‹ Le siècleChapitre 54 sur 70 · MIL · texte numérisé non relu

MIL

Le lendemain matin, Matilda reçut la visite fort Inattendue-, à celte heure, du colonel Canteen. Elle s'aperçut bien \tie, en le voyant tourner dans les lieux communs d'une visite matinale, qu'il élait tourmenté par quelque petite médisance rentrée, à laquelle il attachait évidemment une haute importance. Enfin, il aborda la question en ces termes :

— Vous étiez, je crois, présente, quand l'autre jour lady Ormsby m'a si violemment attaqué, a propos de mon allusion à l'attachement de son fils pour une belle Italienne. Eh bien! sachez que la chose est parfaitement vraie, et lady Ormsby elle-même sera forcée d'eu convenir. Lord Ormsby est vei.u, et il est déjà parti !

— Parti! — répéta Matilda qui n'enlendit que ce demie» mol.

— Oui, parti ; mais j'aurais cru vous surprendre seulement en vous apprenant son arrivée, à laquelle, vous le savez, os ne s'attendait pas le moins du inonde. Il est fâcheux que vous ne soyez pas venue hier; bien que, à parler franchement, lord Ormsby ne fût pas dulout ce qu'il est habituellement. Mais aussi, comment avez-vous pu vous sacrifiera ces Hobson?

La réponse de Matilda fut interrompue par l'arrivée <J« lady Ormsby et d'Emily. Elle reconnut de suite, à leur physionomie, qu'elles étaient contrariées. Probablement, il eût été fort embarrassant pour elles d'aborder le sujet qui le» préoccupait par dessus tout, si le colonel qui était, comme le lecteur s'en apercevra, sur une faussu trace, ne s'était empressé ds dire, dans la satisfaction de son prétendu triomphe:

— Eh bien ! vous le voyez, lady Ormsby, j'avais raison: l'oiseau s'est envolé pour rentrer dans son ancienne cage; nous l'avons, encore une fois, perdu. Ne vous avais je pas dit que nous ne pourrions le retenir, tant qu'il y aurait possibilité de passer le Simplon?

Lady Ormsby connaissait, depuis trop longtemps, le colonel Canteen et son esprit bizarre, pour être jamais sérieusement offensée des libertés qu'il prenait dans l'espoir de paraître au fait de tous les commérages rie la société; aussi, répondit-elle tout simplement :

— J'ai été fort surprise, je l'avoue, du brusque départ d'Ormsby, car il ne nous a donné aucun motif plausible, et nos questions ont semblé lui être pénibles. Marshall, sou valet de chambre, a dit à nos gens que son maître avait l'intention délester plus longtemps avec nous.

— Mais, répliqua le colonel, — quelle raison a donc pu l'empêcher de prolonger son séjour? Il n'a vu que mol et Santelme qui dînions avec vous Lier. Quel est celui de nous deux qui l'a mis en fuite?

Tout en affectant de donner une extrême attention a son ouvrage, Matilda jeta un regard à la dérobée sur lady Ormsby., et elle reprit courage en n'apercevant aucun Indice de soup» çon. Loin de là, lady Ormsby se hâta de dire ;

MAT1LBA.

— il n'avait pas l*air bien portant, et si vous l'aviez vu, Matilda, vous l'auriez trouvé terriblement changé.

11 était évident, après cela, que lord Ormsby n'avait pas parlé de sa rencontre avec Malilda, et on pouvait s'expliquer, «Tailleurs, que ces dames n'en eussent rien su, car Matilda salait fait arrêter à la porte du jardin, et les gens de la maison étaient à la recherche de leur maîtresse pour lui annoncer l'arrivée de son fils.

Mais eu apprenant que ladyOrmsby ignorait ce qui s'était passé, Matilda se trouva dans un grave embarras. D'une part, la franchise ordinaire de son caractère s'opposait à toute dissimulation; — de l'autre, il était évident pour elle que lord Ormsby avait voulu que sa mère et sa sœur ignorassent l'in- Ouencc ds Malilda sur ses actions; ne deyaiuellfl doue pas respecter les 6ernpu!es de lord Ormsby, in s'abstenant de révéler une lirconstance si flatteuse pour sa vanité?

Ces deux icntimens contradictoires la faisaient hésiter sur le parti qu'elle avait a prendre, mais la présence du colonel la détermina à garderie silence, car elle savait que ce secret, une (ois en son pouvoir, donnerait lieu, de sa part, à des conjectures et a des questions qu'elle ne se sentait pas en état de supporter.

Emily qui était allée a l'autre bout de l'appartement pour chercher quelque chose, changea le sujet de la conversation.

— Malilda, —dit-elle, —j'ai cherché ce matin votre album pour copier votre paysage, afin de nie distraire du départ de •e pauvre Augusius; je ne l'ai trouvé nulle part à la villa, et je ne le vois pas ici.

Malilda se rappelait à merveille rn quelles mains elle avait tu cet album, mais puisqu'elle avait fait un mystère de l'entrevue, elle devait naturellement se taire sur l'incident en question. Elle se contenta donc de répondre en équivoquant :

— Je l'ai vu chez vous, la dernière fois que j'y suis allée. Quelques instans après, lady Ormsby, sa fille et le colonel

partirent ensemble, tn se trouvant seule, Malilda se reprocha d'avoir fait un mystère de son entrevue avec Ormsby. A la vérité, le motif en était bien innocent, car elle avait voulu seulement respecter les sentimens d'un homme pour lequel elle aurait fait tous les sacrifices personnels, niais auquel elle s'avait causé que des chagrins.

Pour un esprit naturellement candide et ingénu, il y a quelque chose d'aus.M répugnant à cacher la vérité aux personnes qui y ont justement droit, qu'à la dénaturer volontairement ris-â-vis des gens de simple connaissance. Et, pour celui qui n'est pas habitué aux détours de la dissimulation, le silence volontaire à propos d'un fait impliquant une dénégation tacite, produit autaut de malaise que l'affirmation d'un mensonge.

. La plus fâcheuse conséquence de celte réticence de la part et Matilda, fut qu'elle trouva dans son esprit l'image de lord Ormsby accouplée* avec la nécessité de la dissimulation; — rtque cette dissimulation donna l'attrait du plaisir défendu • ces souvenirs opiniâtres qui, précédemment, bien loin de lui offrir le caractère d'une jouissance coupable, n'avaient pas é[è moins innoceus que tristes.

A sou retour de Giamouni, sir James Dornlon manifesta son vif regret de n'avoir pas vu lord Ormsby et déclara qu'il iai>hait la première occasion de cultiver sa connaissance. 11 n'était pas supposante «tu'il prit plaisir à parler ainsi daos le seul but de faire ce qui paraissait être, à tort ou à raison, désagréable a Matilda. Nous lui rendrons durestceetle Justice de déclarer que ce) cmpressemenl de sa part avatl pour motif son projet de chemin de fer qui, suivant sis calculs, (Levait doubler ses revenus. F.t. comme la réalisation de ce projet nécessitait, jusqu'à un certain point, leconcoursde bon voisin de campagne, lord Ormsby, il croyait, avec sa manière de voir vulgaire et mesquine, pouvoir l'ameni r par des. politesses M des ?itciiiwns. a lui. accorder son consente* ucau

Au bout de quelques jours, la petite coterie de la villa ic prit ses habitudes d'intimité dans laquelle la courte apparltition de lord Ormsby avait été un épisode plutôt qu'une cause d'interruption. 11 est à peine nécessaire, de dire qu'on ne retrouva pas l'album. Quant ù lord Ormsby, la cause de sou arrivée soudaine et de son départ précipita continua d'être u:,e énigme pour tout le monde, excepté pour Malilda.

Le colonel Canleen, lui même, douta quelque peu de sa pénétration a ce sujet, en apprenant, par un de ses nombreux correspondans à Home, que lord Ormsby ne s'était pas fixé dans cette ville.

Malilda s'intéressait chaque jour davantage aux espérance* et au sort du jeune Santelmo, el à mesure que leur intimité croissante lui faisait mieux apprécier son caractère, elle sympathisait avec ses chagrins et se sentait gagner par l'enthousiasme avec lequel il se dévouait à la cause de la liberté. Cependant, elle n'avait pas remarqué sans un certain déplaisir que, depuis quelque temps, il semblait rechercher sa société depréférence à celled'Emily. Cette circonstance lui fut expliquée dans le cours d'un de leurs fréquens entretiens par des raisons qui ne pouvaient offenser Emily , mais qui l'auraient assurément affligée.

— J'ignorais complètement le charme que l'on trouve dans la société des femmes, — dit Santelmo, — avant d'avoir eu le bonheur de faire la connaissance de ces dames. Et je dis l« bonheur, bien que ces relations aient fait nallre en moi, non pas des espérances, — mais des vaux qui ne pourront jamais se réaliser. Dans mon infortune et mon isolement, j'aurais do scrupuleusement éviter les tentations; — il eût été de. mon devoir de veiller avec soin à ce que nulle sympathie; ne troublai jamais, par la pensée de mon infortune, la tranquillité de plus heureux que moi

— Assurément, vous ne vous estimez pas à votre valeur, répondit Matilda; — et bien loin de voir en vous un misanthrope, je vous crois, au contraire, très apte aux devoirs do la vie domestique.

— Vous ne m'avez jamais vu, — reprit Santelmo, — que BOUS l'empire de sentimens qui, pour l instant, ont été irrésistibles. Mais ma passion dominante est le patriotisme; mon sort est attaché à la fortune de mon malheureux pays. Comment donc pourrais-je songer a la vie de famille? Comment pourrais-je songer à remplir les devoirs d'époux et de père, quand je n'ai à offrir qu'une proscription perpétuelle en partage, et pour héritage qu'un esclavage affreux''

— Mais, — répondit Matilda, — pourquoi n'envisager que le sombre côté de la question? L'esprit du siècle IravaiHs maintenant en faveur de votre cause-, les vœux de tons les hommes honnêtes et libéraux de tous les pays vous sont acquis ; de longs jours de bonheur et d'indépendance sont encore réservés à l'Italie.

— Je n'essaierai pas de nier qu'un secret espoir nous aide a supporter une existence qui, sans cela, serait intolérable ; cependant, personne ne se doute, si ce n'est ceux qui, comme moi, ne vivent que dans l'avenir, de l'énorme distance qui nous Sépare du succès; — on ignore les difficultés presque insurmontables qui le retarderont.— Mais notre conversation devient beaucoup trop politique, — ajoula-t-il en s'iuterrompant brusquement.

—Non, vraiment! — dit Malilda, — continuez, je vous en prie. Dés mon enlar.ee, j'ai ressenti pour l'Italie et tout ce qui s'y rapporte, un intérêt dont je ne puis me rendre compte. ' Ainsi encouragé, Santelmo se mil à parler plus longuement qu'il ne l'avait f lit précédemment de ses espérances. De lemps en temps Matilda lui adressait des observai ions et des questions qui prouvaient la justesse de son esprit et le puissant intérêt que lui inspirai! ce sujet.

Je rapporterai cependant, sans interruption, les réflexions de Santelmo, en rappclanl au lecteur qu'elles représentent les opinions d'un Italien, el en même temps d'un lioiuiue d;uis l'enthousiasme de la question qu'il discutait.

— * ltalta bella, — dit-il, —n'a jamais, peut-être, aussi parfaitement possédé l'affection exclusive d'aucun autre de ses Dis, car je n'ai jamais joui de la teudres.-e d'une nièau. Duraut mon enfance, J'errais librtuieul dans le p^ais de uiuo

LORD NORMANUY.

grand-père, ot la douce température de l'Italie nie Uni lieu de mère. Ce fut son resplendissant sourire qui lit les premières joies de mon cœur; ce fut son souffle caressant qui essuya mes pleurs d'enfant sous ses baisers. A mesure que les années s'écoulaient, je remplissais ma mémoire des légendes en l'honneur de sa grandeur, de sa renommée d'autrefois. Aveuglé par la gratitude et l'amour filial, absorbé dans les souvenirs de son ancienne célébrité et enivré par sa beauté transcendante , j'ignorais encore sa présente dégradation morale.

A cette époque, et sous la protection du puissant génie qui gouvernait alors les destinées de l'Europe , sa décadence n'était pas marquée par l'opprobre ; loin do la, son protecteur, dans un sentiment de prédilection éclairée, déguisait, autant que possible sa honteuse sujétion, flattait ses petites vanités, se mettait en frais pour l'embellir et l'orner; enfin, faveur plus précieuse, il lui permettait de partager sa gloire. Si elle avait cessé d'être digne de respect, elle était encore, en apparence, respectée.

Quel changement dans sa situation , lorsque, de favorite ehéiie d'un homme puissant, elle devint, tout-a-coup, l'esclave achetée d'hommes bas et sordides, qui en firent l'instrument servile de leurs plaisirs ! Elle fut piflùe, insultée, méprisée, brutalisée I

Ce fut alors que je sentis toute l'infamie de sa dégradation; que je compris qu'elle s'était prostituée à des étrangers grossiers. Ce fut aussi a celte époque qu'on fit luire à ses yeux l'espoir d'un sort meilleur; que même l'Angleterre , objet d'un si grand respect, l'entretint dans des illusions trompeuses, en lui faisant croire que sa honte serait oubliée et qu'elle pourrait rentrer dans la société dos nalions C'est ainsi que l'amertume «le la déception fut ajoutée à la consommation de son malheu.'.

Exaspéré par les insultes prediguées à ma terre natale, insultes que je ressentais comme si elles eussent été adressées a ma mère, je me joignis avec empressement aux hommes qui s'étaient voues a la défense de la liberté individuelle et de l'indépendance nationale. Malheureusement, des indiscrétions provoquées par des actes d'odieuse tyrannie de la part du gouvernement, hâtèrent de stériles tentatives qui ont ellesmêmes contribué a retarder le succès de notre cause.

Mais il y a quelque chose de consolant à se dire que ni prudence ni discrétion n'aurait garanti la sécurité personnelle, sous un gouvernement pour qui le simple soupçon d'entretenir secrètement et en silène? certaines opinions est un crime réel, et qui considère comme capable de compromettre la sûreté de l'Etat quiconque possède des talens reconnus, lors même qu'ils ne sont pas appliqués à la politique.

L'insuccès de ces insurrections prématurées a été considéré, je le crains, par quelques amis, ainsi que parnos minerais, comme la' preuve évidente de notre impuissance à conquérir li liberté. Cette opinion a éJé légèrement acceptée, sans qu'on se rendit compte des obstacles qui nous entourent et du pouvoir sans bornes qui nous opprime. Quel exemple pourraiton citer d'une nation réussissant du premier coup à conquérir sa liberté? Mais chez les peuples les plus favorises, la régénération n'a pas été l'œuvre d'un jour. L'Angleterre ellemême, qui, seule entre toutes les nations, peut s'enorgueillir du succès d'une révolution accomplie sans effusion de sang, l'Angleterre eut d'abord à souffrir des troubles et des violences du temps de Cromweli ; puis elle retomba encore, à la restauration, dans la dégradation et la servilité, jusqu'à ce que son heure anivat.

L'inconstante France, toujours dans les extrêmes et éprise de la nouveauté, chercha d'abord avec avidité (sans se soucier des moyens) la peifeclion utopiènne de la liberté civile, dont l'ombre s'est évanouie devant les Bourbons. N'est-ce donc rien pour nous, Italiens, stigmatisés comme nous l'avons été, individuellement , par l'accusation de disposition naturelle à l'assassinat, et dénoncés connue une secte liée par un vaut d'extermination, — n'est-ce donc rien que de n'avoir pas commis de crimes et de n'avoir pas répandu une goutte' de sang dans tous no^soulèvemcns? Nous n'avons envoyé ni Louis a la guillotine uj CuaiV-s à IVchalHud. D'où partent

donc les accusations dirigées contre nous? Est-ce de ce pays de fanatisme politique où le poignard de Sand a été honoré comme un instrument de patriotisme? Ou bien ce respect pour la personne des rois est-il b âmé par le serf à moitié sauvage de l'autocrate qui, si la tyrannie devient intolérable, aime mieux assassiner l'homme que de lutter contre son dcnpoiisme ? Peut-être l'excessive sensibilité et la vertu desrévo* lutionnaircs ont contribué à l'insuccès. Mais c'est une de ces fautes qu'on ne peut jamais regretter. Les peuples ont cependant appris suffisamment à ne plus se tler aux princes. Si, désormais, ces trompeurs insignes, subissent le châtiment de leur perfidie, leur sang doit retomber sur leur tête Mais, qtw le ciel détourne une pareille calamité, et puisse le premier soulèvement, s'il est couronné de succès, en rester toujours digne! J'ai singulièrement atténué nés difficultés en les comparante celles qui existaient dans toutes les luttes antérieures, entre l'irritation du peuple, d'un côté, et les chefs dxj l'État, de l'autre. Contre nous, en effet, et pour la premiciv fus, s'était liguée une confédération de souverains, — une compagnie d'actionnaires pour la propagation du despotisme. Les membres de re^te impériale association, se so:il réuni» dans le but d'anéantir le libre arbitre des hommes, et de réduire l'espèce humaine à une simple machin? douée d'une force brutale qui doit être gouvernée par leurs doigts de pygmées. Pour exécuter ce plan, ils éerasentla moindre manifestation de liberté sous le poids irrésistible de leur machine militaire de la force d'un million d'hommes.

