SIS
LEON Go/.I.A.x.
délires, rt a l'exclusion de toutes choses, au moment du dîner:'
— Vous méditez là, Abel, un riant avenir !
— C'est 1« moins chimérique auquel Je puisse m?arrèter quand il m/arrive de regarder devant moi.
— J'ai une foi plus consolante en ce qui vous touche: n'êtes-vous jias déjà un peu mieux que lorsque vous vîntes à Saint-Germain il y a six mois?
— Puisque c'est voire avis...
— Ne dites pas comme moi, par complaisance. Mon opinion est relie du docteur Cahovrar; c'est aussi celle de tout le monde. Pour que votre rétablissement soit prompt, soit complet} il ne manque que votre volonté de guérir, et nous vous ferons bien vouloir.
— Excellente amie! Que je récompense mal tant de soins affectueux! Je ne me pardonnerais pas mon indifférence, si affligeante et si peu fondée aux yeux des autres, si je n'éprouvais en moi une reconnaissance sincère pour vous et pour le docteur Calveyrac. Ai je oublié, pensez-vous, votre sollicitude à tous deux, votre patience a condescendre aux bizarreries du malade le plus exigeant qu'on ait vu? Sans vous, que serais-je devenu? Je n'ai qu'une consolation lorsque je songe à l'impossibilité de jamais payer tant de sacrifices: c'est de penser que vous m'aimez, lui un peu, vous beaucoup. Votre générosité vous procure une joie, j'ai besoin de le supposer, qui vous fait supporter mon apparente ingratitude.
Un éclair de satisfaction colora la ligure attentive de madame Dalzonne. qui, posant sa main sur le bras d'Abel. lui dit:
— Puisque vous êtes reconnaissant, Abel, écoutez-moi : je désire que vous soyez aimable pour mademoiselle de Touralbe, fort aimable, entendez-vous? ,ie l'exige.
Dans la tristesse d'Abel il y eut de lYiunuement.
— J'essaierai-, c'est tout ce que je promets.
— Vous réussirez, je n'en doute pas, AbeUElle chante : vous ferez de la musique avec elle; elle aime sans doute la promenade : vous serez son cavalier toutes les fois qu'elle désirera que vous l'accompagniez... l'as encore d'objections, je vous prie... Si elle monte à cheval, vous monterez à cheval aussi.
— Vous viendrez avec nous, je présume?
— Y songez-vous, Abel? Est-ce une épigramme, mon ami? Ce n'est pas bien Est-ce que je puis quitter mon fauteuil, que je préfère du reste au plus beau cheval du monde? Il ferait beau voir la toute petite ronde mère abbesse du couvent galoper a travers la forêt comme une châtelaine du moyenâge! Vous vous passerez de moi, s'il vous plait.
La surprise d'Abel n'avait pas échappé à madame Dalzonne : elle qui l'avait provoquée la comprit si bien, que derrière la légèreté factice de son débit courut inaperçu un frisson glacé ; un petit tiraillement lit palpiter le coiu de ses lèvres et trembler Us ailes de son nez. Pour dompter celte peine, dont les marques eussent compromis le résultat de sa proposition, elle reprit avec une vivacité plus modelée :
— Mademoiselle de louralbe peint avec goût : vous lui désignerez les points de vue remarquables des-environs: Mareil, Marly, Herblay. Je me repose sur vous.
— C'est beaucoup tout cela, répondit Abel, qui entrait difficilement dans le sujet.
— Oh! vous n'èles pas gala lit ■ vous refusez.
— Ce n'est pas à vous que je refuse.
— C'est uniquement à moi, car tout ce que vous déploierez de complaisance pour mademoiselle Lame de l'ouralbe vous sera un titre de reconnaissance acquis sur moi.
— Reste a savoir si mademoiselle de Touralbe acceptera mes services aussi facilement qu'ils lui seront offerts.
— Vous voulez des compJimeiïs, Abel.
Le roulement d'une voiture publique s'élant fait entendre, madame Dalzonne se leva et lit quelques pas vers la grille ; mais ce n'était pas encore celle qu'un attendait. D'ailleurs. mademoiselle de Touralbe armait en chaiss.de poste.
Il avait suffi de cette interruption pour qu'Abel retombât dans sa rêverie. Le soir qui venait répandait uu brouillard
jaune sur la campagne ; une partie du château, par lasi larité (!•■ truclion, était violette cl l'autre part
flami 6 se! di briques, dans cet air onctueus
do •■! passaient en ^amaigrissant a l'état
indécis (l'une siil filait comme un ru-
r autour' de ■ i baque
ail derrière l'épaisseur des murs comme pour dormir-, les ad
ore quelque fon , et Userai* ni
la promenade de bandes vaporeusi - blan-
chissaient les robes des dames de Saint-Germain, qui traversaient ainsi alternativement des espaces obscurs et des espaces éclairés. Ces fantaisi< s de la lumière ont leurs beau» lés Irisii s; 1 I les aime, si l'âme en souffre.
La vaste campagne qui part du pied de la terrasse de Saiiit- Gerroa l ■ sous un horizon illimité, sans obs-
tacle de nulle part, était brisée par le milieu au trai des'coupsdc faux du soleil. Il illuminai! de sa nappe de fou le château de Maisons dont il laissait bh uir le toit d'ardoises sous lociel, Le Mesnil, Vanx,Carrières-sous-Bois, Le Belloi, Le Pecq, le château et la ville de Saint-Germain, le Pori- Marly, étroite coupe où s'est dissoute la perle la plus de la fortune monarchique de Louis XIV, qui se mira pour faire mi i iutle d'eau dans des réservoirs -
dus; la pompe à feu, l'aquéduc, arc de triomphe élevéà la folie désastreuse de Versailles, construit pour désaltérer le^ lions de bronze de la demeure du grand roi ; ITle-de-la-Loge, Primai. Louvccrennes, échiquier de petits buis, de sable doré et d'eau étamée; Celle; Bougival, 'S oisin-le-Bois; La Chaussée, La Jon'chère, voie lactée de maisons poétiques; Rceil, où passa Richelieu, où passa Napoléon, où restera toujours le parfum des pèches; Nanterre... saluez'... où naquit la blonde sainte Geneviève-, Malmaison... pleurez!., où mourut Joséphine, l'impératrice adorée; le mont Valérien, soupir de Jérusalem qui moule an ciel entre ces deux grands not femmes; toutes deux si bonnes et si tristes.
