question, el il i te emble que les intérêts moratoires ne sont soumis qu'à la prescription de trente ans.

— C'est aussi l'opinion de monsieur Prud'h m, dans son Traité de l'usufruit, Lacroix Frainville et Ravez,dans des consultations imprimées, et deDalloz, dans son Répertoire.

— De telles autorités ne laissent guère de doute, observa Antoine, surtout s'il y a eu des arrêts qui aient confirmé leur opinion.

— Beaucoup; la cour de Paris a décidé trois fois dans ce sens M, ci les ci urs de Bordeaux, d'Agen, de Lyon, de Rennes, o nce(2).

i Par arrêté du 2 mai isir.; ta m 0 1820 ; 25 janvier li>??. 2 Bordeaux, nombi it> ma;

1824; Lyon, 2 janvier Ib.'j; Rennes, 22 décembre 1834.

— Mais peut-être la i our de cassation en a-t-cMe décidé au t renient?

— La cour de cassation, chambre des requêtes, a adopté le même ;

—Quel point dedroil plus clair alors, puisque les commentai: tirs, les i ours royales et la cour souveraine sont d'accord? —Permettez, il va quelques petites difficultés. Si nous avons i u l'affirh alive, nous en avons six ; . négative Unsi messieurs Merlin, dans son Reper-

ce; Vazulle, Traité de la prescription;

S a énil, Persil et Dupin-, dans une consultation imprimée;

T yl ing. dans un Tri ilé delà prescription, décident que les DM soumis à la prescription de cinq ans.

— Mus leur 0| ' ion u ,-.. pi ni : '.i. idzalte par les tribunaux,

Ii s arrêts que vous ver.cz de citer.

— Pardonnez-moi, mon jeune ami; je vous ai cité quatre arrêts pour la presci iption de trente ans : il y en a cinq pour celle de cinq ans portés par les cours d'Amiens, de P.ourges, de Limoges, de Rimfs et celle de Bordeaux (2) qui, comme vous le voyez, soutient deux opinions à la fois, ce qui devient fort embarrassant pour le public

Antoine resta un moment décoin erlé.

— Qu'importe! après tout, dit-il. puisque la cour de cassation a émis l'opinion négative; sa jurisprudence est suprême et l'ait loi.

— Sans doute; mais la cour de cassation a aussi adopté l'opinion afiirmalive, par arrêt du 9 juin 1829. Laquelle de ces deux décisions adopter? el quel moyen de connaître au juste l'avis de gens qui disent oui et non, selon la lune ou la digestion?

Antoine haussa les épaules et baissa la tète, comme quelqu'un qui renonce à résoudre une difficulté. Maître Pillet fit entendre son petit rire saccadé, puis reprit :

— Voici la second i question :

J'ai à soutenir pour un client que l'ouverture delà faillite du débiteur dispense le créancier inscrit de renouveler son inscription hypothécaire et empêche la péremption. J'invoquerai en ma laveur des arrêts des cours de Paris, Turin, Bruxelles et Rouen i.3i.

— La cour de Rouen a décidé le contraire, observa Antoine (4).

— Cela se peut, dit tranquillement monsieur Pillet, mais je lie citerai que l'arrêt qui m'est favorable.

— Et l'on vous opposera les jugemens des cours 'de Dijon, Limoges, Caen, Bordeaux (5), reprit Larry, qui avait eu occasion d'étudier cette question ediffro versée, sans parler de l'opinion de messieurs Merlin, Grenier, Dallez et Troplong, qui vous est contraire.

— Bah! je leur répondrai avec les citations de messieurs Pardessus, Persil et Delvincourt (6), et puis, le hasard déci-

\ oulez-vous que je vous soumette encore d'autres difficultés, j';:i là bien des points de droit obscurs sur lesquels on me demande mon avis?

— J'en ai assez, dit Antoine en souriant, j'ai peu étudié les répertoires de jurisprudence et les recueils d'arrêts; je ne

vous être (l'aucun secours.

— Voilà les avantages des livres de droit, monsieur, observa maître Pillet, avec une admirable gravité ; grâce à eux, les coiles sont élastiques ; la loi a toujours deux significations

ni claires, qui vous sont expliquées par les commentateurs et qui 60 t,ro tralement opposées.

— Ab! quand aurons-nous un Code assez simple et assez

i 13 décembre 1831.

2 Amiens, 2 février 1824; Boui gos, 4l ilécemhre 1824 et 18 mari 1825; Limoges, 2G juin 1828; Nîmes, s mai 1880; Bordeaux, 8 août

(3 Paris, 7 juillet 1811, 0 mars 1812 el 1 décembre i»:!t;Tuî in, 27 décembre isor. , Bruxelles, 3 juin 1811 ; Rouen, 30 juin 1820 i s 1820.