Tout cela est bien fai. pour ébranler notre conlianre, mats non pour justifier le désespoir-; car notre puissance intelleotuelle s'accroît en raison de l'augmentation de la force brutale qu'ils nous opposent, et l'esprit du siècle répand, sur no* têtes, dans tous les coins de ce sol cultivé par l'intelligence, les sûres semences de la liberté future. Mais, hélas ! la génération présente pourra passer, avant que la moisson *oK mûre. Engagé comme je le suis dans cette cause, dsnt l'issu* est douteuse et certain le danger, puis-je songer à des liens de famille? Non, le sort en est jeté, j'ai sacrifié ma fortune, abandonné mon pays et consacré mon àme et mon cœur à la cause de la liberté ! Il faut que rien ne. me distraie de cette hit te, et si je succombe, je Délaissera', du moins, personne après moi pour me regretter.

Le bonheur que goûtait Matilda dans la société des h*b+tans rie la villa ne tarda pas à être interrompu par le besoin de changement de sir James qui. sans avoir en vue aucun but particulier, et par le seul motif de son peu d'importance au»; yeux des personnes qui l'entouraient, désirait changer àt\ place sans qu'il songeât à se demander si.daii.s d'autres lieux, sa position ne ser.iit pas plus triste encore. Cette impatience avait surtout augmenté depuis le départ des Ilobson qui l'avaient habitué ii des attentions et à ûe< cajoleries rie tous le* instans.

Toin Ilobson avait déclaré depuis longtemps que Genève était une ville insipide, et ses, sœurs partageaient cette opinion. Leur mère déniait donner un nouvel aliment à son bavardage; quant au vieux Ilobson, malgré son aversion pour la locomotion, et sou désir de rester toujours a la même place. quelle qu'elle fût, son opinion a propos des arrangeffiens de famille se manifestait, en général, comme nous l'avons déjà remarque, par des parole* plutôt que par des ac'.es.

La contrariété que ce projet de départ causait à Matilda provenait autant du regret de quitter lady Ormsby que d> sa répugnance a suivre uiistress Ilobson. Mais il était évident, d'après la manière dont sir .lames avait annoncé son projet, que toute résistance serait inutile. Elle lit donc ses adieux à lady Ormsby, à sa tille et a Santelmo, pour qui sa sympathie avait augmente depuis leur dernier entretien. Cependant, cette sympathie avaîl pris une teinte de tristesse, car Matilda avait abandonne la pensée, quelque temps caressée par ejle, d'une union euire k1 comte et sajouneamte

si:

Nos voyageurs prirent la route du Simpîon pour se rendre à Milan En arrivant dans eelte ville, sir James se mit à la recherche des llobson qu'il trouva avec une nouvelle connaissance, un jeune homme du nom de Walter Woodftea'd, lequel avait déjà captivé les lionnes grâces desjeunes missesHobson. O jeune hoinm:1 devait entier en possession d'une riche propriété située dans le comté de Chester, à l'époque de sa majorité qui n'était plus éloignée que de quelqm s mois. C'était un assez beau garçon, assez lourd, fl qui avait rarement quitté la maison paternelle 011 son éducation s'était à peu prè^ bornée à étudier la confection et la qualité des fromages. Il avait été présenté aux llobson par son mentor, le révérend monsieur Simperton, qu'ils avaient vu remplissant les fonctions àe maître spirituel des cérémonies, dans plusieurs biils, pendant leurs excursions d'éle, dans les environs de Manchester.

Monsieur Simperton voyageait avec le jeune homme confié à sa garde et offrait un exemple extrêmement rare aujourd'hui de ce vieux système qui c insiste à faire promener les Jeunes gers !i l'étranger, à la façon dont on conduit des ours. Lesparensont,a la tin. compris qu'accoupler un jeune homme avec un homme plus âgé du double, mai? aussi plus ignorant encore des usages du monde, n'est pas le meilleur moyen de le former.

Mais, bien que monsieur Simperton remplit cet emploi, il ue rappelait, ni par sa raideur ni par son austérité, le caractère de celte classe à peu près oubliée. U ne voulait en aucune façon être une pierre suspendue au cou de son pupille, mais plutôt une sorte de collier a grelots qu? les écarts du jeune homme agiteraient ce. signe d'avei tissement. Mais la lourde masse a laquelle il était alla: lié semblait avoir besoin d'un aiguillon, bien plus que d'un modérateur.

Monsieur Simperton avait assuiément passéla quarantaine, mais le soin extrême qu'il prenait de sa personne empêchait, a première vue, qu'on lui donna' cet âge.

Lorsqu'à l'entrée des Dointon, il iii signe a son pupille qu'il était temps de conclure leur visite du matin, on aurait pu le prendre pour le plus jeune des deux, si son élégant habit, couleur sel et poivre, qu'il avait substitué aux vêtemens noirs portés par le clergé, n'avait rappelé, comme l'eût dit son éonfr.'re Tynte, la nuance mêlée qu'on voyait sur si léte. Ses cheveux grisonnans étaient cependant admirablement arrangés an boucles désordonnées avec art, de sorte que la coupe de son habit et l'arrangement de sa chevelure paraissaient titre également soignés.

— Quel plaisir mes tilles ont eu à revoir notre vieil ami Simperton! — dit mistress llobson à lady Matilda, après le départ du jeune homme et de son mentor. En le rencontrant pour la première fois sur le lac, avec sa petite veste de toile et un immense chapeau de paille, j'eus peine a en croire «rus yeux.

Il était évident an? la connaissance de ces deux galans était un grand événement pour les misses llobson. Leur ainée, Défendant, n'était pas en-état de partager cet avantage, car elle souffrait d'une indisposition peu intéressante. Le fait est que miss llobson étant d'un tcmpéramenl ardent, comme le témoignai: le vif éclal de ses cheveux, et "souffrant plus que ses sœurs de l'intensité de la chale ir, av il abusé îles grammelaie, rjeldc, sorbelli, limonati, eti . Et, chose étrange, le refroidissement de l'estomac avait produit sur son visage une inflammation qui le faisait ressembler a un volcan eu hiver. St uleinent. chez elle, la glace était à l'intérieur, tandis que la léte conservait les tons chauds et éclatansqui lui étaient naturels.

Cette malheui euse circonstani e avait décidé sir .lames, qui voulait faire une politesse à l'une de choisir

miss Anne pour accompagner lady Matilda au théâtre dé la vc'.iiV, où elle allait pour la première fois.

A Milan, on ne peut vivre >riv la Scala. On ne fait pas l'éloge do l'énergie d'un peuple en affirmant qu'un I | pour lui. non pas un amusement accidentel, mais ui pation exclusive ; — qu'il ajourn \ toujours la réalité pour les sp& lacles, 1 1 qu'il abandonne Alfieri pour Rossini. Mais tout en déparant cette préférence, ou ne peul s'en è onner, quand un frrivçiv. lui-mémn. Beat qu'il y a dans l'air de l'Italie

quelque chose qui donne a la musique un charme particulier Les mêmes mélodies, les mêmes chanteurs ne produisent pas, en d'autres lieux, les cïfcts qu'ils obtiennent en Italie, oàl'on subit la mystique influence de la douce uni&n qui existe entre le climat et l'harmonie.

Matilda était tellement enivrée par l'exécution d'an des plus magnifiques opéras qui aient jamais été chantés a co théâtre sans rival, qu'elle ne s'aperçut, qu'à la tin de la représentalion, de l'attention générale dont elle était l'objet; Ses yeux, peu accoutumés à l'obscurité de la salle, avaient peine à distinguer les physionomies. Mais la plupart de* spectateurs, familiarisés avec celle douteuse clarté, se dema*daient eu voyant, Matilda, qui élait celte belle étrangère.

Le sentiment d'innocente vanité excité chez Matilda par celle admiration générale, disparut a la vue d'une personne assise dans une loge faisant faée à la sienne, et dont elle pu* distinguer les [raiis, grâce à la lumière intérieure qui éclairait ce";te loge. Elle avait reconnu lord Ornishy dont les regards étaient fixés sur elle, maigre les efforts d'une damet assise à coté de lui, pour détourner son attention.

Heureusement pour Matilda, elle avait eu le temps do 43 préparer à une rencontre, car, vers la lin du ballet, la porto de sa loge s'ouvrit pour livrer passade à sir James, suivi do lord Ormshy.

Une loge de théâtre est, peut-être, le Heu le plus favorable pour une entrevue gênante et redoutée: le faible éclat de 1« lumière, l'attention qu'on donne a la scène, et le bruit confus delà salle aident puissamment a dissimuler un trouble intérieur. Mais, malgré l'avantage de la situation; malgré lo calme apparent de loiv. Ormsbj , Matilda cul besoin de tocie son énergie pour ne pas trahir son émotion,

— Je viens de témoigner à lord Ormshy, — dit sir Jam** en entrant dans la loge, —tout le regret que nous avofxs éprouvé, vous et moi , de ne l'avoir pas vu lors de son passagu à Genève.

Malilda se disait bien que lord Ormsby était persuada qu'elle n'avait pas parlé de leur rencontre, ei, cependant, «lia é;ait désolée de penser qu'elle avait appris sa conduite en cette circonstance. Assurément, elle était bien excusable dû n'avoir pas fait une semblable confidence à un homme du caractère de sir James; mais enfin, /elle ne pouvait s'empêche» de se sentir coupable en se voyant ain-i convaincue de dissimulation préméditée. Elle était en proie à ces pénibles réflexions, lorsque sir James lui dit ù l'oreille, mais a*seK iuui pour être entendu :

— Invitez lord Ormsby à dîner.

Et Malilda répéta machinalement l'invitation.

Le ballet venait de finir, et sir James., offrant le bras à sa nièce, laissa lord Ormsby chargé du soin de reconduire Mt» lilda à sa voiture.

— Ne rmTprivëz pas entièrement de voire société, — M dit-il en descendant l'escalier, — et je vous promets de ra'ea rendre plus digne que je ne l'ai fait à notre dernière entrevue j mais, au nom du ciel, ne me laissez rien devoir à la contrainte, comme cela vient d'avoir lieu ù propos de votre Invitation.

— Oh 1 venez, je vous en prie, — s'empressa de répondre Matilda ; —j'ai mille ! dire au sujet de votre oè.rç et d'Emily.

Ainsi se trouva renouée leur intimité.

. Plus <!'■ gens connaissent Tom le/ou, queTom le /vu oniiall ■ est un dicton qui, dans son application moderne et ordinaire est beaucoup plus flatteur pour l'individu en renom, qu'il ne l'i imcnt ù son origine. Quelle

est. par exemple, la personne répandue dans le monde, qui n'a pas, en entrant pour 'a première fois dans nue société nféri lire lasienn iuitotee.5 nouveaux amis par-

i d II ; 's relatifs à sa coaduita '• a sa famille' - qui n'a pas immédiateoronl epprh»,

LORD NORMANLY.

{triée à ces nouveaux amis, des nouvelles des parens les plus Joignes, et dont il ne soupçonnait même pas l'existence? — à qui, enfin, on n'a rappelé quelque souvenir de jeunesse, en- Ikrcment effaré de son esprit?

Les gens qui ouvrent de la sorte, avec lui, un nouveau eomple de connaissance, se montrent jaloux d'obtenir un crédit, en revendiquant des droits plus ou moins problématiques. Un simple entretien avec quelque arriére-cousin, habitant bath ou Chïltenham, est considéré par eux comme un •xeellent passeport pour pénétrer dans l'intimité de la victime; et parce qu'ils l'ont connue enfant, ou qu'ils se sont trouvés dans la même école, ils considèrent es souvenir comme un lien que le temps ne saurait briser.

Peu d'hommes ont soutenu d'aussi rudes attaques de cette •attire que lord Ormsby, a sa première visite chez les Dornttra, où il rencontra mistress Hobson, miss Anne Hobson, monsieur Tom Hobson , et messieurs Woodhead et Simperton. Hiss Hobson n'était pas encore présentable, et le Tieux Hobson ajoutait à ses souffrances, en restant et en frondant a la maison, sous prétests de tenir compagnie à sa IBe.

Sir Jarne* était encore dans la salle à manger, pour surwller les préparatifs du dîner, lorsque lord Ormsby entra éans le salon, où il aperçut VValicr Woodhead et Tom Hobson occupés à regarder par la fenêtre et ù se moquer des coeflers de Milan. Mistress Hobson et lady Malilda causaient •ar un sofa, si toutefois il est permis de dire que deux personnes causent, quand le rôle de l'une consiste exclusivement 9 infliger son bavardage, tandis que l'autre est forcée de le «ubir avec résignation.

Sur un autre sofa, monsieur Simpcrton était, en train de élre des galanteries à miss Anne, non pour son propre *-©Hipte, mais au nom de son pupille, qu'il désirait voir en bonne intelligence avec la jeune personne, pour des motifs qui seront révélés plus tard.

Dans ce but, il déployait une perfection de tact qui aurait produit son effet sur un esprit encore plus distingué que celui de miss Anne. Dans son éloquent plaidoyer en faveur de •on pupille, il vantait, non pas les avantages de sa personne, Bais ceux de sa position pécuniaire; non pas la culture de Mil esprit, mais celle de ses terres.

En se trouvant en contact avec de tels individus, deux personnes ayant entre elles l'affinité de sentimens qui attirait l'un vers l'autre lord Ormsby et Malilda, ne manqueraient pas, dans des circonstances ordinaires, de se rapprocher et de se prêter un secours mutuel contre leur commun danger. Mais hj délicatesse de leur situation enlevait celle ressource à lord Ormsby et à Matilda. De sorte que lord Ormsby devint, sans chercher k se défendre, la proie de monsieur Simpcrton #*i l'accosta en lui disant avec un gracieux sourire :

— La température est véritablement tropicale aujourd'hui, mylord.

Devinant, ù l'indifférence avec laquelle lord Ormsby répondit a celte ouverture, que celui-ci ne savait pas à qui il avait affaire, monsieur Simperton ajouta :

— Je me nomme Simpcrton, mylord. J'ai eu le plaisir de taire autrefois la connaissance de votre seigneurie ù l'université de Cambridge, chez un de mes meilleurs amis, le docteur Droning, qui serait infailliblememenl devenu un homme célèbre si la mort ne nous l'avait enlevé. Pauvre docteur Droning! Votre seigneurie a fait, ainsi que moi, une perte irréparable eu la personne de cet excellent ami.

Lord Ormsby ne put s'empêcher de sourire en répondant ù monsieur Simperton que celte perte n'avait pas été pour lui aussi irréparable qu'elle eût pu l'être en d'autri s circonstance», par la raison qu'il n'avait vu le docteur qu'une seule fois en sa vie.

11 avait à peine échappé au danger de cette attaque, qu'il fut assailli par mistress Hobson.

— Puis je me permettre dé vous demander, mylord, — lui dit-elle,— si vous avez toujours un jet d'eau au château d'Ormsby? Je l'ai trouvé magnifique, mais mon mari ne veut pas en entendre parler, pane qu'il a été mouillé abominablement.

Sausiuêine attendre lut-épouse de lord Ormsby, elle ajouta;

— Peut-être vou» souvenez-vous aussi d'élre entré dans la bibliothèque, ou nous étions occupés â regarder les tableaux. Puis, nous vous rencontrâmes vou > promenant a cheval aveo une étrangère. Nous étions en voiture, et Tom, qui se trouvait placé sur le siège, donna ordre au postillon de vous suivre de près, et comme le chemin était liés étroit, le cheval de cette dame se cabra d'une manière effrayante, ce qui vous uiK fort en colère contre le postillon, qui nous dit ensuite que la dame en queslion n'était pas miss Arlingford. Je voudrais bien savoir qui c'était ! Vous le rappelez -vous.'

Lord Ormsby ne répondit pas directement à cette queslion, car mistress Hobson avait à la fin abordé un iRcident qu'il n'avait pas oublié; et Malilda se rappelait parfaitement auwl qui était celte dame.

Tom Hobson vint à son tour et dit:

— Quel magnifique cheval vous avez fait courir aux dernières courses de Manchester, mylord! Je parle de celui qui a gagné la coupe. Et Bill Jenkins, votre jockey, est un solide garçon que j'aime beaucoup.

— Vraiment, monsieur, — répondit lord Ormsby, — Je suis bien touché de vos sentimens affectueux pour mon cheval et mon groom, et je ne sais pour lequel des deux je vou* dois le plus de remercimens.

— Comment ces gens-là peuvent-ils être les parens de Malilda?—pensa lord Ormsby pendant le moment de répit qui lui fut accordé" avant l'arrivée de sir James, qui s'embarrassa dans un tas d'excuses à propos du diner. En vain lord Ormsbj s'efforça de lui persuader que, quant à lui, personnellement, cette queslion était sans importance, sir James ne voulut riea entendre et continua ses lamentations.

Naturellement, lord Ormsby prit place à table àcûié de lady Matilda. Depuis qu'ils s'étaient trouves dans la même position, au dùier de lord Ealington,!eur mutuelle affection n'avait pas diminué, mais, dans la circonstance présente, ils n'éprouvèrent pas le même embarras. El comme il se trouvait, chez les convives, peu d'élémens de conversation générale, il leur fut permis à tous deux de causer librement, sinon confidentiellement, du passé.

Vers la lin du diner, leur entrelien fut interrompu par sir James qui, lorsqu'il était un peu échauffé par de fréquentes libations, commençait à sortir dt cejnédium qui sépare les convenances de la familiarité, et cela avec ce laisser-aller (fui est le propre des esprits vulgaires.

Nous l'avons vu se confondre en excuses à propos du diner, et peu à peu, il se mit à adresser à lord Ormsbj de ces plaisanteries familières que l'intimité seule peut autoriser.

Cependant, il se borna d'abord à dire à son hôte :— Quand nous vous avons rencontré à Londres, lord Ormsby, je iv pensais guère à vous voir sitôt revenir ù votre goût pour les voyages. Comment cela s'est-ii fait?

