‹ Le siècleChapitre 55 sur 70 · S XVII · texte numérisé non relu

S XVII

Ormsby fit d'inutiles efforts pour effacer d«é'esprit de Malilda les impressions humiliantes que la siéne précédente avait produites en elle.

— Comment vous laissez-vous a ce point émouvoir, Malilda chérie, — lui dit-il, — par les vulgaires emporlemens de cette odieuse créature? Il n'est pas étonnant qu'une pareil.: femme ne puisse comprendre la différence sensible qui exil le entre une seule et presque pardonnable erreur et l'habitude du vice; il n'est pas étonnant, non plus, qu'elle s'efforce de vous ranger à son niveau ; et je convois sa rage en m'en tendant lui parler de la distance qui vous sépare.

— Le ciel, — répondit Malilda en hochant la tête, — se sert parfois d'étranges inslrumens pour ouvrir nos yeux sur notre position réelle, et pour écarter le voile que la passion a, pendant un temps, jeté sur notre conscience. O Oi .

— ajouta-t-i lie avec émotion, — toui ce que cette odieuse femme a dit dans son ignoble langage, n'es!, hélas ! que trop vrai.

— Pourquoi parler ainsi ?— dii Ormsby avec une certaine aigreur.— Parce que cette malheureuse a osé faire une comparaison entre elle-même, si vile, si dégradée, et vous, adorable créature qui n'avez l'ait, après tout, que chercher un refuge dans l'amour d'un homme dont vous n'avez élé séparée que par des manœuvres inlVur.es, el à qui vous serez bientôt unie' par des liens indissolubles ?

— Plût au ciel que ce jour fût arrivé, — dit' Malilda. — .Terne soumettrais volontiers à la i énibie publicité du divorce, si, par ma résignation a suppoi 1er la boule, je pouvais acheter le pardon de ma faute. Car, mon Auguslus bien-aimé, quoique ma coupable jouissance soit bien vive lorsque vos yeux me regardent avec amour, j'éprouve un remords amer en réfléchissant à noire coupable existent >•. Elle n'a dit quetrop vrai, —cette femme, — sa condition est plus respectable que la mienne.

— Je ne puis vous entendre de sang-froid soutenir une pareille absurdité, — dit Ormsby avec une certaine vivacité.— Comment pouvez vous associer l'idée du respect avec la vie infime qu'elle mène encore aujourd'hui?

— Ses remords n'en seront que plus violens, — répliqua Malilda. — Mais ne pouvez-vous, de votre côté, m'entendre, sans être offensé, manifester de justes regrets?

— Offensé! vous savez bien que je ne puis l'être, — dit Ormsby d'une voix caressante. — Si vous avez remarqué de ma part un mouvement de vivacité, il a eu pour seule cause votre persistance à ne vouloir pas vous rendre justice. Paraissez-vous heureuse, aussitôt ma sérénité renaît.

— Je fais tous mes efforts pour paraître joyeuse. — répondit Matilda,— car je. reconnais tous les sacrifices que vous avez faits pour moi, et vous êtes en droit d'attendre de ma gratitude des efforts constans pour ajouler à votre bonheur domestique, autant du moins que le peut faire une pauvre créature coupable en proie au ver rougi ur du remords.-

Ormsby ne trouva rien U répondre. Il lit deux ou trois tours à pas rapides dans le salon, absi rbé dans ses doulou-

reuses pensées, et ne sachant s'il parviendrait mieux à consoler Matilda en admettant la vérité des reproches qu'elle

a '■■ ait, qu n essayant de h s

Enfin, Matilda prit affectueusement la main d'Ormsby, cl luidil en s'efforçant de contenir ses larmes :

— Pardonnez-moisi je vous cause du chagrin ; mais dans re que m'a dit cette femme, il est une chose qui s'est pr< fondement gravée dans mon coeur. Ma honte ne finira pas

ma misérable existence.— Oh! Augustus, — je ne puis supporter l'idée de léguer l'infamie à l'être innocent qui naîtra bientôt pour devenir un reproche vivant de ma faille, et qui apprendra, aux premiers rayons de son intelligence, à rougir il i sa more.