Chaque heure du jour présente sous un aspect nouveau ce bnau développement de terrain, plus peuplé d'élégantes habitations que la vallée de l'Arno. Quand il souffle avec quelque violence, le vent y produit des frémissemens et des ondulations comme sur la mer : la forêt fléchit, creuse, se |, vague en vague el moutonne à la cime. Dans les premières matinées d'automne, on croirait voir les polders de la Hollande : à travers la moel'euse transparence de la fomi . tile, les objets se déplacent, perdent leur physionomîi fuient la confusion incolore d'un rêve, jusqu'au moment où le soleil, lorsqu'il se montre, vient a teindre d'une i rouge le fleuve, les baguettes dépouillées, le fouilli de feuilles encore restées aux branches. Alors le paysage entier ; i en sortant du brouillard, s'être transformé en madn pourprés, en corail.
Au-delà du fleuve, qui couperet incommensurable p que l'œil n'a pas assez d'haleine pour parcourir, ce H blay, Montigny, La Frette, Cormeil, Sarlrouville, douille, Montésson, les bois du Vésinet, où l'on entendait sonner autrefois dès le point du jour le clairon des gardes r c'esl Croissy, Chaton, Argenit-uil, merveilles sur lesquelles Louis XIV ferma la en leson château de Saint-Garmain
en se riant .- — Là-bas, là-bas Saint-Denis, le tombeau qui m'ai tenu !
Mais le soleil a pâli, la (erre disparaît; elle se mie enfin sous une ^mersion d'ombre; el il n.j reste d'apparent que des touffes d'arbres- jetées ça el là, que des groupes flottans de villa ;i s. Cette tache p'us éloignée, c'est la dentelure de Paris cet'e bande blanche, l'aie de l'Étoile; cette trac dee, à gauche, la flèche de Saint-Denis. > i le si-
lène.- s,- fonl sur loutes ces choses déforméi s cl fuyantes ; •!■ s oiseaux gris planent dans le ciel ; il va être nuit. La lueur il une premii re étoile chasse devant elle les nuées de rentiers qui s'i is sur le gazon de la terrasse : ils rentrent
dans la ville appuyés, les uns sur leurs joncs, les an., le bras de leurs femmes, qui ont passe autour de leurs bonnets, pour éviter la fraîcheur du serein, leurs mouchoirs de couleur; et Jans l'ombre qui enveloppe cette population cen-
LE MÉDECIN T)V PECO.
tenairc on entend bruire de ■ ois cassées, des pas traînans, des toux opini il
L'n des enfans qui quill: rel là belle promenade
vini à pa ;si r ] sque tomber clans ses
bras en j'ons irrêtaun instant
pour contempler la i .1 cou et
partagée à son front, tout'
Doux et riant, lieui 1 un» minute sur le retour à
la maison, l'enfant se lai rele ir. Abel l'assit
sur ses genoux, prit . lins, posa la bouebe sur ses
joues ai I. Qu'il y avait
dépensées altérei ;d ions dans l'élancement de ce
regard ! et qti • d'éi
— Si c'était là le vrai I1 11I101 r, l'unique paix de l'Ame!... murmurait Abel. <jui sait?... Va, mou ami, dit-il à l'enfant eii le laissant aller vei us-; et il l'accompagna d'un adieu mélancolique jusqu'au distance où il disparut dans le brouillard avec ses cheveux on cerceau, sa petite voix, et soi; agilité d'oiseau sur le gazon,
— Cesi le docteur qui arrive ' s'écria madame Dalzonne en cntra-iiaTit U)el vers la grille du château. Des coups de fouet avaient claqué dans l'air, une voilure avait passéau galop. Celait en effet la chaise de ■ de mademoiselle de Touralbe. Elle était arrêtée il la porte de la maison de santé quand Abel et madame Dalzonne-arrivèrer.t.
Quand le docteur Calveyrac enlra«au salon, la soirée était commencée depuis deux heures ; il en était dix. A son arrivée, l'assemblée se leva spontanément, et resta debout jusqu'à ce qu'il eut traversé l'appartement pour aller saluer 1 : Dalzonne et mademoiselle de Touralbe, qui causaient pri . de Ja cheminée avec l'embarras d'une première entrevue. ses instanci s, on ne s'a: 1 il que lorsqu'il eut pris pla le fauteuil vert pâle ;\ (leurs d'< r destiné à lui seul. Sa présence brisa les conversation on attendit le sourire bienveillant et scrutateur à la fois qu'il payait d'habiludeà chaque visage de la maison, il n'était pas jusqu'à de Fourneuf, que le sang tourmentait quelquefois, qui ne crût de son devoir de se soi mettre à ci le inspection amie, fa toi avec l'odl du père qu'avec le regard du juge. On s tait mieux ensuite : ière impitoyable, avait son compte, et enfin la vie semblait contre toutes les chances pos ibles pour toute la dura la nuit.
— Je von- apporte une bonne nouvelle, dit re docteur Calveyrac après avoir pris la main d 1 mademoiselle de Touralbe, moitié eu ami déjà de longue date, moitié en médecin : l'abbé Vincent viendra o soir; il mi l'a promis, et vous savez, mesdames, quesaparohi.es
Dieu veuille qu'il le soit un
— Mi I il le méril ...
— Oui, madame Dalzonne, il le mériterait; et je suis fâchée que madame Pingraj . : i pour vous entendre : c'est elle iiiii l'aime!
— l'as plus que 1. plait, madame Musquelte.
— Où est donc mad n .
— Docteur, elle est aupr dame Dalzonne.