I Rouen, .30 mars ; i Dijon, 26 février 1819; Limoges, '.'u juin 182Q; Caen, 30 mai

9 mai 1821 : Bordeaux, i;. décembre is.'G. o Pardessus, Dmii commercial, lom. IV, u° 1123; Persil, Régime hypothécaire, art 21(4; Delvincourt, loin. 111, page 168.

SOUVESTftE.

sincère pour que (oui le monde comprenne la loi de la même manière et sans commentaires ?

- Q«e dites-vous Ja? s'écria le vieil avocat avec une ironi- ÏÏh-JÎTi te,;.vlvePieu! maî'rc ' «rryj est-ce un avocat qui

^m,.Û ja",l""v"1,'/""'/"/'v'" d'Italic seplaindn de ce que les chemins .étaient trop mauvais, les forêts trop som-

PKntn!"fderdeSr0Utes P'us dlrectes ,; 0"* sûres? Si Ion ne plaidait pas, que deviendrions-nous?

ces fi!!!1™11 U.£B| connaître toutes ces subtilités, tous

com»re , m^, ''' qm' J:,i •li'i;"- T"ui cela ne fait

? ie.0 il!'; — "'ii:;;;^ ibiuté dans laquelle je me ,I0U,e de compléter mon instruction

en teiÏÏSΰBÇw ,IKaUra Larr>? d" li!Msieui' Piilel

quSoo^ •qUilii|'1'i'',Kdt (Iu momenl difficile, et

fô t H ? 'r''"3 a la ,]lu'sliul1 de li:"ils;' « Pille" allai!

aviS «ti "l^'0"^1 indiquer directement le but de

Sivesaii n 0'0uil?.utt°utfai! pour amener lui-même la

Kn^l^^'^^-P'-'oin, et balbutia une

draitnonrS?rZri,;'i,il"."'V|U'ilJ,,s 1,s »vres çu'H vqus bu-

SSJv?i??lm demanda monsieur Pillât, sans parai- «esape.ceyoir de son embarras

I îl''s'.vrai pas toujours... .

A»lome.Wlta, .,,:„„,t,l,;,-.,„.,.h„ei)t.

n„ „„„, ".^- ""-"uui.1 un remeîi-iment.

seuls , ;,S l';,;'''pm m2Î'''° Pi'le' sans insister, les livres

i-^'!a^s(/^^;;;;^, m;hiMl ^^^--ti-v, 1,5 or^nrs

PoH^mr'oîvpLT,0^0;!8' ai°uta-t-il> en montrant la SixItocÏ "B ** Iabibli0,hè(lue. de quoi rendre savans

maisiJh^Ua" ^mission d'étudier .ces dossiers,

lût m'aidTlnflquel,Iuesconnaissanfe3 du droit, qui vou-

^^ttaKï;rii'mi,ieri«w

îfr7f«t*urlepoinideseproposei __•£ ne connais personne, répondit-,,.

«,ta«ûffî^Dîi™V^t™l»iu.eocc»lond commencé ainsi ave émoi

ers qui me

osa point

e occasion ..

l'm "i 'i:- ■■ vous connaissez, a

vinîiï ,"' 3, :"' *??"Wt.podr parier; une in-

^»Quée,SKBlS„^rrIa?lBfre;^Beo^toB hle « le rendait Te- ,r,enTds' auSmen'ait son trou- «ouvelle Heur i«in QC8,)abIe ' " profKer ci'"':'' occasion

même à J,*?!?im e d ' ''x,',!t r ;1 Par1' '' qu'il ••'< mettait lui-

a se laii-p.

:"~ Voyez-vous, dit-i

Me couverte d» ' ' montrant au jeune avoc

«'««e soi n/ (pap"'rS' " ^t que je débrouille ab0nseœa"ie, et je suis seul; et je n'en pourrai jan

en montrant au .jeune avocat une (a-

toul cela

jamais venir

^Cetiefois Antoine eut la hardiesse de dire en baissant les -■Si je pouvais vous être atile.-monsleor?

!" ''Il lit. Car S i'i'I'IM M ' Itnlml .

filtement, car-il s'écria à l'instant :

— Parbleu! si je ne craignais pa

■ ' ■ >er île votre com-

plaisau ais bien volontiers; mais cela ne vous ûé-

range-t-il ,

— :'' pour moi ui iven d'ins-

truction.

— Et pour moi un gram nient Ainsi, c'est conve-

■' remercînw us. que je \ous donne main-

tenant quel iers?

■ — Don

tonsieur Pilli tchi lablcel remil à Antoine plu-

papiers. Celui ci se leva, et après avoir reçu quelques explications, prit coi qui le reconduisit jus-

quùla porl i avec mille amitiés.