— Je crains bien, — répondu lord Ormsby, — de ne pouvoir donnerd'autres causes à celle manie que mes dispositions vagabondes. Nous autres, Anglo-Italiens, ressemblons à ce» buveurs de liqueurs furies qui ne peuvent jamais résister i une petile goutte de plus. C'est un goût que l'habitude rend de plus en plus invétéré.

— Oh!— répliqua sir James,— je doute que vous nous ayez donné les vrais motifs de votre voyage, et je puis en donner une explication plus satisfaisante. Nous savons bien ce qui vous fait, si souvent, franchir les Alpes nous avons entendu dire qu'il y avait, lùdcssous, une aventure galante.

Lord Ormsby tressaillit en songeant que sir James avail, à peu près, deviné juste, bien qu'il ne donnât pas le même stns que lui même donnait à cette assertion. Toutefois, il s»; contenta de répondre qu'il ne comprenait nullement l'allusiou de sir James.

— Oh! VOUS savez, bien ce que je veux dire. Matilda, — reprit le baronnet ; — vous vous rappelez, n'est-il pas vrai', toui ce qui nous a été rapporté au sujet de lord Ormsby et d'une certaine dame résidant à Rome?

Matilda prétendit ne rien se rappeler.

— En vérité, — Cela esl étonnant,— continua sir James, — car je suis bien certain qu'à l'époque où j'ai commence a aller a Dclaval-Paii, du temps de voira OUCle, U u'aaji pa»

WàTILDA.

question d'autre chose. Tout le monde en causait, et pour mou compte je ne pouvais comprendre commeut cette affaire pouvait faire un tel bruit.

Ces paroles produisirent dans l'esprit de lord Ormsby une rtarfe nouvelle ri d'autant plus vive, qu'il -se souvenait du caractère de lord Watelield. Et puis il remarqua le trouble de Matilda en entendant sir James faire allusion à celle époque. iJès re moment, il demeura convaincu que tous ces bruits avaient été répandus dans le but de lui aliéner l'affection de Malilda; et, bien qu'il se sentit justement blessé par la vulgaire Impertinence dubaronntt, il ne put se défendre d'un certain sentiment de reconnaissance pour lui, car il venait de lui expliquer l'inconstance, en apparence si extraordinaire, de son ancienne amante.

Cette découverte eut des conséquences bien fatales. Elle permit à lord Ormsby de considérer Matilda , non plus mmme une femme légère et frivole, mais comme la victime d'un artifice consommé. Le caractère de Matilda reprit à ses yeux toute sa pureté d'autrefois, et il vit tomber la seule et faible barrière que sa raison avait eu la force d'opposer à la puissar.ee de plus en plus croissante de cette irrésistible passion, contre laquelle il s'efforçait encore, mais eu vain , de soutenir une lutte.

Sir James aurait cru manquer à ses devoirs d'Anglais s'il avait jamais oublié cette coutume si galante, par laquelle nous prouvons chaque jour au beau'sexe, lorsqu'il nous soumet à cette épreuve, que nous préférons le plus mauvais vin à ta Bociété la plus charmante. Mais un petit marquis italien que sir James avait ramassé Dieu sa:t où, et à qui personne n'avait adressé la parole, suivit les dames en croyant faire «ne chose toute naturelle; et lord Ormsby, profitant de l'erreur du marquis, ne tarda pas à quitter la salle à manger, avec d'autant plus de pb.isir qu'il n'était pas particulièrement désireux, soit d'entamer une discussion politique avec sir James et monsieur Simperton, soit de parler chevaux avec Tom et son ami Woodhead.

Le baronnet et le ministre, ces deux colonnes temporelles et spirituelles du royaume, restèrent donc à discuter les principes do l'Église et ceux de la royauté de la façon la plus orthodoxe. Mais il est juste d'ajouter que, tout en professant une admiration profonde pour le gouvernement de leur choix, 11» s'accordèrent à trouver détestable le pouvoir existant, à l'établissement duquel leurs amis d'Angleterre avaient puissamment contribué. Tant il est vrai qu'un tory, si dévoué qu'il soit à ses principes tant qu'il réside en Angleterre, professe presque toujours des opinions libérales en pays étranger. Ces messieurs se levèrent enfin de table pour aller rejoindre les dames au salon, où ils trouvèrent lady Matilda assise au piano. Près d'elle se tenait lord Ormsby qui était parvenu, non sans peine, à se soustraire à l'obsession de mistress Hobson.

Les paroles d'un morceau sont, généralement parlant, d'une trivialité proverbiale. Elles sont si évidemment faites pour la musique, que nous y attachons aussi peu d'importance qn'à la voilure qui nous amène nos amis. Mainte jeune personne aborde son maître de musique au caUiet avec des phrases dans le goût de celle-ci : lien mio! Unico speme délia «n'a tila ! sans se douter le moins du monde qu'elle s'exprime avec tendresse. En entendant la plupart des chanteurs, on serait fort en peine, non-seulement de comprendre le sens des paroles, mais aussi de dire en quelle langue ils chantent. Mais le langage de l'amour, dans sa forme lyrique, possède un attrait indicible lorsqu'il est en harmonie avec nos aenlimens, bien qu'il n'exerce aucune influence sur les Indifférais. Ainsi pensait lord Ormsby en écoutant dans un ravissement inexprimable la voix de Matilda qui chantait avec une expression particulière et un talent remarquable. Dans uu duo passionné qu'il dit ayee elle, il donna un libre cours aux sentimens qui remplissaient son cœur, et qu'il i. 'osait pas exprimer, même à voix basse, dans ses » I Matilda.

Enfin, ce jour-là, il renonça complètement à tout désir de résister à une passion qui, si elle devait être sans espoir, causerait son malheur, et qui. si elle était satisfaite, entraî-

nerait la ruine d'une femme pour le bonheur de laquelle 4 aurait juré qu il était fret à se sacrifier lui-même.

xtii.

Des jours et des semaines s'écoulèrent, pendant lesquels lord Ormsby ne s'occupa que de Matilda. Dans la matinée, il allait chez elle; le soir, il la retrouvait à l'Opéra. Rien, cependant, dans leur intimité, n'était de nature à attirer l'attention ou à donner de l'inquiétude à Malilda. Car telle est, a l'étranger, l'excellente habitude adoptée par les personne» qui se connaissent, que leurs efforts tendent, non pas à sa rencontrer, mais à s'éviter avec sein. Aussi, les intimités qui s'y forment sont naturelles, spontanées et libres comme la végétation luxuriante de ce climat enchanteur.

Les relations n'y sont pas forcées comme dans les serre» chaudes de Londres, oh, grâce aux connaissances greffées o* élaguées, l'intimité est amenée, parfois, a une perfection artificielle.

Mais, bien que ce genre d'existence empêchât Matilda d* voir aucune inconvenance dans les visites quotidiennes d* lord Ormsby, il ne s'en présenta pas moins certaines circonstances qui, peu à peu, lui firent ouvrir les yeux sur l'imprudence d'une aussi douce habitude. Involontairement, elle u surprit à répéter souvent les mélodies qu'il aimait le mieux; si bien que tandis qu'elle les chantait, à son gré, d'une façon déplorable, les indifférens applaudissaient aux remarquables progrès de son exécution.

j'ai dit précédêmmentque, durant l'éducation de Matilda. oane s'était jamais appliqué à lui inculquer des principes fixée de conduite. Obéissant toujours à son premier mouvement, elle n'avait d'autres guides que le sentiment inné du bleu et son exquise délicatesse de femme.

Sans pouvoir se rendre compte de ses impressions et tout en n'apercevant rien de blâmable, soit dans sa conduite, soit dans ses pensées, Matilda ne se sentit pas satisfaite d'elle» même.

D'un autre côté, son intimité avec lord Ormsby était constamment encouragée par sir James, qui se trouvait flatté de recevoir fréquemment chez lui u;-. homme aussi distinguée* de se montrer en public avec lui , sans toutefois perdre de vue les avantages matériels que cette liaison pourrait lui procurer dans le comté.

Matilda cependant désira partir, et comme à cette époque les touristes anglais commençaient à se diriger vers le sud, le baronnet consentit volontiers à aller à Rome.

Qui peutsesenlir la force d'analyser les impressions produites par Rome, — impressions uniques, inexprimable* et que ressent celui-là même qui est le plus disposé a tire de l'enthousiasme hyperbolique du classique pédant ? — Rome est encore Rome. Bien que les cardinaux ce soient pas de» consuls, et que les dernières et mourantes lueurs du despotisme spirituel ne soient pas encore éleintes dans ce foyef où brillèrent Ls premières étincelles de la liberté civile,—» Roms est encore la cite éternelle. Et pourquoi ?

Pourquoi ces rconumens de l'antiquité, vus là, causenl-l!* une .motion qu'on ne ressent en nu! autre lieu? Ce qui fait la beauté des ruines, c'est leur isolement; et là, nous le» voyons souillées par la présence incessante do la fuule. — Quel est donc la cause de notre émotion à la vue de ces vieux monumensVCe n'est pas l'association des idées, car que sont ou qu'était ni, de fait, U s objets de notre admiration ? Le Co» Usée, ce, te Immense construction, desfinie aux seuls plaisirs d'une sauvage cruauté et d'une horrible barbarie ; — des leinples, asile favori de l'ignorance et de l'idolâtrie; — des baiiut construits par des hommes, qui n'étaient connus que par leur i : ii . illité d'esprit ou leur dej ravation, et qui se sont ainsi immortalisés par ces monumens consacrés à la satisfaction ries sens.

Mais l'homme qui serait tenté de discuter pour prouver l'absurdité des impressions produites par Rome ne pourrai»

LORD JSoRMAiNBY.

lui-même s'en défendre , si , au milieu d'uu argument , il entrevoyait seulement le dorne de Saint-Pierre.

Chez un animal aussi plein de contradictions que l'est rtiomme les turpitudes dont je viens de parler ne font qu'ajauter a l'effet, qu'exciter l'enthousiasme. 11 n'est rien de a n.parable a Home, après tout. Pour ceux-là même qui ne gardent pas un précieux souvenir de son antique splendeur; pour ceux la. même qui n'y viennent chercher que distractions, Rome possède un charme particulier, i.e matin, i! est plus egréjhle de réjouir ses yeux de la vue du beau idéal dans les InSmortellcs galeries du génie, que de s'asseoir dans un club pour épeler les ennuyeuses réaliiés du jour. Le soir, i! e I t>lus doux cent fois de voir les lueurs incertaines de la lune argentée, illuminant avec amour les lignes brisées du Colysée, que de rencontrer la lumière angulaire des lanternes peintes, & travers les vapeurs épaisses et délétères du Vaux-hall.

Mais, de toutes les séductions de Rome, la plus puissante, celte qui laisse les plus délicieux souvenirs, c'est le charme ecchameurque le climat, ou tout autre cause indéfinissable, répand sur la société. Là, la fio.de réserve ^e fond aussit'';t, les préjugés politiques perdent de leur forée, les bons senti- Biens se développent et l'intimité mûrit spontanément. • Cette influente charmait Malilda, qui était, plus que personne, propre a faire l'ornement d'un cercle choisi. Depuis son mariage, et excepté son rapide séjour a Genève et ù Milan, elle n'avait quitté le tourbillon de Londres que pour les «inuls de son triste intérieur. A Rome, au contraire, elle se vit entourée de gens qui semblaient s'entendre pour éviter toutj chagrin, tout souci , et pour glisser tranquillement sur la surface de la vie.

Dans une société ainsi composée, l'arrivée d'une femme atissi richement douée que l'était Malilda ne pouvait être considérée avec indifférence ; aussi sa maison clevinl-elle bientôt un centre d'attraction, bien que celte préférence eut et« mise, par sir James, à une sévère épreuve. Car, sa dignité l'empêchant de se trouver ù l'aise dans les étroites'maisons qui avcisinciit le quartier anglais à Home, la piazza di Spak*na, il avait loué un vaste palais dans un des quartiers les |Hus éloignés de la ville -, ce qui n'< mpêcbait pas l'élite de la société anglaise d'y émigrer, chaque soir, pour aller payer son tribut d'adoration à sa nouvelle idole.

Chaque soir, le salon de Malilda était rempli de tout ce qu'il y avait .1 Home de plus distingué. Au nombre des personnes les plus assidues pies d'elle, s'en trouvait une dont die se sérail passée très volontiers. Le lecteur se souvient peut-être d'une certaine mistress Mecblin, dont ïordWakefteld s'était autrefois servi comme d'un instrument propre à faciliter le mariage de lady Matilda, et qui, dans ce but, n'avait pas épargné la réputation de lord Ormsby.

Les circonstances récentes ayant fait connaître à Matilda le rôle que mistress Mcchlin avait joué dans cette affaire, elle ne voyait plus cette femme sans éprouver un sentiment d'aversion. Cependant, elle se disait parfois que mistress Mecblin avait pu être trompée eile-même, et son bon cœur aidant, elle lui fit, à son arrivée, un accueil qu'elle était loin démériter.

Mistress Mecblin avait entrepris ce voyage afin de n'être pas privée, pendant la longne absence de Malilda, des avantages qu'elle s'était bien promis de retirer de. la position magnifique qu'elle so flattait d'avoir procurée a Matilda. Par «juels moyens était-elle venue a bout de subvenir aux fiais de ce coûteux voyage? C'était un véritable mystère, car on *avait parfaitement que c'était à l'aide d'expédiéns extraordinaires, et grâce à un séjour de dix mois à la campagne, chez les personnes de connaissance, qu'elle parvenait a faire figure A Londres pendant hs deux autres mois de l'année. Le fait est qu'eHe était obligée de joindre les deux bouts de la fin de Juin au commencement de mai, avec un chapelet de cousins lie campagne: on comprendra deme qu'elle suggéra plutôt qu'elle n'accepta l'offre d'habiter lo palais des Dornton pendant son séjour à Home.

Sir James, qui était toujours accessible à la flatterie, s,' latea prendre aisément à ses manières s disantes et ne tarda Ips a fa ti'v'itw ïmw vuo prédilection parquée, qu'ail» us

manqna pas de mettre à profit. Quant a Matilda , elle ces* de témoigner a mistress Mecblin les sentimens aCectueux qu'elle svait eus pour elle avant sou mariage.

L"n soir; et quinze jours environ après l'installation des Dornton dans leur palais, les habitués venaient d'arriver. Sur un fauteuil rapproche du sofa cb étaient assises Malilda et mistress Mcchlin, était campé notre ami, le colonel CanU-en, le bavard de Genève, qui était arrivé la veille, et voici comment il entama la conversation :

— .le voudrais bien savoir, lady Malilda, ce qu'est devenu lord Ormsbyjje ne l'ai pus vu depuis son apparition à Genève. Du reste, je n'ai pas appris beaucoup de nouvelles depuis votre départ, car je suis venu par Gcnts et Florence, et Tynte a jugé à propos de me retenir quinze jours à Lenci,en attrapant la fièvre. Je m'y suis ennuyé à la mort, bien que j'aie trouvé un guït tout particulier au poisson du golfe de laSpczzia. Mais que peut être devenu lord Ormsby pendant tout ce temps? vo la ce qne je me demande.

— Nous avons vu fréquemment lord Ormsby a Milan,— répondit Malilda.

— Ah ! je voudrais bien qu'il vint ici nous surprendre, ua de ces jours,— reprit le colonel, — et qu'il nous montrât un plus gai visage que celui que nous lui avons vu à Genève.

— Je ne crois pas, — dit mistress Mcchlin, — que la présence de lord Ormsby pût ajouter un grand charme, à notre société. En tout cas, il n'est pas de mes amis. Sa vie entière ressemble assez au visage qu'il vous a montré à Genève; et dins une occasion sérieuse, — ajouta-l-cl e en fixant Matilda, — il a, suivant nui, fert mal agi. Je ne pardonne pas aisément à ceux qui offensent mes amis, et je serais désolée de le voir.

A peine mistress Mecblin avait-elle terminé sa phrase, que le servilore di piazza ouvrit la porte du s-alon, et bégûy* quelque chose comme un nom anglais. Presque en même temps, on vit entrer lord Ormsby.

Malilda alla au-devant de lui, non pas assurément d'ua air indifférent, it non plus, peut être, sans une certaine émotion intérieure, mais dfl moins ^.ins le moindre embarras. Aux questions de politesse qui lui furent adressées, il repondit qu'il était arrivé dans l'après-midi, et qu'après s'être informé de la demeure de .Matilda, il s'était empressé de venir lui présenter ses respects. Une plus longue conversalion aurait pu devenir inquiétante, car tous les regard* étaient fixés sur lord Ormsby, mais mistress Mecblin y coupa court, en disantavec son plus doux sourire:

— Cher lord Ormsby, que je suis heureuse de vous voir! Il y a long-temps que nous ne nous sommes rencontrés! Que je suis charmée de vous revoir!

Cet empressement de la part de mistress Mecblin «'était pas précisément feint, bien qu'il fût en complète contradiction ave les sentimens qu'elle venait d'exprimer. Il y avait longt mps, en effet, qu'elle ne l'avait vu, et elle ne pût s* défendre de le trouver remarquablement beau. Et toute femme qui, comme mistress Mcchlin, a conservé des prétentions,'-qui, de pu-, pressent la prochaine décadence dj ses charmes, saisit avec empressement l'occasion de faire une conquête.

Les manières de Malilda envers lord Ormsby, durant 1» reste de la soirée, n'eurent rien d'assez remarquable pour attirer l'attention des spectateurs imlitïcrens; lui seul le* trouva froides, contraintes, et plus réservées qu'elles ue r é pour une connaissance ordinaire qui serait »r-

rivée a l'improviste.