-r Est-ce qu'il
— Indisposé seulement : l'air éi til u la ter-
— il a eu toit d';. aller ai lie son! pas tou
— C'était pour vous ;■: ndre, d
resl ures.
— .1.' vousremei gronderai pas moin!
heure ou deux sur la terra
— A peu n.
Qui eût deviné la cause de subito affliction qui éteignit tout-
la parole sur les lèvres du docteur après cette réponse faite à ses propres questions, toutes d'hygiène en apparence. toutes d i mne homme abandonné à ses soins?
Les personnes réunies au salon ne remarquèrent pas celte vaienl déj 1 rendue le til interrompu de leurs pror,
! connaître par lyi-même*commc
d: us lequel se trouvait Abel, Calveyrac quitta un instant la compagnie.
l'2CC0mpagna jusqu'à la porte du salon d un regard où i! y avait une sollicitude plus profonde que ce"e qu'elle avi l< 0 - exprimer de vive voix sur son malade. "•:i,i;- prompt îiTHi ramenée par la réflexion à la conversation qu'elle s'efforçail d'établir entre les personnes de la maison et mademoiselle de Touralbe, elle.dil à celle-ci :
— I.e pays n'est pas aussi riche que l'Italie en mqnumens historiques ; nous avons pourtant quelques curiosités locales
offrir.
— L'ancien couvent des Loges, se hâta' de tlire mademoiselle de Beàupréau.
— J'allais le citer, mademoiselle.
— Et l;' château de Saint-Germain, ajouta madame Musquelte.
— Je veux, continua madame Dalzonne, que monsieur Abel. dès qu'il sera rétabli, le visite avec vous; ce sera bientôt, je re. Ha étudié le château de Saint-Germain avec lapa-tience d'un antiquaire et le discernement d'un artiste. Vous jugerez, mademoiselle; s'il est possible de mieux connaître l'ancienne destination de chaque appartement de cette demeure, qui a besoin, il est vrai, de ces efforts de. mémoire pour qu'on croie à sa splendeur passée.
— Vous ne pourriez nie promettre une partie plus agréable, répondit mademoiselle de Touralbe ; je suis passionnée pour les ruines. Leur aspect féconde tant de pensées I Que de fois, dans mon voyage d'Italie, j'ai fait arrêter ma voiture pour aller admirer de près les débris de monumens dont la
isl semée! Mon plaisir sera double si votre ami monsieur \.bel consent, comme, vous nous le laissez espérer, a être notre introducteur à cettecour de souverains morts depuis des siècles. Nous venez d:j m'intéressera plus d'un litre au . 1 de sa santé.
— Ce sera l'affaire de .quelques jours de repos, répondit Calveyrac en reprenant sa place entre mademoiselle de Touralbe et madame Dalzonne. Tour rassurer votre copgcjence, je vous dirai, madame, ajouta l-ii aussi, que ce n'esj pas ia station sur la terrasse qui l'a incommodé : aucune cause physique n'a influé sur sa saute.
— Ce ne pouvait être le froid, répondit madame Dalzonne : l'air était Irais, mais doux comme au printemps.
— J'étais étonnée moi-même, en venant aujourd'hui de Paris a Saint-Germain, de la beauté de voire ciel ; je l'ai fait remarquer à monsieur Calveyrac.
— Ainsi, mademoiselle, reprit madame Dalzonne, vous avez fait un île de Paris à Saint Germain? J'en suis charmée pour vous : je craignais que la poussière ne vous incommodât.
—Un icieux! répliqua mademoiselle de Toural-
be : je croyais être encore dans la molle Italie, sous les peude l'Arno, à l'aspect, des villages coquets que nous eu venant. Quel beau ciel! quel paysage lim- I étais presque tachée, madame, de ne pas rencontrer 1 mon enthousiasme dans mou compagnon de route. —S "n répondit le docteur, que l'habi-
en nous l'impression d< s tableaux les plus sai p ir an au moins les accidens pittoresques don! vous av. z , |e happée pour la première l'ois : lie. suis-je pas excusable de n'avoir pas mis tant de chaleur que admirations? exaltation que je vous epgagp :«
■ '."' de ton, dans fini, -cet de vo-
— Quoi: vous m'interdiriez fajoie de sentir et d'exprimer
■ on âme!... Ce qui est beau clew tant le cœur 1
LEOX GOZLÀJN
— Mais cela le fait battre aussi, et les palpitations surviennent. On s'use en vivant trop.
— Entendez-vous, monsieur Lejeune? on s'use en vivant trop, interrompit de Fourneuf, qui grossit sa voix.
— Est-ce que j'aurais trop mangé à dîner? s'informa Lejeune en regardant madame Musquetle, sa plus proche voisine. Il me semble que je suis rouge en effet : n'ai-je pas les joues en feu?.. Si j'allais me coucher?...
— Vous êtes frais comme un beau lis, répondit mademoiselle de Beaupréau, à qui précisément monsieur Lejeune ne parlait pas.
— Quant à vous, monsieur Cabassoi, continua de Fourneuf en abattant ses cartes devant Champeaux, et sans que Cabassoi pût même l'entendre, vous n'avez plus à craindre de vous user : c'est acquis depuis longtemps.
Madame Dalzonne ne comprenait pas trop au fond le roté vrai de l'observation du docteur, de même qu'elle n'avait pas l'âme assez artiste pour s'exhausser jusqu'à la hauteur brique de mademoiselle de ïouralbe.
— Pour la même raison, continua Calveyrae, si j'eusse été votre docteur avoué, le gardien en titre de votre santé, la scène deNanterre n'eût pas eu lieu. C'est comme je vous le dis, mademoiselle, appuya-t-il avec un accent qui avait sa bienveillance et sa fermeté.
— Oh! racontez-nous cela, je vous prie, docteur! s'écria madame Dalzonne : que vous est-il donc arrivé à NaDterre?
