‹ Le siècleChapitre 52 sur 70 · LOUSE · texte numérisé non relu

LOUSE

A ARTHUR EOISSARD.

Quand vous reconnaîtrez Pécritui ttre, Arthur,

n'éprouvez point de colèi

de moi : et, quand .vous h. ne pourrai plus être

us un objet de crainte ni d'embarras ; je s; rai entre issmainsd: ■ u qui, seul i.iac nui y, i ai voulu vous écrire encore uni fois, c'est que, dansée momei un nouveau jour. <\ <-: e besoin devoB

i j ■ meure parci q ■ -.. u s ain e et parce i autant quenroi, ont'étéabandonm ivédans

force de souffrir. Mais i i

. -i iù u

punit aujourd'hui l'fmprobité de . tirant lé

courai e : cela si jus indre, ni accu-

léme que vous auriez continu j'aurais

été niAheureu •raisetf un remords <

in i i| recl ie ''ai aux pai-

sibles jouissances du devoir; j'ai demandé votre an. ll siÉixr. — i.

vous ne me proposiez pis, et vous me l'avez accordé. Oh ! je vous remercie. i que j'aurai goûté de joie sur la terre

: . qu'importe que je l'aie pavé de ; , ce q il me restait à vivre. Si la

Phui, demain, peut-être, c't ùt été la maladie-, l'amour i que le sacrifice d'une incer-

titude, et qui pourri il i m'a donné de bonheur?

Ne me plaigt donc pas, Vrthur, seulement pardonnezmoi ce que je I ejejelteainsi un mauvais souvenir dans votre existence, et, pour vous l'épargner,' j'aurais voulu vivre ; mais je ne l'ai : n.

rouis obsédera pas longtemps.

L'oubli' est une fleur que la bonté deDieu l'ait pousser naluit vous pourrez entendre parler, sans tressaillement, déjeunes tilles mortes d'amour; mon nom donné a une autre ne vous troublera plus, et vous passerez devant ma parle sans détourner les yeux. Cela doit être ainsi, et, quoique mon cœur se serre d'y penser, j'en remercie Dieu.Puissé-je, seulement, ne pas disparaître entièrement de votre mémoire et y rester comme une ombre entrevue autrefois dans un rêve !

Quant au bruit que pourra faire ma mort, ne craignez rien, votre nom ne sera point mêlé à ce vulgaire événement ; j'ai tout prévu pour mourir silencieusement. Seulement ne montrezni étonnement, ni douleur; laissez porter au cimetière une bière de plus : c'était ma vie qu'il fallait pleurer, et non nia mort. Ne vous informez ni du jour où j'aurai cessé d'être, ni de la place que j'occuperai parmi les cercueils; ce serait une imprudence inutile; une pauvre fille du peuple qui se tue parce qu'elle souffre trop, cela n'est pas assez rare pour qu'on y fasse attention longtemps. Dans huit jouis, nia chambre sera louée, et tout le monde aura oublié comment je suis morte; oubliez-le comme tout le momie.

Seulement, Arthur, écoutez ma dernière prière. S'il se trouve sur votre chemin quelque jeune fille, encore paisible, qui vous regardé avec complaisance , ayez pitié d'elle et fuyez; fiiyi z, car une liaison innocente devient bientôt une passion ; Oïl croit jouer avec l'amour d'une enfant, et, un jour, on la tue sans le vouloir. Ne faites point cela, mon ami , n'aimez plus que la femme que vous aimerez toujours.

Maintenant, adieu et soyez béni ! Prêle à vous quitter, je vomirais pouvoir serrer encore vos mains sur mes lèvres.... car, je t'aime, ô mon Arthur ! je l'aime plus que tout '..Mais la mort ainsi serait trop douce... Adieu, vivez longtemps et soyez aimé!

Louise.

Après ces lettres, Louise se sentit épuisée; elle avait dépensé toute sa résignation à les écrire, et son àme, fatiguée de l'élévation à laquelle elle s'était tenue un instant, retomba dans la douleur, plus faible que jamais.