• i ration polii s que l'o

il en futeniYré. II rentrai liez lui ravi de sa visite, serran) s" iers qui lui

isieurl !r';1 jours aprè il retourna chez lui av c les papiers qu'il av'",! '' . Le vieil avocat pa-

1111 fort satisfait de la manière claire et judicieuse don! il lui expliqua les deux affai [u'il eut fini:

— Parbleu! maître Larry, dit-il avec son rire aigu, vous avez ! i bii n compris les deux affaires, (|ue ce serait dommage de les faire plaider par un autre: voulez-vous \ous en charger?

AnioLe sentit dans tout son corps un frisson de surprise et de joie, ii leva les yeux sur monsieur Pillet, comme pour s assurer qu'il parlait sérieusement.

— Moi ! dit-il ; mais cela conviendra-t-il aux parties intéressées ?

— J'ai carte blanche; voyez si cela vous arrange?

— On ne peut davantage, monsieur; et je vous reneieie, 'lit Antoine, d'une voix émue et en s'inclinant : je lâcherai de répondre dignement à voire confiance.

Le vieil avocat lui donna quelques renseignemens, tous '-':,': 1 1 tivinn ni de la proeé lurç à s ivre, cl ils se séparèrent. -

De retourchez lui, An! ines'assit sans pouvoir parler, tant il était palpitant d'émotion ; il avait deux causes '. 11 commençait donc enfin sa carrière! Son arrière-boutique lai parut moins sombre, sa mère moin: e, les meubles ; moins

tristes el moins délabrés. Oh! <;ui n'a éprouvé quelque chose niable? Qui ne se souvient de ce premier enivrement qu'il a ressenti le jour où, pour la première fais, il a été apexercer sa profession et à faire son premier gain? ce premier joui où il s'est trouvé un homme! Comme à cet instant on est fier et surpris d'être •; ! Comme on

imeon est content de i i et di tout! Ci : il i seulement en effet cyie nous passons du rang des énfans, qui reçoivent la nourriture, dans celui des hommes qui la donnent. C'est comme si nous quitlions le surnumérarial de la vie pour entrer dans la vi i même.

Antoine ressentil vivement celte ivresse qui suit la prise de po ssion d'un état. Toutes ses craintes, tous ses des-

(Us avaient disparu. Il se trouvai et patient pour tout. Ire [1 commença à songer de

nouveau aux pr ij ils qu'il avait conçus autrefois el qu'il avaitàband nm depui i. Il osa regarder l'avenir et

il lui s'y voir heures . aimé! Ainsi il avait sntll

qu'un doux rayon d'espérance glissai dans son âme, que fous ses rêves ouvrissenl seaux

endormis, el prissent leur volée vers le ciel.

Environ un mois après la visite faite à monsieur Pille! par Antoine Larry, celui-ci était établi dans la bibliothèque du vieil avocat, devanl une grande table couverte d'in I de p pîers limbrés.

i quelques hésitations, il avail fini par accepter la i roposilion que lui avail faite son voisin, de venir étudier dans cette vaste chambre où il ne travaillai) jamais lui-même. Cha-

RICHE ET PAl YRE

quèjourÂnloine y passait i upé à parcourir

des livres^de droit, à mettre, en ordre des dossiers el à examiner des acl • a monsieur Pillet. il aidait ainsi ce dernier, auquel il tenait lieu d'unclerc intelligent el instruit.

Quelque ai ce travail, il le faisait sans

ennui parce qu'il i ire, et qu'il s'en acquittait

comme d'an acte di noe, non comme d'une là ne

.dt d'ailleurs trop heureux de pouvoir reconnaître ainsi la bienveillance que monsieur Pillet lui avait témoignée et les char i 'il avait apportés à sa situa-

tion.

D< mois en ; lois, en eH nelli ci s'i tail ci I imcnt amé- '■'i sine avi il : idé les deux causes qui lui avaient été confiées et i! avait l'ait preuve d'une instruction vraie et d'une facilité élégante. & . préparées sans préoi

tion amère et sous i de ses nouvelles ■• i] i n es,

avaient pris une physionomie plus calme, et les qualités de son caractère qui, exagérées, couvaient froisser et lui devenir aussi préjudi ■ . vi ps. se présentèrent là sous

leur joui- le plus favorable. On trouva dans son austérité tranquille, d ins .i irécisi&n loyale , dans sa un!, c lo ique, quelquechose d'estimable tt de solide. Toutes ses formes personnelles, qui jusqu'alors avaient tourné contre lui. parce que le chagrin en avait rendu l'expression trop heurtante, ne parurent plus, ainsi adoucies, que l'originalité d'un talent sincère. Son succès eul peu île retentissement parce qu'il avait été obtenu sans faste el sans public, mais il fut eomph I Antoine gagna ses deux procès, i! reçut quelques jours après, avec ses honoraires, une lettre de remerciaient des parties intére ■ ïllet lui confia un nouveau dossier.