A l'odeur seule d'une histoire, les sièges se rapprochèrent du cercle de madame Dalzonne : Lejeune oublia de poursuivre la recherche de sa maladie; mademoiselle de Beaupréau laissa flotter sa broderie, éternel chef-d'œuvre que les plus vieux pensionnaires n'avaient pas vu commencer ; madame Musquetle cessa de tricoter l'interminable bas à jour qu'elle étendait à chaque minute sur elle pour qu'on ne doutât pas de l'embonpoint gracieux de sa jambe; Cabassoi, le dur Cabassoi lui-même, releva la tête ; quant à Fourneuf, il dit a Chameaux :
— Rien, je crois, ne nous presse. D'ailleurs j'ai le tyran. nom que le républicain Champeaux infligeait aux rois, même rn jouant aux cartes : il ne me faut donc plus qu'on point pour gagner; vous êtes en mesure d'attendre, à moins loutefois que vous ne soyez pressé de mourir.
— La chaleur delà route, dit le .docteur Calveyrae, ayant irrité la poitrine de mademoiselle de Touralbe, j'ai ordonné au cocher d'arrêter à Nanlerre, devant le café-restaurant connu de vous tous ; nous sommes descendus là. Il y avait dans la salle de repos beaucoup de voyageurs qui dévoraient des gâteaux et buvaient de la bière en attendant qu'on eût changé les chevaux de leurs diligences ; plus méthodiques, des Anglais s'étaient attablés pour avaler des œufs frais. Tandis que ces collations précipitées s'achevaient sous la menace du fouet du postillon, l'aveugle de Nanlerre, celui que vous avez tous vu mille fois, entre dans la salle avec si
Ion fêlé, sa tille en guenilles et son vieux caniche. Apres avoir joué un air, il passe la sébile de bois à sa fille, el la fille el le chien de J'aveugle s'approchent de chaque v< pour recevoir l'indemnité due au malheur. Personne ne donne...
— Excepté vous, monsieur, interrompit mademoiselle de Touralbe dont le regard s'animait depuis queJè docteur avait pris la parole.
— L'enfant de l'aveugle et le chien, poursuit le docteur, se retiraient, la sébile à peu près vide, quand le vieil Homère de Nanlerre s'écrie d'une voix émue :
— Messieurs, l'air que je vous aijoué es! pourtant de Délia Maria, qui l'arrangea exprès pour moi, \\ y a longtei
cela, un jour qu'il passait par ici, un fameux hiver, pour aller àMarly composer, selon son habitude, dans une cabane.de pauvres paysans, ses opéras qui ont fait tant de bruit. Ilétail pauvre, j'étais aveugle • il me lit l'aumône de cel air I encore vous le jouer si vous le pern étiez...
— En roule ! en route! criait le postillon; inouïe/, sieurs !
Personne n'avait fait altention à la remarque du pauvre artiste.
— Tu ne le joueras pas cet air ! s'écrie mademoiselle de Touralbe : donne-moi ton violon ! c'est moi qui le jouerai.
Le postillon, debout sur le seuil de ia porte, se met à rire comme un fou; les Anglais laissent tomber de stupéfaction leurs coquilles d'oeufs sur la nap] il mademoiselle
s'emparer du violon de l'aveugle, l'accorder en deux mouver fièremenfà son cou, et en tirer des sons admirables.
— C'est bien, cela, lit s bien! s'écrie l'abbé Vincent qui entrait dans la salle. Je vous en remercie, mademoiselle, au nom de la charité chrétienne. Je gage que la sébile de l'aveugle s'est aussitôt trouvée pli
— C'est ce que peut von- dire monsieur Calveyrae répond à l'abbé Vincent mademoiselle de Touralbe, car c'est lui qui, ayant pris la sébile, l'a présentée;'! chaque voyageur.
L'abbé Vincent tendit la main au docteur.
— Le tyran et trois atouts! cria de Fourneuf à Champeaux. Qu'on juge si cette histoire l'avait beaucoup intéressé.
— Voilà, reprit en souriant et d'une voix agréablement traînante mademoiselle de Touralbe, voilà de ces actions que monsieur Calveyrae me défendrait sous prétexte qu'elles donnent des palpitations.
— Peut-être le docteur a raison, dit le jeune abbé Vincent, mais en tout ras il conviendrait qu'il prêchât d'exemple : celle qui joue du violon pour le pauvre ne doit rien à celui qui mendie pour l'aveugle ; vous êtes lous les deux coupables de la même bonne action.
— Monsieur l'abbé vous absout du haut de son tribunal parce qu'il aime passionhément la musique, dit madame Dalzonne, touchée de l'histoire de l'aveugle de Nanlerre.
— Je l'aime en amateur, répondit l'abbé.
— En amateur éclairé, affirma le docteur Si vous désirez, mademoiselle , entendre de belles voix , allez le dimanche à l'église dont monsieur l'abbé Vincent est vicaire.
— Vous possédez un orgue, sans doute ?
' — Un i.e sommes pas si heureux,
nous ne sommes pas si riches , mademoiselle : mon église n'est qu'une pauvre chapelle. Comme il ne m'en coûte pas beaucoup pour avoir des voix fraîches, jeunes, je choisis les meilleures et je les rassembla c'est parfois assez net, mais voilà tout -, le docteur est trop indulgent.
Madame Musquetle et mademoiselle de Beaupréau ne s'étaient pas mêlées jusqu'ici au dialogue; elles avaient regardé, admiré et étudié surtout la sensation que l'étrangère produisail sur monsieur Cabassoi, et particulièrement sur Lejeune. Cependant, comme elles ancien! rougi de laisser croire § mademoiselle de Touralbe qu'elles étaient tout-à-fait privées des ressources de la conversation, mademoiselle de .m songea sérieusemenl à participer à l'entretien, idemoisellede Beau réau avait dù"être fort belle, surtout ince, où la fraîcheur es: comptée ; >ur beaucoup, et où l'extrême régularité des traits n'es! que médiocrement prisée. Elle avait allumé des passions nombreuses par l'aavant: ; s de corps el d'esprit. et exaspéré par leur excès mé ompalriotes.