Elle passa donc presque subitement de l'abnégation qui avail dicté son langage à toutes les agitations du désespoir; l'approche de la mort commençait à la jeter daivs ce délire fiévreux et entrecoupé qui précède d'ordinaire ce moment extrême. Pri ssée d'en finir avec la vie et effrayée de la quitter, à la fois éperdue cl craintive, «lie n'avait plus ni la possession d'elle-même, ni la consi ii m e de ce qu'elle voulait ; elle i-mldable au criminel que le tombereau va emporter: sou libre arbitre l'av; il quittée, et, condamnée à moi t, elle n'attendait plus que l'heure; mais elle l'attendait dans les nent.

Pàrioslans, cependant, le calme lui revenait, et alors, re* pri i ant sa ré songeai! à conserver à sa dernière

■ il tout autour d'elle, ■ n liumbleasile < e luxe de i ropreté coquetterie de la ménagère pauvre, mais paisible; el mlail, devant le foyer, la natte de jonc ; i Ile versait de l'eau ■ ur les fleurs qui penchaient dans éi i, elle arrondissait plus grai i lusemenl les plis de si s rideaux blancs. Mais, au milieu de ces occupations tranquilles, la vue d'un objet, un souvenir,

SOI VESTRE.

une pensée, la ramenaient au sentiment de sa situation; elle s'arrêtait, frissonnante, et alors revenaient les larmes et les désolations.

Pendant ees crises alternatives ire résignation ou de douleur, elle fui plusieurs lois sur le poinl d'écrire de nouveau à Arthur, mais elle résista à ces tentations; et voulant que son sacrifice conservât, du moins aux yeux de ceux qui l'avaient aimée, son caraelére d'élévation touchante, elle appela une voisine et lui remit ses lettres.

Quand elle fut ainsi murée dans son projet, elle acheva tous ses préparatifs. Jetant ensuite un long et dernier reyard a sa chambre où elle avait été si heureuse, elle en lit deux fois le tour, regarda quelques objets en pleurant, se pencha pour respirer le parfum des Heurs, puis portant ses deux mains à sa bouche comme pour envoyer un baiser à tout ce qu'elle quittait, elle entra dans la seconde chambre, en ferma la porte derrière elle, et alluma le réchaud qui devait linir ses souffrances.

Nous n'arrêterons point nos regards sur ee qui se passa alors, car il est des images que l'art et l'humanité défendent d'olliir à la vue; nous donnerons seulement quelques fragmens qu'elle écrivit, sans suite, sur des feuilles détachées.

« Tout est prêt, le chaibon flamboie; adieu Arthur' j'ai mis la robe rose que je portais le jour où je l'ai vu pour la première fois; j'ai arrangé mes cheveux, comme je les arrangeais alors ; mais ma robe est fanée, et beaucoup de mes cheveux sont tombés depuis ; quand je me suis aperçue dans le miroir, je me suis fait pleurer.

» J'ai pris la montre que tu m'as donnée, je sens son battement contre ma poitrine, j'entends son bruit; il me semble que c'est quelque chose de toi, qui me louche et me parle. .

» Tu m'as toujours paru Comme un prince, Arthur, tant je te trouvais noble et beau ; le bonheur supi ême, pour moi, eût été de vivre à tes pieds comme un chien fidèle, sentant ta main passer de temps en temps sur ma lêle. Quand je me suis donnée a toi, je n'ai eu ni hésitation, ni honte, je le sentais mon maître, et je ne voulais plus que ta volonté. O mon Dieu! quelles heures j'ai passées prés de loi, et comme tu savais bien m'ainier! J'étais ton enfant: tu nie faisais sauter sur tes genoux; tu m'enlevais dans les bras pour me faire loucher le plafond de la main; tu me berçais sur la poitrine comme un nourrisson que l'on endort. Te rappelles-tu ce soir où tu m'arrangeas toi-même mes cheveux, scellant chaque papillote d'un baiser? 0 mon roi! que lu étais alois joyeux ei boni Comment tout eelaa-t-il pu finir? commenl ces délicieuses 1 1 innocentes folàtreries ont-elles pu aboutir à la mort? . . .