Cette réflexion impressionna vivement Ormsby.

L'orgueil de la famille était porlé par lui jusqu'à la faiblesse. Il avait souvent pris un étrange plaisir à parcourir la galerie de portraits du château d'Ormsby et à évoquer le souvenir de ses nobles ancêtres. Le houleux mariage de son fière avait provoqué toute son indignation. 11 était donc impossible que Malilda pût éveiller dans son esprit ue.e pensée plus douloureuse que celle dont elle venait de se faire l'interprèle.Il resta plongé dans un muet et profond accablement, et il avait lui-même un (rep grand besoin de coi lions pour pouvoir calmer la p lignai i affliction de Malilda.

— J'ai souvent envié par-dessus toutes s, —reprit Matilda,— le sentiment de maternel orgueil que ladj Ormsby a appris a connaître par voi;s et par Emily. J'ai s désiré qu'il me fût donné d'avoir, pour charmer ma vieillesse, de semblables enfans. Mais aujourd'hui ne dois-je pas trembler k la pensée des amères humiliations réservées ù mes enfans, qui ne sauraient que trop qu'ils doivent leur mi.-érable existence à la faute de leurs parens?

— Oh! assez, chère Malilda, — dit Ormsby, celte pensée m'est insupportable. Mais il est encore possible de déiourner une pareille calamité. Tous les jours, j'attends de Londres la lettre qui doit m'annoncer que la procédure relative à votre divorce est commencée. La cupidité sordide de sir James, qui ne veut pas renoncer à voue fortune, a seule pu causer un aussi long délai. Si cette question était d'une nature moins délicate et permettait de proposer une transaction, avec quel empressement j'activerais la marche de la procédure en désintéressant sir Hautes! Le testament de votre oncle était véritablement bien étrange.

— Oui, — ditMatilJa, — et les circonstances de mon enfance ne sont pas moins extraordinaires. Je vous ai quelque: lois parlé de mon entrevue avec un moire, !,i veille de mon brusque départ de Rome. Ses demi -révélations sur ma famille, révélations qu'il devait compléter le lendemain, ont fait à celle époque une vive impresiion sur mon esprit, bien qu'elles aient élé presque aussitôt affaiblies parlesévéocmens plus graves qui suivirent. Je n pu is'votis dire à quel point je regrette d'avoir perdu sans reti crains,, la découverte d'un important secret se rattachant a ma famille.

— Mais, — dit Ormsby, — ne s'est-on pas joué de vojre ardente imagination et de votre crédulité?

— Cette supposition, je l'avoue, est assez vraisi.nblab'o,

— répondit Matilda, — mais ce qui a nvictiondans mon cœur, c'est l'accent de vérité de ce moine. Si vous l'aviez entendu parler de ma mère, vous n'aariez pas douté qu'il ne l'eût connue.

— Vous n'avez pas encore dissipé mes doutes à ce sujet,

— dit Ormsby; — pourtant, en me rappelant certaines remarques faites autrefois par ma mère, quelque temps après la mort de votre père, je ne serais pasiploigné de supposer qu'il se rattache quelque chose de mystérieux à votre naissance. On n'a jamais su positivement ce qu'était voire mère ; on croyait cependant qu'elle était d'origine étrangère et que votre père l'avait connue pendant son séjour dans le midi de l'Europe. A peu près a cette époque, le dépari subit et inexpliqué de votre oncle excita la surprise et donna lieu .1 des commentaires de toute sorte.

La dernière parlie de cet entretien el ces souvenirs du passé avaient si heureusement réagi sur la disposition d'esprit de Matilda. qu'elle se sentit en état de recevoir liarry \\ ords-

worih et le colonel • a! n nORcer.

ni venait :t de se f.'.i'i i- -

\\\ Ml.