Cette ulée, l'indice le moins équivoque qui

pui n \ . les tendres sentimens d'une femme, e>i ton* jours, —chose étrange! — mal Interprétée par l'homme qui eu esi l'objet.

Telle fut l'i lord Ormsby qui, ce soir-la, quitta

Matilda riction qu'il avait été trait j avec une

i arquée. Aussi éprouva-t-il nn vague sentiment

dejalousi i uni orsi I c en se rappelant le sourire insigni'JaDl de l'un, l'empressement affecté d'un autre, les compliment étudia : • • I lai t ■ admiration do ton»,

MATILDA

SU

Apr's une-nuit sans so irtcr in-

génieusement avec l'idée que Matilda lui âvail Irop ouverter:if at donné à entendre, par ses manières, qu'elle désirait bc plus le revoir, Ormsby se leva de bonne heure, comme s'il ayail parfaitement dormi; et. bii n qu'il lut beaucoup trsp tôt encore pour songer a faire une visite du matin, il parcourut les mes qui conduisaient à la demeure de Malilda, er les yeux sur les personnes qu'il rcnc ntrait, ou sur quoique ce fut sur sud passade.

1! touchait au terme, de sa course, lors'iu'il fut arrêté soudain par sir James Dornton. qui venait de- sortir pour affaires.

— Enchanté de vous rencontrer, mon cher lord. — lui dit sir James ; — je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait en venant hier soir chez moi, et je regrette vivement de ne m'y être pas trouvé. J'étais allé à l'Opéra avec le baron Joulterdolt, le llanovrien. J'ai mille choses à dire à votre seigneurie, et peut être serez-vous assez bon pour venir avec moi. Je vais chez un armurier -qui de». cure a deux pas d'ici.

Lord Ormsby hési;a pendant un instant. Ce n'était nullement dans le but d'accompagner sir James qu'il était sorti de si bonne heure, et il chercha à s'excuser.

— J'allais précisément... — conimença-t-i! ; puis la réflexior- l'empêcha d'avouer au baronnet qu'il avait l'intention de faire une visite à Malilda, et il se décida à l'accompagner.

Que de fois les circonstances les plus ordinaires et les plus simples en apparence produise»' les événemens les plus graves! lie fut, en effet, la subite détermination prl:.e sans arrié-e pensée par lord Ormsby, qui de ;ida de son avenir et de celui de Maiilda.

Sir James était un de ces hommes qui, avant de partir pour l'Italie, croient nécessaire de se munir d'une paire d excellens pistolets anglais pour se défendre, en cas d'attaque, contre tout un monde de brigands, qui, s'ils viennent à vous attaquer en effet, sont embusqués derrière un mur et tirent sur vous sans se montrer jamais. Maigre cela, sir .lames se croyait en s leurité, grâce ;\ ses pistolets de p iche; ei comme l'un d'eux était en mauvais état, il l'avait port- lui-même chez un célèbre armurier du voisinage pour la faire réparer, i : il allait voir s'il était prêt.

Il entra donc dans la boutique de l'armurier. Eu l'attendant, lord Ormsby demeura sur le seuil de la porte, tournant le dos à la boutique et ne donnant aucune attention à ce qui se passait a l'intérieur. Il ne fut doue pas témoin de l'indignation de sir James l< rsque l'armurier lui présenta i in pistolet rendu méconnaissable par la prétendue réparation qu'il y avait faite.

Après de violente : Imiaées en une nue de,

pat- is eorop ise de mo s fraui ai James s'é ai;

eui'ii : combien il lui devait.

— Ah ! conte cuole, — nienie,

— Allez au dia li

— Dieci, — répéta l'itali iglspour traduire le mol par la pan

\ .. sle, sir James,

Imaginant que :'a tion i rail plus i

s'emparer du pisloict p ir ouper epurt à la dis-

ré par cette ; ■ se s srvil

i: ira l'a len ion d'un troisième

! i. lia uard a 1

• nr,- \ tre CCU velu

en prali

En entendant du bruit dans la boutique, lord Orm n tourna i ;uc luemént ei vil le m i.r sii< l . — i.

tenait .sir James à la gorge, el de l'autre s'apprêtait à faire usage de son • outi au vie chasse. Une seconde de plus, et c'en élaitfditde sir James, si lord Ormsby ne se fût précipité temps pour détourner le coup, en repoussant rudement l'assassin qui a a furieux sur ssn nouvel adversaire, lit tandis que lord Ormsby se préparait à le châtier, le misérable lui plongea son arme dans le coté, à deux reprises diJcfentes. Lord Ormsby saisit le meurtrier c! l'étreignîl convulsivement pendant un moment; puis, prise comme s'il eut agi volontairement, il chancela et tomba, saur, faire entendre un seul gémissement, sur le sol qui fui bic ilôt inondé de sang.

Le premier mouvement de sir James fut naturellement de se précipiter vcrsJord Ormsby. et l'assassin profila de ce moment pour s'échapper.

Lord Ormsby semblait être dans un élat désespéré, bien qu'il donnât encore signe de vie ; mais les flots de sang qui s'échappaient desa blessure présageaient une mort prochaine. Eu ce moment, le propriétaire du couteau de chasse ayant servi à la perpétration du crime, entra pour le réclamer, et en reconnaissant en lui le courrier de la famille Hobson , sw James l'appela à son aide.

Pierre qui possédait cette sorte de routine chirurgicale assez commune parmi les gens de sa profession, réussit, à élancher momentanément le sang des blessures; puis il conseilla de transporter de suite lord Ormsby dans un lieu plas convenable, sans attendre l'arrivée d'un chirurgien. Il élalt impossible de transporter le blessé à sa demeure, beaucoup trop éloignée.

— Chez moi , chez moi ! c'est à deux pas d'Ici , — s'écria sir James.

Puis, laissant au courrier le soin de faire transporter lord Ormsby, il courut aussitôt informer la police, atln qu'elle se mît à la poursuite du meurtrier. Mais il ne lui vint pas un seul instant à l'esprit la pensée d'aller, de préférence, prévenir Mali da, pour lui épargner le coup que pouvait lui porter la vue soudaine d'un mourant apporté dans sa maison.

Ce jour-là, Malilda s'était levée satisfaite intérieurement da sa conduite delà veille à l'égard d'Ormsby, et cependant i - réjouissait, en dépit d'elle-même, en songeant qu'elle allait bientôt le revoir. Malgré tous les motifs qu'elle avait d'èire triste, sa gaité naturelle se reflétait en ce moment sur son visage épanoui.

Elle descendit d'un pas léger l'escalier de marbre qui, de ses appartenons, conduisait dans la cour. Au même instant le lugubre cortège, précédé par Pierre, montait les premières marches.

Aucune parole ne saurait rendre le cri déctlrant qu'elle

lit entendre à la vue de ce terrible spectacle. Les hommes

iefs qui portaient le blessé frissonnèrent eux mêmes en

ni c cri, et se sentirent émus de pitié pour cette

pa re dés liée i.e cri eut aus»i la puissance défaire sortir

le de sa léthargie, résuliai que tout l'art du plus habile

praticien n'aurai! assurément pas obtenu. Ses lèvres livides

trembl .t. et il entrouvrit ses paupières par

|uo imperceptible.

Matilda tomba êvan uic a

pue le chirurgien qu'où avait envoyé chercher, et qui d • poser un appareil sur les blessures de lord Ormsby, entra dans l'appartement de Matilda pour lui annoncer il n'étail pas perdu, il e COU mc:c ail à se remettre peu à peu du choc qu'elle avait reçu. Elle demanda l à voir le Me isé, 1 1 en faisant cède demande, sa il un tel ég ire lient, eue le chirurgien, en -i: James et d i toule autre personne en droit de contrôler la volonté de Matiidi, oe erul pas pouvoir s'y opposer.

En ai alilda prl d ins ses mains la

by, et fixant ses regards sur son m i, immohlli . elle r-esla sourde aux instances qui lui Iressces pour la déi i 1er a s'éloigner. — Non, non, pas encore' — r pondait-elle d'un ton ré» soin.

nai i la vie, le ble<sé ouvrit les yvnx,

LORD NORMANBY

son premier regard tomba sur cette femme aimée qui, par sa douleur, révélait une tendresse dont le témoignage ne lui sembla pas payé trop chèrement.

Il éprouva un mieux sensible, soit grâce à ce remède puissant de l'amour, soit grâce à la force de sa constitution, et en le quittant, le chirurgien annonça qu'il était satisfait de l'état du blessé. Cette heureuse nouvelle rappela Matilda au sentiment des convenances. Une garde attentive fut placée par elle près de lord Ormsby, et elle avait quitté sa chambre, lorsque sir James rentra après avoir fait de longues et inutiles recherches pour trouver la justice.

Nous avons depuis quelque temps, aimable lecteur, un peu négligé la famille Hob? on. Comme vous connaissez mieux aujourd'hui le caractère des personnes qui la composent, peutêtre aimeriez-vous mieux vous abstenir de toute intimité avec piles; mais elles tiennent de trop près à une personne dont le sort m'est bien cher, pour que je puisse vous permettre de rompre entièrement avec leur société.

Le jour où vous avez appris leur arrivée à Rome, envoyant leur courrier Pierre dans la boutique de l'armurier, les daines Hobson étaient, comme d'habitude, réunies dans le triste et sombre salon d'un vieux palazzo, armées d'aiguilles, de ciseaux et de toutes ces armes primitives en usage parmi les amazones pour essayer de tuer le temps.

■Mais le vieux père Temps soutint un rude combat contre ces dames, et déjà, par de fréquens bâillemens, elles avaient reconnu sa puissance, lorsqu'elles reçurent le renfort de deux auxiliaires qui, depuis quelque temps, les avaient plus d'une fois aidées à passer une heure ou deux avec moins d'ennui.

Les deux auxiliaires en question étaient nos connaissances de Milan, lj révérend monsieur Simperton et son pupille, le jeune Woodhead. Ainsi que nous l'avons déjà dit, monsieur Simperton était très désireux de cultiver l'intimité de la famille Hobson. 1) s'était dit, en effet, qu'une femme avec une dot de vingt mille livre* sterling augmenterai; assez agréablement sou mince revenu qui lui suffisait à peine pour faire blanchir son surplis et acheter ses sermons. Ainsi dorée, il se sentait de force à avaler une pilule matrimoniale de la taille de miss lîetty Hobson elle-même.

Il espérait aussi persuadera son pupille de rendre hommage ani charmes de la soeur cadette, miss Anne; et alors quelle brrilanie perspective s'ouvrirait devant lui!

Celte pensée évoquait à ses yeux des visions indistinctes, représentant les succulens repas et le Champagne frappé de Woodhead Hall. Puis il se voyait revêtu d'un costume de chasse d'une nuance cléricale 'puis enfin il se voyait évêque.

Avec d'aussi douces espérances, on ne sera plus étonné d'apprendre qu'il avait passé toute la matinée à persuader à son docile élève qu'il était de, son devoir de déclarer ses sentimens à miss Anne Hobson. Monsieur SinipeftOn avait Obtenu le succès le plus complet, et le pupille obéissant avait promisde faire, sans plus attendre, une demande en mariage. Mais la chose était pins facile à dire qu'à faire, ou plutôt plus facile à penser qu'à dire, car monsieur Woodhead avait le malheur d'être fort timide; et. bien que mi<s Anne Hobson n'eût rien de redoutable, toujours est-il qRe l'homme le plus résolu éprouve inévitablement une certaine défiance en s'adressant à une femme a laquelle il donne le droit de rejeter ses offres.

Cependant, grâce à des circonstances favorables, monsieur Woodhead parvint à recouvrer toute sa présence d'esprit. Mislress Hobson était généralement plus désœuvrée que ses tilles, et depuis qu'elle était installée à Rome, OU elle ne trouvait pas à occuper son temps aussi agréablement qu'a Manchester, el'e ;uait déjà commencé à infliger à sa famille le supplice de ses étonnemens habituels à propos de rien, — J'aimerais à savoir. - disait-elle, — -'il neige Jamais ici ' J'aimerais à savoir quanti mourra le pape!

Après une foule de remarques dans le même goût, sorte d'occupation à laquelle se livrent avec passion les gens qui ont peu de choses à faire ou peu de pensées à nourrir, mislress Hobson avait, à la fin, quitté le salon pour aller voir ce que faisait monsieur Hobson.

En son absence, monsieur Simperton avait été reçu par miss Hobson avec cette charmante petite pétulance que, par tradition, les jeunes miss des pensionnats apprennent à considérer comme le supplice nécessaire qu'elles doivent infliger à un adorateur impatient. Monsieur Simperton s'y soumettait avec toute la résignation d'un humble poursuivant.

Après l'avoir suffisamment tourmenté, miss Hobson lui rendit enfin ses bonnes grâces, et tous deux allèrent s'installer dans l'embrasure d'une fenêtre pour causer à leur aise, et permettre à monsieur Woodhead de donner un libre cours a ses sentimens secrets.

Mais le jeune gentleman avait fait de vains efforts pour entrer en matière, et miss Anne, qui était la plus silencieuse personne de la famille, ne se prêtait nullement à le sortir d'embarras. Assis sur le bord du sofa, il suivait d'un oui terne et stupide l'aiguille de sa belle, et ce ne fut qu'au bout d'un certain temps, qu'il dit, d'une voix étouffée par le mouchoir qu'il s'était enfoncé dans la bouche :

— Il fait bien chaud, miss Anne.

— Très chaud, — répondit sèchement la jeune personne.

— 11 fait plus chaud ici que dans le comté de. Chester, — reprit-il après une pause.

— En vérité?

— Vous n'êtes jamais allée dans le comté de Chester?

— Jamais.

— Miss Anne, je désire, — je serais enchanté, — je voudrais bien... — je... — si...

Ces mots semblaient annoncer qu'il allait en venir au fait, mais il était écrit que miss Anne ne serait pas encore instruite de ses désirs et de ses vœux ; car, à ce moment plein d'intérêt, mensieur Woodhead fut interrompu par l'arrivée deTom Hobson, dont la physionomie annonçait une grande agitation.

— Ehibien! s'écria-t:il,— il se passe de belles choses! Par Saint George, nous vivons dans un joli pays?

— Que se passe t-il donc? —demanda lt? couple assis sur le sofa. — Que sepasse-t il? — répéta le couple qui se trou- %ait à la fenêtre.

— Ce qui se passe ! je vais vous le'dire! Nous allons être tous assassinés, et l'on a déjà commencé.

A cette horrible nouvelle, les jeunes personnes poussèrent un cri perçant, et Tom continua :

— Lord Ormsby et mon oncle Dcrnton ont été attaqués, ce matin, au cœur même de la ville, par des bandits déguisés : ilsontluélord Ormsby,mon onde est très malade, et si Pierre n'avait pas tué de sa main deux de ces brigands j'ai vu «on couteau taché de sang), ils allaient massacrer tous les Anglais qu'ils auraient pu trouver.

— Vraiment ! quelqu'un a-t-il été tué?— demanda Simperton qui crut reconnaître une certaine exagération dans le rapport confus de Tom.

— ()h! oui: lord Ormsby est mort, j'en suis certain, car j'ai vu plusieurs personnes qui parlaient de cet événement. Sir George Dowercourl disait que la baron n je et les pr ip télés allaient passer à mi^s ^rlingford. qui deviendrait > nsi un parli superbe.

L'interruption tin tête-à-tétc de Woodhead tit ci comme on doit bien le penser, le peu d'idées confuses qu'il avait eu tant de peine a rassembler, et ajourna, pour le présent, ra proposition qu'il voulait adr. sser à miss An ie Hobson.

Il suffira d'apprendre an lecteur, sans le retenir pin temps dans la société des personnes m question, que, quelques jours après, cette proposition fui laite avec si Le lieu choisi, à rel effet, par w < dhead, était la salle gone «lu Vaiican, dans laquelle est placé l'Apollon du Belvédère, circonstance qui. du reste, n'inspira pas ^ i im ureux, un langage plus poétique. Et ce fut là. que miss s nne Hobsi l - veux do h f-d'i sr ■••

MATILDA

tomber un tendre regard de consentement sur la sotte et piètre personne de son futur époux.

A quelques jours de la, le révérend monsieur Simperton, avec un mépris-digne d'un boa protestant pour les momeries papales qui se passaient autour de lui, saisit l'occasion des vêpres de Saint-Pierre, pour faire sa déclaration à miss Betty Hobsonquila reçut le plus gracieusement du monde.

Enfin, au grand contentement du révérend, la double union fut résolue.

Pendant plusieurs jours, on désespéra de sauver lord Ormsby, et il y eut une lutte longue et douteuse entre son excellente constitution et des blessures qui, pour la plupart des individus, eussent été mortelles.

Ce long suspens fut terrible pour Matilda dont la douleur était encore augmentée par mistress Mechlin et sir James qui, ebaque jour, après dîner, discutaient avec un sang-froid parfait les chances de salut du malade.

Sir James qui se piquait de posséder quelques connaissances en chirurgie, affirmait qu'un miracle seul pouvait sauver lord Ormsby. Quant à mistress Mechlin, elle portait ses prévisions plus loin encore; elle cherchait à deviner qui épouserait miss Arlingford, après la mort de son frère, et elle regrettait que lady Ormsby ne lût pas précisément la femme qui convenait, pour mettre la jeune personne en évidence.

Le lendemain du fatal événement, un courrier avait été expédié à lady Ormsby et à Emily qui étaient restées a Genève, d'après l'avis des médecins ; ils avaient, en effet, déclaré que le climat de l'Italie, suitout en été, serait très dangereux pour la santé de lady Ormsby.