» L'air devient étouffant!... Que cria est horrible de mourir! Oh! j'ai peur, j'ai peur! Où trouver du courage? je n'ose en demander à Dieu; Dieu a horreur du suicide. Ce que je lais est mal, le prêtre me l'a dil quand j'étais petite; mais alors je ne croyais guère, bêlas I que je devais nie luer un jour: j'avais tant de peur de mourir, qu'un mal de tête me faisait pleurer; et maintenant!... » fti ! j'ai bien mal, j'ai la lièvre,un cercle de fer me presse les tempes. Arthur! Arthur: pourquoi as-ut cessé de m'aimer?

pi Ah! si je pouvais le voir encore, si je me traînais à ses pieds, peut être il aurait pitié de moi : j'aurais tant aimé à vivre! Mon Dieu! ne plus voir le jour, ne plus entendre les oiseaux!... Que vais-je devenir?... Et ne pas oser prier, car j'ai oublié à prier... H faut pourtant que je parle à Dieu, il n'y ;i

plus que lui qui puisse m'enteudre. Cet air j'étouffe

à genoux..... oh! je veux mourir a genoux! »

Les précautions prises par Louise pour épargner à Antoine l'horrible lableau qui l'attendait chez elle n'ei renl pas le résultai qu'elle eu espérait. Randel était absent lorsque la lettre fut apportée, et ne put, par conséquent, aller au devant de Larry: celui ci arriva a l'heure indiquée, et, a peina descendu de diligence, courut chez la jeune fille.

[I éprouvait une indicible joie, en traversant rapidement les rues de Hennés, a reconnaître chaque carrefour, iliaque maison, chaque puils banal; il cherchai! des yeux la battisse commencée à son départ, et la reirouvail finie il déjà habitée; le moindre changement effectué, pendant son absence, frappait son regard ; il voyait, dans leurs comptoirs, les marchands dont les visages lui étaient familiers depuis son enfance ; il entendait les cris des porteurs d'eau, le son ries cloches, tous ces bruits accoutumés, voix de la ville natale dont il reconnaissait l'accent; mais.au milieu de ces délicieuses émotions du retour, l'image de Louise flutiait devant lui et précipitai! ses pas. A la vue de la maison de maître Pillet, son (œur battit plus fort : c'était la'....

Il entra, ivre et les yeux voilés d'un nuage; la porte était devant lui. H s'arrêta un insiant, tremblant d'émotion, et écouta s'il n'entendait pas la voix ou les mouvemensde Louise; mais tout était silencieux 11 frappa, et ouvrit presque en même temps. Son rapide coup d'oeil parcourut la chambre; tout était vide! Il courut ù la porte de la seconde pièce, voulut la pousser, mais la porte résista; il appela, tout resta muet. Ce fut un véritable désappointement : -Louise était sortie.

Cependant il pensa qu'elle reviendrait bientôt, puisqu'il avait trouvé sa chambre ouverte. Il jeta les yeux aatour de lui avec une sorte de ravissement. Tout annonçait la présence d'une famine, tout respirait un calme heureux et tendre Les fleurs répandaient dans l'appartement leur senteur pan et l'on voyait sur un guéridon, près de la fenélre, quelques bri deries négligemment jetées à côté d'une corbeille a ouvrage Antoini s'approcha: il reconnut le petil dé d'ivoire de Louise, à son cercle de cuivre dëdoré, il l'étui de bois d'if avec lequel il aimait tant à jouer lorsqu'il venait s'asseoir près de la jeune fille pour la voir travailler. S,-.r une commode, il aperçut une coupe de cristal qu'il avait autrefois donnée; plus loin était l'étroite cou. lie mystérieusement enveloppée dans ses rideaux blancs, ci au-dessous se montraient deux petits sûulivis coriservanl em te empreinte du pied

qu'ils avaient i :

Antoine contemplait tout, le •

chaste austérité de ses mœurs avait (h nné à tout s- n une sensualité exq/uise, et la vue i n'eût

lien dil a un libertin, le jeta dans ■ Cha-

que objet qui frappait ses regards l'enivrait délicieusement, ci la volupté lui entrait par ti us ' • pores,au milieu de cette atmosphère "ù Louise avait respiré. En approchant de la blanche couche de la jeune fille, un frémissement suave parcourut ses nerf-, ses regards dévorans plongèrenl un instant entre les rideaux, semblant chercher place pour deux têtes sur l'oreiller vide; mais presque aussitôt ii ferma les yeux, on fût dit qu'un éblouissemenl de bonheur l'avait étourdi.