Tout allait donc au mi. ux pour lui ; il pouvait croire ; vec quelque raison, que le sert s'étail enfin adouci à soi Lnjotir qu'il avait passé plusieurs heures dans la bih quedempnsii ur i let, i.urbé sur de vieux contrats, ii rea loul-a-coup la table sur laquelle il travaillait, ferma les livres qu'il avait sur les genoux el se leva, il était dans cette diposition j-yni.^' que vous i;;- pire une longue j iim e de travail fructueux, alors que l'espril plein d'élan s'arrête à l'aspect du but, et sur d'être arrivé au terme de sa course, s'aperçoit de sa fatigi ie el se n pi se. Antoine avait étudié tout le jour avec persévérance les actes difficiles qui lui avaient enfin de trouver la clef de l'affaire, et, satisfait de sa découverte, il ne voulait pas pousser plus loin son travail.

La nuit comnn nçail avenir; les clartés du soir teignaient rpre les rideaux de la bibliothèque. Le jeune homme lit quelques tours dans la chambre, plaçant ses pieds dans chaque lo ai avec un soin religieux, comptant

les colonnesde la bi ufllant devant lui un atome

qui not:ait clans les rayons de lumière qu'envoyait l. couchant. Après avoir donné quelque temps à ces gi a . cupations, divenissemens ordinaires des esprits las ouenlia de la fenêtre et regarda à travers les vitres.

An-dessous se trouvai! un décès canes longs, au tond desquels rampenl linéiques arbres rabougris et que l'on décore, dans les affiches de biens a \. ndi i du mou de jardins. Lejardin de monsieur Pillet renfermé entre le corps di

deux ailes qui composaient la maison du vieil avocat

était adossé au pignon d'une construction voisine qui for-

m quatrième côté. Unsi,. enfoui auxpiedsde quatre

.1. jamais ni la chah ur (lu eiei ni l'ai.- \ i-

wOanl qui font germer la seuier.ee. Quelquefois seulement,

«ans les pins beaux jours, on voyait un rayon di

ici glissanl le long d :s toits, s'égout-

'"'' '" lumineuse rosée dans ce gouffre humide. L'abandon

i 'uléà la laideur du triste jardin. Sur cesplates-

voyait Ootter un tapis de mouron en

graine, pars* mé ( i el là de quelques touffes d'arides plantins,

et au milieu du parterre, dont on reconnaissait encore l'eiii-

nl aux restes d'une bordurede huis, s'élevait u;„ : ui-

ile sons laquelle dormait un gros chai lame.

Les treillages qui n'avaient point été réparés tombaient -..n

débris, et les espaliers détachés du mur courbaient vers les allées moussu s loirs longues branches parasites. Autant l'aspecl d'une campagne libre et verte excite de dount celui d'un jardin sans air, sans soleil n nous des pensées mélancoliques. La nature étouffée et mal à l'aise y produit l'effel de ces prisonnier qui montrenl leurs figures hâves à travers les grilles d'un cachot. Antoine, sans s'en apercevoir, commençait à l'ii Aiience de cette vue. Il contemplait, avec la monotone apathi i qui précède la trist-sse. le jardin abandonné et ■ ' irs édifices qui l'encadraient. Les deux ailes delà maison de monsieur. Piiïel étai ! ir de. ouvriers, et

,ei '•' I. croisées sans rideaux prenaient encore un as-

pect pli ... r | , iroués et des vètemens en

on y faisait sécher.

Le h ■; | |a p0j ,, IV ,|,. fer (ie [a fenêtre, et tra-

'.'-"! de l'autre main quelques caractères capricieux sur les Antoine promenait pensivement ses regards sur ce sombre tableau, lorsque son œil s'arrêta tout-à-coup au rez-de-chaussée sur une croisée que n enlaidissaient pas ces tii-;.-: livrées d-' la misère. I ne cage dans laquelle chantait un bouvn uil y était suspendue, tandis qu au-dessous, sur le rebi rd, était posée une grande caisse' soigneusemenl pai tagéei n compariimens.On yapercevail une 1 • réséda, quelques ra.es à peines sorties de terre, du » i : lusieurs (dans de capucines qui grimpaienl le long de bran; lies d'osiers courbées en berceaux. Antoine reconnut a ces inévitables productions le jardin de 1\ niant du |eup!e, lel qu'il avait aimé lui-même" à en faire autrefois, il pensa au temps où il avait aussi, sur la croisée de son arrière-boutique, un pauvre parterre dans lequel il n'avait jamais pu faire écloreut i temps où il apportait de la campagne de

petits chênes avec leurs giands pour les replanter dans ua . vieux pot de confiture a sa mère. Ce retour vers ses souvenirs i d enfance l'attendrit ; il en éprouva une sorte d'intérêt pour cefTui venail Je les lui rappeler, et il ouvrit la fenêlreafin de voir s'il n'apercevrait pas le propriétaire du petit jardin. Il s attendait à quelque apprenti en tablier de cuir ; mais à peine eut-il jeté les veux à la fenêtre du rez-de-chaussée, qu'il demeura immobile de surprise.