Tout simplement un beau brin de filli '.'leur iparu comme une Diane, comme une Vénus de Kilos: iveux tombant jusqu'aux talons, sa blancheur villaii\ d'un bien puissant, ses lèvres lustrées comme le duvet d'une prune, son altitude taillée dans ; épaules, - 1 1 bras el son buste qui en avaient égalé la dureté.
ses mainsgrasses i in enfant, avaient trouble,
: il quelque vingt ans, le si i aération de
clercs de n >taircs el d ni de Maine-
Ile de Beaupréau pouvait mettre sur le compte , quatre de ces suicides caractéristiques ] r des provinciaux : le fils s un four à chaux et s'était eal- ;neur du pays, auquel mademoiselle de Beaupréau avait permis des espérances
LE MEDECIN DU PECQ
sou; condition de mariage, s'était tiré un coup de fusil, n'ayant pu décider son oncle à consentir à une alliance avec les Beaupréau, gentillàtres trop mal plantés en noblesse.
Pour expliquer l'immense fascination de mademoiselle de Beaupréau sur la jeunesse du temps, il faut ajouter (lai. sait la gavotte à désoler le cœur même des vieillards, et qu'elle chantait les romances de l'empire : /« fondcTune tour ténébreuse, — Partant pour la Sark, avec- une expression qu'elle r< levait ; ncore par son rare talent à s'accompagner sur la guitare. Malgré tant de trésors elle ne s'était pas mariée; les uns expliquaient ce phénomène par un vœu romanesque fait à un homme aimé en silence: les autres, moins poétiques, par cette raison toute naturelle qu'elle avait trop attendu la bonne occasion. Mademoiselle de Beaupréau ne se prononçait jamais entre les deux opinions.
L'âge avait emporté les plus beaux joyaux de son écrin sans qu'elle s'en fût aperçue , bien qu'elle ne put se dissimuler qu'elle avait remplacé ses cbev< ux si beaux par d'autres encore plus beaux, et ces couleurs m éclatantes par de plus vermillonnées, par suite de la maladroite prétention que nous avons tous, non seulement de nous enlaidir en vieillissant, mais de pai aitre, étant vieux, pins jeunes, plus roses et plus séduisans que nous ne l'avons' jamais été dans la jeunesse : fausseté dans la fausseté. Ayant conservé toutes ses dents, qui étaient bien plantées el d'un bel émail, elle embarrassait singulièrement tout calcul sur son âge par ce mélange de beautés évanouies, de beautés restées, de clu couleurs factices, et d j eréell dan . rdetdans
la bouche. Un lauriei les ruines eût été son emblè-
me ; el elle était assez franche pour l'accepter, certains jours de mélancolie où elle faisait bon marché de sa splendeur éteinte. Comme chez toutes les femmes romanesques, ces jours ctaierl suivissiez iï. : - res jeurs a-v ' ttoeiît pas marqués par la même modestie : aloi s on adoptait les couleurs tendres, lea coiffures adolet i ; \» ; on se nuançail le teint à la vierge, ou parlait du bout des lèvres. 0:1 roucoulail des œillades d'une tendresse de pigeon ramier, 0:1 se serrait le corsagèàne pas respirer ; on nia:', eait peu, < n ne buvait 1 . [ue pas, on touchait aux fruits de l'extrémité des du i ;ts; on était oiseau, petite Heur, chai mante enfant. Les mauvais jours s'annonçaient parle bandeau descendu jusqu'au niveau des sourcils, et par ut. e robe immense sous laquelle disparaissait toute ia cité en ruines ; ordinairement c'était lorsqu'on avait rêvé des choses atroces, : •:'.
dame Dalzonne avafl pressenti un d : us ora-
gi ux. au premier coi , tu dîner sur la
toilette de mademoiselle de . Le vieil Hourdon qui
savait tout, qui retenait tout, qui avait été le m
n seulement à Paris, mais dans les prini ipa :e, car il s'était rendu
a diverses époques- dans chaque chef-lieu comme ins] 1 I 1 de* hôpitaux ej il y a
IJounlun se disait parfois: .l'ai vu cell part... réOexii n . ijours en elle
la. mer
— Toutes le Vincent, ne sont pas dans votre paroisse, avait dit mailem ; upréau.
—Me n'ai peint tant de ... Esl ce que
j'ai pu l'aire SUppOSi ;
— Peut-être ne faudrait-il pa r loin | 1 trouver une, monsieur l'abbé.
— ?."■ -vous j/as que c'est un d
uivit madame.
I iur prit r 11 chanter quelque me:
— Jejoi cria l'abbé., I
— Moi, j'in ■■ '. avi evous.
— Vous aussi, docteur I Mais les palpitations, y
— Je vous accord . la permission de chanter, si e. p fatiguée.
— Oji. '. celle c mditii 11
la maison de santé, qui dans cette circonstance devait partager l'autorité du docteur.
— Eh bien! soit, je chanterai.
La complaisance fut saluée d'un remerciaient unanime: après s'être montrée généreuse, mademoiselle de Touralbe couronnait sa réputation par un acte de bonté inappréciable pour les g< 11s de la maison, peu habitués à un tel éclat de distrai tien.
— Mais un instrument 'demanda-t-elle... sur quel instrument m'accompagnerai-je? La guitare c'est ingrat; je la déteste. Il n'y a pas de piano ici ? je n'en vois pas.
— Monsieur Chani peaux, vous qui jouez de la flûte comme Orphée, si vous accompagniez, mademoiselle!..
— Monsieur le baron, je joue de la flûte pour moi et non pour les autres... Vous retournez bien souvent le tyran!
— Pa 1 la vous plaît à dire: chaque matin je suis éveillé par vus canards.
— \ ous ête Irop heureux, ma foi! de m'eutendrè.
— Ne soutenez donc pas alors que vous ne jouez que pour vous.
— Notre piano est dans une autre pièce, dit madame Dalzonne, où m us nous reunissons l'été... Mais, j'y pense maintenant, si vous jouiez de la harpe, nous pourrions nous en 1 " er une.