Il revint à pas lents vers la fenêtre, s'ai réunit devant chaque chose, touchant (oui. comme s'il cm espéré rel l'empreinte des doigts de Louise, ouvrant les tiroirs pour regarder, avec une enfantine curiosité, les parures de la jeune fille soigneusement rangées, puis les refermant avec une sorie de honte. Après avoir ainsi fait le lotir de la chambre, il s'assit de nouveau.

Dans ce moment, son cœur était si plein d'enchantement, que les pies doux souvenirs du passe lui revinrent; il pensa au temps où Louise, encore libre et gaie avec lui. le recevait en jetant le cri de joie d'une enfant, et lui taisait une place sur la chaise où elle appuyai! ses pieds; il se voyait encore. sur ci lie chaise, lui prêtant ses bras pour dévidoir, ou bien, écolier maladroit, essayant, au milieu des, éclats de rire il

RICHE ET PAUVRE

2fll

'a jeune fille, à continuer la broderie commencée par elle. Oh! les belles soiré s: les douces fainéantises! les «barmans enfantillages ! Puis il se rappelait les heures où, plus, grave, il muet et immobile devant elle, faisant tourner ses ciseaux sur son doigt, el attendant qu'elle levât les yeux a qu'elle avançât la main, avec un sourire, pour les redemander. Ali ! ce regard, cette main, ee sourire, c'était là de. quoi remplir des heures, des journées, des mois entiers; d'ailleurs, n'étail-il pas près d'elle? ne toucbait-il pas ses vêtemensP ne sentait-il pas son baleine sur son front? Quelquefois, en jouani. ne défaisait-il pas une boucle de ses cheveux? et, quand elle levait la tête, ne se voyait-il pas au fond de ses yeux limpides comme au rond d'une source? Hélas! était-il bien sûr que l'avenir lui gardât d'aussi calmes jouissances? Reirouverait-il, dans l'union qu'il allait former, ces pures délices des premières émotions, cette facilité de bonheur, privilège de l'amour naissant ?

Ci s di uteslui inspirèrent une tristesse vague, et, la tête appuyéesur une de ses mains, il oubliait l'attente dans une médita ion rêveuse, lorsque tout-.i coup la porte s'ouvrit brusquement ; Antoine se leva avec une exclamation, persuadé que c'était Louiss : il se trouva face à face avec Randel. \ son aspect, celui-ci fit un geste de désespoir.

— Ah ! voila ce que je craignais, s'écria-t-il, j'ai reçu la lettre trop tard, et je n'ai pu le prévenir

— Me prévenir d>' quoi? demanda Larry étonné. Le jeune médecin le regarda avec stupéfaction.

— Est-ce qu'il ne sait rien ? dit-il involontairement.

— Qu'y a-t-il donc? Que veux-tu dire? Pourquoi

viens-tu ici?...

Et srs1 d'une pensée subite:

— Dieu ! Louise est malade !

— Malade je ne sais: est ce que tu ne l'as pas vue?....

— Non! /

— Elle n'est pas ici?

— Je n'.ii trouvé personne.

Randel parut altéré; Larry lui saisit vivement le bras:

— \u non du eiel, qu'as lu ? Que cherches-tu ?....

Pourquoi ce trouble'' Pourquoi parlais tu tout à l'heure

d'une lettre?

— J'ai reçu une lettre d'elle, et j'en ai une autre à te remettre.

— De Louise?

— Oui.

— Louise m'écrire, pourquoi? Qu'cst-il donc arrivé?.... Georges, parle, je t'en supplie!