A quelques pieds de la croisée, une jeune tille assise cousait avec une grande attention. Elle était occupée à repriser une rie déjà vieille, et la seule sans doute qu'elle possed.it. car elle achevait son travail, simplement habillée d'un jupon blanc et les épaul i ouvertes d'un petit mouchoir de coton. urte manchede chemise de femme cachait à jpei ne le haut de ses bras : élégamment repliée sur elle comme un jeune chat, elle laissai! pendre pourtant jusqu'à terre un petit pied blanc et nu dont l'orteil reposait sur un sabot renversé. On apercevait à peu de distance, allaehée au dos d'une chaise, une paire de las gris qui séchaient dèvanl le feu. De temps 1 ■ mouche se posait, sur son cou à demi

rf, ou lorsqu'une boucle de sa chevelure retombait sur son , elle secouait la tête avec un mouvement mutin

d gracieux, mais sans lever les yeux de dessus son travail. Enfin, Antoine la vit briser le lil avec ses dénis et se lever en jetant une exclamation de joie. Elle repoussa la chaise qu'elle avait sous les pieds, suspendit sa robe à sa main gauche et l'éloigna d.' ses ynix pour la mieux juger, puis, satisfaite sans doute de son examen, elle.se dirigea vers le fond de la chambre où ' UIC.

Mais peu d'instans après, elle reparut vêtue de cette même ::l elle arrangeait les plis autour d'elle, en penchant r si i. irdi r. Elle s'avança ainsi vers le loyer, pris les bas qui y séchaient, y passa sa main pour i u interroger tontes les mailles, et, s'asseyant, elle se chaussa en chantant. Mile posa ensuite devanl elle, l'un à côté de l'audeux petits pieds qu'elle regarda avec complaisance, puis frappant dans ses mains à la manière des enfans, elle sauta déboute! vint vers la fenêtre. Là elle leva les bras pour e la cage en renversant sa lêle en arrière , el alors l i le jeune homme put voir son visage dont les détails loi ; v lii ai précédi mmenl échappé.

i'a beauté n'avait lien de saisissant; mais c'était une de ces

SOUVESTRE

ligures sur lesquelles la jeunesse et la gaîté repaie charme attirant. Ses yeux noirs étaient petits etcaressans; sa couche semblait agrandie par un sourire habituel, et sur son front rose tombait uni lures brunes dont le

doux reflet s'harmonise avec toutes 1rs expressions. L'élégance distinguée manquait peut-être à l'ensemble de ses traits, maison ne s'en apercevait qu'à la réflexion, il y avait dans leur animation vivante et chaude quelque chose d'aimable, de séducteur, de chatouilleux, dont on ressentait. l'effet malgré soi. Peut-être le rayonnement de sanlé qui semblait s'exhaler île ce front couronné de jeunesse n'élait-il point sans influence ; peut-être les sens entraient ils de moitié avec l'àme dans l'impression produite par ce joli visage, mais son attrait, quelle qu'en fut la source, était irrésistible. Antoine l'éprouva vivement. Il resta appuyé à la fenêtre , le cœur palpitant et les yeux avidement attachés sur la jeune fille, sans oser faire un mouvement de peur de l'avertir de sa présence.

Cependanl celle-ci avait tiré le bouvreuil de sa cage en lui débitant avec tendresse tous les riens d'usage. Elle approcha de ses lèvres le bec de l'oiseau et le baisa ; puis le cachant a demi dans un pli de son fichu- et le caressant d'une main, elle le berça ainsi quelques inslaus, comme elle eût fait d un enfant. Mais le bouvreuil agile et mutin battait des ailes et faisait des efforts pour s'échapper. La jeune tille prit l'oiseau et le posa au milieu de la touffe de réséda de son jardin". Le bouvreuil perdu dans les fleurs s'y agita un instant ; il becqueta quelques graines, se glissa, en jouant, à travers les branches, et au moment où sa maîtresse tendait la main poulie ressaisir, il prit sa volée tout d'un trait vers les étages supérieurs. L'enfant jeta un cri ; ses bras et ses" yeux s'élevèrent en même temps peur suivre le fugitif.

— Mon oiseau!., s'écria-t-elle.

Au même moment, elle aperçut Antoine qui, le corps penché en dehors de la fenêtre, avait saisi le bouvreuil voltigeant contre le mur.

Ellerougil el sourit à la fois.