— (l Ile de la folle, reprit maladroitement mademoiselle de Beaupré;
—Jeannette! appela aussitôt madame Dalzonne, allez cher' ( lier la harpe du pavillon. Prenez vos précautions; faites-vous aider p
— Cette harpe, disiez-vous, est celle' d'une folle ?
— Lue pau , l'ut obligée de répondre madame Dalzonn : lie de Touralbe, qui avait été placée ici par suite d'une monomanie amoureuse.
— Et i Ile est morte sans doute?
-«Non, mademoiselle: le docteur l'a guérie, elle esl aujourd'hui dans sa famille; et elle a oublié à la fois l'homme pour lequel elle était devenue folle et la harpe qui apaisait sa mélancol
— Monsieur Champeaux, n'oubliez pas votre flûte en quittant la maison.
— Monsieur de Four neuf, je ne suis pas fou ! entendezvous ?
— Je crois, dit l'abbé Vincent, que monsieur le baron est en ver, oir.
— Monsieur . adit de Fourneuf es plaquant sur l'un de s y, ai. ce qui lui faisait partie, et comme, pour 1 mpeaux, monsieur l'abbé,
Les ; ont pas ce qu'un vain peuple pense.
— Je suis de votre avis, répliqua l'abbé Vincent, car le
rait pas qu'aujourd'hui j'ai fait mes conlilures de groseille.
— Avez-votts mis au moins livre de sucre pour livre de
lem 1 elle de Bi aupréau.
— Non, ma I je sais (pie c'est l'usage, mais les ronlilui n je n'emploie que les deux
e. Par ce moyen j'efface dans une cuisson lente
■ du fruit et je n'en n ir Is pas la' saveur. J'ai obtenu
ivres ou autant de pois ; j'ai él sur le point d'en
— Vous mangez deux cents pots de confitures, monsieur
■ que le s iir de Noël et aux
lezqui se consommait
- 1 s'adressaient les pauvres de ia
mce.
ia harpe et la posèrent d ■•
vaut nu il :. Une préparation silencieuse
Je 11413 assez long qu'elle employa à l'ac
tui . cl irlé d-s lampes était moins vive; ci, à lem lueur affaiblie, la tôle du docteur paraissait
LEON GOZLAN
Le docteur Calveyrac esl un liomme d'à e neutre. la j o u nesse et la maturité s'équilibrent sur son visai e; el
lancent comme la maladie cl la santé chez un convalescent. Si le savoir hygiénique ne lui a pas plus ai cordé qu'à d'autres le secret de ne point vieillir, il lui a fail connaître de bonne heure les répits qu'on obtient flel'àge par l'économie des émotions fortes, par l'usage réglé des i laisirs, combiné avi ■ les précautions secondaires d'une .exquise propreté; lespein- Ires flamands ne donnent pas aux fraises bro portraits de chevaliers du linge plus pur que celui que | oi te le docteur Calveyrac, ri c'est sans affectation que se où l'acier anglais a laisse son poli, effleurent une cravate de claire mousseline.
On oserai! l'accuser-d'un peu de coquetterie à montrer ses «lents ; mais comment oublier qu'il ne les laisse voir que pour parler consolations, espérances et santé a ses mi !.e;< Qdflique sourians e! lions, ses yeux ont pourtant une pénétration qui alarme: on \ découvre toute la hardiesse i périence, el l:expérie'nce du corps, la plus certaine de toutes. Les femmes prétendent qu'il a le regard dangereux, el les jeunes li lies rougissent comme devant leurs confesseurs ou leurs premiers amans lorsqu'il appuie le pouce sur leur artère pour écouter la maladie quj frappe aa\ portes du e cur; mais le docteur Calveyrac sait épargner aux une, ci aux a embarras dont ii n'a besoin île tirer aucun orgueil: lorsqu'il interroge un malade, il ferme à demi la paupière, cherche dans la clarté inti rieure de la seconde vue i ennemi qu'il a à ■ pmbatlre, it, quand il le tient pressé entre le double bouclier de la cause ci de la guérison, il vous dit en riani < . le ferait une mère qui vous aime: Allons donc 1 cela ne sera rien, ce n'est rien.
Si vous creusez davantage vous trouverez tl iux individualités hien distinctes dans le docteur, le jeune homme qui e t votre ami, votre joyeux convive aux cheveux noirs, aux beat x yeux, aux-mains soyeuses qui n'épilogue .jamais dans un diner sur les vins qui échauffent ou sur les mets qui p l'estomac, qui vous tient tôte an dessert, soil que vous discutiez littérature ou morale, soil que vous agitiez les intérêts les plus .graves de la politique, el enfin l'homme qui fera bouillotte ou présidera la banque du vingt-el un avec l'aisance la plus noble. — Ci' jeune homme a trente ans.
L'autre individualité dans le docteur c'esl l'homme qu'on appelle au moment du danger, au milieu de la nuit. : voire ami, mais votre maître, a l'œil méditatif, a la paupière plissée, au front labouré de rides, /approchez : voit ; apercevrez à "la lueur de la lampe beaucoup de cheveux Blancs auprès des noirs : vous découvrirez des places que le peigne du malin n'a pas eu le temps de cacher. Dans sa pri cipit; vous secourir, l'homme a emporté la décrépitude piéeoci du docteur. Sa parole cet brève, elle commandi ; c'est avec la brutalité d'un juge d'instruction qu'il force a dire le mol propre du niai, le mot de. la rue, 1.' mol décisif II promène une main glacée sur le plus beau corps comme sur un squelette; il interroge la vie en geôlier, et. si la mort répond, il lire sa montre avec leiiieur, se penche à l'oreille de la garde-malade cl lui dit : Dans une heure vous lui jetterez lediap sur le visage cet homme-là a quarante-cinq ans.