Randel ne répondit rien, mais il tendit la lettre a Larry. Celui-ci la prit en tremblant et l'ouvrit A peine en eut-il lu i|tie!qucs lignes, qu'il jeta un ci i.

— Ah ! malheureuse ! malheureuse ' où est-elle? —D'après sa lettre, je pensais la trouver ici'.

— Il ti'> a personne, regarde.

— Kl dans cette cb . ;

Larrj courut a la porte île la seconde pièce et voulu! ouvrir, mais elle résista comme elle l'avait déjà fait; il se pencha alors jusqu'à la serrure; a peine eut-il regardé qu'il jeta un grand cri tu mêmeinstanl la porte tomba brisée devant lui. Ranayé, seprécipil lasel letrôuvaà genoux, te-

nant embrassé le corps immobile de Louise.

— Elle esi mftrte! criait-il

ut-être; il faul Lany se leva, porjant la ji une tille dans .-es bras i un enfant, et la dépo rde la sauver lui avait

subitement rendu toute sa f rec; tl aida Randel, qui. redei d 'i in. ne songi ; i: plus qu'à accomplie son devoir el is soi:i5 qui pouvaienl rappeler Louise a la vieilli furent prodigués.

insians. il régna da is l'appartement un silence interrompu seulement par les rapides prescriptions de Randel ; mai . insensiblement, les tentalives l'ait s par celuici pour ranimer la jeune fille se ralentirent ; enfin il s'arrêta lout-à-eoup.

Larry, qui était penché sur Louise, se redressa pàlc'et les veux hagards.

— Eh bien !.... deinanda-t-i/

Randel interrogea de nouveau le pouls du cadavre, puis s .ii s utile, puis son cœur, et saisissant les deux mains de Larry:

— Va-t'en, Antoine, dit-il.

Le jeune homme n'en entendit pas davantage; il étendit les bras en gémissant, i hancela et s'évanouit.

"S ers le soir du même jour, Antoine veillait seul près de la couche funèbre de Louise. Randel avait profilé de sa défaillance pour le faire emporter; mais à peine revenu à lui, il déclara qu'il voulait retourner chez la jeune, fille, et son ami n'avait pu, maigre toutes ses supplications, le détourner dr ce projet ; il se décida donc à lui céder el à le suivre.

La douleur de Larry, réveillée à la vue du cadavre, fut d'abord un véritable délire. Lorsque les cœurs forts fléchissent enfin, il est rare qu'ils ne tombent pas aux plus profonds abimes du désespoir. Pendani plusieurs heures, ce ne furent que des cris, des sanglots, des to ivns de larmes suivis d'abaitemens effrayans. Mais quand cetie âme, un instant bouleversée par un eoup inattendu, eut pris enfin possession de son malheur et s'y fut habituée, cl.e devint plas calme, v ces transitons de la première douleur succéda une désolation moins aveugle; le premier choc avait été un eoup de foudre qui avait terrassé Antoine; revenu à lui, il se regarda et interrogea ses souffrances. Il se rappela tout à-coup la lettre de Louise dont il n'avait vu que les premières lignes; il la chercha et la lut Luit entière. .Mors des larmes moins brûlantes tombèrent de ses yeux. Il baisa ces caractères tracés par la main d'un ange, et pressa contre son sein cette relique sacrée.

Mais celte lettre de la jeune fille ne lui donnait que de bien vagues détails sur la cause de son suicide Plus capable de rassembler ses idées, Antoine chercha quel pouvait être celui dont l'indifférence l'avait tuée. Le premier nom qu'il entendit retentir dans son âme fut celui d'Arthur Boissard; mais il eut honte de ce soupçon sans fondement, et le lepoussa à l'instant comme, une inspiration de la haine.

Cependant, lorsqu'il le vit plus tranquille, Randel renouvela srs prières pour l'arracher à l'affreux spectacle qu'il avait sous les yeux; mais Larry répondit :

— Je ne quitterai point ce cadavre qu'on ne l'ait déposé dans la terre.

Et comme Randel avait paru inquiet sur ses projets:

— Tu peux me laisser seul sans crainte, avait-il ajoute; ne faut-il pas que je vive pour lui dresser une tombe?