— Je vais vous le rapporter, cria le jeune homme.

Et il sortit de chez monsieur Pille!, et descendit l'escalier en courant.

Au moment où il arrivait au rez-de-chaussée, la jeune lille parut sur le seuil, confuse, joyeuse, roulant entre ses doigts les bouts du mouchoir qui couvrait son cou.

— Voici, le déserteur, dit Antoine. ■

Elle avança la main pour prendre l'oiseau ; dans ce moment la porte s'ouvrait tout-à-fait, et une vieille femme se montra.

— Eh bien! remercie donc monsieur, Louise! s'écial-elle. Monsieur, je suis bien votre servante. Monsieur est le clerc de monsieur Pillet ? Un bii u brave homme! Donnez-vous dons la peine d'entrer, monsieur. Eli bien ! Louise, tu laisses là monsieur dehors, comme une mal apprise! Excusez-la; c'est si jeune que ça ne pense qu'à son bouvreuil. Entrez donc, je vous en prie -, donne nue chaise à monsieur, petite !

Tout en parlant ainsi avec une volubilité prodigieuse, la vieille femme avait forcé Antoine à entrer, et lui avait avancé un vieux fauteuil dépaille. Le jeune homme était fort troublé el ne savait Irop comment lier conversation, mais son introductrice lui en évita la peine.

— Seigneur Dieu! reprit-elle, < ■'< st un grand service que vous avez rendu là à Louise -, l'enfant aurait pleure pendant trois jours, si elle eût perdu sou bouvreuil.

— Je suis trop heureux, nia-lame, d'avoir pu éviter un chagrin à mademoiselle votre fille.

— Faites excuse, monsieur, Louise n'est pas ma filh uneiineuje que j'ai prise chez moi par charité. Pauvre petite! ce n'est pas pour me vanter, mais elle a été bien heureuse de me trouver. Sans reproche, elle me doit tout le pain qu'elle a mangé dans ce inonde, et sijen'av lis pas clé sa marraine, la obère enfant sérail maintenanl à l'hôpital.

Antoine sentit sa gène accrue parées confidi ; re&el blessantes. Malgré lui. ses regards allèrent chercher de côté la jeune lille? elle éla.il deboul contre ui e armoire, rc-.ge, la tête penchée el égrenant nue branche de réséda.

ti voulut m' lever, la vieille femme le retint.

— Y a-t-il long temps quemonsieur travaii.c chez monsieur Pillet? deraanda-t-elle.

— Un mois seulement.

— Aii ! . us i je me di lais; je n'ai pas encore eu l'bonm tir de voir monsieur. Au fait, je sors si peu; je passe la plus grande partie de mes journéi s au lit.

Larry leva les yeux el remarqua effectivement, pour la preeus, le teint jaune et l'air souffrant de celle qui lui parlait.

— Vous êtes malade, madame? dcmanda-t-il avec plus d'intérêt.

— Depuis un an. monsieur; un coup reçu dans la poitrine, et dont je u? pUis guérir.

— Et vous n'avez consulté aucun médecin ?

— Ah! Seigneur Dieu ! pourquoi donc faire? bs médecins c'est comme les chouettes, quand on en voit un proche une maison c'est signe de mort.

— Cependant, nu marraine, vous vous éliez bien Irouvée d'en avoir appelé un au commencement de votre mal. observa Louise d'une voix timide et douce.

— Je ne suis pas superstitieuse, moi. je ne crois pas au. m médecins.

Louise secoua légèrement la t< le avec incrédulité.

— Puis, ça coûte si cher, ajouta la vieille.

Un nouveau mouvement de tète de la jeune lille sembla dire que c'était la le véritable motif.

Antoine avait tout remarqué avec cette perspicacité que donne le cœur; il reprit timidement la parole.

— Si j'avais l'honneur d'être plus connu de vous, madame, je vous demanderais la permission de vous r nvoyerun médecin de mes amis, monsieur Georges Handel, qui se ferait un plaisir devons donner quelques conseils; vous en seriez satisfaite à tous égards.

Les yeux de Louise rencontrèrent ceux d'Antoine et le remercièrent.

— Ab! monsieur! vous êtes bien bon. répondit la vieille malade ; mais, comme je vous le disais, quand un n'est pas riche.. ..

— Randel ne viendrait point comme médecin, mais comme ami; pour causer avec vous de voire mal et vous donner des soins, dans le seul intérêt de la science et de l'humanité.

— Vous croyez que ce monsieur voudrait venir pour rien? demanda madame Poirson, qui n'avait pas bien compris le* i in onlocutioiî - délicates d'Antoine.

— J'en suis sur.

— Alors, monsieur, certainement, je serai bien reconnaissante... Ce sera eu grand service que vous me rendrez; car je suis dans un bien triste état: pas une heure de sommeil, monsieur; celte petite le sait, elle qui me soigne nuit et jour.