Cependant, il était a peu près -certain que ces dames se bâteraient de pariir pour Rome en apprenant la triste nouvelle; mais la distance était considérable, et avant qu'elles eussent eu le temps d'arriver, l'état du malade s'était singulièrement amélioré.

Bien qu'il fût excessivement affaibli, et qu'il n'offrit plus que l'ombre de cette mâle beauté, si remarquable lorsqu'il était florissant de jeunesse et de santé, on le jugea en état d'être transporté sur un sofa dans l'appartement voisin, où Matilda avait l'habitude de passer ses matinées avant cet événement.

Sir James commençait à s'ennuyer du séjour forcé qu'il avait cru devoir faire à la maison durant la période du danger, et il lui tarda de retourner à la routine de ses excursions interrompues. Cette impatience fut d'ailleurs activée par mistress .Mechlin, qui s'était de plus en plus insinuée dans ses bonnes grâces en continuant à lui administrer des flatteries, dont les doses les plus fortes même étaient prises par lui sans la moindre répugnance.

Comprenant, toutefois, qu'il ne pouvait laisser lord Ormsby dans la situation où il se trouvait, sans manquer aux plus stricts devoirs de la reconnaissance et de l'hospitalité, sir James, d'après les conseils de son amie mistress Mechlin, jugea naturellement très convenable de conlier à Matilda le soin de le remplacer près de lord Ormsby.

>utre héroïne se munira d'abord contraire a cet arrangement qui, tout simple qu'il fût, aurait pu sembler étrange aux yeux du monde -, mais enfin, grâce aux piquantes observations de son ancienne amie, mistress Mechlin, et au tendreintérêl que lui inspirait la position de lord Ormsby, elle se décida adonner lessoiBS les plnstoucbans elles plus assidus a un homme que la souffrance rendait encore plus dangereux pour •lie.

Celte situation durait depuis plusieurs jours lorsque lady Ormsby et Emily arrivèrent, après un voyage dont l'extrême rapidité pouvait avoir des suites funestes pour la santé de lady Ormsby. Elles trouvèrent .. malade beaucoup mieux qu'elles ne .'espéraient, i ar la crise était passée, et tout présageait un i établissement, lent à la vérité, niais certain.

Lorsque !a<!y Ormsby, que la fatigue du voyage et l'inquiétude avaient sérieusement indisposée, se sentitassez forte pour donner a son lils les soins que sa santé réclamait encore, elle voulut qu'Emily mit à profil le court séjour qu'elles devaient faire a Rome, d'après l'avis des médecins, pour voir toutes les merveilles qui se trouvaient à sa portée, et Matilda, malgré le charme qu'elle avait fini par trouver dans les soins de chaque instant qu'elle prodiguait à lord Ormsby, ne put se dispenser d'accompagner sajeune amie dans ses excursions.

Plusieurs circonstances de nature à révéler à lady Oru»sbj le danger d'une liaison trop intime entre son dis et lady Matilda lui avaient été cachées avec une grande circonspection, mais les dispositions et la manière d'être de lord Ormsby, 1* plongèrent, à ce sujet, dans une bien vive inquiétude.

Nous ferons mieux comprendre les alarmesde lady Ormsby en rapportant un entrelien qu'elle eut avec Matilda laveillede son départ de Rome, départ auquel elle fut, à contre-cœur, forcée de se résoudre et qu'elle ne pouvait plus différer, car la chaleur compromettait gravement sa santé, et son existence était trop chère a sa fille pour qu'elle négligeât les moyens de la prolonger.

Ce jour-là, dans l'après-midi, tandis que lord Ormsby reposait, lady Ormsby et Matilda se trouvèrent seules. Emily, accompagnée de quelques amis, était allée pour la dernière fois à Saint-Pierre.

Lady Ormsby avait quitté son ouvrage et regardait Matilda avec une expression de sollicitude qui tinit par attirer l'attention de notre héroïne. Matilda embrassa tendrement sa respectable amie, et lui dit :

— Chère lady Ormsby, pourquoi me regardez-vous si tristement, j'allais presque dire sévèrement, si je n'étais certaine de n'avoir pas encouru vos reproches? et je saurais lire, assurément, dans vos yeux un reproche mérité.

— Parfois, —répondit lady Ormsby, —une mère qui ne veut pas U3er du privilège que ce titre lui donne, témoigne ses appréhensions par un regard lorsque sa bouche n'ose pas articuler un conseil.

— Oh! maintenant, — répliqua Matilda, — je suis sûre d'àvoir, bien que ce soit à mon insu, commis quelque faute qui fait que vous ne m'aimez plus autant que vous m'aimiez autrefois; autrement, vous n'hésiteriez pas à me la reprocher, cjr lout ce que j'ai appris de bon (et c'est bien peu de chose, hélas I) c'est à vous que je le dois.

— Ma bien ibère Matilda, je ne pourrai jamais vous aimer moins, et vous m'êtes aussi chère que ma propre fille. Le sujet auquel j'ai fait allusion est difficile et délicat, pour moi, plus que pour toute autre personne au monde; cependant, puisqu'ilvous touche, je vaincrai toutes Bies répugnances, et je l'aborderai, bien qu'en tremblant. Vous avez rai* son; de moi seule, autrefois, vous avez reçu des conseils, mais je n'ai pas mérité toute la gratitude que vous me témoignez, car, quoique je n'aie rien à me reprocher à l'endroit des principes que j'ai voulu vous inculquer, je me reproche cependant mon indulgence pour certaines choses de la vie. J'ai fait pour le mieux ; et po.irtant, au fond de ma conduite, et maigre moi, il y avait peut-être un certain égoïsme. Je souhaitais, au déclin de ma vie, de voir heureusement unis deux êtres qui m'étaient également chers et qui semblaient formés l'un pour l'autre. Oui, tel était le vu»u le plus ardent de mon cœur.

Matilda ne répondit rien, et ses yeux baisses demeurèrent immobiles, mais des larmes brûlantes, roulant sur ses joues, témoignèrent de l'agitation de son amc.

Sans paraître remarquer l'émotion de Matilda , lady Ormsby lui prit affectueusement la main et ajouta :

— Au point de vue de la prudence, on aurait pu critiquer l'encouragement que je donnais A des sentimens qui pouvaient, cumine le temps ne l'a que trop prouvé, devenir une

il infortunes au lieu de créer la félicité. Mais peutêtre puis je alléguer comme excuse le bonheur domestique dont j'avais joui moi-même.

Ce bonheui lut bien court , et je sentais que ma carrière étaii terminée. Oui, toute idée de plaisir fut abandonnée par moi depuis la mort de celui pour qui seul j'avais vécu. Mai»

sa

LOitD NORMAJV&Y.

en voyant AugusLus si semblable à son pi re; en vous voyant Matàlda, plus richement douée, mille fois, que je ne t'avais jamais été moi-même, est-il étonnant que j'aie désiré réjouir ma vieillesse par la contemplation du bonheur de ceux qui M'étaient si chers? Mais pourquoi rappeler ce temps qu'il vaudrait mieux oublier, puisqu'il ne peut plus revenir?

— 0!) ! je vous en supplie, continuez.— dit Mai ilda,— laissezmoi revivre par la pensée dans ce temps, le seul heureux qui m'ait été réservé.

— Mon, chère enfant,— reprit lad) Ormsby;— ce n'était pas dans l'intention de réveiller de vains regrets que j'ai trouvé la force de vous parler ainsi.

Dieu sait quelle est ma tendresse pour Augustus, et combien il m'en a coûté de contrarier ses incliunlionset même ses moindres désirs! Je sens que votre présence lui a sauvé la vie. Je Mjosauss! que s'il vous perdait, il pourrait mourir de douleur. El pourtant, je suis forcée de vous dire que vous devriez vous séparer.

— Oh ! non, chèrelady Ormsby,— répliqua Matilda.— Pourquoi nous séparer? Entre nous, pas un mot n'a été prononcé que vous n'eussiez pu vous même entendre; pas un sentiment n'a été révélé que vous eussiez pu désapprouver.

— Demandez a votre cœur, — répondit lady Ormsby, — si vous pouvez ainsi répondre de ses sentimens'. Oui, vous êtes innocente en paroles et en actions; mais l'êtes- vous en pensée? Cette extrême répugnance à vous séparer ne suffit-elle pas a prouver qu'il est un homme pour qui vous entretenez une préférence incompatible avec vos devoirs d'épouse?

— D'épouse' — répéta Matilda.— Oui, je suis mariée, et tout ce que j'ai souffert, tout ce que j'ai à souffrir encore, est un juste châtiment, carj'aimais Augustus Arlingford, et j'ai consenti à en épouser un autre I Pardonnez-moi, bien chère lady Ormsby, j'ai tort de parler ainsi.

Je ne prétends pas me plaindre des suites de ma propre folie, mais vous ne savez pas tout ce que j'ai souffert avant de trahir la foi promise à Augustus,— a moi-même — La conlirmation perfide de son inconstance, — l'irritation de mon seul parent,— l'absence d'un véritable ami, —les persuasions insidieuses d'une femme qui cachait ses desseins sous lesappan ncc9.de l'amitié, et en qui j'avais toute confiance;*— tout cela .. — mais pourquoi,— contiiiua-t-e'.le après un instant de silence, — pourquoi m'efforeer d'atténuer mes erreurs ?— Puis-je dire que je ne connaissais pas alors le caractère réel de l'homme auquel je me suis unie pour la vie? Non, je n'ai même pas cette excuse; car si grand qu'eût pu être son mérite, je sens aujourd'hui que j'aurais regretté, toute ma vie, l'union que j'ai contractée, et dont je dois supporter seule l'irréparable malheur.

— Dans ce malheur,— répliqua lady Ormsby, —il vous reste des consolations que vous puiserez, plus tard, a des

plus nobles querelles du monde. Je n'aime pas à parler de moi, mais je vous dirai que la religion m'a aidée à supporter l'infortuné qui m'a frappée, quand j'étais bien jeune encon Mais ces principes religieux m'avaient été, de bonne heure, inculpés, ils étaient le résultat de mon éducation. Vous n'avez pas été élevée dans ces idées, Matilda, et je l'avoue, quand je songe à la poignante amertume de votre existence, aux passions impétueuses d'Ormsby, et à la trop vive tendresse de vos cœurs, je tremble pour mes enfans !

— Oh! chère lady Ormsby, — dit Matilda,- ne croyez pas que. je fasse jamais rien qui puisse me rendre indigne de vous êtd'Emily.

— Ma douce et chère enfant, — répondit lady Ormsby,— je vous aime tant et votre affe, tion pour nous, je le sais, est si tendre et si sincère, que je voudrais une base plus ferme à votre sécurité. Ce n'est pas l'approbation d'une amie, si i hère qu'elle vous soit, qui vous pourra vous protéger contra un danger si imminent. C'est plus haut que vous devez chercher cette protection ; je ne cesserai de prier Dieu de vous l'accorder, et

Les conseils de cette excellente femme furent interrompus par la voix, faible encore, de lord Ormsby qui les appelait dans l'appartement voisin ; car son repos habituel avait été troublé par le désir qu'il éprouvait de voir sa mère, autant

qui po île, p ir. Ce motif empêcha lady

insqui,p tt-étre, auraient

été bien utiles à Mati da, et ce fui >li d'ap-

ions tropM'ondées que lady Ormsby l'abaadOBna>à sort soi t. après d'affectueux adii

Lady Ormsby n'avait que trop bien prévu les dangers qui menaçaient Matilda. A mesure qu'Ormsby se rétablissait, Il devenait doublement difficile pour elle de voir sans émotion l'éclat de ces regards éloqnens qui semblaient ne se ranimer que pour la contempler, et d'entendre sans trouble les sons mieux accentués de cette voix mélodieuse dont la puissance semblait ne lui avoir été rendue que pour ajouter à la ferveur de son admiration passionnée. Il était pénible de quitter tout cela pour endurer la mauvaise humeur et la sottise d'un homme que, s. ul, elle aurait dû écouter avec ravissement, et pour ces yeux sans expression, cettcphysionosiie insignifiante que, seuls, elle aurait du regarder avec amour.

Le rêve auquel Ormsby et Matilda s'abandonnaient alors était délicieux : ils n'osaient s'en rappeler le commencement ni en prévoir la fin. Mais ils devaient être bientôt réveilles de cet enivrant bonheur par l'événement qui faisait leur joie, tout en les avertissant do sa fin prochaine, — par le rétablissement d'Ormsby. Sa complète guérison ne semblait pas devoir lui laisser plus longtemps une excuse pour différer de quitter le palazzo désir James: il fut donc convenu qu'il retournerait a sa demeure après la première promenade que le médecin lui avait permise.

On choisit, pour but de cette excursion les jardins de Pauiphyli-Doria que toute la société voulait visiter, attirée par le charme d'une véritable température de printemps.

Sir James, toujours impatient de la moindre contrariété, témoigna de l'humeur d'être obligé, par une journée, si d'attendre Matilda (elle était allée, le malin, poser chez le sculpteur qui faisait son buste); mfclress Mecblra proposa aussitôt que sir James, le colonel Canteen et elle-même partissent pour la promenade: lord Ormsby (qui ne devait pas demeurer aussi longtemps dehors) irait cher, lier Matilda chez le sculpteur, et viendrait les rejoindre dans les jardins.

Ormsby ne pouvait consentira cet arrangement ave« pins d'empressement que n'en montra le baronnet; et Matilda, qui eiait déjà sortie, ne put être consultée. Quand Ormsby, seul, vint la prendre chez le sculpteur, elle ne crut pas nécessaire d'inventer quelque misérable objection pour te soustraire I un arrangement sur lequel on ne lui avait pas demandé soi avis.

Ils se rendirent donc aux jardins de Pamphyli Doria, où ils se promenèrent longtemps seuls, en savoura les dernières heures de cette intimité sar;s contrainte dont les circonstances récentes leur avaient permis de jouir.

Le temps et le lieu n'étaient pas seulement en parfaite harmonie avec leurs sentimens mutuels; on eût pu y voir on présage des périls secrets de leur situation. C'était une de ces journées enchantées où l'âme de la nature semble rajeunie; et la, dans ce lieu favorisé, au milieu de des beHes soIHades formées exprès pour nous enlever aux soucis grossiers du monde, son radieux sourire nous attire et nous enivre dans l'oubli de tout ce qui n'est pas la jouissance présente. Mais hélas ! la brise exhale le mortel poison de la ,.i<; 'aria dans ces . embaumes qui murmurent d'amoureux soupirs, et les Heurs épanouies recèlent la mort dans leurs frais calices! Matilda et Ormsby avaient erré longtemps auprès d'une de ces fontaines solitaires qai ornent (unique. -rois des points de vue des jaMins. Même aux yeux d'Ormsby, jamais Matilda n'avail paru (dus charmante, la simplicité de sa toi- 1, lie du matin ajoutait à la perfection de ses formes Je ne sais quelle grâce nhéree; et la sérénité avec laquelle elle s'abandonnait aux plus doux sentimens de son cœur, donnait une expression de tendresse in licible à ses traits antiques. Tout-a-coup, en levant les yeux sur celui qui occupait toute.-

MATILDA

ses pensées et on rcneonl n regard plein d'adoration,

... ;-|. e des ti tifffance avait laissées sur

sun mâle et beau vis i a l'arracha aux douces sen-

sations où se rep u Celait à la maladie, à la

souffrant eur rétente ! Cet œil cave,

celte joue pâlie portaicnl lestraces du douloureux évéi qui leur avsil pro ui ; passager.

Émue de ces pensées, elie s'appuya sur labalustri marbre, et, faisant un effort pi ur se remettre de son [rouble, elle détourna la tête. Dans ce mouvement, des larmes qu'elle voulait ea vain retenir s'échappèrent de ses yeux noirs et allèrent tomber dans les eaux bruyantes de la fontaine au-dessus ifi laquelle elle était penché* .

m son émotion ni l'effort qu'elle avait fait pour la cacher ne furent perdus pur lord Ormsby. li lui serra doucement la main, et s'avançant comme pour surprendre l'expression de ■~.n \isage qu'elle détournait encore:

— Quoi! — lui dit-il, — Matilda peut-elle chercher dans ces eaux bouillonnant, s la consolation de ses peines, et refuser sa confiance a celui dont elle ne saurait prendre, le silence pour de l'insensibilité?

Elle tourna lentement vers lui ses yeux humides, et appuyant sa tête sur le bras d'Ormsby, elle pleura amèrement. Ormsby ne put se contenir plus longtemps.

— Matilda chérie, — sYvria-t-il, — toute contrainte est désormais impossible. — Ne croyez pas que j'aie pu être si longtemps témoin d'un malheur si peu mérité sans en être touché 1 :i homme qui vous adore, qui sent toute la puissance de ces cliarn.es dont l'imagination la plus ardente rêverait à peine l'exquise réunion, pourrait-il voir de sangfroid cette beauté i rofanéc par un être incapable d'en sentir le prix et ii. : iféder plus longtemps! Tant que j'ai cru être seul à souffrir du malheur de noire séparation, j'ai pu ■ l'écrasant fardeau de ma '

Mais lorsq pour celui qui vit cl

bonheur seul, >e b< ifié tous les jours à

lualicm qui n'aurait jamais dû i xisler, je ne puis an van fa ge l'entra memei sympathie qui,

depuis nuire premi . nous ont appris qu

étions fai.s l'un pour l'autre. Vous devez être à moi, — à moi seul, — irmoi trs !