Rassuré parées paroles, et sachantque la-douleur a besoin de silence el de solitude, Rand il avait consenti a se retirer.

Antoine é ait donc seul près du lit de Louise, contemplant ses traits bleus et gonflés, sur lesquels la mort n'avait même pas laissé sa beauté fatale. Quelque évidente que fûtcettemorl il n'avait pu en. nre s'aeroutiinitr a y croire. 11 éprouvait une espèce d'incertitude qui semble une dernière et vague protes» talion du cœur contre la raison. Par ins'tans, il écoutait s'il n'entendait pas respirer auprès de. lui, il regardait ce corps immobile comme s'il eu! attendu un mouvement; il se répétait bien que Louise était morte, mais ce mot restait comme en suspens sur les bords de son âme. il éprouvait encore une incrédulité irréfléchie qu'il ne s'avouait pas à lui-même et qi ni mil n'espérât plus il attendait toujours.

S'il eut embrassé tout entière cette pensée de séparation

éternelle, peut-étrey eùl-il succombé; mais la seule idée qu'il

percùi olairemenl était celle d un effroyable malheur, Son es-

loin que la souffrance actuelle, et necom-,

, : , ompli temeni la perte qu'il avait fake.

; à!... sans mouvement, sans voix, déAgu-

is elle était là!... et, tant qu'il voyait une i d'elle, il ne pouvait croire qu'elle fut perdue.

Puis, une préoccupation accessoire, à laquelle un instinct bienfaisant !" poussa sans doute, lit diversion à sa souffrance.

il e menca à penser au rival qui, après lui avoir ôté l'amour

de sa fiancée, l'avait tuée. Il chercha comment il pourrait le co naître p turse vengi r, et ci tte rei herche s'empara bientôt de toutes ses facultés. Les désappointemens, les surprises et espoirs qu'il avail éprouvés depuis quelque temps lui riureni en mémoire tous à la fois. Ses frémissemens de doit

SQCVESTRE.

leur se transformèrent en mouvemens furieux, et il sentit le besoin de s\ n prendre à qui Iqu'uîi tir ce qu'il souffrait.

En effet, depuis qu'il était né, tout avait tourné contre lui. Puisque ses généreuses passions ne lai avaient apporté que tortures, pourquoi ne pas essayer les mauvaises? Oh! il sentait qu'il y aurait de la joie à se venger de celui qui venait de lui enlever sa dernière espérance, a lui cracher au visage, à le fouler sons ses pieds; mais où le prendre? comment le reconnaître?

Il se mit à parcourir à grands pas la chambre de Louise, promenant ses regards autour de lui, comme s'il eût cherché quelque indice qui le mît sur la voje. La pense- que la jeune fille avait peut-être laissé des lettres capables de l'éclairer le pirta à chercher avec plus de sain. Lu entrant dans la seconde chambre, quelques feuilles éparses frappèrent ses yeux, c'étaient les derniers mots écrits par Louise. Lan y n'eut besoin de lire que que'ques lignes pour t6ut apprendre ; sa i rentière inspiration ne. l'avait pas trompé, celui qu'il cherchait, c'était Arthur Boissard.

Au milieu de son désespoir, cette découverte lui causa une sorte de joie farouche. Il trouvait donc enfin l'occasion de se justifier d'une haine instinctive et si longtemps cachée; il n'y avait qu'un seul homme qui lui fût importun dans le monde, et c'était celui-là qui se trouvait son ennemi ' 11 ramassa précieusement les preuves qu'il venait d'acquérir, et retourna s'asseoir près du lit de Louise. La certitude de connaître l'auteur de ses souffrances avait subitement apaisé son impatience irritée; sur maintenant de le trouver, il déposa pour un instant ses pensées de vengeance.