La harpe était accordée ; les cordes élincelèrenl doigts de mademoiselle de 'I uni allie . elle en lit jaillir des nappes de sens larges cl plaintifs coupés de notes/soûdainen. eut gaies qui m' taisaient aussitôt. La tristesse du motif était pénétrante, la vivacité accidentelle en était fébrile; on pressentait le caractère des paroles qu'elli allait chanter. Elle les improvisa: elle prit pour sujet l'histoire de la jeune folle qui a\ait oublié sa harpe, de même qu'elfe avait été oubliée par celui qui lui avait lait perdre la raison.
c'est à la langue italienne qu'elle emprunta des paroles, tantôt passionnées, tantôt amères, pour flétrir Th. ntméqui est sans pitié pour l;; fen me autrefois aimée, et pour a< I,, femme sans souvenir reconnaissant pour l'instrument harmonieux d'oi'i elle a tiré sa consolaliop.. Malheur a l'amant ! ie délire nue luis p; ssé, la pa on sera- 1 l'ingrate! quand sa raison sera revenue, l'inspiration se sera i \..ueu:e... ,1'aimarais mieux être folle el enlevée au ciel par
l'enthou écria 1 t la chevelure
t pleurait sur la harpe, que froidement
Elle >m
'.r. lie da ce ci que l'attendris-
I ■ i i ■ i trneuf.
■ par lui jusqu'à la dernière
ii< lie, et il lui dil :
S'il est ( ;i' d'être folls
pouvait] . 5, je crois, d'ex-
n'avait pas ai hevé sa réflexion que rpademoiselle de. Ton:. lissa le e Bg de la
harpe, toute retentis ante du fn li n lésa i liute, 1 1 loniba
sur le. !::]iis ;:\ . ! .•! -:i lobe de IIIO'I
i ;sèrent île la relever, madame Dalzonne sonna, le docteur posa la belle évanouie dans un fauteuil et lui fit sentir de l'éthcr; mais il s'écoula un temps assez long avant qu'elle respirât librement. Bianca, la demoiselle de. toiselle de ! étant accourue, die
dit eu prenant le bras de sa maîtresse pour la conduire à son m ul :
— Mon Dieu! vous avez lait chanter mademoiselle de Tou;
— Quelle magnifique c/éalnrc! nepul s'empêcher de crier Fourncufen voyanl Bianca, ravissante Florentine so; ment ca partout, arquée du front, des sourcils;
lies, rayonnant la force, l'amour, la jeule pe'iu brune... Quel mor- .■ ' - . pi .UX !
n Bianca et le docteur Calveyrae, soutenue sous
• .. ..oiselle ucMui quelle, et ■•> u :;> d'in- -
l'abbé \ ie eut, qui, arrivé aa couloir de sortie, s'en e, mademoiselle Laure de Touralbe fut .
Leji une et i : ba ol ie lardèrent pas à se n tirer.
— Vous ne m'avez | i poi monsieur Cbampeaux: est-
compa; nie de e de Touralbe, ne sérail - oui? Vous
si rii z as;
iridetoni ntCh impeaux répondit :
— Je n'ai remarqué ni la dame ni, la demoiselle de compagnie.
— En monsieur Cbampeaux.
— Non : moi je reste.
— Cou
— Tout seul.
— A votre aise.
Madai ait assise auprès du lit d'Aboi, attentive
à suivre de son retour à un étal plus .aime. Elle
avait la main convulsive du malade dans sa main ; le cœur d'une mère n'aurait pas été plus inquiet que le sien. Sur ses traits, naturellemenl graves", la sérénité de la vieillesse se nuançait eu ce niomeni avec une foule de sentimens affectueux, dominés par une expression de plue touchante. Son regard ne déviait du \isage du malade que po.-.r se porter sur
ml lient ces hoi - in t n • indo véné-
. a camomille, le tilleul et les ; quatre-fleurs. Ecoulant la respiration graduelleloment, si lent pour .... [quel |ues paroles. L'orage
iiitérieui mais un affaissement général s'était éten-
du sur ses membres , il avait les yeux d'une imi caiite. la p au baignée d'une froide sueur; comme s'ils eus> llll .eux s'étaient
>es. Il ; \ers madame isa main droite
qu'elle retenait, ci en la portant au Iront il lui .lit • — Nous êtes la'.' c'est vous, madame Piograj ?
LE MÉDECIN DU PECQ
— Oui, mon ami. E!es-v<v,is mieux ? •
— Plus tranquille semble moins brûlante.
— Laissez-moi vous essuyer la figure... Savez--- > n'êtes pas un fort joli garçon, coiffé île cette manière?... Relevons maintenant cette tête, posez-la sur l'oreiller... A i,; bonne heure.
— Excellente madame Pingray ' que vos enfans doivent vous a
— Jusqu'ici je n'ai pas eu trop a m'en plaindre, ear ils sont encore à venu-.
— .le vous croyais mère?
— Non, mon ami ; mais si j'étais la votre je vous réprimanderais fort... iv.vez d'abord cette tasse de quatre-fleurs.
— Que vous aï-je donc fait?-
— Beaucoup de mal, parer que vous vous en faites par votre singulière façon d'agir.
— Comment se conduire plus régulièrement? Je suis le plus rangé de la maison.
— Je ne le conteste pas.
— Un malade?
— Vous n'êtes pas aussi malade que vous vous l'imaginez : voilà votre premier tort.
— J'ai tort de souffrir?
— Mon ami, vous n'êtes pas raisonnable : votre mal est léger, il serait facile de le combattre avec des soins ordinaires ; et vous vous plaisez a l'aggraver sans relâche, sans pitié pour vous, sans pitié pour les autres, par des idées que je ne comprends pas.
— Mon mal est léger, dites-vous^ Vous voilà comme les autres Dans ce monde, on ne croit pas à la douleur qui ne résulte pas d'une fracture au bras ou a la jambe ; on veut voir le sanu plaie, entendre le cri : alors
sière de l'âme s'émeut, on n accourt, on apporte
de la charrie et des I ines visibles, remèdes maté-
riels; au-delà il n'y a plus rien.