— J'amènerai Randel.

— Si c'est un effel de votre b nié. Monsieur, je vous remercie de tout mon cœur; mille actions de grâces.

Puis s'apercevanl qu'Antoine gagnail la porte:

— Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous salue!", que d'obligations!... Monsieur, prenez garde, il y a un trou dans le plancher. Je ne sais comment v< us remercier... Levez le pied, s'il vous plaît, vous êtes à la marche.

Larry étail effectivement arrivé à reculonsau pas de la porte, étourdi par le débordée. ci, t île i: i de la vieille,

cl sans avoir pu saisir la cl, me d'une phrase pour placer son salut final. Cependant, parvenu au seuil, il s'inclina encore une fois, tourna le dos ci s'enfuit, sans songer même à jeter un dernier regard sur Louise.

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A peine fut-il sorti que la vieille femme s'écria : —Dieu de Dieu! le brave jeune homme! est-ce que tu sais son nom, Louise?

— je crois que c'e celle marchande de papier

qui demeure vis-à-vis; madame Lan;.

— Vli bien! elle peut due qu'elle est heureuse d'avoir un garçon pareil. Comme il est complaisant! Et quel bon ton,

RICHE ET PAUVRE

Louise! comme il salue polimenl ! Ce ifest pas comme le fils du charcutier d'à côté, qui entre presque toujours en sifflant et la casquette sur la tête. Dieu ! le bon jeune homme ! il est clerc chez monsieur Pillet-, n'est-ce pas?

— Je crois que oui, ma marraine, répondit Louise, qui, depuis que la vieille luiparlail d'Antoine, n'y songeait plus.

— Et puis, comme on voit Lien de suite qu'il a reçu de l'é dùcation 1 11 emploie des mois que les autres ne disent jamais; peut-être qu'il est avocat.

La bonne femme continua quelque temps sur le même ton, puis s'occupa d'autre chose, et Louise se mil à coudre

La visite d'Antoine aurait sans doul laissé quelques traces ilaus sa mémoire, si le fatigant bavardage de sa marraine n'en avait détourné su pensée. C'est dans le silence de la reflexion que les souvenirs germent el grandissent. En agitant dans nos rêveries une réminiscence souvent légèi s, nous en préoccupons notre»- pensée et nous en imprimons l'image dans notre esprit ; nctis le bruit extérieur que l'on fait autour de notre âme en arrête la songerie, el le meilleur moyen de nou« rendre un fait indifférent est de nous en parler assez longuement pour que nous n'ayons plus le désir d'y penser dans la solitude.

Louise s'était d'abord habituée, à son insu, à écarter de son esprit tous les sujets dont sa marraine s'occupait. La parole de celle-ci était devenue pour la jeune fille comme ces vielles criardes e't fausses qui enlaidissent tout, au point que l'air le plus doux, quand il est répété par elles, perd son charme, et que nous cessons de le chanter.

— Madame Poirson (c'était le nom de la vieille! était une femme sans physionomie propre, un de ces êtres à nature imitative dont toute la vie n'est qu'un calque perpétuel sur les vies les pins vulga opinion publique, méchante comme le préjugé, mais sans q

iitràt pour rien dans sa bonté ni dans sa mé bam i !. Elle avait adopté Louise en bas âge, parce que c'était une action approuvée du inonde, et non parce que sa sensibilité émue l'y avait portée. On conçoit qu'avec un pareil caractère madame Poirson dut avoir la réputation d'une excellente femme. Ayant accepte comme règle de conduite l'opinion, elle n'avait aucune occasion de choc ni de débat. Elle était douce par neutralité, patiente par défaut d'âme, bienveillante par absence de moralité. Elle obéissait en tout à l'habitude, c'i -ià-dire à la religion de l'égoïsme plâtrée d'un peu d'hypocrisie. Du reste, aucune passion ne s'opposait, chez elle, à cette rigoureuse observance de l'usage. Son esprit était si plat, qu'il n'avait pas même ces aspérités vulgaires qui égratignent; son cœur était si vide, qu'il ne s'y trouvait pas un ferment de malice ou de haine. Aussi sa bienveillance louangeuse était-elle générale. C'était là seulement qu'il fallait chercher son, individualité, si l'on voulait, à toute force, lui en trouver une. Le besoin de parler la rendait intarissable à cet égard. Elle était perpétuellement en extase devant le genre humain, non qu'elle eûl aucune admiration réelle ; mais elle débitait son chapelet d'éloges, comme d'autres doués d'un esprit moins négatif ou de passions plus vives eussent critiqué et calomnie, uniquement pour faire quelque chose.