Antoine était toujours à la même place, la nuit commençait à venir, et l'on apercevait à peine les objets dans la chambre funèbre. Des pas pressés se tirent entendre dans le corridor, et quelqu'un entra

Il releva la tête avec une sorte de pressentiment, mais sans prononcer une parole. La personne r;ui venait d'entrer, el que l'obscurité ne permettait pas de distinguer, s'arrêta un instant près du seuil, puis appela d'un accent ému :

— Louise '

A celte voix, Larry s'élança vers la porte ; Arthur et lui se reconnurent en même temps.

— Ah ! c'est Dieu qui vous envoie, s'écria Antoine.

— Où est Louise? demanda Boissar I : I'avez-vous vue? estelle ici?

— Elle est ici.

— Où don/'

Il lit quelques pas dans la chambre, tout trouble, en appelant Louise.

— Elle ne vous répondra pas, dit Antoine sourdement. Arthur se détourna brusquement

— Pourquoi ? pourquoi ? Où est elle? Je veux la voir. Antoine le saisit parla main, le mena vers le lit, et, écartant brusquement les rideaux :

— La voilà, dit-il.

Arthur jeta un cri • il se pencha sur Louise, toucha lèvres, son Iront glacé.

— Mais elle est morte ! s'é tria t-il avec horreur.

— Ne le saviez-vous doue pis, vous qui l'avez tuée?

— Morte ! mais c'est impo -vous sur qu'elle soit morte? Un médecin! faites venir un médecin!

— Le médecin est venu el s'en est allé.

— Mon Dieu,c'esl donc vrai! Et je n'ai pu l'empêcher!.... ôetle lettre est venue trop tard! Oh! malheureux! malheureux '

Boissard se frappait le front de ses deux poings en poussant des, sanglots étouffés-, il se pencha de nouveau sur la couche et saisit les mains de la morte.

— Louise! Louise! Oh! mon Dieu! reviens à la vie; je "aime, Louise; tu ne me quitteras plus; pardonne-moi, Louise, Louise!

Il était courbé sur la jeune fille, il la serrait dans ses bras, il couvrail de baisers son froid visage. Jusqu'alors Antoine avait maîtrisé sa douleur et sa colère ; mais en entendant ces expressions d'amour, en voyant les caresses prodiguées à ce

cadavre, une jalousie furieuse sembla se réveiller en lui. Ses y<ux lai ; il lîi un pas eu avant.

— Boissai ! ' cria-l • ; mains ; ] P

L'accent avec lequel ci njom avait été prononcé 'tait tel, qu'il tr. l'Arthur et toucha dr

il se redressa, jeta un re ird ! il 1er enfin qu'il (tait devant un rival auquel i! avail enlevé sa fiancée; ;1 baissa les yeux avec i a, bai:,:-. Antoine étendit la main sûr la morte, et d'une voix qu'agitait un tremblement intérieur :

— Ce cadavre "est à moi. monsieur, (ii:-*t, respectez-le. Arthur le regarda avec étonne tient.

— Oui, reprit-il pie- ..- u rement, c'esl mi i [ii'ullc .. delui creuset ut a compris qu'un legs pareil ne pouvait vous être ofl asser d'une maîtresse morte quand il en est tant d'auln '.nesite vie, o espi rani • el d ien né peut-il doncs'oo upi ■ - filles qui ont cru à son honneur et qui se tuent parce qu'il I

— Je pardonne à l'amertume de vos paroles, larry, dit Arthur. J'ai été involontairement pour vous une cause de souffrance ; je comprends vos reproches, et je les excuse.

— E;: véi i - i a'eur? Ainsi i

uté.

— Antoine!...

— Vous me permettez de vous dire que

decett jeune fille, parce i lait faible, pauvrPj sansfa-

mille, et qu'avec elle o:i pouvait êl nr?

— Monsieui . ila;l la colère venir.

— El quand vous m'aurez permis de vous dire (• I ajouta le jeune h mimé doirt la voix

dirai, moi, sans que vous me I • | v lusêlcs un lâche... un lài ' sa i d '

— Je vous laisse lé choi

;sortons.

l'homn e q li méprise on i oubliez que je dois d'ab r ayez patience, monsieur, \ assassinats

— Monsieur, assi z eure?

— Je vous le dirai quand j aurai fini.