— Ce n'est point précisément là mon opinion, mon ami : je sais qu'il existe des maux qui échappent à la pénétration du médecin et à la perspicacité de la garde-malade, ils ne sont que trop n i qu'ils ce sont pas seulement difficiles à connaître et par conséquent a guérir parce que la science est incertaine, mais qu'ils le sont au^si beaucoup parce que la plupart' de ceux qui ut s'en composent une énigme qu'ils aiment : ils cachent, soit par bizaiT- . bonté, leurs subtiles douleurs, et
uniquement pour le plaisir de se tourmenter.
— On aimerait donc donc à se crééer des malheurs imaginants lorsqu'il en es! tant de réels? L'assertion est neuve pour moi.
— Eiie est vraie, mon ami. J'ai connu à Lyon, dans ma jeunesse, une femme charmante, mais portée à se singulariser,
coquetterie ordinaire, elle trouva original rfs, afin d'avoir lieu de se
plaindre ensuite de son malheur le poids des
souffrances. Remarquez que
soieries, elle habitait un hôtel magnifique sur la place Bellecour, et qu'el eu désir qu'il ne fût aussitôt sa-
Le mal lui parut une i | tnte; son plan il fut suivi : elle respirait des sels à chaque ins en faiblesse au spectacle quand une scène était un peu émouvante. Enfin, de peines lu :tivi s ci douleurs idéal bonheur de pâlir ; quelque tempi après elle eut celui'de faire une maladie ré i -rave: le régime et la eonvales-
lUongèrenlsi mie du succès qu'elle
ours, vous l'ii le sa co-
: , le murmure de l'eau tom-
— Qui vous dit, interrompit Abei, qu'elle n'était pas véritablement malade des nerfs lorsqu'elle commença à s'en plaindre'
LF. sikci B. — i.
— Moi; car je vous ai raconté mon histoire.
— Je ne nie pas, répliqua Abel, qu'il existe des imagina-
omme était la vôtre; unis, croyez-moi, mon infirmité n'est pas du nombre de celles qui naissent sans cause : elle
tient de si près à une autre épouvantable infirmité et je
[ m'effraie... que la distinc-
q l'un mot... J'ai la peur d'un mal qui ne re celte peur.
Les yeux d'Àbel se fermèrent.
— Mon enfant, vous ne me convraincrez jamais avec des n i
— Faut-il doue que je vous découvre la hideuse plaie dont je suis rongé jour et nuit, à toute heure, quand je veille, quand je dors, lorsqu'on me croit distrait ou content, lorsque je me mêle à la vie active du monde et que je suis avec vous, au milieu de vous, près de vous?... Tenez, en vsus parlant, je me débats sous le poids de cette obsession, elle m'écrase ; j'étouffe,
je suis mal Ne sentez-vous pas palpiter ma main dans la
vôtre?
— Qu'a cela d'étonnant? quand on s'anime, tout le corps ressent une part de l'exaltation. Parlez plus doucement, mon ami : je vous écouterai mieux, sinon avec plus de plaisir ; car
vous dites m'intéresse toujours. Vous êtes mon enfant gâté, toute la maison le sait : en reconnaissance, suivez un peu aussi mes conseils:.. Voyons, désaltérez-vous avec cette. tasse de tilleul, et causons ensuite comme deux vieux amis... Laissez-moi encore relever votre oreiller... Parlez à présent: je vous i
— Je vous l'avouerai encore, madame Pingray, mon mal a sa pudeur : je rougis d'y croire tout en tremblant de le nier;
j la fois un ridicule et un fantôme : quand je suis : quand je m'enhardis à confesser à quelrsonne aimante le trouble de mon esprit, la terreur dont je suis plein, le fantôme fuit et appelle du doigt le ridicule; et aussitôt j'ai honte, je me tais. L'heure de la révélation est elle passée, le fantôme revient, et il ne s'en va plus... Ne riez-vous pas déjà en vous-même de ces paroles qui vous dénotent la perturbation de mon âme, et qui sont les échos 1 autres paroles une j'hésite eneore à prononcer, i tues même à madame Dalzonne, elle si généreuse, si bonne pour moi, -:i docile au plus ennuyeux de ses pensionnaires?...Aujourd'hui j'ai été sur le point de parler, l'aveu est monté jusqu'au bord de mes lèvres tandis que nous attendions sur la terrasse de Saint-Germain l'arrivée du docteur.
*— Et pourquoi n'avez-vous pas obéi à ce mouvement? Il y
a entre madame Dalzonne et vous le lien de la jeunesse, si
propice aux communications. Elle, qui a tant de patience à
i le bavardage de vieilles gens, et je ne m'excepte pas,
commenl eût-elle manqué d'attention à la confidence non pas
fastidieux, mais du plus intéressant de ses' pension -
e pas du tout votre retenue.
— Eh bien! c'est sa jeunesse même qui m'a fait renoncer à la résolution de m'ouvrira elle: j'ai craint de lui parler une
presque inintelligible que ne comprennent, si toutefois
q i - par les plus
affreuses contentions d'esprit. Combien i/ m'eût été pénible
d'avoir avance sa pitié à ce qui n'eût éié qu'un
mensonge pour elle! Je me suis représenté son visage surpris,
[Ûi est pire encore, son visage plissé d'un rire d'in-
, après ma confession; et je n'ai pas parlé, de peur
d'avoirà la haïr pour une ingratitude justifiée.
— Mais moi, mon ami, qui ne suis plus jeune, qui nie prétends vénérable à tous les titres, par mes cheveux gris, par mes rides, par mes cinquante ans., eu cache que cinq... je vous inspin une eonliance plus grande ;
, i mérite, sans quoi, je ne
is, mais je serai convaincu que mon intelligence n'est
ne. Ce ser.iit fort peu obligeant.
— Mo igencel Ce n esl q de la
is si, ii- si ex
,...:; me s unble,
que dans la tête malsaine d'un de ces prisonniers d'Amérique
ut dix ans au fond d'un cachot solitaire sans parler à
personne, et qui, à force de mncherla même pensée, deron-