Le colom I Canteen ci rit arrivé depuis peu de jours seule-

menl ■>. Nai s, ei ayant rencontré par hasard UarryWords-

worlb, qu'il connaissait ;-.ss;z intimement, il avait appris par

ililda, et ils étaient ailes cn-

semble leur faire uni t

Comme nous l'avons déjà <li!, le colonel Canlecn était aussi ' avard qu s gourmand,— aussi disposé a inventer des sauces que des histoires scandaleuses, — i ; touj turs impatient ii';. tremi ;ts. Au tond, c'était un véritable gentilhomme, trop scrupuleux même, à l'endroil des vieilles idées de cour. Aussi, ses manières à l'égard de Matilda, en la revoyant pour la première fois depuis sa fuite, furent strictement re ipectui nses cl fon lèrent un amusant c mlraste avec la remarquable familiarité de Harry Wordsworih.

Lccolonel Canl nn lit mille in lanci flatildaafinde

l'engagera illcrau : os, pour entendre -un

nouvel opéra de Rossini, chanté par une • an ai 1 1 ■ d'un talent éminent. Cette proposition fut chaudement appuyée par Harry Wordsvi iri.'i; maison dlpil de ce ! le séduc-

tion, Matilda i ird positivement dese montrer en

publii ■. ssol i -hâtions pressâmes de lord Ormsby

finirent par lui-arracher un consentement qu'elle ne donna qu'a n

Jiieii qu'elfe fut passionnée pour la musique, il ne lui était

p irt de Milan, d'entendre un

opéra dans aucun des très d'Italie. On se rappelle

l'admiration généra lontcl'i ibjel a la Seala, et

la, en i nlrant à (aient fixés sur elle, et que 'chacun s'entretenait de sa b dure.

"—Ah! j'aper< i:. d'anciens amis-y —dit Ormsby, —les Olinski ; mad i a l'air encore aussi jeune que ses

Biles. On les nomme le la Pologne, car les

trois si t en beauté. Il faut que j'aille leur

faire une petite visite.

l.es regards Matilda le suivirent hors de la

loge. Elle ne pouvait être jalouse; pourtant elle n'aimait pas à le voir : i joyeux de reconnaître des femmes, et elle (prouva un certain dépit à l'entendre parlei aent, en pré-

sence di iteen et de monsieur Wordswoith, d'une

famille qu'il prétendait .ne pas estimer beaucoup. blemcnt, Ormsby s' èrement sur le

compte des Olinski, mais ce souvenir était resté gravé dans

Celte rc réservée à lui causer ai

nuis, car à p ; i tait-il parti qu'elle rencontra dan.,

yeux noirs de lady

1 y braqués sur elle. Un ii i p itelé et chargé d'H.iirvv, ordsworth.

— Ah ! Harry, vou en is, et vous vous tri drail être nia

pas plus ma sœur au point de vue de la loi qu'à celui de mon afii ction.

Puis, attirant plus près d'elle Harry Wordsworih, elle lui parla .1 l'or 'i i pi iidanl p mr que Ma-

tuo dovere difar*loso 1 fratello. •>

— Taeettace! -répondit Harry, dont l'aplomb ordinaire laiblit devaiu la supérieure impudence de son amie : — tant i1 est vrai que le cynisme le pies audacieux d'un lion devant l'effronterie d'une f,-ninic.