— Oh! c'en est trop ! s

— Vci ine i D le saisissai t par !

de colère, que Bois; ard .

— Prétendez-vous me fa la t-il.

Mais Larry n'é :Oul

sa tête toute voilée de cil veux i ,

— Non, vous ne sortirez ; il

. uparavant i c qt e j"; i sur le è i| ic poids m op| ment, car j'étais bien jeune q - h,.îr.

— Le jour où ma mère ;.

sans (bute.

— Ce m-'mejour: cela v

vez pas qu'un" bienfail qui iie la

haine;

sous vos pieds el vous m'j ■ li trem-

blé, j'ai eu honte, je me suis lu, cl |uc cela

était bien. Pou

je point debout etvéus ù térrei pourquoi n'étais-je point le bienfaiteur, vous le mcmli. i

tous h tisse TÀh! je vous ha s de naturel : d'instinct. Le jour où nous sommes nés, v< pauvre, nous étions

ennemis.

— Vous avez été le mien peut-être, mais moi je n'ai point été. je ne suis point le vôtre.

— Je vous liais ! je vous hais! répéta Larry. avec une i, er>

RICHE ET PAUVRE

sislance sauvage, et ne i oyez pas que cette haine si

c'est louie m le a grandi avi

par heure. Toujours depuis quinze ans, je nous ai trouvé a côté de moi, opposant votre bonheur à nia souffi n , faut, vi us étiez élégant el rechi relié (h' l haillons, raille de tous ; vou i tii i beau de la 11 clies, moi, laid de ' i pauvre; vous vous api

rtl i Antoine:. ous sommes devenus des liom-

uies ci j • vous i.\ encore trouvé sur ma route, étalant l'insolence de votre prospérité en face de mes misères. < a vous a I on me i\; i ms-sail ; on vous a jeté un pont sur lis préi i|Hces, et moi on m'a laissé j tomber. J'ai cela quinze ans, qvinzi ans de mes [tins belles années, îles - que I un puisse di nner à la joie sur la terre. Quinze ans j'ai résisté; j'ai élé. patient; j'ai blanelii mes cheveux à me bâtir un nid sur l'abîme; j'y ai fout ai Igrain,

plume à plume, et quand j'ai loul acht il que je

• nuins pour remercier Dieu, il vient un li imme qui n'a rit n fait, rien ïOuflVr!, rien désiré, un homme heureux par droit de naissance, qui i main

gantée et me le ravit!

En parlant ainsi, Antoine s'animait de plus en plus. Exa'.lé par les les de; x mai .

— Oui, vous in';.\ boni

l'avez voie

r mon i ' svais srii e ;1 la foi n os po ir

sans savoir .■ voulu en dei

urr-peu a l'amoii Dieu avait du moins laissé

cherch :

que n. ; fo

Après i

ni'aiui , de quoi 1 r

toit, et quand je suis avi i passé, ei la ;

pure était déshonorée, et la femn u '.itede

douleur!

te, morte ! ré| éta-t-H, cerôme un insensé, en (rainant Ârthurjusqu'au lit de Loi : !t vois tu ce

qui ne bou^

n avenir el dans un trou de m der-

nier rêve. Ti ut cela va être cousu dans son linceul,

r, et ma foi, el Maintenant je ne vis

plus que pour lui < rei pr i ne ton be et la venger ; car

■ I I natioi ée. J'ai

trop pli ■ • fit jus-

I lus sur Dii n ; mon bras sera ma provi-

femme te tue-

rai, Boissard.

Anli ine avi itla I

; i' :; ses -

lire, que Boissard éprouva un véritable extrême p un t, en lui crianl

! sa voix émue frapp ite )

sur lui ses yeux égaies l'éclair de lai lisonyrepa , « t abandonnanl les iIchx : mil • inirres

— Ah! vou i avez pi r cl il, du loi d'i : pn fond

pas ce lit fun bre de votre sauf.

— J.- Irai demain, cria Arthur en s'élançant vi i-- te >

Antoi blail avoii ré mi loul c ■ qu'ui rc ai ! p pris •■! d'injure.

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