— Arrêtez, Augu tié, taisez-vous. Je le nierais en vain, l'ani .ur que i nais autrefois n'a jamais appartenu a un autre. Les évi nemens se si ur rani- BUtrenmoidc le s'étaient jamais effacés. Ma vie intéi il itc, est devenue par vous doublement affreuse, car la paix de mon àme est détruite, et j'ai perdu ma pn auverce qu'il me reste encoro

p s et d'innoc is qu'il faut que nous nous

éloignions l'un de l'autre. Oui. à l'instant même ; laissez-moi, laissez-moi, par piik !

— Jamais! —dit lord Ormsby , — que notre fauli si c'est une faute, retombe sur la tête de ceux Boni les indignes machinations nous ont séparés! Les liens qui maintenant vous enchaiuent, forgés par lejnensonge, rivés par une basse cruauté et dans des vues purent t, ne pourront jamais séparer deux cœurs que la pa >sion la plus pure avait unis.

— Cher Auguste, — ne cherchez pas a vous abuser par des sophismes qui ne peuvent pas nu mon cœur prévenu. Pourquoi rappeler le bonheur dont nous aurions pu jouir? A quoi bon, auj urd'hui ? Je suis la femme d'an autre! s'il m'ei t impossible de rem] lii en esprit > devoirs que cet état m'impose, je dois obéira la lettre des obligations que j'ai contractées. Les violer ferait un crime pour lequel le monde n'admettrait pas des disti': tious Imaginaires. Croyez-vous que je puisse endurer jamais !.i honte de voir répondre à mes sourires par des railleries méprisantes? Lurais-je le courage d'affronter les reproches de votre sainte mère, et de la chère. de l'innocente Emilyl Plus leur tendresse chercherait a les adoucir, plus ils seraient dechirans pour moi. Oli ! Augustus, je rougis de penser inie nous ayons pu si longtemps parler d'un tel sujet. Croyez-moi, notre seule sûreté est dans la séparation.

— Un moment encore, écouttz-mol,— dit lord Ormsby aves

une émoti n -i violente qu< la rougeur soudaine de ses jou s et :f n de s > yeux lissiperent un instant les traces leur que la mal. oie lui avait laissées, —je ne survivrais pas a un tel arri pitié vous auriez dit m'éup, le pi us cruel de tous, puisqu'il me insensibilité qui, seule, a pu vous inspiré* de si froids calculs. Pourquoi le moment où je vous vis, après ma n'a-t il pas ete le dernier de ma vie? Pourquoi avez-vous chassé cette vision ravissante devant laquelle mes yeux se seraient doucement fermés? Pourquoi vouloir effacer le souvenir de cette tendresse passionnée qui m'aurait rendu chère la mort elle-même?. .

— Grand Dieu! s'écria Matilda , celle exaltation va vous tuer !

Effrayée de cette passion qui n'était plus maltresse d'cllemême, Matilda n'avait pas osé quitter Ormsby. Ses alarmes s'accrurent lorsqu'elle vit. une pâleur mortelle succéder à l'éclat passager qui avait animé ses joues. Elle saisit sa main : en ce moment, l'appui seul de la balustrade à laquelle 11 se retenait l'empêchait de tomber anéanti.

Celte vue re oubla la tendresse de Matilda. 11 lui était maintenant impossible de quitter Ormsby, mais elle évita de renouer un entretien qui l'avait si profondément ému.

Ils s'assirent sur un banc de verdure. Matilda, les yeux fixés sur le visage d'Ormsby, y épiait avec anxiété le retour rt l'animation de la vie.

En ce moment ils furent aperçus du reste de la société qui arrivait par une terrasse plus élevée. Le custode, qui montrait les merveilles des jardins, fut le premier à les remarque?. Aviv cet instinct poétique naturel à ses compatriotes, il fut frappé de ht vue de ce groupe si harmonieusement place au milieu de celte belle scène.

— Ah ! che copia bella '. sembra degaa d'un Ud paradiso '. — s'écria-l-il.

— Hum! —cela ressemble plutôt au premier tentateur ou au serpent caché sous Plier; e, —murmura mistress Mexhlln,

v,' parlant a elle-même; cependant elle aitira l'attention du baronnet et du colonel Canteen sur le tete-a-tête de Matilda et d'Ormsby.

— Qu'est-ce donc? — demanda sir James qui n'entendait pas un mot d'italien, — que veut dire cet homme?

— Oh! rien, — répondit mistress Mechlin; seulement cet Eden a inspiré a notre guide sentimental une paraphrase im-

e de Milton. Il parait qu'il a trouvé ici un Adam et une Eve : Le couple le plus charmant qui se soit jamais u/ri dans les embrassemens de l'amour.

The Ioveliest pair Thaï ever since in love's embraces met.

Je ne suis pas forte pour les citations; cependant il y a encore après ces vers quelque chose a propos des lils et des

filles, qui n'a pas de rapport Mais ce passage : «llss'assi-

» rent a l'ombre d'un bosquet dont le feuillage murmurait » doucement au-dessus du gazon, au bord d'une fraîche foui taine. ■>

Entier a tuft of shade, ibat.on a green Êtood whispering soft; by a fresh fountaln side Tfcey sat theui down.

Voilà, vous l'avouerez, qui est toul-à-fait de circonstance.

— Au diable ce galimatias ! — dit sir James avec aigreur. Uïjstn ; surprise de l'émotion que

produisait sur sir James cette allusion enjouée à une chose d puis longtemps frappé ses yeux toujours ouverts e jour ,• lie avait prêté sur ce sujet a sir James une inditlér, née de bon goût.

- si la jalousie est quelquefois « légère comme l'un*, souvenl aussi il n'est pas plus facile de savoir ce qui la fait naître quede dire d'où vient

oli, aide a l'égard de l'intimité qui régnait entre Matilda et Ormsby, sir James passa tçut-i-coup, sans provocation apparente et sans aucun motif, à l'exoès contraire. H rejoignit lord Ormsby el Matilda sur la pelous* ou ils étaient restés; et lorsque lady Matilda l'informa que le

aw

LORD NORMAN BY

malade avait beaucoup souffert d'une extrême fatigue, il eut toutes les peines,du monde à faire une réponse polie.

Il pressa Matilda de partir, sous prétexte qu'il était lard et qu'on l'avait longtemps cherchée. Il insista pour que mistress Mechlin et le colonel Canteen prissent place dans sa voilure. Lord Ormsby, resté seul, monta dans la sienne pour retourner à sa demeure solitaire.

Privée du charme de la société d'Ormsby et tourmentée par un redoublement de mauvaise humeur de la part de sir James, riruônstance d'autant plus triste pour elle, qu'elle ne se sentait pas à l'abri de tout reproche depuis la scène de la promenade) Matilda trouva les heures bien lentes.

Le lendemain de cette promenade et dans la matinée, Matilda, délivrée de la présence de mistress Mechlin qui était allée à Frascatl avec quelques personnes, alla chercher à Saint Pierre le repos et les consolations dont elle avait besoin.

C'est à cette heure où tout est affaires et tumulte au dehors, que ces splendides solitudes sont surtout imposantes. Dans l'intervalle des cérémonies religieuses on n'y entend d'autre bruit que celui des prières murmurées du pénitent solitaire.

J'ai dit que l'éducation religieuse de Matilda avait été négligée. Sa famille avait été autrefois catholique. Pour des motifs politiques, son oncle avait renoncé le premier à la croyante desespères. Seule avec cet oncle qui avait pris soin de sa première enfance, elle avait été ostensiblement élevée dans les doctrines de l'Eglise anglicane.

Mais bien que lord Wakelield ne cessât de déclamer avec tout le zèle d'un converti en faveur de l'inséparable union de l'Église et de l'État, Matilda remarqua que, dans la pratique, il trouvait cette union entièrement incompatible avec ses habitudes ; non-seulement l'État réclamait exclusivement son attention six jours par semaine, mais dérobait même le septième à l'Église, attendu que lord Wakelield ne manquait jamais d'alléguer pour excuse l'importance des affaires, lorsqu'il négligeait les devoirs de ce jour.

Avec cet exemple constamment sous les yeux, et en l'absence de meilleurs principes, Matilda n'avait pas grandi en piété.

Mais avec son éducation imparfaite, et bien que les idées religieuses n'eussent pas assez de puissance pour contrôler sa conduite, elles avaient toujours exercé sur son imagination une grande Influence, et jamais elle n'entrait dans ce sanctuaire solennel sans un profond recueillement ; elle n'en sortait jamais sans des sentimens plus purs et des pensées plus élevées.

Loin de moi le désir de déprécier la remarquable pureté de notre culte réformé ou la simplicité de son énergique éloquence qui, dédaignant également le mystère sans but et les uiomeries pleines d'ostentation, ne s'appuie que sur la raison et la vérité.

Cependant, il est permis dépenser qu'en rejetant ainsi le secours de l'imagination, le protestantisme a peut-être trop limité ses moyens de persuasion, dans le louable but d'éviter scrupuleusement l'erreur.

Mais laissons là cette digression et retournons à notre héroïne. Tandis que, plongée dans ses reflexions, elle passait dans une des ailes encore désertes de l'église, son attention fut attirée par la vue d'un moine agenouillé devant un autel, dans une attitude de profond recueillement. Elle sut à peine pourquoi elle le remarquait. Il n'y avait dans son <ostuiue religieux rien d'extraordinaire. Ses traits vigoureusement accentués el l'ensemble de sa physionomie semblaient annoncer uue origine italienne. En l'examinant de plus pies, elle vit su* si tlgure une expression de souffrance ei de repentir qui aurait pu frapper l'observateur. Elle s'attendait peu à reflet extraordinaire qu'elle produisit sur ce moine au mo«

ment où il l'aperçut. Le changement qui s'opéra en lui fut si soudain qu'elle dut l'attribuer à la Mie, et elle se lui la de s'éloigner, tlais quelle fut sa surprise et son effroi en s'ap r evanlquele moine la suivait. On instant après il l'accosta el lui dit en anglais :

— Lady, un seul instant, — écoutez-moi 1 Matilda. je vous en supplie!

Bien qu'elle fût très alarmée, sa présence d'esprit ne l'abandonna pas, et elle lui demanda comment il pouvait savoir son nom.

— Je dois connaître celle que j'ai tenue sur les fonts baptismaux, dans celte église, —répondit-il; —vous vous nommez Matilda Délavai. —Je vous connais mieux que vous ne vous connaissez vous-même.

Au comble de l'étonnement, Matilda lui demanda où il avait pu la voir précédemment.

— Depuis longtemps, — dit-il, —je", priais le ciel de me donnerJa joie de vous voir. Enfin, ma prière a été exaucée. Si vous êtes encore aussi pure que vous l'étiez lorsque vous avez reçu le nom par lequel je viens de vous appeler; — si vous ressemblez par votre esprit autant que vous lui rassemblez par la beauté, a celle qui vous portait dans ses bras la dernière fois que je vous ai vue, — le récit que j'ai à vous faire pourra contribuer à votre bonheur; mais si, comme je le crains...

En ce. moment, le moine fut interrompu par les chants lointains d'une procession qui s'avançait de leur côté. Il craignit d'être surpris dans un entretien probablement proscrit par les règles de son ordre, et s'approchant plus près de Matilda, il lui dit tout bas:

— Je n'ose pas rester avec vous ; mais je vous en conjure, venez me retrouver ici demain, à l'heure du crépuscule. Ju ne sais quelle est votre destinée'présente. S'il est une personne qui ait des droits à connaître vos secrets, suspendez du moins la confidence de ce qui se passe entre nous jusqu'à ce que je vous aie dit ce que j'ai avons dire.

Puis, ayant jeté un long regard sur Matilda, il ramena son capuchon sur son front et alla se perdre dar's la foule qui suivait la procession.

Matilda sortit lentement de l'église et monta dans sa voiture pour retourner à sa demeure. Durant le trajet, elle sa perdit en conjectures pour deviner ce que pouvait être cet homme étrange qui semblait la connaître, et quel secret il pouvait avoir à lui communiquer. D'abord elle supposa que c'était un fou qui, connaissant par quelque étrange combinaison de circonstances son nom et sa famille, avait inventé tout us roman dans un accès de folie.

D'un autre côté cependant, la réserve singulière que son oncle avait toujours observée au sujet des particularités de son enfance, avait depuis longtemps frappé son imagination, et bien souvent elle s'était dit qu'il existait un secret de famille qu'on lui avait caché.

Elle résolut donc d'accéder à la prière du moine niv^terieux. En rentrant zupalazzo, Félicie, sa femme de chambre, lui fit part d'un incident fort extraordinaire.

— Oh! my lady, s'écria-t-elle, — devisez qui est arrivé pendant votre absence?

— Eh bien! parlez.

— Legarde-clias.se de Delaval-Park, mv lady, le vl«ux Boulby.

Malgré son invraisemblance, le fait était exact. Le vieux Dick Boulby, désespéré de voir li ■ pro rès du chemin de fer que sir James avait imaginé de faire construire dans son parc, et se voyant dans l'impossibilité d'empêcher un si grand malheur, avail pris la détermination d'aller trouver son maître ci sa maîtresse, fût-ce au bout du mond ■, pour les supplier d'interve quence,il s'était rendu à Londres,

et là, apprenant que sir .laines était a Rome, il était allé se faire enregistrer dans un des bureaux de i iaudilly.

wr

Une fois embarqué, il fut fidèlement expédié comme une balle de coton ; on se le passa de main en main, et un beau jour il arriva à Rome.'

Qu'on se figure l'élonneinent de sir James à la vue de son garde-chasse! D'abord, il le crut fou; puis, fatigué de sa persistance à parler de la destruction de la propriété, il lui ordonna de se taire.

— Me taire! — répondit Diek Boulby, — croyez-vous que c'est pour me taire que je suis venu jusqu'ici? Me taire, quand je sais qu'on va détruire notre parc!

— Si vous voulez rester à mon service, — interrompit sir James, — tâchez de vous montrer plus respectueux à mon égard.

— Resler à votre service! Pourquoi faire, puisqu'on détruit notre parc? Ah! mon Dieu ! comme les choses ont tourné, pourtant ! Et dire que tout cela ne serait pas arrivé si lord Ornisby avait épousé my lady, comme nous l'espérions tous!

— Lord Ormsby! —répéta brusquement sir James, — que voulez-vous dire?

— Ma foi ! si vous voulez savoir le fin mot de la chose, je vais vous le dire. Lorsque lord Ormsby, alors l'honorable Augustus Arlingford, fut sur le point d'épouser lady Matilda, tous les gens du pays en furent contens; mais lorsque vous vous êtes présenté, nous avons hoché la tête, car nous ne prévoyions rien do bon de ce côté-là.

— Quels sont donc les insolens qui ont pu supposer que lord Ormsby devait épouser lady Matilda? — demanda sir James.

— Les insolens! j'aime cela! Eh bien! les insolens, c'était tout le monde, puisque la nouvelle était connue de tout le monde.

La violence des diverses émotion'; que cette communication inattendue ex* ita dans l'âme de sir James fut trop forte pour s'exhaler en paroles, et il s'éloigna à l'extrémité de l'appartement. Au même instant, Matilda entra, et sans donner aucune attention au baronnet, elle lit un cordial accueil au vieil ami de son enfance. Les affectueuses paroles qu'elle lui adressa lui firent oublier ses chagrins et ramenèrent sur son front la placidité qui lui était habituelle.

—Vous devez être bien fatigué,sprès un aussi long voyage? — lui dit-elle avec un ton plein d'intérêt.

— Oui, un peu, my lady, et j'ai été drôlement ballotté dans cette grande caisse en cuir où j'ai passé toute 'a semaine dernière.

Dick Boulby ne put donner de plus amples explications sur son voyage, car, d'une voix annonçant une irritation contenue, sir James pria Matilda de le suivre dans la pièce voisine.

— Ainsi, madame, — commença ût James, vous avez réussi pendant si longtemps à détourner mes soupçons', que vous avez cru, sans doute, qu'il n'y aurait pas de tei me à la sécurité parlait;' qui vous permel de combiner les avantages matériels de ma fortune el de ma position avecla

lion sentimentale de votre ancien te ; assion.

— Sir James, — répondit Matilda avei dignil . -

puis comprendre dans quel butvo i en

n'insultant.

— Eh bien! madame, ji m réponses que

vous voudrez bien faire à di ux eu ez-vous

.ls a ceplc l'amour d ■ lord Ormsby? 1 n a été

ainsi, pourquoi me l'avez-vous caché ? i'iet ayez, tout récemment encore, encoura é sapas:

— Maintenant que vos questions, ! i

mêmes en substance, me sont adressées ou i I 'moins

offensante, — répondit Mali d i ;;■■

y répondre d« mon mieux. 11 est vrai',

de vous connaître, une intimité a exi>:

et moi, avec l'approbation de nos deux famill s. Plus tard,

des circonstances survinrent qui bri

cédant aux vives insfan

agréer vos hommages. 'I

mes engaj

•*e fût à omtr

même si, depuis notre mariage, vous avez jamais provoqué ma' confiance au point de m'amener a vous faire l'inutile aveu d'une circonstance qui intéressait non-seulement mes propres sentimens, mais ceux d'un homme vis-à-vis duquel je n'étais pas tout-à-fait exempte de reproches. Quant à votre dernière accusation, — celle d'avoir encouragé les attentions de lord Ormsby,— un instant de réflexion vous prouvera combien cette accusation est peu fondée. Loin d'avoir encouragé lord Ornisby, je l'ai, au contraire, évité avec tant de soin, pendant un temps, que vous-même en avez fait la remarque. Et quant à la circonstance qui a renoué, tout récemment, notre intimité, la simple reconnaissance aurait pu vous faire souvenir du peu de part que j'ai pris à son origine.