Le résultat de celte monomanie de panégyriques fut de rendre Louise indifférente et presque hostile à tout ce que sa marraine louait. Les éloges que madame Poirson fit de Larry après son départ n'eurent par conséquent d'auti que de l'éloigner du souvenir de la jeune tille.

M n'en fut poitït de même pour celui-ci: la gracieuse apparition de Louise l'avait trouvé dans des dispositions singulièrement favorables à de tendres rêveries. Tout lui souriait depuis quelque temps. Sa lutte contre la société' avait cessé, et avec elle était tombée l'irritation d'une intelligence méconnue. Son âme, plus satisfaite, commençait à se détendre, et, ert y enlr i . ce avait ouvert la porte à tous les

sentimens doux el Ailleurs. Cette char:

pauvri '.ise.iux

et une vieille marraine infirme, fut une vision qui remi ce qu'il > avail de tendre dans lecœ ir d '■ les femmes qui aurai une s'é-

taient montrées à lui que de loin el jamais comme une es-

pérance. Bien des fois, sur les promenades, il avait suivi des yeux les jeunes tilles qui passaient, belles et parées, niais cette vue n'avait jamais excité chez lui qu'un frisson mêlé d'amertume; car, en les voyant, il s'était dit (pie toutes étaient nr lui, et il s'était éloigné avec un dédain douloureux. Aujourd'hui, au contraire, il rencontrait dans mme qui joignait aux grâces admirées chez les autres le charme de l'infériorité; i! trouvait une jeune tille à laquelle son amour pouvait paraître une faveur et non une orgueilleuse audace: c'était là une séduction à laquelle un cœur noble pouvait difficilement résister.

Puis, je l'ai dit, depuis quelque temps Antoine était heuet, dans, les âmeS bien faites, le bonheur a besoin de s'entretenir par le partage el l'affection.

Peut-être enfin, à toutes ces causes si propres à préparer à l'amour fallait-il joindre une soif bizarre de romanesques souffrances, un besoin de larmes et de tristesse; peut-être, sans se l'avouer a lui-même, Larry élait-il las du calme de sa vie et sentait-il ce désir d'orages qui nous tourmente aux premiers jours de notre jeunesse: car tel est l'homme alors, il aime les grandes douleurs pour essayer son âme, comme les occasions périlleuses pour éprouver son corps.

Le soir même, en sortant de chez madame Poirson, Antoine se rendit (liez son ami Randel, pour remplir la promesse qu'il avait faite à la malade. Il exposa le motif de sa visite au jeune médecin.

— J'irai demain, dit Randel, ces affections au sein sont toujours curieuses & examiner.

— Tâche d'y trouver matière à études, reprit Larry en souriant, car je t'avertis que ce sera le seul profit à retirer de ces visiti s.

— Qu'importe! ne suis-je pas le médecin des greniers et des arrière-boutiques? Je passe les deux tiers de ma vie près de gens qui me paient avec un salut et un remercîment.

— C'est bien, dit Antoine en lui prenant la main, reste ainsi humain et dévoué.

— J'en ai encore pour deux ans environ ; dans deux ans ma clientèle sera faite et je laisserai les pauvres aux commençans; mais, en attendant, cela vous fait connaître, et on se forme aux opérations.

Antoine laissa tomber la main de Georges et prit son chapeau.

— J'ai le tort de te dire ce que les autres se contentent de

, reprit Randel en souriant avec un peu d'amertume. Autrement, ce serait plus beau, sans doute, mais j'ai renoncé à être un héros. Je veux vivre de mon vivant. Du reste, n'aie pas d'inquiétude; j'irai demain voir cette daine. Tu m'as dit rue d'Antrin? quel numéro?

— Numéro 50! cria Larry en gagnant la porte. Le calcul intéressé de George l'avait froiisé.

vin.

Le lendemain, Randel fut fidèle à sa promesse. Il vint voir madame Poirson, l'examina longtemps et lui prescrivit quelques'remèdes qui devaient calmer ses douleurs les plus vives.

Comme il sortait, il rencontra Antoine.

— Je viens de voir ta malade.

— Eh bien ?

— Elle a un cancer qu'il aurait fallu traiter il va six mois. Larry laissa échapper une exclamation de douleur.

— El c'est trop tard? demandat-il.

— Beaucoup trop tard. Elle pourra encore traîner quelque

mais fans espoir de guérison. Je reviendrai pourtant : adieu !

Antoine fui quelques instans avant de pouvoir se remettre de la set salion pénible que lui avait causée la déclaration de l'en tel. H s'arrêta au bas de l'escalier, où il était arrivé, en se demandant s'il entrerait chez madame Poirson, comme il ! ntion. La voix [u'il entendit chanter,

nt la jeune fille qui lui ouvrit : elle le rcçi i avec uu sourire amical et libre, comme un»' vieille connaissance.

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