Darrj Wordsworih fut un exemple éclatant de 1 tté vérité, car, poussé à bout par les allusions de plus en plus grossières île lady Atrah -lia, il se vit contraint à déserter la loge de Matilda. Le siège de devant, laissé libre par lui, fut aussitôt envahi par le colonel Canteen qui, s'étant penché

pour jeter un coup d'oeil dans l'autre loge également voisine de la leur, s'écria soudt in :

— Mais c'est bien l'amiral. Comment vous portez-vous. amiral? Quand êtes-vous arrivé? Comment se porte mistress i iceb< '

— Étes-vous seul, colonel? — repartit une voix de femme; et \\n cOu maigre, surmonté d'une figure angulaire ornée d'une toque parfait :ment appropriée à sa destination, s'avança la loge par un mouvement d'une raideur remarquable. En apercevant Matilda, mistress Laceby se retira avec bci uret tirai tt-à-fail le rideau de sa loge, comme pour • . n r d'un voisinage aussi contagieux.

— 11 faut que j'aille parler à l'amiral, — dit le colonel Can leen; — je no l'ai pas vu depuis un siècle. Permettez-moi de vous quitter un in tant, lad] Matilda, — ajouta-t-il ; — puis il sorti: de la loge.

Se trouvant ainsi seule, nôtre héroïne s'efforça vainement île concentrer toute son attention stirle. théâtre et la musique. E !«' ne pul se défendre de jeter de temps en temps un regard furlif sur la loge des Olinski, où lord Ormsby semblait faire de son mieux 1 mrse rendre agréable aux y<mx de la mère et des jeunes personnes De temps en temps aussi, elle en tendait, quelques phrases de la double conver-

sation engagée dans les deux loges adjacentes. Dans l'une, il n'était pas question d'elle, car la veuve était fort occupée a coqueter assez librement avec de jeunes Italiens; mais lorsque cette conversation devenait moins bruyante, Matilda en- Lendait la v<ùx sèi lie d i mistress Laceby, et son nom mêlé à des mots de ce genre: — Créature endurcie, —se montrer ic, — sans v< rgogne; — expressions contre lesquelles le colonel Canteen semblait protester inutilement.

Mistress Laceb) était nue de ces femmesqui se complaisent uni [uementdàns la critique des senlimens d'autrui.

La découverte d'un vice chez quelqu'un était, à ses yeàx,

équivalente à la pratique d'une vertu par elle-même. Fièrède

la stricte rigidité de sa conduite, elle secroyait en droit, — tout

en lançant l'anathème contre les fa bli sses du prochain ,— de

la vertu odieuse et so'npropre Intérieur désagréable

se de ses manières. Et, pourvu qu'elle fulminât

contre ceux que les passions avaient égarés, elle secroyait

parfaitement autorisée à donner à son mari des motifs conli-

!c souhaiter qu'elle imitât les femmes déchues et qu'elle

I I il en paix.

Loi réflexions auxquelles Matilda s'abandonna pendant cetti iréi lui firent sentir toute la différence existant entre sa po i ion et celle d'Ormsby. A la vérité, leur union actuelle troite et tendre, et jamais elle n'avait eu sujet de mettre en dotit ' l'affecli m ieson amanl donl le dévouaient, au semblait avoir augmente; iras si leur liaison éncmenl quelconque, quelles il elle rupture entraînerait pour elle r lui !

:ueil qu'il avait revu dans la loge des Olinski prouvait • mrrait, non-seulement recenquérlr été mais qu'il serait peut-être encore rai epa a ;ère.

:,la poivre femme? Ce qui s'était , lant le ectacle lui démontrait

m , :: 1 ^quelles elle serait en n donnait. Elle comprenait aussi ! is à l'une et l'autre extrémité de IVoui l'ai câbler , tandis que, de la part des hommes, elle aurait à choisir entre un abandon ol- ■ . plus offensantes eue ire.

La douleur que lui causaient ces réflexions n'était pas de nature à lui faire prendre en patience l'absence prolongée d'Ormsby. Elle se sentit blessée de ce qu'il tardai autant à ent. Ormsby avait quitté le devant Matilda avait naturellement supposa qu'il allait quand elle remarqua que madame Olinski continuait a causer avec nue grande animation à une personne ■ fond de la loge; el quelle fut sa douleur en reconnais ml 1 rmsby qui flt un mouvement en avant. Il ne la

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