Il y avait-en Matilda, répondant ainsi à la violence de son mari, un air calme de dignité blessée, qui sembla ébranler la conviction de sir James.

En ce moment, un domestique entra, tenant à la main l'album que lady Matilda avait cherché vainement à Genève.

— My lady, — dit il , — le valet de chambre de lord Ormsby a hissé ce livre ainsi que plusieurs autres objets. II a dit que ce livre avait été perdu le jour où votre seigneurie et lord Ornisby se rencontrèrent à Genève, et il suppose que sou maître l'aura emporté par mégarde.

— Quoi ! s'écria sir James, presque suffoqué par l'indignation.—vous avez vu lord Ormsby à Genève et vous ne me l'avez jamais dit ! Est-ce la vérité?

— C'est la vérité.

— Alors tous mes soupçons sont confirmés. Préparez-vous. madame, à quitter Borne demain, avant le lever du soleil. — Clarke, — ajouta-t-il, en se tournant vers le domestique, — les chevaux pour cinq heures du matin.

Cela dit, il sortit de l'appartement, et Matilda ne le revit plus qu'au moment de monter en voilure.

Lorsqu'elle se trouva seule, l'énergie qui l'avait soutenue pendant cette pénible scène l'abandonna complètement, et un profond désespoir s'empara d'elle. Elle avait repoussé l'imputation de dissimulation que sir James 'ui avait adressée dans un moment décolère qui ne pouvait s'expliquer que par son ignorance du caractère de sa femme; cependant, Matilda ne se dissimulait pis la vérité des soupçons de sir James relativement à son attachement criminel pour Ormsby, car elle sentait que ce qu'elle regrettait le plus, en quittant Rome dans des circonstances aussi humiliantes pour elle, c'était de se séparer d'Onnsby.

Le lendemain matin, à cinq heures, sir James fidèle à une détermination si promplenient arrêtée, partit de Rome avec. ha malheureuse femme, au mépris des suites que pourrait avoir ce départ étrange et précipité et sans penser qu'il autoriserait des interprétations injurieuses pour son caractère et son honneur. Pendant leur pénible voyage de Rome à ililda fut en butte à tous les mauvais traiteraens (moins ceux de' la brutalité) que peut imaginer un esprit vulgaire et sans intelligence, en proie à l'irritation que produit i mi d'une Off : !

Dès que lord Ormsby apprit que les Dornton avaient si tome, il partit sur leurs traces sans tanl 1 ne semaine après leur promenade i mphyîi-Doria, et à la suite d'une s «rète ace, Matilda, ne se sentant ip la barbarie do son davantage à la passion de son amant, coni , ';. temenl avec lui.

' ie, où ils s'em-

[aples, et, lorsque le navire s'éloigna du

le embarcation glissant sur

■ qi i leur restait à tous

i, dans un nio ntralnemcnt,ctpar ce seulacte,

une d s plus parfaites créatures i était tombée,

des ha i ■ < de la réputation, an

bannis de la soi iété.

,i i ue, une

à prendre un

■ i |f iimidi',

LORD NORMANBY

elle allait ôtre forcée d'éviter ses anciens amis ; et, le plus affreux tourment pour celte ûn« si sensible, au milieu de foules ces huniiiieiions, c'était de sentir qu'elle les méritait.

La \ • cà confesser que le remords

ordinaire du coupable, ne suivit pas imi liaten !.i faute ^e Maiilda.et d'Onnsby. Si cet aveu vena nsidéré

a)mme étant en dangereux désaccord av«e les doctrines de la sirietc morale, que le lecteur suspende seulement si n meut jusqu'à la lin de celle histoire.

rendant toute ladurée de leur heureuse traversée, les cœurs des fugitifs furent aussi légers que l'esquif qui les emportait, et leur félicité fut infinie comme la surface cela! inte des ondes qui s'étendait autour d'eux.

Lorsqu'ils furent délivré; de la gêne du navire, ils commencèrent .i faire de longues excursions dans les environs solitaires deSorrente. La, dan.-, le plus beau site du plus beau golfe du monde, ils louèrent une villa pour l'été, et durant des mois qui passèrent aussi rapides que des jours, ils crurent leur amour éternel comme le s cieux qui souriaient audessus de leurs tries, inépuisable comme la terre féconde que foulaient leurs pieds. Cependant, la lia de ce songe plein de délices n'élaii pas moins certaine que la révolution périodique des saisons.

La première chose qui vint les troubler et qui fit pénétrer dans leurs jouissances présentes des prévisions el d< venirs importuns, fut un paquet de lettres que leur envoya leur banquier de Naples. J'en transcrirai deux. La première était de la mère de lord Ormsby.

■i M j'ai tardé si longtemps a vous écrire, c'est qu savais comment commencer. Mon cœur est trop plein pour parler de choses indifférentes; et, comment puisje longuement vous i nlreleuir de l'unique ; ujel de mi s p nsées? Si votre conduite a montré combien j'avais p u d'empire sur vous, ce ne sont pas dis i

aujourd'hui mon influence. Si.ji us disent pasà

quel point vous m'avez fait sou ur ■ era p< int h holatiou pour moi devons exprimer le s uniment de n riijliatlon. J'étais une vieille fe mei iséc monde que pour les boni m i , nanl, je pouvais en le fuyant, t< I ; crilice si rail léger pour m i. Mai i

vers ma lllie, qui a tant de di 4e prendre ce parti d me défer server avec vous des rapports ouvi ris et i vous vivrez comme vous vivez aujourd'hui en vous éé.r ivaiti i l de roi rer que, i i

dans la douleur, m -s enfans Ira ivi . jectioa Û'uria n

i Y.w.i.x Orj

L'autre lettre avait un cara mtslress Mechlin et datée de Florence :

Ha chère Matilda, comi lenl iv. z-vous pu pre I si imprudenl ? vous n'avez nu Il fallait le flatter et non le bru bilement, vous a i rend l'am.our lui-m nue élu

demander le divorce. R'ap fortune est tonstitu les légistes lui rai; à la perdre cas d ment il

la pourrait i ons ver. Elai Florence, prétend que l< 11 n

hommes, attendu i i, la plu-

part des hommes qui tune et consi rvenl la l'i

\ ous sere d ici rtemandenl votre lé a p irw que rou ; avej

lord Ormsby, che lia f alto furore, la dernière fois qu'il es'. venu (bois cette ville.

" Ne di rit, ma chère, i

. i ourrail me nuire aux yeux de quelqu ;s personnes,

que je ce qui i outra vous

propos : > marches en n*

• neveux.

;uer une jolie

A vo is tou

l hiOleve Meciiun. •

La première Liait adressée à Ormsby; il dési-

rait la cacher a Malilda, sachant bien la peine qu'elle lui eau- ! combien elle sérail sensible à des reproches venant d'une personne qu'elle estimait autant que lady Ormsby. Ayanl donc Uni de lire la lettre de sa mère avant que. .Maiibla fût parvenue à déchiffrer le griffonnage illisible de mistress Mechlin, il mit ; tic li lire dans sa poche sans rien dire, et lorsque Maiilda, après avoir achevé la lecture de la sienne, lui adressa des questions, il était occupé a parcourir les au? très papiers que contenait le paquet et dont les enveloppes surchargées, annonçaient qu'ils l'avaient suivi de Hume a Florence et de Florence à Naples.

i ides lettres contenues dans les paquets venait de son

avo :at qui l'avertissait que ses intérêts seraient en souffrance

s'il n'était de retour en Angleterre avant laTrinité: il n'était

s temps d'y penser. Une autre était de son régisseur

qui lui parlait de renouveler ses baux pour l'Annonciation,

ouper un bois avant que la sève fût montée. Une troi-

,.i d'une connaissance du club qui lui racontait tous'

s du monde et l'assurait que son absence était

rre. Une autre était d'un ami politique:

• - ; le consultai! sur une question très grave, dans laquelle

' h is ij avait joué autrefois Un rôle important. Aueui ne pouvait entrer un seul

licur unique et absorbant qu'il ililda. Mais il est difficile de , mn;e qui, pa . iix,el sans hésiter, n

Suciions. Souvent la femme

' ■ toujours prêieà se

s de ia fortune que Mais pourl'hi mma, plus rarement enc. re,

■ pas- ■ ■

| 'ne avec un incurable dégoût, ii n'était

'un éternel

ad u.

Un accident avait renoué son intimité . . dont le

ivenir n'avi ■ passion

s'était ravivée avec toute la ferveur qui l'animait dans l'épa-

. 1 "impi i: ibi i u- apparei le du

il allisé, peut-i

teuni- .

ib ement

; ésa- . Mais une femme

qui a ai ■■■'■ : i doï-

i deel se

fne remme ainsi malheureuse est attachée

il l'homme pour lequel efle s'esl immolée par des liens plus

i ne femme ' comme

MATItDA.

un ornement ajouléà la plus brillante existence, et vous la retrouvez comme une consolation, quand vous quittez le monde pour la retraite. Mais une compagne déchue vous impose l'abandon de tous les plaisirs et de la plupart des de la vie active. Les obligations de son protecteur se ci tent au point qu'il lui est presque impossible d'en ri aucune. 1! faut que cette femme soit lotit pour lui, ou alors il est moins que rien pour elle

Jusqu'à ce jour. Matilda avait bien > ., ; ut pour Ormsby ; mais lorsque ce paquet de lettres vint rouvrir à ses yeux ce qu'on pourrait appeler le budget de la s u iéLé, — lui rappelant les droits que le monde conservait sur lui; devoirs dont il avait reconnu lui-même autrefois la légitimité, et qu'il trouvait incompatibles avec sa situation pies, nie, — alors il sentit se troubler la sérénité de son bonheur, qui n'avait été protégée jusque-la que par l'oubli.

Le soir, comme ils faisaient leur promenade habituelle dans les vignes, dont les ceps pliaient sous les grappes mûries et qui touchaient presque aux premières vagues de la mer, Matilda ne put s'empêcher de remarquer combien il était absorbé dans ses réflexions. E'ie rompit enfin un silence çu'ellin'était pas habituée à voir durer si longtemps

— Que je liais les lettres! — dit-elle ; — en vérité, je n'ai jamais ouvert une lettre qui me fût agréable. Cela peut vous sembler étrange, niais je ne crois pas avoir, demia vie, reçu de vous une seule lettre, Ormsby.

— Désirez-vous que je vous fournisse bientôt l'occasion de goûter ce plaisir? — dit Ormsby avec un sourire.

— Oh! ne me parlez pas ainsi, même en plaisantant; je ne puis supporter l'idée qu'une pareille chose soit possible. D'ailleurs, je ne crois pas que la réception d'une lettre procure, a proprement parler, un plaisir. C'est tout au plus un faible soulagement aux peines de l'absence, — une triste compensation à l'éloignement de la personne aimée. En comparaison de cet échange continuel de sympathie qui remplit l'intimité, qu'est-ce, je vous prie, que cet état où les battemensdu cœur ne. répondent plus qu'au coup de sonnette du facteur de la poste?

— Vous avez raison, répartit Ormsby^et bien que les lettres puissent, comme le dit Héloïse : « Envoyer un soi . rives de l'Indus aux glaces du pôle » qu'est-ce, en clfeûgH'un tel soupir auprès de celui que les sens recueillent immédiatement,— de celui qui distille dans le cœur son riche parfum, et murmure à l'oreille sa douce et tendre musique?

— Et, — continua Matilda, — si, écrites, les expressions les plus tendres perdent la moitié de leur charme, combien plus poignans deviennent les reproches de ceux qu'on aime, lorsqu'ils sont reçus ainsi, sans que la moindre nuance d'affection dans le regard, dans la voix, en adoucisse l'amertume; lorsqu'ils demeurent là comme un arrêt irrévocable qu'aucune prière, aucune soumission ne peut effacer! Le mécontente-; ment de ceux que nous aimons est mille fois plus cruel dans une lettre.

— Vous avez bien raison, — dit Ormsby, et en même temps il retira sa main de la lettre de sa mère qu'il tenait encore dans sa poche, se demandant s'il la montrerait à Matilda.

— L'odieuse poste, — reprit Matilda, — permet aux fài heux les plus désagréables de vous importuner de leurs stntimeas, lors même que vous êtes parvenu à échapper a leurs personnes.

— Mais au moins, — dit Ormsby, — nous pouvons aisément mettre tin à cetie persécution. Si un mois d'août napolitain p.e~hous fournit pas le feu auquel nous pouvons condamner ces tristes lettres, voici du moins, pour elles, les eaux de l'oubli.

Et, prenant la lettre de Matilda avec toutes les siennes, excepté celle 8e sa mère, il les déchira en morceaux qu'il jeta dans les Dois. Sur leur surface unie et tranquille tombèrent à la fois et flottèrent longtemps le raquetage fri mislress Mechlin, h s ; édanles e I avocat,

les périodes ronflantes de l'homme .politique, les phrases diffuses du dandy el le récit se,- et embrouillé du régisseur.

Le ici ire sur lequelse passait cette-scène était le point le

plus ravissant de ce ravissant paysage : c'était le but ordinaire de ici r l 'n menade du soir. Du côté du petit golfe où ils étaient assis, le rivage était couronné d'une profusion de myrtes, :!'.., • ■■ d'aulri s plantes suavcs'qui attiraient les promeneurs par l'irrésistible attrait de leur ombrage et de ' leur parfum.

De l'ai;; ie côté de la baie, dans le sentier qui serpentait au milieu îles vignes, i n voy; il passer de temps en temps des paysans joyeux, qui revenaient du travail en chantant, dans leur patois, de mp!es mélodies, et animaient la

scène sans en lioubler le I arme reposé et mélancolique. A. l'horizon lointain, sur l'immi usité des eaux, le :oUil couchant traçait un long sillage île limpide flamme, qu'aucune plume n'eût pu décrire, que le seul pinceau de Claude Lorrain auiait pu rendre.

Jene sais si cela tenait au calme particulier de l'atmosphère eu à l'immobilité des eaux, dont la surface unieporle le son à des distances presque incroyables, mais Ormsby remarqua, pourla première fois, que de ce point on entendait venir de Napies le confus murmure formé parles clameurs des hommes et le roulement des voitures, qui est comme la voix des grandes villes. 11 y avait dans le ton et dans la manière dont iltit celte observation, je ne sais quelle manifestation du désir de se trouve: à l'endroit d'où venait ce bruit. L'esprit pénétrant de Matilda en fut frappé; aussitôt elle prit son parti.

— Ormsby, — dit-elle, —vous souhaitez de -quitter ces lieux. — Quant à moi, Dieu sait, qu'avec vous, je pourrais demeurer à jamais dans ce paradis terrestre, — c'est-à-dire avec vous tout entier, cœur et esprit. Mais jamais une tendresse maladroite ne m'aveuglera sur les désirs que vous pourriez former. Pourvu que vous soyez heureux, tous les pays me seront bons. Je ne puis avoir d'autre envie, d'autre espoir que celui de vous plaire, et ma plus grande crainte est dans la pensée que je puis contrarier vos inclinations.

Ormsby répondit par les protestations les plus chaleureuses. Il ne voulait rien changer à sa vie. Il était impossible, assurait-il, d'être plus heureux que lui.

Il ledisaït, et, en ce moment, il était sincère; mais, au bout d'une semaine, ils étaient installés à Napies.

— Je ne puis supporter une promenade aussi publique que celle de la Yilla-Reale, — dit Matilda à Ormsby, un des premiers soirs de leur arrivée à Napies.

— Cher amour, — répondit Ormsby, — laissez-moi vous supplier de ne pas vous arrêter à une idée aussi absurde. Vous me causerez une peine extrême si vous adoptez des habitudes de retraite austère. Contentez-vous de conserver votre indifférence d'autrefois à l'égard do ceux qui, par préjugé, chercheraient à vous éviter. Quant aux gens dont l'opinion pourrait réellement vous importer, il feront tous la part des circonstances particulières de votre situation; et plus tard, lorsque vous serez ma femme légitime, je verrai, je l'espère, ma (hère Matilda rendue à eetle société dont elle doit être le plie- bel ornement. Si, cependant, vous êtes décidée à vous Séquestrer, vous nous rendrez malheureux, vous et moi.

— Cher Ormsby, bien que je ne sois pas convaincue par vos argumens, erronés, suivant moi, je ne suis pas moins touchée du résultat dont vous me menacez et dont vous seul pouvez être juge. — Moi 1 vous rendre malheureux! Non, je braverai tout pour que cela ne soit pas. J'irais plutôt avec vous au bout du inonde.

Reconnaissant de cette concession, Ormsby se montra tout joyeux et s'efforça de rassurer Matilda à propos de l'embarras que, pour la première fois, elle éprouvait à se voir l'objet de l'admiration générale.

La lin de l'été, ou le commencement de l'automne, est peutêtre la saison pendant laquelle il y a le moins d'Anglais à Napies; de sorte que Matilda et Ormsby avaient parcouru la promenade sans rencontrer un grand nombre de leurs compatriotes avec lesquels ils fussent en connaissance. Mais,

LORb NORMANLY.

surTun des bancs placés .'t l'extrémité d'une allée, Ormsby aperçut un individu nonchalamment étendu et lisant attenti ventent Un journal anglais. Il reconnui Harry Wordsworth, avec (|ui il était en relations, el dont mistress Mechlin avait, on se le rappelle, annoncé l'arrivée à Matilda.

Harry Wordsworth étail un de ces hommes dont il est 1res difficile de définir la situation dans le monde, bien qu'elle soit acceptée de tous. 11 était (ils cadet d'una famille assez obscure. Il était bien fait dé sa personne, mais sa figure n'avait rien de séduisant : généralement, il plaisait. Cet exposé sommaire résume à peu près tous les avantages qu'il possédait; mais non pas tous ceux qu'on lui supposait.

Bien qu'il fût aussi pauvre que le son', ordinairement, les cadets de famille, il ne se refusait aucune dépense coûteuse; — il se vantait de ne jamais faire que ce qui lui plaisait, ce qui ne l'empêchait pas dépasser pour être doué du plus charmant naturel '; — superficiel, illétré.il n'en causait pas moins avec facilité sur toute espèce de sujet ; en un mot, sans avoir ni grande sensibilité, ni brillante imagination, il était considéré par les hommes comme un charmant garçon, grâce à ses manières ouvertes et animées;, près de* femmes, son ton insinuait! et poli lui avait valu la réputaliou d'être tmp aimable.

Nous lui laisserons le soin d'expliquer lui-même comment, a pareille époque, il pouvait se trouver aussi loin du théâtre de sa gloire et de ses succès.

Ormsby le connaissait depuis son-enfante et s'était habitue à répondreà ses prévenances, avec cette espèce de réciprocité polie qui n'exclut pas l'indifférence, et qui n'engage à rien. Il l'accosta donc en lui disant :

— liarry, comment allez-vous ? comment êtes-vous ici ?

— Ormsby, mon cher ami, enchanté de, vous voir! — répondit Harry en se levant aussitôt.

Puis, se tournant vers lady Malilda qu'il connaissait un peu, il serra d'une manière expressive la main d'Ormsby. Après ce muet compliment, il montra son journal a Ormsby <l reprit :

— Eh bien, Ormsby, votre magnifique jument va gagner le grand prix aux prochaines courses!

— Son capisco,— répondit Ormsby, — expliquez- moi donc, je vous prie, ce que vous voulez dire.

— Je voulais dire que la bêle en question est engagée dans les courses qui vont avoir lieu prochainement; et, puisque vocis l'ignore/., e '-journal vous l'apprendra. Si voire jument est victorieuse, v.ura la nommerez Matilda, et je suis sûr que vous ne l'oublierez plus, comme vovjs le faites en ce moment.

Cette plaisanterie fut très peu goûtée par Ormsby, et moins encore par Ma ildà. Harry n'avait pas eu l'intention de la blesser; sou étourderie seule lui avait inspiré cette inconvenante- allusion. Cependant, il eut assez de tact pour s'aperc svoir delà pénible impression qu'il avoit produite sur Matilda, et il s'empressa de passer a un différent sujet de conversation: "

— Kit vérité, Ormsby, — reprit-il,— vous vivez si complètement à l'étranger que vous finirez par oublier et nos courses el nos clubs d'Angleterre.

-i Mon cher garçon, — répondit lord Ormsby,— si absurde que cela puisse vous sembler, je vous dirai que j'ai parfois entendu des gens causer sur des sujets tout aussi peu imporians, el qu'ils né comprenaient pas davantage. Notre siècle est superficiel. Les solides ti ésors de connaissances acquit! par nos an. êtres étant trop fatiganspour nos tètes en général, nous les avons éparpillés en une poussière d'or de bavardage, qui brille' sur toute la surfac • de la société.

Matilda désirait! remonter en voilure, Ormsby et Word's- «orili se séparèrent. liien qu'il fftl habitué aux manières d'é- Irc de Wordsjvorlltj Ormsby lie pu! se défendre d'un sentiment soudain de répugnance à son-égard, et il ne songea plus qu avec déplaisir à leurs relations antérieures.

I.e lendemain malin, tandis que Malilda s'occupait ,'c l'aire de la musique en l'absence d'Ormsby, Harry Wordsworth se présenta élwz elle d'une façoH itl -< i avâlière.

De o)ut temps: Waiilda avait fait preuve d'une dignité de manières propre a réprimer tonte imiiertirténce, el dans cette é rconstàncè, elle s'efforça de li rtlv i dis! mec l'importun qui

venait d'arriver sans invitation préalable; mais sa froi deur extrême ne lit pas le moindre effet sur Harry Wordsworth. Il se dandina près d'elle sur le sofa, et de lempsà auh i, dans le courantde la conversation, il la regardait avec un air d'admiration effrontée, fuis, après l'avoir, en quelque sorte, forcée de se remettre au piano, il passa son bras derrière le dos de la i h lise, avec une offensante familiarité.

Ces façons d'agir lui étaient d'ailleurs habituelles, et provenaient d'un défaut de tact. Mais elles frappèrent Matilda qui, ne l'ayant jamais aperçu que dans le monde, et a distance, s'imaginaqu'elles avaient pour cause sa position particulière Cette conviction l'affecta très vivement, et agit avec une telle force sur son système nerveux, qu'elle eut toutes les peines du monde à conserver sa présence d'esprit. Heureusement, l'arrivée d'Ormsby la tira de cette situation pénible.

Quelques inslans après. Wordsworth partit, après s'être invité sans façon à dîner avec eux, le jour suivant.

OrmSbyavait un air radieux.— .levousdisais bien, Matilda, qu'il dépendais de vous de rentrer bientôt dans la société; que le inonde étail assez intelligent pour faire la part des cuvonslances et que. voire divorce une fois obtenu, vous pourriez peu a peu reprendre le rang (pie vous occupiez.

— Cher Ormsby, je sais que ce résultat serait impos: Ible, lors même que tous mes efforts tendraienla l'obtenir; el, jusqu'ici, je n'ai rien vu qui put altérer mon opinion.

— liien, bien ; laissez-moi vous dire seulement ce qui est arrivé ce matin. Je ne sais si je vous ai jamais parle d'une mienne cousine, — mistress Laceby. Ellecst la femme de l'amiral Lacehy qui commande notre flotte à '**. C'est bien la plus rigide personne que j'aie connue, et elle passe pour posséder toutes les vertus chrétiennes, moins la charité. Ma mère elle-même, si parfaite, a, dans une occasion, encouru le blâme de mistress Laceby. Eh bien ! jugez de ma surprise, en la rencontrant ce malin et en la voyant venir aussitôt a ma rencontre. Après m'avoir paris de ma mère et de ma sœur, elle hésita un moment et parut vouloir éviter de prononcer votre nom; puis elle finit panne dire qu'entre parens, on devait oublier les vieilles querel es. Bref, elle, me demanda mon adresse, et me quitta après m'avoir dit qu'elle viendrait ici demain.

Itien que le portrait que lord Ormsby lui avait Lit de mistresi Laceby ne fût pas de nature à inspirer à Malilda ie flésir agiter connaissance avec celte dame, elle n'en apprit pas moins la nouvelle de celle visite avec une satisfaction qui jeta quelque baume sur la récente blessure que l' imperlin :nce de Wordsworth avait faite à s«s senti mens.

Ormsby s'était engagé à aller roir, c'aiis la matinée du lendemain, une maison dont la situation lui paraissait préférable à celle de leur présente demeure, el Malilda resta seule pour recevoir mistress Laceby.

Grâce* à son éducation el à son habitude du monde Matilda n'avait jamais éprouvé le moindre embarras dans les relations de société. Mais ses senlimens avaient i hangé a-, -a position.

En dépit des plus énergiques efforts, l'assurance l liante sécurité ne peuvènl exister sans l'estime d La chute de Matilda était irop récente el la houle ; ressentait trop vive pour qu'il lui fût possible d'a« calme qu'elle ne possédai! plus: aussi, avait-elle le les ressorts de son système nerveux en attendant la \ : doutée de mistress Laceby. Elle prêtai! l'oreille pour en endrele premier bruit de l'appr ires qui

roulaient sur le pave de la rue : i Iles lui semblait ni ni avec une rapidi t extraordinaire, el -". i..it assurée

qu'elles ne s'étaient point arrêtées à sa porte, elle respirait loi i mi ni ;■ iui i ne opp

— Comm'enl aurai-jc la force de suppi . ■ uè\—

prnsait-elle —avec une personne possédant, comme nu éa ■ in Orm * ns la i bariti . lorsque celle

MATILDA

dernière vertu serai! précisément celle qui pourrail rendre la présence de mislrcss Laceby supportable à une p luvrecréature déchue comme je le suis ? 1! me faudra subir la e, n lesceod tnce niépi isanl .1 nue femme qui, malgré les rais m s de famille cpii peuvent l'engagera s'abaisser jusqu'à moi, croira nécessaire de me prouver que cette entrevue lui est désagréable en me la rendant, a moi. désagréable II nie semble la v< ir devant moi se reculer comme d'un objet souillé, m je fais mine de m'avancei vers elle. Je ne me figure que trop bien sa voix austère, son sévère visage et ses paroles acerbes. Qui je voudrais être quitte de celte entrevue!

Tandis qu'elle évoquait ces tristes images, une voiture s'anèia <f»iie fois à >a porte, n après un délai qui lui parut interminable, son domestique italien annonça une dame dont il ne pouvait, disait-il, prononcer le nom, bien qu'il ressemblât a celui de my 'uni.

— Allons, le moment est venu, — se dil Matilda. el — leva pour recevoir la terrible visite.

Quelle fut sa surprise en voyant, au lieu de la tournure guindée cl des traits désagréables qu'elle avait prêtés a mistress Laceby, — une démarche distinguée, — des traits assez beaux quoique communs, — un teint qui, s'il était naturel, avait une charmante fraîcheur, — enfin une mise^i harmonie avec le reste, bien qu'elle fut trop voyante.

Matilda avait à peine eu le temps de faire ces remarques, que mistress Laeeby, loin de la traiter avec froideur, lui tendit les deux mains et l'embrassa avee plus de cordialité que de délicatesse.

Matilda ne sut que p< user tout d'abord. Elle se demanda si ses ycux^e la trompaient pas, ou bien, si le portrait tracé par Ormsby était inexact, et elle élail disposéeà croire :> quelque méprise, lorsque mistresS*Laceby la rassura en lui disant :

— Je savais que vous seriez à la mai -on pour moi. J'avais rescinde vous venir voir, parce que votre situât on m'inspire de l'intérêt, él comme nous Sommes parentes, je veux vous prendre sous ma protection-, car. bien que j'aie fort a ni'' plaindre de vçlre lord Ormsby el de quelques-uns de* siens, oui» i et pardon, voilà ma devise ; et si je vous puis être utile. disposez de moi. Pour peu que V'-us le désiriez, je yçus présenterai '< toutes mes connaissances.

— Oh ! je ne le désire ni ne me crois en droit de le soui, iîti . — répo*ndil Matilda, — mais je vous assure que votre bonté me touche au-delà de toute expression ; el cependant je n'y ai d'autre titre je le sens, que l'affection dont Ormsby est l'objet de la pari deses pareus même les plus éloignés.

— T< ni au contraire, je vous le jure, ma chère, répliqua mistress Laceby; — je veux agir ainsi, bien plus par considération pour vous que pour lord Ormsby. J'ai une ancienne querelle à vider avec lui ainsi qu'avei sa vieille méthodiste de

Bien que Matilda s'attendit a entendre mistress Laceby s'exprimer en termes amers sur le compte de lady Ormsby, en raison du différend dont Ormsbj lui avait parlé et dont il supposait que sa parente avait gardé le souvenir, i le fui étonnée de l'épilbète demé bodisle, adressée à une personne du caractère de lady i it

— J'apprends avec regret, — répondil-alle ;< mistress Laœby, — que vi us avez eu quelques démêlés avec lady Ormsby.

— On!-»-! by. — je n'v prose même

plus, et je ne garde jamais rancuneâ personne, je vous assure.

Eatout cas. pensa Matilda, mistress I iceb; n' Ipa d'an . i sa réputation de ■■■

glige les petit; - doit rétïpro

le inonde. Après •*■ ses ment surprise.

En ce moment, mistress Laceby quitta son siège pour venir pn ndre place sur le sofa, à côté de Matilda.

— Quel amour de robe vous avez là, ma chère!— lui ditelle. — permettez-moi d'en faire prendre le patron pai ma femme de chambre, i ;| véritablement délicieuse.

Matilda ^uv :i! les yeux dans un muetétonnement, à l'idée de nette prude si vantée, recherchant non-seulemenl sa société, mais cherchantà prendre modèle sur sa toilette.

— Qu'avez-vous donc a me regarder ainsi, ma chère?'—

dit mistress Laceby, —que trouvez-vous de si extraordinaire en moi ? Assurément, une robe de ce genre nem'irapas aussi bien qu'à vous, je le n • m dilespas le contraire.

Mais il faut que je von- quitte : surtout n'oubliez pas que je veux vous présenter à toutes les personnes de ma connaissance. Fu fait de société anglaise, je ne connais que quelques hommes, mais je vous ferai connaître la confcssaFrar.ca Vita, '-.-■! Rellocihi, et quelques autres de mes amis i:aïic-n -. rai peu d'adorateurs .1 perdre; autremefil je ne vous attirer ; pas dans ma société, car ces charmans yeux-)5 sous leurs longs cils noirs, feront damner les hommes, je vous le promets

Cela dit, ei après avoii embrassi Matilda comme elle l'avait fait en entrant, mistress Laceby sortit de l'appartement.

— En vérité, cela est étrange el incompréhensible, pensa Matilda. j'ai souvent entendu dire, a la vérité, qu'un long si jour a l'étranger opérai!, parfois , des ebangemens extraordinaires, mais je m supposais pas que ce pût t'ire à ce point. Mistress Lacebj ne ressemble en rien au p niait que m'en a fait Ormsby, si ce n'est pourtant par son antipathie poui lady Ormsby. Je la trouve désagréable, bien que ce ne soil pas à la façon que je prévoyais, et j'aurais préféré, de sa part, des* remontrances à des caresses.

Lorsqu'elle revit Ormsby, elle évita de s'apesantir sur ce sujet qui n'avait rien de séduisant pour elle, ce qui n'empêcha pas Ormsby de l'engager à cultiver l'intimité de sa parente.

Harry Wordsworth s'étanl excuse de venir dîner avec énx, avec attlani de sans -gêne qu'il en avait mis a s'inviter, Oi nisby et Matilda, après un rapide repas suivi d'une longue promenade, rentrèrent à la chute ùu jour. Dans l'escalier, un domestique remit alors à lord Ormsby un billet qui lui parut d'abord, tout-à-fait inintelligible, il éiait ainsi conçu :

Mistress Lacebj prés nie ses complimens à lord Ormsby et croit à peine nécessaire de l'informer que c'était par suite d'une méprise qu'elle lui avait demandé son adresse et parlé d'une visite. Mistress Laceby ayant appris qu'une personne se faisant appeler ladv Ormsby se trouvait en ce moment à Naples, avait supposé que c'était la douairière. Mistress Laceby s'excuse d'autant moins de cette méprise étrange, que le bon sens de lord Ornifiby lui aura fait immédiatement concevoir que, par respect pour son propre caractère, mis- Iress Laceby ne pouvait songer à s'iftecuper de la femme qui se trouve en ce moment sous la protection de lord Ormsby. »

—Au nom du ciel, Matilda, qui donc avez-vous vu ce matin? — demande, lord Ormsby désappointé et irrité tout à la fois par le contenu de i e billi i.

— La dame qui est venue ce malin attend my lady dans le salon, avec monsieur Wordsworth, dil en ce moment ledomeslîqne.

Lord Ormsby courut au salon avant Matilda. et en ouvrant la porte i1 aperçu) la veuve immaculée de sou frère, lady ,\t -ai" -il i Ormsby, causant familièrement avec Harry W ords ui l'avait connue avant sa grandeur soudaine.

— Mi • vous voilà, mon cher. — "dit Harry, — i omme vous rentrez tard ' nous vous avons at en lu pour prendre le thé avec vous el nous -allons manquer l'Opéra.

il' un instant, Orm'sbv se sentit étourdi par sa situation ,i i'uôl son parti fut pris, et, s'adressanl à 'a belle Arabclla :

— Si my lady, — lui dit-il. — veut bien m'accorder un mo-

- pénibles, el p mi elle m ime el p iur ■ lie dame. — »j iûta-l-il • n n trant Matilda qui entrait au salon.

— Je ne veux pas troubler vos secrets de famille. — dit

muent Harry Wordsworth. — Je vais a l'Opéra.—

/ ■■■■■■il rla, signora, —dit-il à Matilda. et il sortit du salon

Ormsby lit signe à sa be'le-sœur de le suivre dans l'appar-

tement voisin, et ils laissèrent seule MarHda qui, après avoir

lu la lettre de mislres • La :ebj que Qrmsby avait laissée sui

la table, comprit que tout ce'a devait finir tristement pour elle

Quelques instans après, la douce Arabe' la »e précipita

dans le salon en un état de vive agitation.

LOKD NORMAKBT.

— Éviter de mauvaises connaissances ' — s'écrîa-t-elle; — elle auiait mieux fait de songer à cela avant de s'enfuir avec vous. Assurément je lui aurais fait moins de tort que vous. Sachez <|iie.jc suis une honnête femme et «iuc je tiens un rang dans la société. Je s;:is l'épouse légitime de voire frère, et si j'avais eu des enfans, ils vous auraieiit coupé l'herbe sous le pied. Mais que seront les vôtres, si vous en avez jamais.?

Lord Ormsby interrompit celle tirade en conduisant sa bèlle-sœur poliment mais résolument à la porte. et il demanda la voilure de lady Omis!, y.

— C'est bien, — dit-elle en sortant du salon, — vous vous repentirez de cela, — vous cl a Lie f< mine qui pleure là-bas; — je ne m'avilitai pas en lui donnant le nom qu'elle mérite.

Matilda ressentit amèrement celte insulte, la première de ceil.es auxquelles *a malheureuse situation l'exposait à chaque instant.

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